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HERZEN

Proudhon, se fit bannir et, en 1850, publia, en allemand d'abord, sous le tite de « Vom andern Ufer », son premier livre affranchi de la censure. Composé sous l'influence combinée des idées révolutionnaires du temps et des doctrines slavophilcs, ce recueil d'épîtres et de dissertations proclamait, un peu audacieusement, la fin prochaine et inévitable de l'organisation politique et sociale du vieux monde européen, chrétien et féodal, et sa régénération par la communauté russe. La littérature révolutionnaire du temps n'a rien d'aussi paradoxalement brillant.

Lié avec Charles Vogt et Herwegh, Herzen habita à cette époque Nice, dont une lamentable catastrophe, la mort de sa mère et de deux de ses enfants, noyés entre cette ville et Marseille, devait bientôt lui rendre le séjour trop pénible. Il avait fait, en 1838, un mariage d'amour, précédé d'un enlèvement. Paris lui étant interdit, il opta pour Londres, mais s'y trouva d'abord tout aussi isolé qu'il avait été en Russie. Les révolutionnaires des autres pays avaient peine à s'accommoder de son slavophilisme. Il en essaya la justification, en publiant son second livre : « Du développement des idées révolutionnaires en Russie » (1853), mais ne réussit qu'à gagner la sympathie du parti démocratique polonais et de son chef londonien, Worcell. Un typographe de l'imprimerie polonaise de Londres, Czernieçki, l'aida h y fonder une imprimerie russe. Mais, en même temps, la guerre de Crimée, en faisant éclater la supériorité de la vieille Europe, ébranlait les convictions trop présomptueuses du slavophile exilé et lui conseillait d'abandonner l'Occident « pourri » à son sort, pour reporter toute son attention sur les questions d'ordre intérieur en Russie. Ses liaisons polonaises y contribuèrent et la mort de Nicolas

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(1855), avec le bouleversement politique qu'elle déterminait, fut pour l'engager plus avant dans cette voie. Ainsi se décida la publication de « L'Etoile polaire ». Avec les premiers numéros de ce recueil périodique, où, en tête des réformes réclamées, Herzen mettait l'émancipation des serfs, parurent aussi en anglais les mémoires de l'auteur (« My exile », 1856), produisant une grande sensation. En 1857, « L'Etoile polaire », qui ne paraissait que tous les six mois, sembla insuffisante, et, le l®' juillet de cette année, « La C-loche » hebdomadaire, destinée à une si prodigieuse fortune, faisait son apparition. Cinq mois après, le 2 décembre 1857, Alexandre II publia le célèbre rescrit invitant la noblesse à lui présenter ses projets pour l'œuvre d'émancipation, et à partir de ce moment, « La Cloche » prit pour quelque temps l'aspect d'un organe en quelque sorte officieux, soutenant le gouvernement contre les résistances que la réforme projetée rencontrait dans une partie de l'aristocratie. Officiellement interdit, le journal circula dans tout l'empire. On en trouvait des exemplaires jusque sur la table du général Rostovtsov, président de la commission chargée de préparer l'acte d'affranchissement. Quand la police se croyait par décence obligée de sévir, elle en confisquait, en une fois, cent mille exemplaires, à la foire de Nijni- Novgorod. Herzen arrivait, d'autre part, à posséder sur les affaires du pays les renseignements les plus sûrs, les plus précis et les plus prompts. Il entretenait ses lecteurs de secrets d'Etat, qui n'étaient pas connus de dix personnes en Russie. Il savait les noms des prisonniers enfermés dans les casemates de Saint-Pétersbourg ou dans les mines de Nertchinsk, que leurs gardes euxmêmes ne connaissaient que par leurs numéros.

L'émancipation étant devenue un fait accompli, le

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