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EVOLUTION INTELLECTUELLE

son « Essai d'une théorie des impôts », et l'amiral Mordvinov pour ses projets si populaires de réfo^Miies économiques. Walter Scott et Byron ont marché, en Russie, sur les traces d'Adam Smith. L'Allemagne venait derrière avec ses poètes et ses philosophes, les tirades humanitaires de Posa, les chimères politiques de Kleist et de Korner et les théories de Schelling. Il y eut une génération de Gottinguénistes russes, et l'influence française fut presque éliminée à ce moment. Elle ne devait retrouver une part d'action qu'avec Déranger et Lamartine, Paul-Louis Courier et Saint-Simon.

Jusqu'en 1821, Alexandre P"* s'accommoda parfaitement de cette nouvelle irruption d'éléments étrangers et de la fermentation intellectuelle qui en résultait dans un milieu d'ailleurs restreint. Sa tolérance, voire sa protection s'étendirent jusqu'aux sociétés secrètes, semi-littéraires, semi-politiques, dont l'éclosion contemporaine lui semblait un prolongement de sa propre rêverie. Il y avait là plus de poètes comme Ryléiev que d'hommes d'action, et les poètes ne l'effrayaient pas : c'étaient des confrères. A la vérité, depuis 1811 déjà, Araktchéiev occupait la place de Spéranski et la Sainte-Alliance date de 1815. L'homme et la chose dominaient, en fait, la situation et de concilier leur présence avec les tendances cj[ue le souverain se donnait toujours l'air de favoriser par ailleurs, constituait le plus singulier des paradoxes. Mais cette conciliation, Alexandre ne l'essayait d'aucune façon : sur les hauteurs de l'empyrée autocratique, il vivait son rêve idéal et laissait les réalités se débattre en bas, ne leur demandant que de ne pas troubler sa quiétude. Qu'ils vinssent de Spéranski ou des philosophes étrangers, les projets de réforme n'étaient que des projets, c'est-à-dire encore et toujours des rêves. En fait,

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aucun n'avait passé dans le domaine des applications. En 1821, seulement, les militaires surent persuader au souverain que Ryléiev et ses amis ne se contenteraient plus de chanter en mauvais vers l'aube d'une ère nouvelle. Le petit-fils de Catherine s'alarma alors, lâcha Araktchéiev, comme un chien de garde, sur la bande inoffensive des chanteurs, et se réfugia dans les bras de M""' de Krûdener.

La mort, qui le surprit dans cet asile, provoqua une nouvelle catastrophe. Ryléiev et ses amis se laissèrent persuader à leur tour que le moment était venu de donner corps à leurs propres imaginations, et ce fut la sinistre aventure du 25 décembre 1825 : un essai puéril de coup d'État, une répression sauvage, quelques potences, un long convoi d'exilés sur la route de la Sibérie et l'avènement de Nicolas I".

Karamzine (Nicolas Mikhaïlovitch, 1766-1826) fut parmi ceux qui injurièrent la tentative et applaudirent 1 la répression. j

Karam:{ine.

D'une famille de noblesse tatare [Kara?nurza), il était entré en 1785 dans la littérature par la porte du niaçonnisme, dont le côté nuageux et sentimental devait séduire son âme indécise et molle. Lié avec Novikov, il collabora à ses publications populaires, tout en prenant du goût déjà pour la littérature anglaise. Dans le cercle du Droujêskoie ObcJitchestvo (Société des amis de la langue russe), on lui donnait le sobriquet de Ramsay. En 1789, il visita les pays étrangers, avec une mission, a-t-on cru, et des subsides maçonniques. 11 traversa l'Allemagne, par-

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