IL
de peur que sans le vouloir elles n'en témoignent quelque chose devant les enfans.
10. Quand on est deux religieuses dans la chambre aux heures que l'office sonne, on le peut dire Tune après Taulre> afin qu'il y en ait une qui jette la vue sur les enfans : mais elle ne dira rien des fautes qu'elle leur verra faire, si elles n'étoient importantes, jusques à ce que sa compagne ait fini son office, afin de leur donner un très-grand respect quand elles voyent que l'on prie Dieu. Mais aussitôt que l'office est dit (qui est assez court quand on le dit bas], il les faut punir selon la grandeur de la faute» et avec plus de sévérité que quand on ne prie pas Qieu.
11. Quand on est seule, il ne faut point faire de difficulté de jetter la vue sur elles, mais il ne leur faut rien dire que l'on n'ait entièrement achevé son office. Nous avons vu par expérience le profit que cela leur fait, et quand on est exacte à ne leur point parler, ni à les re-
' prendre pendant la prière, cela les rend elles-mêmes bien plus respectueuses lorsqu'elles prient, et bien plus craintives de nous interrompre. Nous ne sçaurions trop inspirer à la jeunesse le respect pour Dieu, tant par notre exemple que par nos paroles. C'est pourquoi nous serons très-exactes de dire uotre office aux heures que l'on le dit au chœur, en quittant tout ce que nous faisons au second coup de l'office, eC ne no\ts laissant jamais emporter à achever quelque chose par attache. Ce n'est pas que s'il se présentoit un besoin nécessaire de rendre quelque service aux enfans, nous ne le dussions préférer à notre office ; mais il est bon que les enfansi et notre propre coQsciepce soient convaincues que nous n'agissons que pour Dieu, notre exemple étant la plus grande instruction que nous leur puisions donner . Car le diable leur donue de la mémoire pour les faire ressouvenir de nos moindres défauts, et il
la leur ôte pour em()écher qu'elles ne se souviennent du peu de bien que nous faisons.
12. C'est pourquoi nous ne sçdurions trop prier Dieu, trop nous humilier et trop veiller sur nous-mêmes , pour nous acquitter de ce que nous devons aux enfans, puisque l'obéissance nous y engage; et je vois que c'est l'une des \)\\]s importantes obéissances de la maison , et nous ne sçaurions trop trembler eu nous en acquittant, quoiqu'il ne faille pas être pusillanimes, mais mettre toute notre confiance en Dieu, et le forcer par nos gémissemens à nous accorder ce que nous ne méritons pas par nousmême, mais ce que nous lui demandons par le sang de son fils répandu pour ces âmes innocentes qu'il nous a mises entre les mains. Car nous devons toujours regarder ces petites âmes comme de sacrés dépôts qu'il nous a conliés, et dont il nous fera rendre compte. C'est pourquoi il faut moins parler à elles qu'à Dieu pour elles.
13. Et comme nous sommes obligées d'être toujours parmi elles,, il se faut comporter en sorte qu'elles ne puissent pas remarquer d'inégalité dans notre humeur, en les traitant quelquefois avec trop de mollesse , et d'autres fois ^vèrement. Ce sont deux défauts qui se suivent d'ordinaire : car quand on se laisse emporter à leur faire tant de petites caresses et flatteries, leur laissant la liberté de sepandre autant que leur humeur et inclination les y porte, il faut infailliblement que la repréhension suive , et ^'est ce qui fait l'inégalité, qui est beaucoup plus pénible âuxenfans que de les maintenir toujours dans leur devoir.
14. 11 ne nous faut jamais trop familiariser avec elles, ni leur témoigner une trop grande confiance, encore qu'elles fussent grandes; mais il faut leur témoigner une vraie charité et une très-grande douceur dans tout ce qu'elles auront besoin, et même les prévenir.
15. Il les faut traiter fort civilement, et ne leur parler qu'avec respect, et leur céder en tout ce que Ton peut. Cela les gagne beaucoup. Il est bon d*user quelquefois de condescendance dans des choses qui de soi seroient indifférentes, afin de leur gagner le cœur.
