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LE ROMAN HISTORIQUE

Le roman historique.

Il s'est développé là-bas, après 1830, sous l'influence du romantisme occidental et en pai^ticulier de Walter Scott. Avec Zagoskine, Lajetchnikov, Koukolnik et Zotov, il est resté, dans sa première période, inféodé à cette influence ainsi qu'à l'école historique de Karamzine. Dans le roman d'ailleurs comme dans l'histoire, l'évocation du passé devait alors s'arrêter à l'époque de Pierre le Grand, comme à une barrière qu'on ne passait pas. « La Maison de glace » de Lajetchnikov, qui enfreignait la consigne en empiétant sur le règne de l'impératrice Anne, fut arrêtée à la seconde édition. La censure s'en mêlant, même en deçà de la barrière, Pouchkine et Gogol furent seuls à produire dans ce genre étroitement surveillé des œuvres d'un réel intérêt. Après 1850, les préoccupations si intenses d'une époque décisive dans la vie nationale en détournèrent naturellement les esprits. L'actualité absorba tout. En même temps cependant les grands travaux de Soloviov et de Kostomarov élargissaient le cadre des reconstructions historiques, en y introduisant des éléments nouveaux, mœurs, traditions, coutumes, croyances, sympathies et antipathies ayant participé à la vie du passé. Un peu plus tard, les vastes publications de documents, inaugurées, après 1860, dans « L'Archive russe » (1860), « L'Antiquité russe » (1870), « Le Messager historique » (1880), « L'Antiquité de Kiev » (1882), constituaient un trésor, dont l'art devait quelque jour s'emparer. La supériorité du nouveau roman historique, ainsi richement doté, sur l'ancien, parut cependant uniquement dans une plus grande variété de sujets.

une façon plus libre de les traiter et des connaissances archéologiques plus étendues. L'observation du passé y restait tout aussi superficielle et le mélanq-e de réalité et de fiction tout aussi incohérent. Kostoniarov, hélas! donnait lui-même, à cet égard, le mauvais exemple, et le pire, dans son « Cremutius Cordus », drame publié en 1862, où il mêlait à l'histoire de Brutus et de Cassius des épisodes de sa propre vie et dans un roman, dont j'ai déjà fait mention, et dont le héros, Koudéiar, personnage imaginaire et énigmatiquc, participe, avec un rôle prépondérant, aux événements contemporains d'Ivan le Terrible.

En 18C1, « Le Messager russe » publia un roman du comte Alexis Tolstoï se rapportant à la même époque. Le succès du « Prince Sérébrianyï » fut considérable. Champion de la noblesse contre le despotisme du tsar et les excès de son Opritcliina (garde particulière), le personnage qui donne son nom au livre a une belle allure héroïque. Les tableaux qui mettent en scène la chasse du souverain, le camp de ses adversaires, la fuite et la mort du jeune Skouratov, un transfuge du camp des opritchniki, ne manquent, dans la manière de Walter Scott, ni de réalité ni de vie.

Avec G. P. Danilevski et son « Mirovitch », publié en 1879, les amateurs de ce genre de peinture devaient malheureusement rentrer dans le domaine de la fantaisie baroque et de la divagation, pour recueillir, par exemple, les impressions du malheureux partisan de l'infortuné Ivan VI, la victime d'Elisabeth et de Catherine II — après sa décollation. Il est vrai qu'en 1867 déjà « Le Messager russe » avait publié « Guerre et Paix ».

Procédant de Koltsov, de Grigorovitcli et de Tourgueniev, le roman ethnographique recevait en même temps

MIELNIKOV 299

une forme populaire et assez attrayante dans les œuvres de P. I. MiÉLNiKOV (1819-1883), plus connu à un moment sous le pseudonyme de A. Piétcheuski. Les débuts de cet écrivain remontent à 1839, époque h laquelle il publia dans les « Annales de la patrie » des souvenirs de voyage très remarqués. Il professa ensuite l'histoire et la statistique à Nijni-Novgorod, s'y adonna à l'étude du raskol et se fit attacher en 1847 au gouverneur du lieu, prince Ouroussov, auquel il avait proposé des mesures très sévères contre les dissidents. Après quelques essais malheureux de roman psychologique, il dut à l'expérience ainsi acquise le meilleur de son bagage littéraire, recueilli sur le tard, de 1875 à 1880, dans deux romans-études vraiment intéressants, dont a Le Messager » offrit à cette époque la primeur h ses lecteurs. Sans valeur artistique, sans vérité psychologique, avec une grande part de fantaisie, un goût fâcheux pour le mélodrame et un point de vue entièrement officiel, ces récits intitulés « Dans les forêts » et « Dans les montagnes » abondent en détails curieux et ne laissent pas de présenter une grande valeur documentaire.

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