LE MOUVEMENT HISTORIQUE
quand il en fut, avait cessé d'être artiste. Mais, au point de vue social et scientifique, les Kiriéievski et les Akssakov ont d'autres titres de gloire à revendiquer. C'était beaucoup déjà que d'indiquer l'élément populaire comme base du développement social et principe de la vie nationale, à une époque où le peuple n'avait pas, dans ce pays, d'existence légale. L'étude du passé national en reçut une direction nouvelle et la grande école historique fut constituée, qui de 1840 à 1870 a mis, en Russie, cette partie de la science au niveau de l'Occident.
Le mouveme7it historique.
Le slavophilisme y a contribué même par ses erreurs. En s'égarant dans des constructions historiques imaginaires et fantaisistes, il provoquait un travail de critique et de reconstruction. Ainsi on en est venu à s'apercevoir que l'œuvre de Karamzine était à refaire, et même celle de M. PoGODixE (f 1873), défenseur de la « théorie normande », c'est-à-dire de l'origine normande des premiers Varègues, contre I. Vénéline (j 1839) et ses élèves, Savéliev-Rostislavitch et Morochkine. Slavophile, panslaviste et en même temps admirateur de Pierre le Grand, tout autant qu'a pu l'être N. Oustrialov lui-même, cette « Clio en uniforme avec le grand cordon », ainsi que l'a appelé un critique allemand, Pogodine relève, lui aussi, à beaucoup d'égards, de ce mysticisme patriotiquement exalté, dont paraissent imprégnées peu ou prou en Russie toutes les écoles contemporaines. Oustrialov a sur lui l'avantage d'en être à peu près affranchi. Dans son « Histoire de la Russie », comme dans sa biographie en six volumes (inachevée) de Pierre le Grand, richement docu-
mentée, mais vide d'esprit critique, il se contente d'être officiel. Les sept volumes des œuvres de Pogodine, publiées de 1846 à 1859, sont d'une lecture pleine d'intérêt, mais décèlent une préparation scientifique insuffisante.
Un grand travail fut inauguré à cet égard sous le règne de Nicolas I" par l'établissement d'une Commission et d'une Expédition archéograpliiques, par la création dans les Universités, de chaires de philologie slave et par la mise à contribution des Universités étrangères, allemandes surtout, pour l'éducation des professeurs. Une nouvelle génération d'historiens en est sortie, dont Kalatchov, Kavéline, Afanassiev, Bousslaiev, Zabiéline, S. M. SoLoviov (1820-1879) etN. I. Kostomarov (1817-1885) ont été les représentants les plus éminents. Concevoir l'histoire comme un organisme susceptible de développement suivant des lois à déterminer; donner la première place, dans l'étude de cet organisme, à l'examen de ses modes d'existence : institutions politiques, droit, économie, mœurs, tel fut leur programme. En s'appliquant à le suivre dans une série de brillantes monographies, C. D. Kavéline (1818-1855) a touché aux plus importantes questions intéressant la vie politique et économique ainsi que la culture générale de son pays. F. I. Bousslaiev (1815-1870) a non seulement implanté la méthode comparative dans l'étude de la langue nationale, mais encore mis en relief, dans la poésie nationale, le fonds moral du sentiment populaire.
L'étude de Soloviov sur « Les relations entre les princes russes de la maison de Rurik » fit époque en 1847. Sa grande Histoire de Russie en 29 volumes, commencée en 1851, demeure jusqu'à présent une source où nous puisons tous. Elle n'est, dans les derniers