‹ --Littérature--Chapitre 13 sur 65 · II. .S · texte numérisé non relu

II. .S

Épigramme à nwnseigmur l*émUientùmme cardinal ik Bkhelieu. —Mai 1639 ^

Je me plaignois du sort, ô duc incomparable, Qui sembloit interdire à mes yeux de vous voir, Et, pour rendre mon sort doublement misérable. M'en donnoit l'espérance et non pas le pouvoir. Mais depuis l'heureux jour où mon flme ravie , Dans le bien de vous voir contentant son envie , Goûta plus de plaisirs qu'on en peut espérer , Je bénis sa clémence avec la destinée Qui m'avoit réservé dedans une journée Tout le bien que jamais j'eusse pu désirer.

Sonnet à 7nadame la dticJiesse d'Aiguillon. •— Janvier 1640 \

Toi, divin Apollon, de qui l'art admirable

Passe l'esprit humain, donne-moi ton savoir

Pour louer des vertus qu'on ne peut concevoir,

Cette duchesse enfin qu'on voit incomparable.

Mais j'ai beau t'invoquer, tu m'es inexorable,

Et m'ôtes l'espérance ainsi que le pouvoir

De jamais satisfaire à ce juste devoir.

Qui feroit que mon heur n'auroit pas de semblable.

Mais non, sage Apollon, je ne te blâme plus

De rendre mon travail et mes vœux superflus , .,

En ne m'accordant pas cette faveur extrême ;

Je reconnois ma faute, et je vois à présent

Que tu n'es pas injuste en me le refusant.

Puisque c'est un pouvoir que tu n'as pas toi-môme.

Enfin , il était impossible que Tauteur de YArmir

* Recueil de M. Périer, p. 66^.

' Ibid.

tyramiqve, qui devait tant au jeu de l'aimable actrice, ne lui fit pas quelque remerciment. Aussi le Recueil de Marguerite Perler contient des vers de Scudéry à Jacqueline, vers semblables à tous ceux de l'auteur, à la fois vulgaires et prétentieux. Nous nous bornons à donner la réponse de notre héroïne :

^^onse de la petite Pascal aux vers de M. de ScudêH >.

Sij'étois cette Cassandre

De qui Téclat sans pareil

Pût jamais réduire en cendre

Le cœur même du soleil , Je ne demanderois à ce Dieu du Parnasse Ledoode prophétie, et veux bien avouer Qtte s'il me permettoit souliaiter quelque grAce , Je lai demanderois l'art de vous bien louer.

Grâce au succès de Jacqueline auprès du cardinal de Richelieu, son père Etienne Pascal fut rappelé de Texil auquel il s'était condamné; il rentra au service du roi, et fut envoyé à Rouen comme intendant de Normandie. Il quitta Paris en 1 640, et emmena toute sa famille à Rouen. Jacqueline débuta à Rouen par un triomphe poétique. H Mademoiselle Pascal la cadette, dit le Recueil d'Utreclit, « remporta à l'âge de 1 4 ans, le prix de vers qui se donne « chaque année le jour de la Conception , à Rouen, où « l'on envoie de toute la France des pièces de poésie. » Madame Périer, dans la vie de sa sœur, n'en dit guère davantage. Nous avons recherché la pièce qui valut cette couronne à la jeune Pascal. Nous l'avons trouvée au milieu du Recueil de Marguerite Périer, et nous la publions

' /Wd., p. 670.

ici pour la première fois. On y distinguera quelques vers bien remarquables pour un enfant de quatorze ans.

Stances sur la conception de la Vierge, pour les palinodx de l'année 1640, qui remportèrent le prix de la Tour. — Décembre 1640 *.

Exécrables auteurs d'une fausse créance , Dont le sein hypocrite enclôt un cœur de fiel, Jetez vos foibles yeux sur Tarche d'alliance, Vous la verrez semblable à la reine du ciel.

Comparez leurs beautés et leurs effets étranges. Et puis nous confessez avec soumission Que la Mère de Dieu, cette reine des anges.

Ne peut être que pure en sa conception.

L'une tient en son flanc le bonheur de nos pères, Et l'autre dans le sien notre espoir le plus cher ; L'une par son pouvoir divertit leurs misères. Et Vautre par le sien vous garde de pécher.

Si l'une a fait gagner plusieurs fois des batailles. Parce que dans son sein un trésor est caché.

L'autre ne fait pas moins, ayant en ses entrailles De quoi nous faire vaincre et dompter le péché.

L'arche ancienne conduite en un lieu plein de vice. Dès l'abord qu'elle y vient renverse les faux dieux, Elle en fuit la demeure, et répute à supplice D'habiter en un lieu si peu chéri des cieux.

