‹ Littérature russeChapitre 64 sur 82 · BAKOUNINE · texte numérisé non relu

BAKOUNINE

3 mars 1861 fut fêté clans la maison de Herzen au West- End, A l'entrée, deux grands drapeaux flottèrent avec ces inscriptions : « Freedom of the russian peasants « ; — « The free russian press ». Herzen ne se doutait pas qu'il célébrait aussi la décadence prochaine de « La Cloche ». Le prestige du journal déclina rapidement à partir de cette époque. Herzen jDrit inconsidérément parti pour les révoltes de paysans, qui, suivant de près la réforme, risquaient à ce moment d'en compromettre le bienfait. En même temps, sous l'influence de Bakounine, il s'engageait dans un parti pris d'outrance révolutionnaire, où le gros de ses lecteurs devait l'abandonner rapidement.

Michel Bakoumne (1814-1876) venait alors de s'échapper de la Sibérie par l'Amérique. C'était un révolutionnaire du type de Barbes, épris de sa vocation en artiste. « La passion de la destruction est une passion créatrice », afiirmait-il. Hégélien de droite, puis de gauche, il passa en Allemagne vers 1841, y trouva trop de théoriciens h son gré, vint à Paris, manifesta avec les émigrés polonais, et se fit expulser par Guizot jusqu'à la révolution de Février, qui lui rouvrit les portes de la capitale. Caussidière disait de lui : « Le premier jour d'une révolution, c'est un trésor; le lendemain, il faudrait le fusiller ». On se contenta de le mettre encore dehors. 11 s'en fut à Prague, y prêcha le panslavisme socialiste, combattit avec l'émeute contre les soldats de Windischgraetz, échappa à la police autrichienne et courut prendre part à la révolution de Dresde. La Saxe le livra à l'Autriche, qui l'abandonna à la Russie. Il fut envoyé aux mines, s'en échappa comme j'ai dit et arriva à Londres pour révolutionner la propagande relativement modérée de Herzen et fêler sa cloche. Il devait plus tard

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effaroucher par ses violences Karl Marx lui-mcmc et les travailleurs de l'Internationale. Après 1873, l'abandon universel le rendit ii la vie privée. Parmi ses nombreuses publications, brochures et livres, l'opuscule intitulé : « A mes amis russes et polonais » (Leipzig, 1862, en français) et une étude publiée en allemand sous le titre de « liistorische Entwickelung- der Internationale » (Genève, 1874), méritent seuls mention.

En compagnie de ce dangereux acolyte, Herzen perdit peu à peu toute mesure et toute sagesse politique. Il s'attaqua à la personne de l'Empereur, qu'il avait toujours ménagée jusqu'alors : « Adieu, xVlexandre Nicolaiévitch, bon voyage! « J'ai dit plus haut comment il arriva à provoquer l'énergique protestation de Katkov. Désertée par les lecteurs, transportée à Genève en 1865, « La Cloche » dégénéra peu à peu en pamphlet obscur, pour disparaître quatre années après. L'année suivante, Herzen mourait à Paris.

Ce fut une des plus remarquables organisations intellectuelles de tous les pays et de tous les temps. Il écrivait correctement, brillamment parfois, en russe, en français, en anglais et en allemand. Aux dix volumes de ses œuvres (publiés en russe à Genève, 1875-9), il faut ajouter une quantité énorme de brochures. Dans l'une d'elles (« La France et l'Angleterre «) il discuta, en 1858, le problème d'une alliance franco-russe. Ses préférences étaient pour l'Angleterre, la seule école, disait-il, qui convînt à la Russie, « un pays sans centralisation, sans bureaucratie, sans préfectures, sans gendarmes, sans révolution, sans réaction aussi ». En 1865, sous le titre de « Camiccia rossa », il raconta un épisode curieux de son séjour à Londres : sa rencontre avec Garibaldi. Il toucha aussi à l'histoire par la publication des mémoires

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