JOUKOVSKI
il se terra à la campagne, y composa encore une « Polvxcne », commença une « Méclée », et s'éteignit clans une demi-démence. Son nom et son œuvre devaient être rappelés ici : avec un talent fort médiocre, par le choix de ses sujets et par la façon de les traiter il a, presque autant que Joukovski, contribué à l'évolution dont Pouchkine allait tantôt devenir l'ouvrier définitif.
Joukovski.
D'avoir introduit le romantisme en Russie est une gloire que Vassili Andhéievitcu Joukovski (1786-1852) aima à s'attribuer. Ce n'était qu'une illusion. Avez-vous idée d'un romantique terminant sa carrière par une traduction de r « Odyssée » ? De cette école littéraire Joukovski n'était capable de comprendre et de prendre que ce qui, chez un Ticck, un Novalis ou un Fouqué, correspondait à son tempérament de rêveur mélancolique. Les grands objets et les grands buts attribués par les deux Schlcgel à la nouvelle poésie lui échappaient entièrement, et pas davantage sut-il rien entendre plus tard au scepticisme de Byron ou à l'ironie de Heine. Son amour des vagues lointains, du terrible et du fantasque, son mysticisme exalté, témoignant d'un développement excessif de la sensibilité au détriment de la raison, devaient lui fermer ces horizons de la pensée contemporaine.
Au fond, il continua simplement l'œuvre de Karamzine, dont il partageait d'ailleurs les idées politiques, avec la même tendance didactique et moralisatrice. Et c'est ainsi qu'à partir de 1830 il se trouva étranger au mouvement qui emportait la nouvelle génération littéraire. Il méconnut Gogol et ne se rencontra avec lui qu'après la faillite
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morale de l'auteur des « Ames mortes », sur le terrain d'un piétisme extravagant assez voisin de la folie. Du poète romantique, il n'a eu que la subjectivité, mais à un haut degré et de façon qu'il a été le premier écrivain en Russie chez lequel la vie subjective du cœur ait trouvé une expression idéale. Vie et poésie ne faisaient qu'un pour lui; monde intérieur et monde extérieur se confondaient en une sensation unique de beauté et d'harmonie.
Sa naissance fut une page de roman. Un propriétaire campagnard, Bounine, type suranné du vieux boïar russe, possédait une esclave turque, Salkha. Un enfant naquit et fut adopté par un ami de la maison, André Grigorovitch Joukovski : on le confia ensuite à une sœur de son père naturel, M"*" louchkov, qui vivait à Toula. C'était un milieu hospitalier et artistique. On y organisait des concerts et des spectacles. Le jeune Joukovski y devint auteur dramatique avant d'avoir bien su la grammaire, en composant et faisant représenter une « Camille ou Rome délivrée » et un « Paul et Virginie ». En 1797, M™® louchkov le mit au pensionnat universitaire de Moscou et peu après ses premiers vers parurent dans les recueils littéraires de l'époque. Tristes déjà et mélancoliques. La mort de M™° louchkov, qui survenait h ce moment, inspira au poète adolescent une imitation du « Cimetière » de Grey, qu'il intitula : « Pensées sur une tombe )). Mais les vers se vendaient mal. Les éditeurs étaient plus friands de traductions. Pour gagner quelque argent, Joukovski traduisit le théâtre entier de Kotzebue et quelques-uns de ses romans; après quoi il essaya, sans succès, de la carrière administrative, se réfugia pendant quelque temps à la campagne auprès de sa famille adoptive et revint à Moscou pour y prendre la direction du « Messager de l'Europe ». Selon la coutume du temps, il