Si donc une arche simple et bien moins nécessaire Ne sauroit habiter dans un profane lieu, Comment penserez-vous que cette sainte mère, Étant un temple impur, fût le temple de Dieu?

' Jbid., p. 663.

Mais voici qui ajoute à Tintérét de ces stances. Lorsque le président de la cérémonie prononça le nom de Jacqueline Pascal, à laquelle le prix était décerné, celle-ci était ahsente. Mais un ami de sa famille était là qui se leva pourremercier en vers l'assemblée et son président au nom de la jeune Jacqueline. Cet ami des Pascal était le grand Corneille. Cette anecdote était inconnue, ainsi que les vers de Corneille qui s'y rattachent. Nous les avons trouvés aussi dans le Recueil de Marguerite Périer. Ces vers inédits de Tauteur du Cid et de Polymcte sentent fort l'improvisation, et, à dire vrai, ne valent pas même ceux de Jacqueline. Toutefois, il nous a paru qu'on pouvait les ajouter à tant d'autres mauvais vers que les éditions complètes ont recueillis, et que la gloire de CormUc les pouvait supporter.

ROTERaMENT fait suv-le-champ par M. de Corneille, lorsque le prix fut adjugé au^ stances précédentes '.

Pour une jeune muse absente, Prince, je prendrai soin de vous remercier ; Et son ftge et son sexe ont de quoi convier A porter jusqu'au ciel sa gloire encor naissante. ^ nos poëtes fameux les plus hardis projets OdI manqué bien souvent d'assez justes sujets

Pour voir leurs muses couronnées ;

Mais c'en est un beau qu'aujourd'hui

Une fille de douze années.

A seule de son sexe eu des prix sur ce Puy \

' JWd., p. 663.

'U Puy de l'immaculée conception de la Vierge. C'était une ftte poétique qui se célébrait dans beaucoup de villes. Nous avons bu entre les mains un recueil de poésies couronnées sur le Puy de l'immaculée conception de la Vierge, à Caen, de 1710 à 1781. M. 4.

Jacqueline absente avait été suppléée par Corneille; mais elle ne voulut pas qu'on l'accusât d'ingratitude, et Tannée suivante, à la même cérémonie, elle adressa ell&méme à rassemblée un remerciment en vers. Nous le donnons ici pour achever cette anecdocte de la jeunesse de Jacqueline Pascal.

Remerciment pour te prix des stances, Vannée suivante. — Décembre 1641 «,

Prince, dont la bonté s'égalant au mérite Au plus chétif objet rencontre des appas , Recevant un bonheur que je n'espérois pas, Trouvez bon que ma muse en revanche s'excite. Je sens son mouvement; mais, dans cette fureur, Ma foiblesse ne peut exprimer ma ferveur, Ni jusques à quel point cette faveur me touche. , Et toutefois je veux qu*on sache par ma bouche Les sentiments que j'ai du don que j'ai reçu. Pour vous, dans cet honneur dont mes vers sont indignes. Vous imitez Jésus dont les bontés insignes Obligent les mortels qui ne l'ont jamais vu.

Jacqueline avait alors quinze ans. Ses agréments personnels, son charmant caractère, sa modestie, son enjouement, ses talents, sa réputation, en faisaient rornement de tout ce qu'il y avait à Rouen de sociétés élégantes et distinguées. Elle y vécut cinq ou six ans, jusqu'au milieu de Tannée 1646, c'est-à-dire, jusqu'à l'âge de vingt ans, pieuse et régulière, mais sans aucune exagération, bien éloignée de penser à jamais entrer en religion, plus d'une fois recherchée en mariage, croissant en grâce et en talent sous les ailes d'une famille incomparable, parmi les amis

' lUd., p. 664

ÉCRITS ET LETTRES DE JACQUELINE, h 1635 A 1646. 67

de son père et de son frère, et presque sous la conduite du grand Corneille, qui était alors dans toute la force de son génie et dans le plus grand éclat de sa gloire. Elle continua de faire des vers de toute espèce et sur toutes sortes de sujets, des chansons, des épigrammes, des stances. Nous donnons ici les diverses pièces que nous avons pu recueillir de cette période de sa vie, sans nul autre ordre que celui des dates, quand nous avons pu Içs trouver.

Sonnet de dévotion, — Février 1640 *.

Grand et parfait auteur de la terre et de Tonde, Créateur et soutien du moindre des mortels.

Je Tiens avec respect au pied de tes autels Implorer la bonté qui maintient tout le monde.

Cest là qu'avec raison tout mon espoir se fonde, Et c'est là qu'attendant les décrets éternels. Je brave les démons et leurs desseins cruels, Et que j'entends sans peur le tonnerre qui gronde.

Mais la force du mal qui m'acoable les sens Rend mon cœur abattu, mes desseins impuissants, Et modère le feu qui ranlmoit mon zèle.

