‹ Littérature russeChapitre 24 sur 82 · RECITS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

RECITS HISTORIQUES

contre les boïars. Aussi bien le surnom russe du Tsar, groznyi, veut moins dire « le terrible » que « le redouté »,

Les poètes populaires prennent parti contre le faux Démétrius et en font un détracteur des croyances et des mœurs nationales. Sous Alexis, en décrivant le siège du monastère de Solovietsk, ils trahissent quelque sympathie pour le j-askol. Contemporains de la même époque, d'autres chants célèbrent les exploits du cosaque rebelle, Stenka Razine; ils se rattachent à tout un cycle pittoresque, où une suite de prouesses du même genre ayant pour héros des émules du célèbre partisan, voire de simples brigands, est idéalisée d'une curieuse et inquiétante façon.

Dans le recueil de Kiriéievski un volume entier est consacré à Pierre le Grand. La poésie populaire n'a pourtant pas fait bonne mesure au Réformateur. De son œuvre immense elle n'a guère aperçu que les traits extérieurs : la répression sanglante des Streltsy, les guerres. Dans son caractère elle n'a relevé qu'un trait sympathique : la simplicité. Assis sur le perron d'honneur du Kreml, le Krasnoié-Kryltso , le tsar provoque les seigneurs de son entourage à se mesurer avec lui en combat singulier, à coups de poing. Les boïars se taisent; seul, un jeune soldat relève le défi. Mais le tsar fait ses conditions ;

« Si je l'emporte, tu auras la tête coupée.

— Soit. »

Le soldat est vainqueur. Le vaincu lui offre en récompense des terres, de l'or. La réponse du héros est typique et identique avec celle que le hohatyr légendaire, Potok, faisait à Vladimir en pareille circonstance :

« Je ne veux que la permission de boire sans payer dans les cabarets du Tsar. »

Aux approches de l'ère moderne, ce courant poétique

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se rétrécit, perd sa profondeur, sa fraîcheur et sa clarté. Sous Alexandre I" il n'a plus qu'une eau trouble, charriant des vases informes. Ni Austerlitz, ni Friedland, ni Tilsit ne trouvent à s'y refléter. Moscou apparaît dans un éclair, brûlée par le KJirantzouz (Français). L'imagination populaire s'attache à la silhouette fruste de l'hetman Platov et de ses Cosaques. Ils sont les héros du grand drame historique. La vérité historique, l'émotion sincère, l'oriofinalité même font défaut dans ces récits. La mort d'Alexandre I" n'inspire aux conteurs qu'une transcription de la chanson des Marlborough, déjà accommodée en parodie obscène pour la mort de Patiomkine. La poésie artistique sera tantôt la bienvenue pour revendiquer l'héritaoe des bardes dégénérés.

Chants religieux.

Contemporains de cette dernière évolution delà poésie populaire, les chants religieux ont un caractère particulier, en ce qu'ils dérivent de la littérature écrite. Ils sont d'église comme elle. Aussi ne remontent-ils guère qu'au xvii" siècle. Chants sur le commencement et la fin du monde, sur le jugement dernier, sur saint Georges, ils ont pour la plupart une origine méridionale, comme cette littérature elle-même, qui fut popularisée d'abord dans les provinces du sud. Une des cordes de cette lyre, et très fréquemment touchée, appartient au raskoL et sert surtout à évoquer la figure de l'Antéchrist. Invisiblement, et même visiblement, selon l'enseignement de certaines sectes, le règne de l'Antéchrist est inauguré dans l'empire et dans l'église depuis le xvii° siècle.

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