16. Quand il est nécessaire de les reprendre de leurs légèretés et mauvaise grâce , il ne faut jamais les contrefaire ni les pousser en les rudoyant, quoiqu'elles fussent de mauvaise humeur, au contraire il leur faut parler avec très-grande douceur , et leur dire de bonnes raisons pour les convaincre; ce qui empêchera qu'elles ne s'aigrissent, et fera qu'elles recevront bien ce qu'on leur dit.
17. Il faut beaucoup prier Dieu qu'il rende les enfans simples, et y travailler de son côté, en les éloignant de tous détours et finesses : mais il faut faire cela même si simplement, qu'on ne les rende pas fines en les exhortant à être simples. C'est pourquoi je crois qu'il ne faut pas leur faire paroîlre qu'elles ont tant de finesse. Car quelquefois, à force de leur dire qu'il ne faut pas qu'elles soient fines, on fait qu'elles le deviennent, et qu'elles se servent de tout ce qui leur a été dit dans le temps qu'elles ne réloienl pas, dans un autre temps où elles ont besoin d'user de finesse pour cacher quelques fautes qu'elles ne veulent pas que l'on sache.
18. C'est pourquoi il faut veiller parfaitement les enfans, ne les laissant jamais seules en quelque lieu que ce soil, saines ni malades, sans leur montrer que l'on le fait si exactement, afin de ne les pas nourrir dans un esprit défiant et qui soit continuellement sur ses gardes. Car cela les accoutume à faire de petites malices en cachette , particulièrement les petites. Ainsi je crois qu'il faut que notre garde continuelle soit faite avec douceur, et une certaine confianc^^ qui leur fasse plutôt croire qu'on les
aime, et que ce n'est que pour les acoompaguer qu'on est avec elles. Cela fait qu'elle aiment celte veille plutôt qu'elles ne la craignent.
19. Pour les petites enfans> il faut encore plus que toutes les autres les accoutumer et nourrir, s'il se peut, comme de petites colombes. 11 leur faut dire peu de paroles quand elles ont fait une faute notable et qui mérite châtiment : mais quand on en est parfaitement assuré, il (es faut châtier sans leur dire une seule parole , ni pourquoi on les châtie, qu'après l'avoir fait. Encore est-il bon de leur demander, avant que de leur rien dire , si elles ne savent pas pourquoi elles ont été châtiées. Car d'ordinaire elles ne manquent pas de l'avoir reconnu. Ce châtiment fait promptement et sans paroles, les empêche de faire des mensonges pour trouver des excuses sur leurs fautes, à quoi les petites enfans sont fort sujettes ; et je trouve qu'elles se corrigent bien mieux de leurs défauts , parce qu elles craignent toujours d'être surprises.
20. Je crois aussi que dans tous les autres défauts plus légers, on les doit peu avertir; car insensiblement elles s'accoutument â toujours entendre parler. C'est pourquoi (le trois ou quatre fautes l'une, il ne faut pas faire semblant de les voir ; mais après les avoir considérées quelque temps, il faut les surprendre, et leur en faire faire satisfaction tout sur l'heure. Cela les corrige bien plus que beaucoup de paroles.
21. Quand il y en a de petites entièrement obstinées et rebelles, il faut trois ou quatre fois les obliger aux mêmes petites satisfactions. Cela les dompte entièrement, quand elles voyent qu'on ne se lasse pas. Mais quand on le fait un jour, et qu'on leur pardonne l'autre, ou qu'on les néglige, cela ne fait aucune impression sur leur esprit, et il se trouve qu'il faut en venir à des moyens plus forts
que ceux qiie Ton auroil employés avec quelque sorte de oontinuation.
22. Le mensonge est fort ordinaire aux petits enfans. C*est pourquoi il faut faire tout ce que Ton peut pour les accoutumer à ne prendre pas cette mauvaise habitude; et [jour cela il me semble qu'il faut les prévenir avec une grande douceur pour leur faire confesser leurs fautes, disant que Ton voit bien tout ce qu'elles ont fait, et quand elles confessent d'elles-mêmes, il leur faut pardonner, ou leur amoindrir leur pénitence.
