‹ Littérature russeChapitre 31 sur 82 · L ŒUVRE DE PIERUE LE GRAND · texte numérisé non relu

L ŒUVRE DE PIERUE LE GRAND

voie. L'époque de Pierre le Grand n'a élé pour elle que raccomplissement précipité de cette Renaissance tardive, dont j'ai indiqué les premiers symptômes dans le chapitre précédent. Avec une différence toutefois et une cause d'infériorité par rapport à ses émules de l'Occident : au lieu de lui arriver par le seul crible latin, le génie grec a dû emprunter une série de cribles superposés : l'influence polonaise, puis allemande, française et anglaise.

La part personnelle du Réformateur dans cette évolution se traduit d'une façon expressive et se résume en ce grand établissement scientifique, dont le projet conçu par lui n'a été réalisé qu'après sa mort. L'Académie slavolatine de Moscou ne lui suffisait pas. 11 en voulait une autre, à Pétersbourg, sur le modèle européen et d'après le plan que lui suggérait Leibnitz. Mais son second conseiller allemand, Wolff, tenait pour une université, et un troisième s'avisa que, dans un pays où l'on manquait d'écoles, il fallait peut-être commencer par un gymnase. Après de longues hésitations, qui durent coûter à son tempérament, Pierre se décida à mettre les trois têtes sous un même bonnet, et l'établissement projeté dut réunir les trois types proposés. Mais l'Université demeura sur le papier et le Gymnase eut des commencements pénibles : en 1730 il ne comptait que 36 élèves, dont une vingtaine ne fréquentant pas les cours. Toujours à court d'hommes, Pierre trouvait à les occuper ailleurs. En 1736 le chiffre tombait à 19. L'Académie seule prospéra. Les académiciens ne font jamais défaut. Il en vint d'Allemagne et même de France.

Ils étaient, dans la pensée du Réformateur, des défricheurs, appelés à mettre en valeur le sol du pays. Dans les sillons par eux ouverts on jetterait à la volée la

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semence des moissons futures. Des traductions d'abord. Le grand homme y travailla de sa main, tout en pestant contre la prolixité des écrivains allemands. Aux écrivains indigènes il assignait, pour le moment, une tâche inférieure : se mettre avec lui à l'école de l'Occident et seconder son effort pour la mise en pratique des leçons puisées à cette source. Toutes les branches de la production littéraire furent asservies à ce double but. 'Jelle pièce dramatique, représentée sur la Place Rouge de Moscou, n'était que la paraphrase d'un bulletin officiel de victoire remportée sur les Suédois, et tel sermon, prononcé dans la cathédrale de l'Assomption, servait de commentaire à un décret publié de la veille.

Parfois les représentations théâtrales échappaient à la main qui s'occupait de les diriger, se faisaient frondeuses, dans les « intermèdes « surtout, dialogues burlesques que l'on jouait le plus habituellement chez les particuliers, mais avec libre accès pour le public de toute condition, suivant l'esprit démocratique du lieu. L'opposition populaire aux réformes, à la réforme du costume principalement, la plus offensante pour les classes inférieures, s'y traduisait en saillies audacieuses. Pierre laissait faire, et plutôt que de préluder aux futures sévérités de la Censure, il provoquait ses adversaires sur le même terrain. Quelque part que son tempérament, son goût pour les distractions violentes et triviales, son penchant pour l'extravagance, aient eu dans les mascarades, les bouffonneries, les parodies licencieuses, oîi il prodigua sa verve et prostitua sa dignité, — et j'ai admis ailleurs que cette part fut prépondérante, — • des arrière-pensées d'ordre plus élevé s'y mêlèrent assurément. 11 s'agissait de tirer l'esprit public hors de la vieille ornière byzantine, de le laïciser, au prix même de profanations

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