On leur fait quelquefois part de quelques nouvelles
que Ton sçait, el qui sont indifférentes, comme la vèture de quelques sœurs, ou le contenu de quelque billet que Ton auroit mis au chœur, pour recommander aux prières quelque personne, ou quelque affaire de piété, ou chose semblable, afin de leur ôter le désir d'en apprendre par des voyes illicites.
t4. On ne les reprend jamais, si Ton peut, pendant leur récréation ; on ne prend pas aussi ce temps-là pour leur parler de quelques règlements qu'on auroit à faire dans la chambre, de peur que cette heure-là ne leur donnât lieu d'en dire plus librement leur sentiment ; et puis on seroit obligé de les reprendre; ce qu'il faut lonjours é^ iter autant qu'on le peut.
15. ('o n'est pas que si elles faisoienl des fautes de consé({tienœ pendant la récréation, on le souffrît, au coii- Iraireonlesen reprendroit avec autantel plusdtî force qu'en une autre heure, de i^eur de leur donner lieu de ne pas craindre, et de suivre leurs passions avec trop de liberté, sous prétexte de se divertir. Je dis seulement qu'on garde lès petites fautes pour une autre occasion, et qu'on n'y parle jamais des fautes d'un autre temps.
16. On les exhorte de ne pas parler toutes ensemble, pour éviter le grand bruit, mais de s'écouter parler; el quand une aura commencé quelque chose, de ne l'inlerronipre pas : ce qu'on leur fait voir être d'une grande incivilité.
17. On leur ordonne sur toutes choses de ne rien dire contre la charité, et d'éviter les plus petites paroles qu'elles croiroient que leurs sœurs ne irouveroient pas bon que l'on dît d'elles, quand ce qu'elles diroient ne seroit pas mauvais en soi : parce qu'il leur doit suffire pour se taire qu'elles sachent que quelques-unes d'elles ainieroieni mieux que l'on parlât d'autre chose.
18. On leur inspire aussi de se prévenir d'honneur Tune l'autre par une sainte civilité, qui ne soit produite que par la charité.
17. Elles évitent toutes sortes de familiarité les unes envers les autres, comme de se caresser, baiser, ou toucher sous quelque prétexte que ce puisse être : les grandes mêmes n'usent point de cette familiarité envers les petites. Si Ton défend toutes ces choses à la récréation, à plus forte raison elles ne doivent jamais être faites ni dites en un autre temps, où jamais elles ne se doivent parler qu'en présence de leurs maîtresses, ou pour quelque besoin.
20. La récréation finit par une oraison à la sainte Vierf^e, ]»fmr demander à Jésus-Christ, par l'intercession de sa sainti» Mère, qu'il leur fasse la grAcc de passer saintem^Mit \i'. reste de la journée.
De l*Imtructiœi,
1. A la fin de la récréation, s'élant rangées en deux rangs au milieu de leur chambre, pour.se disposer a rece- \m rinstniction, elles se mettent à genoux, et disent le Veni Sanrte Spirittis toutes ensemble ; et leur maîtresse qui les doit instruire, dit Toraison et le petit verset.
2. Ensuite de la prière, toutes se mettent sur leurs sièges, et celle qui a dévotion de dire quelqu'une de ses fautes tout haut le peut faire, mais on n'y force personne ; nii contraire on leur fait voir que cela est permis par grâce, mais non pas commandé. Elles ont néanmoins accoutuuié lie le faire de bon cœur.
3. Elles doivent écouter avec grand respect les averlissiinens qu'on leur donne, qui doivent toujours être fort charitables. Car il faut qu'elles soient convaincues qu'on
ne les reprend que pour leur bien, el qu'on n'en épargne point les unes plus que les autres.
4. Il faut qu'elles reconnoissent que Ton n'y agit par aucun mouvement déréglé, soit de passion ou de propn' intérêt : ce qui n'empêche pas qu'on ne les reprenne avec force, afin qu'elles soient véritablement humiliées et confuses ; car si elles faisoient cela par accoutumance, ou aiin que l'on crût qu'elles sont bien fidèles à dire leurs fautes, e^la se tourneroit en jeu et en hypocrisie ; ce qu'il faut éviter sur toutes choses. C'est pourquoi on leur donne pénitence de toutes les fautes considérables dont elles s'accusent; ce que je n'ai pas reconnu leur avoir ôté la liberté de les dire.
5. Elles ne disent jamais leurs fautes de celte sorte, c'est-à-dire devant leurs sœurs, les fêles et les dimanches.
6. Aussitôt que toutes les fautes sont dites, ce qui duro toujours plus d'un quart d'heure, on employé le reste de l'heure à les instruire, et à répéter ce qu'on leur a dit la veille. Cette répétition consiste à faire dire à trois ou quatre enfans ce qu'on leur a dit le jour précédent. On ne leur demande pas de rang, pour les surprendre ; on s'adresse tantôt à l'une et tantôt à l'autre, et on ne le fait pa^ à toutes, parce que cela tiendroit trop de temps. Que si les fautes avoient employé toute la demi-heure, on demeure encore trois quarts d'heure pour les répétitions et instructions.
7. Les jours où il y a évangile propre, comme le carême, les quatre-temps, et les samedis pouries dimanches, toutes se lèvent debout, et ayant les mains jointes elles écoutent l'épître et l'évangile avec respect.