23. Encore que les enfans soient fort jeunes, comme de quatre ou cinq ans , il ne faut pas les laisser sans rien faire tout le jour, mais partager leurs petits temps, les faisant lire un quart d'heure, et puis jouer un autre, et puis travailler un autre petit temps. Ces changemens les divertissent et les empêchent de prendre une mauvaise habitude , à quoi les enfans sont fort sujets , qui est de tenir leur livre et jouer avec, ou avec leur ouvrage, se tenir de travers, et toujours tourner la tête. Mais quand on leur demande de bien employer un quart d'heure , ou une demie heure, et qu'on leur promet que si elles sont fidèles à leur leçon ou à leur travail, on les laissera jouer, elles font vite et bien ce petit temps, pour être récompensées après. Et quand on leur a fait cette promesse avant le travail, quoiqu'elles jouent cependant, il ne leur faut rien dire; mais à la fin, quand le temps est passé, et qu'elles pensent alfer jouer, il leur faut faire reprendre un autre tems pour le travail , leur remontrant que l'on ne désire pas toujours parler, mais que puisqu'elles n'ont fait que badiner, il faut qu'elles recommencent. Cela les surprend, et fait qu'elles se tiennent une autre fois sur leurs gardes.
.1 qtwi nous les portons dans les entretiens génératix , et dans les rencontres aà elles donnent sujet qunn leur yarle et les avertisse,
1. On leur fait comprendre que la perfection ne consiste pas à faire beaucoup de choses qui soient particulières, mais à bien faire ce qu'elles font en œmmun, c*est-àdin* de bon cœur, et pour Taraour de Dieu, avec un grand désir de lui plaire, et de faire toujours sa sainte volonté avec joyè. '
2. On leur donne estime des petites occasions, que Di»»u leur envoyé de souffrir quelque chose pour Tamour de lui, comme quelques petits mépris de leurs sœurs, qut^lques accusations que l'on fera contre elles sans raison, (|iudques privations de leurs désirs et inclinations, quelque sujet de renoncer à leur propre volonté, qui leur sera donné par leurs maîtresses , ou par quelque autre rencontre. On les prie de recevoir cela comme des dons de Dieu, et un témoignage de son plus grand amour, et du i^oin qu'il a de leur envoyer des occasions de se perfectionner tous les jours.
3. On leur doit parler souvent du plaisir et de la salisfaciion qu'il y a d'être tout à Dieu , et de le servir en N«*rilé et simplicité, sans vouloir avoir aucune réserve pour lui : que rien n'est pénible, quand nous faisons tout par amour; que la lldelle correspondance aux mouvomens do Dieu attire continuellement sur nous de nouvelles grâces; que les uns gagneront le ciel, et les autres ne mériteront (jue châtiment par une même action , selon le mouvement de leur cœur , et la pureté ou l'impureté de
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leur intentioD. 11 est bon de leur faire comprendre cela par quelques petites comparaisons, comme, par exemple, qu'une bonne action qui seroit faite avec amour de Dieu, désir de lui plaire, et d'accomplir sa sainte volonté, nous conduit au ciel, et que tout au contraire, si Ton faisoit la même action par esprit d'hypocrisie, de vanité, et seulement avec dé>ir d'être estimé des créatures, cela ne mériieroit que punition : car n'ayant rien fait pour Dieu, nous n'en devons point attendre de récompense, mais seulement des châtimens pour payement de notre hypocrisie.
4. On doit fort exhorter les enfans à se connoitre ellesmêmes, leurs inclinations, leurs vices et leurs passions, ei sonder jusques à la racine de leurs défauts. Il est bon aussi qu'elles connoisseul à quoi leur naturel les porte, afm ilt' retrancher en elles ce qui peut déplaire à Dieu, et changer leurs inclinations naturelles en spirituelles. Leur dire que, par exemple, si elles sont d'une humeur aifeclive, elles doivent changer l'amour qu'elles ont pour elles-mêmes et pour les créatures, à aimer Dieu de tout leur cœur, et ainsi k leurs autres inclinations.
