LA RENAISSANCE. - PIERRE LE GRAND
1 L'œuvre de Pierre le Grand. Laïcisation de l'esprit public. 2. Feofane ProkopovUch. L'esprit moderne dans l'église. Etienne Iavo;ski " r t'Jh , h ï •• -•'• P°--^ko.. Le premier économiste ru se - 4. Tat.cbtchev. Sa carrière et son œuvre. Caractère utilitaire de là littérature con emporaine. - 5. Kantémir. Nouveaux courants lUtéraires. La poésie. La satire. L'éducation classique.
L'œuvre de Pierre le Grand.
Le monde moral russe de la fin du xvii<= siècle a été comparé à un grand radeau flottant à la dérive, mais entraîné néanmoins vers l'est, du côté de l'Asie, par le courant de ses traditions naturelles, puis brusquement jeté dans une direction opposée par un coup de barre violent et brutal. L'image traîne encore dans les littératures occidentales. Elle est fausse comme la plupart des clichés de ce genre. La direction orientale est, au contraire, dans l'histoire de la civilisation russe, un phénomène nouveau, datant d'hier, et conservant jusqu'à présent un caractère purement politique, économique, industriel. A un point de vue plus général, à Kiev déjà' comme à Novgorod, la vie nationale procédait bien de
rOrient byzantin, mais tendait h se développer dans un sens opposé. Kiev se créait des liaisons avec rAUemagne et même avec la France. Par la Baltique, Novgorod s'ouvrait les routes de l'Occident. L'invasion tatare a coupé court à ces tendances; elle n'en a pas produit d'autres qui fussent orientées différemment. Les intellectuels du xvi<= siècle, en querelle avec le régime despotique issu de la conquête mongole, n'allaient pas chercher refuge en Asie. Nous savons où Kourbski trouva le sien. Au siècle suivant, Pierre le Grand n'a fait venir ni les artistes italiens qui avaient déjà rebâti Moscou, ni les moines petits-russiens qui, avant lui, s'occupaient d'en reformer les écoles. Avec son génie fougueux, il a simplement accéléré la marche lente, qui déjà poussait le navire cap à l'ouest. Il gonfla les voiles, essouffla les rameurs et tint le gouvernail d'une main ferme, mais la direction
était prise.
Quelques slavophiles impénitents font bien encore un
crime au réformateur d'avoir rompu le lien qui, à les
entendre, aurait dû rattacher, dans leur pays, le progrès
de la civilisation aux manifestations originales du génie
national. Cette rupture est encore purement imaginaire.
Les fils par lesquels la Russie du xvii-^ siècle tenait à ses
orio-ines semi-orientales subsistent toujours. Nous en
verrons la trace jusque dans la littérature du xix". Ils
sont peu apparents dans celle qui fut contemporaine de
Pierre le Grand. Mais c'est l'histoire commune de toutes
les littératures modernes. Il n'en est pas une qui, à
l'exemple de la littérature grecque, procède organique-:
ment et directement de l'inspiration nationale. Toutes,
par la Renaissance, ont été filles adoptives, d'abord,
d'Athènes et de Rome, sauf à retrouver plus tard le
secret de leurs origines. La Russie a dû suivre aussi cette