8. Après la lecture de l'évangile, on le leur explique le plus simplement que l'on peut : les autres jours où il n'y
ÉCRITS ET LETTRES DE JACQUELINE. IIl. 1652 A 1661. 231
a point d'évangile propre, on les instruit sur Texplication du catéchisme, ou sur les vertus chrétiennes. On leur apprend aussi la manière de se confesser, communier, faire son examen, et bien prier Dieu. On ne passe pas légèrement d'un sujet à un autre, afin de leur donner du temps pour bien comprendre ce qu'on leur dit.
9. Quand on leur explique le catécbisme, cela doit durer longtemps, car on commence par le signe de la croix, et ensuite les articles de notre foi , et les commandemens «le Dieu et de T Eglise : les principaux mystères sont n'^servés pour l'approche des jours auxquels ils sont soleninisés en l'Eglise.
10. Je vous dirai comme je me suis comportée depuis quatre ans. La première année je leur ai parlé sur le symbole, sur le signe de la sainte croix, l'eau bénite, les commandemens de Dieu : la seconde année, j'ai tâché de leur Caire bien entendre l'explication de la sainte messe, qui est dans le chœur nouveau; car encore que cela soit tout expliqué, elles n'y entendoient rien, parce qu'elles le lisoieni par routine, sans y faire assez de réflexion, au moins la plus grande partie, et particulièrement les dernières venues.
11. J'ai fait la même chose pour les prières du soir et du malin, l'examen et les autres devoirs d'une bonne chrétienne. Depuis je leur ai parlé des vertus, me servant pour cela de saint Jean Climaque.
12. Pour cette dernière année où nous sommes, je l'ai toute employée à la pénitence, en me servant de la tradition de l'Eglise, et insistant particulièrement sur les endroits qui font voir combien les chrétiens sont obligés do eonserver l'innocence de leur baptême, et la difficulté de la réparer quand ils l'onl perdue. J'ai maintenant dessein, movennant la grâce de Dieu, de leur expliquer fort parti-
culièrenient le catéchisme de M. de Saint-Cyran, afin de les instruire sur ce qu'elles doivent à Dieu et au prochain, et sur les mœurs.
1 3 . On finit leur instruction par la prière Confirma hoc, Dem^ etc. Cet exercice est fini environ à deux heures et demie. Elles travaillent pendant cette instruction, pounu qu'elles n'ayent rien à demander a personne : car si quelqu'une a besoin de quelque chose, elle ne fait rien pîulol que de se distraire ou de distraire les autres.
Emploi du temps dep^iis Nones jnsq^ues à Véjires, Collation.
1. Depuis nones jusques à vêpres, on fait répéter une leçon du catéchisme, Tune demandant un jour, et sa compagne répondant, et celle qui a deman'dé le premier jour répondant le lendemain, et à la fin elles répétant une hymne en latin ou en françois. Ces répétitions n'incommodent point, et ne font pas perdre de temps ; car cela se fait chacune étant à sa place, et sans quitter son ouvrage.
2. Il faut beaucoup exercer la mémoire des enfans; cela leur ouvre l'esprit, les occupe, et les empêche de [wnsera mal.
3. Ce qui reste de temps depuis l'instruction jusques à vêpres s'employe à travailler dans un entier silence ; on fait seulement à cette même heure, et dans tous les intervalles, lire quelques-unes des moyennes qui ont encore besoin de se formera bien lire. Celle que l'on fait lire dans la chambre doit savoir lire raisonnablement, afin que toutes profitent de ce qui sera lu.
4. Pour les petites, nous avons expérimenté qu'elles apprennent bien mieux à lire quand elles sont seules :
c'est pourquoy celles des grandes qui est destinée pour les faire lire, le fait, à tous les intervalles de la journée, dans une chambre à part. On ne se sert pour cela que d'une des grandes qui a dessein d'être reHgieuse, et encore faut-il prendre garde qu'elle soit sage, discrète et douce, et qu'elle le fasse de bon cœur et pour l'amour de Dieu.
â. Environ à trois heures et demie, on fait faire collation à toutes les petites et moyennes. On en exempte faciment les grandes quand elles le demandent, ce repas n'étant pas beaucoup nécessaire aux plus grandes, à cause que l'on dîne tard et on soupe tôt; et on voit que celles qui ne le font pas s'en portent mieux. Dès quatorze ans, on leur peut permettre de ne le point faire, à moins qu'il \ m eût quelqu'une à qui l'on jugeât que ce repas fût nécessaire ; car alors on les obiigeroil de prendre quelque (jeu de nourriture. On se rend difficile d'en exempter les plus jeunes, encore qu'elles en prient, de peur qu'elles ne demandent cette permission pour faire les grandes filles ou par hypocrisie.
6. A cette même heure, quand celles des grandes qui sont les plus sages souhaitent d'aller prier Dieu, on les y mène, et on demeure avec elles jusques à la fin de leurs prières.
7. On ne permet cette prière qu'à celles que l'on voit, autant qu'on en peut juger, poussées à le demander par un pur motif de plaire à Dieu, et qui en font profit.
De l'heure des Vêpres et de remploi dti temps jusqvss au Réfectoire,
1. A quatre heures, les plus grandes vont à vêpres, si elles méritent qu'on leur fasse cette grâce.