5. On leur peut faire voir quelquefois qu'un des plus grands défauts de la jeunesse est l'indocilité, et que œla leur est comme naturel : que si elles n'y prennent garde, c^ vice les perdra, les rendant incapables de toutes sortes d'avertissemens, et que ce défaut n'est jamais que dans nu esprit superbe. C'est pourquoi on leur dira souvent qu'il faut qu'elles aiment à être traitées fortement, et qu'elles témoignent par la douceur avec laquelle elles recevront les avertissemens qui leur seront donnés, qu'elles agréent qu'on détruise en elles tout ce qui peut déplaire à Dieu.
6. Nous les exhortons à n'avoir point de honte de faire le bien. Car, quelquefois celles qui ont été déréglées ont honte de faire le bien devant celles qui les ont vues dans leurs
déréglemens. Il leur faut dire qu'elles prient Dieu qu'il les fortifie à faire le bien librement, et que quand dans le commencement elle.s retomberoient fort souvent, il faut qu'elles se relèvent encore plus souvent et plus généreusement. Il faut donner ces instructions dans le général et même dans le temps où il n'y en a point de déréglées, afin que cela serve pour un autre temps, et que celles qui seroient mieux réglées se le puissent appliquer dans leurs besoins.
7. Nous leur disons que leurs difficultés dans la vertu viennent de ce que tout aussitôt qu'il se présente quoique vice à combattre ou quelque vertu à acquérir, elles $e retournent vers elles-mêmes pour consulter leur humeur, leur inclination , leur amour-propre, leurs foiblesses, et . la peine l[u'elles ont à se vaincre : mais qu'au lieu de s'affoiblir par toutes ces vues humaines, il faut qu'elles se retournent vers Dieu, en qui elles trouveront toutes les fortes dans leur foiblesse même ; que c'est manquer de confiance en sa bonté, que de ne pas espérer qu'il les délivrera par la puissance de sa sainte grâce, et que si on leur disoit de sortir par elles-mêmes de leurs misères et de leurs foiblesses, elles auroient grand sujet de se décourager; mais que puisqu'on leur dit que Dieu lèvera lui-même toutes leurs difficultés, elles n'ont qu'à prier, espérer, se réjouir en Dieu, de qui elles doivent attendre tout leur secours.
8. nies faut porter à aimer et vouloir bien qu'on les aide à surmonter les foiblesses de leur nature corrompue, en n'y adhérant point, mais les portant doucement à vouloir bien souffrir quelques petites confusions et repréhensions publiques, afin de s'accoutumer peu à peu à n'être pas si délicates, et dire ({uelquefois leurs petits défauts publiquement, pour s'accoutumer à la pénitence et à l'humi- Uation.
9. Nous tâchons de leur imprimer clans Tesprit que la vertu par acte, qui se forme simplement dans l'esprit, n'est rien devant Dieu, si la pratique ne suit, lorsque les occasions s'en présentent, et que peu nous servira, à l'heure de la mort, d'avoir passé notre vie dans beaucoup de désirs, si nous ne les avons mis à exécution, et que, bien loin d'en être récompensées, nous en serons justement punies de Dieu.
10. Nous ne devons pas les prévenir touchant la religion, surtout dans le général, ni leur témoigner tout ce que nous croyons du peu de personnes qui se sauvent dans le moiide ; c'est assez de leur témoigner qu'il y a beaucoup de difficulté à s'y sauver, et leur faire voir à quoi elles sont obligées comme chrétiennes, et quelles sont les promesses ([u'elles ont faites dans le baptême. Il leur faut aussi montrer tout ce qu'elles doivent éviter, si elles retournent au monde. On peut bien quelquefois leur dire quelque chose des sentimens que l'on a pour soi-même, et il esl l)on de ne leur pas cacher notre joye, notre contenlemeni, et notre repos.