Grand Dieu ! si je finis dans ces fîroides langueurs, Conserve pour le moins mes sincères ardeurs, Et fais que mon amour ne puisse ôtre mortelle.

Épigramme à sainte Cécile^. — Novembre 1640.

Noble fille du ciel, quand ton cœur généreux. Après avoir franchi mille pas dangereux.

Se sentit consumé d'une divine flamme,

' Ibid.^ p. 663.

* Jbtd., 663.

68 JAGQUEUIIE PASCAL.

Ton esprit transporté trouva son feu si doux Qu'à l'instant tu voulus en brûler ton époux ; Tu lui fis bonne part des ardeurs de ton âme ; Et toutefois ton zèle alioit toujours croissant. Mais cessons d'admirer cette sainte aventure : Le feu qui te brûloit est de cette nature Que plus on le prodigue et plus il se ressent.

Chanson k

Sombres déserts, retraite de la nuit»

Sacré refuge du silence ,

Un malheureux à qui le monde nuit Ne vient pas par ses cris vous faire violence. Son tourment est si doux qu'il n'en veut pas guérir : Il ne vient pas se plaindre, il ne veut que mourir.

Par son trépas dans les lieux habités On sauroit les maux de son âme,

Mais dans ces bois toujours inhabités 11 vient cacher sa mort pour mieux couvrir sa flamme, Ne craignez pas ses pleurs en le voyant périr : Il ne vient pas se plaindre, il ne vient que mourir.

Sonnet fait mr des Hnies 2.

Vos discours rigoureux me donnent de la peur; Mais malgré vos mépris j*aurai cet avantage Que votre œil a toujours la douceur en partage Pour amoindrir mon mal par un regard flatteur. Je sers vos doux attraits avecque tant d*ardeur. Je trouve tant de charme en leur rendant hommage. Que quand j'y souffrirois un insigne dommage Je croirois en mourant recevoir de Vhonneur, Mon âme est pour vos coups une illustre matière, Qui pour vous contenter se donne tout entière A des traits qui jamais ne furent sans effet. Je meurs pour satisfaire à votre injuste envie,

• Ihid., p. 669.

' Ibid.y p. 667.

Mais jettes un soupir, et mon âme raeie Recevra le trépas comme un bonheur parfait.

Stances covUre l'Amour K —Février 1642.

Imprudent ennemi, vainqueur des foibles ftroes,

Qui n'a pour nous dompter que d'impuissantes fiâmes;

Déité sans pouvoir comme sans jugement.

Amour, quitte cet arc dont tu nous veux combattre ;

Son usage inutile, en ton aveuglement.

Ne peut blesser que ceux qui se laissent abattre.

Tes feux sont sans e£fet et tes flèches sans force , Quand le cœur a goûté d'une plus douce amorce, Et lorsque la vertu se le peut asservir. .

C'est là le beau rempart qui doit garder une âme , Et c'est le seul moyen dont on doit se servir Pour garantir un cœur du venin de ta flâme.

Cest ce bel ennemi dont l'esclat te surmonte , Dont la beauté sans fard te chasse et le fait honte, A l'abord seulement qu'il s'empare d'un cœur ; Et c'est le seul lien qui retient ma franchise Ubre de ton servage, et de cette rigueur Qui feit que la raison te fuit et te méprise.

L'esprit le moins subtil est vainqueur de tes charmes ,

D méprisa tes feux sans redouter tes armes.

Alors que la raison ternit tes faux attraits.

Qui veut te résister est aussitôt le maître.

Et si peu de puissance accompagne tes traits

Que qui n'est pas vainqueur veut bien ne le pas être.

SciTE DES ^TANCES corUre r Amour, à mademoiselle de BeuvroUy en lui envoyant les précédentes ^.

Ce n'est pas que par là je veuille faire entendre Qu'il ne soit pas d'objet capable de nous prendre,

' Ibtd., p. 664.

'JWd.,p. 665.

Que tous également nous soient indifférents; Les beaux yeux de Beuvron nous servent d'assurance Qu'il s'en peut rencontrer qui, sans être tyrans, Donnent des sentiments hors de rindifférence.

Il est vray que ces yeux sont partout redoutables,

Il est vray que leurs coups toujours inévitables

N'ont rien vu dans les cœurs qui pût leur résister.

Mais ne te vante point, amour, de cette gloire :

Ses yeux, quoy qu'assez beaux pour pouvoir tout dompter,

Doivent à sa vertu l'honneur de leur victoire.

Ainsi les traits divins dont ils blessent les âmes Ne tiennent rien, amour, des gênes ni des flftmes Où tu fais succomber tes foibles partisans.

Avec eux la raison conserve son usage , Et c'est par ses conseils que les moins complaisants Ont pour eux des respect qui vont jusqu'à l'hommage.

