ÉVOLUTION INTELLECTUELLE
Littérairement, le premier est un élève de l'école sentimentale, le second un éclectique, le troisième un classique de type spécial. Tous les trois appartiennent en réalité à une période de transition, qui préparc révolution nationale d'un avenir prochain.
La vie intellectuelle du pays s'est trouvée, d'ailleurs, dans cette période et dans la période suivante, si intime" ment liée à la vie politique et sociale, qu'un coup d'œil d'ensemble sur leurs péripéties communes s'impose au début de ce chapitre.
Evolution intellectiLelle et politique.
Un moment entraîné par cette vague de libéralisme chimérique, où son frêle esquif d'héritier présomptif avait flotté, Paul I" en est venu promptement, on le sait, à jeter l'ancre sur un bas-fond qui se trouva être le plus terrible des écueils. L'histoire de ce maniaque couronné est encore à faire et sa psychologie intime à dégager d'un chaos d'interprétations contradictoires. Un fait paraît certain : sans le coup d'Etat qui l'étrangla, le régime eût étranglé la vie intellectuelle du pays. Elle râlait. Alexandre P"" lui souffla d'abord son âme de jeune exalté, mal préparée aux responsabilités du pouvoir, et lui donna de l'air. L'Europe, exilée, rentra dans la maison qu'elle avait pu un moment croire sienne. Mais elle portait maintenant une autre figure et trouvait des hôtes qui, eux aussi, avaient changé. De part et d'autre, les idées perçues autrefois dans les régions immatérielles de l'absolu prenaient corps soudain dans le réel et le contingent, et le contact en devenait plus sensible, les heurts inévitables plus douloureux. Puis ce fut la rencontre et
la mêlée sanglante sur d'autres champs de bataille que ceux où les générations précédentes avaient échangé des coups peu meurtriers. La guerre est réaliste par excellence, et Alexandre l" fut longtemps à peu près seul à ne pas comprendre l'élément nouveau, positif et concret, qu'elle introduisait dans la vie nationale. 11 s'attarda dans son rêve. Jusque vers 1821, il joua avec le libéralisme à peu près comme Catherine avait fait avec l'esprit voltairien. Jusqu'en 1811, il défendit Spéranski et ses réformes contre le parti militaire, représentant l'esprit conservateur et groupant à sa suite, à peu de chose près, l'élite intellectuelle du pays. Spéranski fut toujours un isolé, et quand le passage du Niémen, suivi de l'incendie de Moscou, eut donné raison au militarisme triomphant, tous les partis se trouvèrent réconciliés dans un même élan d'exaltation guerrière. Conservateurs, libéraux, nationalistes et mystiques fraternisèrent dans les rangs de l'armée qui s'achemina sur Paris. A Paris, Alexandre I "■ continua son jeu, annonçant publiquement, dans les salons de M™'' de Staël, l'abolition prochaine du servage. Au congrès d'Aix, en 1818, il rêvait encore, exprimant l'idée que les gouvernements devaient se mettre à la tête du mouvement libéral. Et, la même année, il faisait préparer par Novossiltsov un projet d'institutions libres pour la Russie. En même temps, il favorisait la diffusion de l'instruction et la création d'écoles populaires sur le modèle de Lancaster. Des agents anglais de la Société biblique, établis en Russie, en avaient donné la première idée vers 1813.
La prédominance de l'influence anglaise dans la littérature du pays date de cette époque. Elle s'exerça d'abord dans une direction moins littéraire que pratique. Nicolas Tourgueniev s'inspira des aufeurs anglais pour