11. Si elles entrent d'elles-mêmes en discours sur le sujet de la religion, pour on dire leurs sentimens, on peut bien se servir de l'occasion pour leur dire quelque chose du bonheur d'une bonne religieuse qui vit vraiment selon sa vocation, sa consolation continuelle de penser aux grands moyens que Dieu lui donne de l'aimer et de se rendre éternellement bienheureuse par l'obéissance et l'humilité, n'y ayant point d'autre chemin du ciel que celui-là pour tous les chrétiens, mais en particulier pour les religieuses: leur faire entendre que la vie religieuse n'est point une charge, mais un des plus grands dons de Dieu, et un soulagement pour ceux qui veulent vivre en observant les vœux du baptême : que Dieu ne fait pas cette grâce de la religion à tout
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le monde, ni même à tous ceux qui la désirent ; et que d'autant plus qu'elle est excellente, nous la devons demander à Dieu avec humilité, et nous préparer à la recevoir par de bonnes actions.
12. 11 est bon de leur témoigner quelquefois qu'on las aime pour Dieu, et que c'est cette tendresse qui fait que leurs défauts nous sont si sensibles et si pénibles à supporter, et que c'est l'ardeur de cet amour qui fait que les paroles dont nous nous servons pour les reprendre sont quelquefois si fortes. Nous les assurerons en même temps que de quelque manière que nous agissions, nous ne sommes poussées que par l'affection que nous leur portons, et par le désir de les rendre telles que Dieu les veut ; que notre cœur demeure toujours dans la douceur pour elles, que notre force n'agit que sur leurs défauts, et que nous nous faisons pour cela une extrême violence, ayant bien plus (l'inclination à les traiter doucement que fortement.
Comme on doU parler aux enfans dam k particulier,
1. Ce qui facilite le plus la conduite des enfans, est la coutume que l'on a de leur parler dans le particulier. C'est dans ces entretiens qu'on les soulage dans leurs peines, qu'on entre dans leur esprit, pour leur faire entreprendre la guerre à leurs défauts, qu'on leur fait voir leurs vices et leurs passions jusques dans la racine, et je puis dire que quand Dieu leur donne une parfaite confiance en leur maîtresse, on doit beaucoup espérer; car je n'en ai poinl vu qui l'ait eue parfaite qui n'ait réussi.
2. 11 faut que les entretiens qu'on a avec elles soient fort sérieux^ et qu'on leur y témoigne grande charité,
mais nulle familiarité : et s'il y en avoit quelqu'une en qui on reconnût qu'elle recherchât de parler par amusement, il la faudroit traiter plus froidement que les autres. C'est pourquoi on a besoin d'user de beaucoup de discrétion, non-seulement dans l'entretien même, mais aussi dans les temps qu'on prend pour le faire. Je crois que c'est assez d'environ tous les quinze jours, à moins de quelques besoins particuliers, à quoi on ne peut donner de règle.
3. Il faut beaucoup prendre garde de ne se pas laisser tromper; et c'est un grand bien quand elles sont prévenues qu'on oonnoit toutes les tinesses des enfans. Cela fait qu'elles s'en déportent, et entrent insensiblement dans la simplicité et sincérité sans laquelle il est impossible de les servir utilement.
