DU RÈGLEMENT DES ENFANS
Après vous avoir rendu compte comme nous réglons les heures de la journée des enfans, il me reste de passer à la seconde chose que vous m'avez ordonnée de vous marquer» qui est la manière dont je me conduis envers elles dans tous leurs besoins spirituels et corporels. Quand je représenterai ce que je dois faire, ce n*est pas que je n'y manque très-souvent; mais cela vous obligera de prier Dieu qu'il me rende telle que je dois être pour le bien de ces âmes qu'il a commises à une personne si incapable de les servir. II y a beaucoup de choses que je ne pourrai pas dire comme par reddition de compte, ne trouvant pas de terme pour m'exprimer; mais Tobéissance me fera passer par-dessus la peine que j'en avois, puisque vous m'avez obligée non-seulement de vous marquer ce que je fm, mais aussi ce que je crois qu'il faut faire pour leur boinie éducation.
Dam quel esprit nous devons rendre service aux enfans. Union des maîtresses. Quelques Avis généraux pour leur conduite f et principalement envers les petits enfants,
1. Je crois donc que pour servir utilement les enfans, nous ne devons jamais leur parler ni agir pour leur bien
KCRITS ET LETTRES DE JACQUELINE. ÎÎI. 1652 A 1661. '251
sans regarder Dieu el lui demander sa sainte grâce, désirant prendre en lui tout ce qui leur est nécessaire pour les instruire en sa crainte.
2. Nous devons avoir beaucoup de charité et de tendresse pour elles, ne les négligeant en quoi que ce soit pour l'intérieur el Textérieur, leur faisant paroîlre, en toutes sortes d'occasions, que nous n'avons aucunes bornes pour leur service , et que nous le faisons avec affection cl de tout notre cœur , parce qu'elles sont enfans de Dieu , el que nous nous sentons obligées de ne rien épargner |X)ur les rendre dignes de cette sainte qualité.
3. 11 est très-nécessaire que nous nous donnions toutes à elles sans aucune réserve, et que sans une nécessité inévitable nous ne sortions point de leur quartier, pour èlrc toujours présentes dans la chambre où elles travaillent, si ce n'est que nous soyons occupées à leur parler, ou à les visiter quand elles sont malades, ou employées à d'autres besoins qui les regardent. .
4. On ne doit point avoir de peihe d'y perdre tout l'office, si ce n'est quand les plus grandes y assistent. 11 Oi^l de telle importance de garder toujours les enfans, que nous devons préférer cette obligation à toutes les autres, quand l'obéissance nous en charge, et bien plus à nos satisfactions particulières, quand elles rogarderoient même les choses spirituelles. La charité avec laquelle on leur rendra tous les services qui leur seront utiles, cou- \ rira non-seulement. beaucoup de nos défauts, mais nous liendra lieu de beaucoup de choses que nous croirions nous devoir être utiles pour notre perfection.
5. On aura une sœur sur qui on se reposera, sans nullement se décharger de son obligation. Il faut, s'il se peut, que cette sœur qui nous sera donnée soit attachée le plus «u'pIIp pourra à la chambre. C'est pourqiioi il seroit à
2b1è JACQUELINE PASCAL,
souhaiter d'6u avoir deux qui fussent portées d'un même zèle et d'un même esprii pour les enfons» et qui le plus souvent fussent ensemble dans la chambre, en présence même de la première maîtresse, atin que voyant le respect avec lequel les enfans se tiennent devant elles, elles ayent droit Tune et l'autre de leur demander en son absence le même respect que celui qu'elles ont en sa présence.
6. Nous devons faire ensorte que les enfans remarquent un grand rapport et une parfaite union et confiance avec la sœur qui nous est donnée pour compagne. C'est pourquoi il ne la faut point dédire de ce qu'elle aura fait ou ordonné, quand ce qu'elle auroit ordonné-ne seroit pas bien, afin que les enfans ne remarquent jamais aucune contrariété, mais se réserver à l'en avertir dans le particulier. Car il est important et presque nécessaire pour bien conduire les enfans que la sœur qui est donnée pour aide soit en disposition de trouver bon tout ce qu'on lui dit.^ Que si cela n'étoit pas, il en faudroit avertir la sup<^ rieure. Que si ce qu'elle auroit de contraire à nous clioquoit seulement notre humeur et ne faisoit point de tort aux enfans, il faudroit demander à Itieu la grâce de nous réjouir de ce que nous aurions une occasion d'être contrariées.
7. Il faut prier beaucoup Dieu qu'il donne aux enfans un grand respect pour les sœurs qui sont avec nous. Nous devons aussi leur donner une grande autorité, mais particulièrement à celle qui y est après nous. C'est pourquoi il est bon de témoigner aux enfans, et oiême leur dire dans les occasions, qu'elle a grande charité pour elles, qu'elle les aime, et que c'est nous qui l'obligeons de nous rendre compte de tout ce qui se passe à la chambre. Lui dire à elle-même devant les enfans qu'elle est obli]gée par devoir ei par charité de nous dire non seulement toutes
leurs fautes de conséquence , mais même leurs plus légers défauts, afin de les aider ù s*on corriger.
8. Nous prenons quelque sorte de confiance aux sœurs qui nous aident, pour leur dire les inclinations desenfans, surtout celles des petites, et celles aussi des grandes qui pourroient causer quelque dérèglement, afin qu'elles puissent mieux les veiller. Il ne faut pas pourtant être si facile à leur dire les choses que les enfans nous disent dans le particulier, si nous n'y reconnoissons une nécessité pour leur bien , de crainte que sans y penser elles ne leur en fassent connaître quelque chose. Je vois qu'il est d'une très-grande importance que les enfans nous voyent se- CTi'Ues, encore que ce qu'elles nous disent ne fussent pas des choses de grande importance pour lors, parce qu'il peut arriver qu'elles en auront d'importantes dans un autre tpmps, surtout quand elles avancent en âge, lesi\UiiUes elles auroient peine à nous dire, si elles avoient reconnu que nous ne leur eussions pas été fidèles dans les petites choses.
9. Comme il est fort important que nous ayons une grande union et parfaite intelligence avec les sœurs qui nous sont données pour aides, il l'est encore plus que ces sœurs n'agissent que par l'ordre qu'elles trouveront et verront établi, et qu'elles soient tellement conformes à tous les sentimens de la première, qu'elles ne parlent que par sa bouche et ne voyent que par ses yeux , afin que les encans ne puissent rien remarquer qui ne soit parfaitement conforme entre elles. Que si les sœurs trouvoient à redire à la conduite de la première maîtresse, elles devroient lui dire, si elles avoient assez de confiance en elle , et qu'elles en eussent permission des supérieures. Si Dieu ne leur donne pas cette confiance», elles doivent en avertir la mère,