‹ Littérature russeChapitre 25 sur 82 · LE DIT DE LA BANDE D IGOR · texte numérisé non relu

LE DIT DE LA BANDE D IGOR

Les légendes, récits en prose à base religieuse, sont une des formes de cette poésie, avec une source commune dans les livres saints et les récits apocryphes. Le diable empêchant Noé de construire son bateau, Salomon imaginant de fonder un monastère dans l'enfer, et d'autres fantaisies du même sfenre en font les frais.

J'ai réservé une place à part au Dit de la bande d'Igor. Il échappe, en effet, à toute classification. Il est unique.

Le Dit de la bande d'Igor.

Il a suscité, il suscite encore des discussions passionnées. Le texte du poème n'a paru au jour qu'en 1795, dans un manuscrit du xiv* ou du commencement du XV® siècle, qui n'était qu'une copie, l'œuvre datant du xn® siècle, pour ceux qui la croient authentique. Cette copie n'existe plus; elle a brûlé en 1812 avec la bibliothèque du comte Moussine-Pouchkine. Une transcription en avait été faite pour l'impératrice Catherine II. C'est tout ce qui nous reste. Et c'est peu, alors qu'il s'agit d'une relique sans prix, seule épave et seul témoignage d'un passé littéraire disparu et douteux.

Œuvre d'un seul auteur qui a négligé de se nommer? Œuvre collective, comme les bylines, de plusieurs générations de poètes? Autres questions prêtant au doute. Aujourd'hui l'hypothèse individualiste prévaut, avec l'admission d'un groupement ingénieux d'éléments appartenant en commun à la poésie populaire du temps. Le cas ne serait pas isolé. Une variété presque égale de motifs, ainsi qu'une curieuse similitude d'inspiration ont été signalées dans une vieille chronique, dite Khalitcho-Volhynienne.

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Un indice de création personnelle semble ressortir de la forme même du poème. L'auteur s'y met constamment en scène, tantôt pour invoquer le souvenir d'un devancier qu'il appelle Boïane et dont il nous apprend l'existence, tantôt pour manifester son admiration ou sa douleur. Car il n'a rien de l'impassibilité homérique.

Il raconte une expédition du prince de Novgorod-Siéviérski, Igor, chargé par le prince de Kiev, Sviatoslav, de repousser les Polovtsy. Jusqu'à l'invasion tatare, les Polovtsy turent les grands ennemis de la Russie. Victorieux au début, Igor subit dans une rencontre décisive un désastre complet et tombe en captivité. L'événement est rapporté dans la chronique dite d'Ipatiev sous l'année 1 185, dans celle de Lavrentiï sous l'année 1186. Toutes deux s'accordent avec le poète pour en attribuer la responsabilité à la division des princes. Le poète y ajoute sa part d'invention. N'ayant pas quitté Kiev, — les princes de Kiev sont casaniers et envoient généralement les autres au dehors quand il s'agit d'en découdre, — Sviatoslav voit en rêve la terrible catastrophe. Il entend la plainte des vaincus, mêlée aux croassements des corbeaux. Au réveil, instruit de la réalité, il ne bouge toujours pas, mais envoie des messagers aux autres princes, ses voisins, les suppliant de se lever « pour la terre russe, pour les plaies d'Igor ». Cependant, sur les murs du château de Poutivl, oii elle est enfermée, la femme d'Igor, laroslavna, se lamente « comme un coucou solitaire au lever du soleil ». Elle est prête, elle, à partir : « Je volerai comme un oiseau vers le Danube ; je tremperai dans l'eau ma manche de loutre, et je laverai les plaies d'Igor sur son corps puissant. »

Le dénouement est triomphal, quoique peu héroïque. Igor s'échappe de sa prison. Les Polovtsy le poursuivent, mais la nature se fait complice de sa fuite : les pics en

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