Cesse donc de prétendre à l'empire du monde : C'est à cette beauté qui n'a point de seconde Qu'est réservé l'honneur de vaincre l'univers. Ne combats point du sort les ordres infaillibles. Et pense qu'en cédant à tant d'appas divers On cède à la vertu qui les rend invincibles.

Sonnet sut la guérison apparente du roy Louis XIII K — Avril 1643.

Enfin, vaines grandeurs, vous êtes impuissantes, Et ce nombre infini de tant de courtisans Ne pouvoit empêcher que la mort triomphante Ne portât au cercueil le plus beau de mes ans.

Ces petits rejettons, dont la vertu naissante Porte d^à l'effroy jusqu'aux lieux plus puissants, Ne servoient qu'à pleurer cette mort apparente Et rendre en les quittant mes ennuys plus cuisants.

• Ibid., p. 665. ,

Mais quoyqu'en ces douceurs mon âme fût ravie, Poar le bien de l'État je demandois la vie , Quand le ciel entendit un si juste dessein.

Poar amoindrir mon mal il fallait de^ miracles, Ktsije fus guéri malgré tous ces obstacles, C'est ma seule vertu qui fut mon médecin.

SORNET à la reyne sur sa régence K — May 1 643.

Commencez, grande Reyne, un règne de merveilles. Puisque notre bonheur ne dépend que de vous , Semez par Tunivers vos vertus sans pareilles ; Rendez de vos beaux faits les plus grands Roys jaloux.

Continuez les soins de vos divines veilles, El que votre bonté fasse connoître à tous Qtt'eD vain mille terreurs ont frappé nos oreilles Pour un gouvernement que vous rendez si doux.

Polilîque indiscret, parle sans violence ;

Ne dis plus pour troubler notre heur dans sa naissance

Qu'une douceur de femme est un foible soutien.

apprends à respecter ton illustre princesse, Ûtal l'esprit tout divin sait joindre avec adresse La douceur de son sexe à la force du tien.

^^U>CEs pour une dartie amoureuse iVun hnmmc qui n'en savait rien. — Septembre 1643 ^.

Imprudente divinité.

Injuste et fâcheuse chimère ,

' ^d. Ces stances avaient été adressées à Benserade, comme on ■^voit dans les œuvres de ce dernier, édit. de 1697, t. !«', p. 77. ^'^^ ^maàmùiselle Pascal pour une dame (h ses amm^ sous " "«w d^Mnarante, amoureuse de Tircis.

Dont le pouvoir imaginaire Tourmente une jeune beauté, Amour, que ton trait est nuisible , Et que tu parois insensible A tant de plaintes et de vœuxl Alors qu'Amarante soupire Tyrcis est exempt de tes feuï Et ne connolt point ton empire.

Tandis que ses yeux innocents Enchantent le cœur d'Amarante, Et que cette flamme naissante A déjà des effets puissants, Cette belle par une œillade Montre qu'elle a l'esprit malade Et quelle chérit sa langueur.

Mais ta rigueur inconcevable ' Rend cet adorable vainqueur Autant insensible qu'aimable.

La grâce qu'on voit en son port , Et sa douceur incomparable , Est un écueil inévitable Où sa raison perd son effort. Son ardeur qui toiqours augmente Devient enfin si véhémente Qu'elle ne la peut plus celer ' :

Chacun de nous la voit paroître , Et le seul qu'elle veut toucher Seul ne sçait pas la reconnoitre '.

Peut-être s'il savoit un jour L'ardeur de cette belle * flâme, La pitié feroit en son âme

' Édit. de Benserade : tnconiparafrfo.

" Édit. : cacher.

' Édit. : Est ieul qui ne le peul connoUre.

* Édit. : d^une si sainte fl.

Ce que n*a jamais pu Tamour.

Mais tant de soupirs qu'elle pousse Par une voix plaintive et douce, Ne découvrant point ses désirs, Son Tyrcis n'y peut rien comprendre, Et ne pousse point de soupirs Puisqu'il ne les sçait pas entendre.

Jeune * et capricieux enfant, Que tu te vas donner de blâme!

Pour avoir pu vaincre une femme, Crois-tu te voir plus triomphant?

Non, non, et par cette injustice Tu montres bien que ta malice Est jointe avec peu de pouvoir.

Si la force suivoit tes armes, Tyrcis pourroit s'en émouvoir, Ou du moins coniioître leurs charmes.

Et toi dont j'ai dépeint l'ardeur.

Aimable et divine Amarante, Si ton âme n'en est contente, U feut en blâmer ma froideur.

Si ce qui te rend insensée Pouvoit échauffer ma pensée.

J'y travaillerois plus d'un jour.

Mais ne m'en donne point de blâme, Puisqu'il faut avoir de l'amour Pour mieux discourir de ta fiâme.

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