4. Il est donc extrêmement nécessaire de ne se pas laisser surprendre, .et c'est ce que nous ne pouvons éviter sans une continuelle assistance de Dieu. C'est pourquoi nous ne leur parlerons jamais sans avoir prié Dieu et prévu même en sa présence ce que nous croyons qu'elles nous doivent dire, et ce que nous croyons qu'il veut que nous leur répondions. Nous conjurerons avec larmes et gémissement sa divine majesté qu'elle illumine nos ténèbres, et que la lumière de sa grâce nous fasse découvrir ce que les enfans nous voudroient cacher : et si en leur parlant elles nous disent quelque chose, et que nous ne soyons pas parfaitement instruites de la vérité, nous leur dirons que nous prendrons du temps pour prier Dieu, avant que de leur répondre, et que de leur côté elles prieront Dieu, afin qu'il les dispose à recevoir avec un cœur entièrement dégagé de tout intérêt humain tout ce que nous leur dirons de sa part pour leur bien. Nous userons encore de ce retardement aussitôt que nous reconnoitrons
u'elles auront Tesprit aigri de ce que nous leur pourrions ire, ou qu'elles ne recevroient pas bien quelque avertisenaent que nous leur donnerions. Nous leur pourrons lire que nous voyons qu'elles ne sont pas bien disposées }ouT nous écouter, ou que peut-être nous ne sommes pas bien éclairées, et qu'en priant Dieu l'une et l'autre, si nous le faisons avec humilité, il aura sans doute pitié de nous. Cette petite condescendance et toutes ces choses ne doivent pas être dites à toutes, mais cela sert beaucoup aux plus ^andes, et à celles qui ont de l'esprit. 11 est liesoin d'une grande discrétion pour leur parler en temps et lieu. C'est pourquoi je répète ici ce que je ne puis trop ♦Vire, et que je ne fais pas assez, qui est de plus prier que tic parler, et je crois qu'il faut avoir continuellement le Hpur et l'esprit élevé au ciel pour recevoir de Dieu toutes les paroles que nous leur devons dire.
5. Il faut une continuelle vigilance pour les considérer, et reconnoître leur humeur et leur inclination, afin d'apprendre en les considérant ce qu'elles n'auroient pas la force de nous découvrir. Il est bon de les prévenir, quand m voit qu'elles sont honteuses de dire leurs déréglemens, H pour leur donner plus de liberté de les découvrir, il esi bon de leur cacher à elles-mêmes dans le commencement beaucoup de vérités que nous croirions être trop iortes pour leur état imparfait.
6. A mesure que Dieu leur ouvre le cœur pour nous parler avec quelque sorte de sincérité, nous leur pourrons parler plus fortement, et leur montrer l'engagement qu'elles ont. de faire pénitence, au cas que nous vissions <)ii'elles en eussent besoin. Il leur faut aussi représenter f«>mbien la voye qui mène au ciel est étroite , et leur dire ^u*ll n'y a que les généreux et les violents qui ravissent ie ciel.
7. Si elles demandoient beaucoup de choses à faire qui fussent particulières, on ne leur en accordera que très-peu ou point du tout, leur remontrant que ce n'est poinl parlà qu'elles plairont à Dieu, si cela ne sort d'un cœur véritablement louché de son amour et d'un désir sincère de lui plaire et de faire pénitence : que pour nous nous ne les jugerons pas par ces actions, mais par la tidéliié qu'elles apporteront dans les moindres réglemensde la chambre, par le support qu'elles auront pour leurs sœurs, par la charité avec laquelle elles les serviront en leurs besoins, par le soin qu'elles auront de mortifier leurs défauts; que ce seront ces choses-là qui nous feront croire qu'elles veulent servir Dieu, mais non pas une muUipli* cité de choses particulières, ^t qu'ainsi elle ne doivent pas trouver mauvais si nous ne les leur permettons pas, parce que nous voulons leur bien, et non pas les aider à s(3 tromper elles-mêmes.
8. Nous leur dirons ces choses, quoique quelqu^i^ nous ne laissions pas de leur accorder en d'autres renc»ntres ce qu'elles nous demandent, sans faire semblanl de rien, et sans en tenir aucun compte ; au contraire, pendant ce temps qu'elles demandent quelque chose d'extraordinaire, nous ferons semblant de ne nous pas appliquer » elles, ne laissant pas de remarquer bien plus qu'en un autre temps toutes leurs actions, pour les leur faire voir après dans les occasions. En se conduisant ainsi envir-: elles, on découvrira bientôt si elles ne demandent tv> choses que par hypocrisie. Car alors ne l'ayant fait q»^ pour être considérées, si elles voyent qu'on ne s'appli<l«^' pas à elles, elles les laisseront là périr, et n'en demanderont plus. 11 faut aussi pour la même raison être fort exacte^ leur faire accomplir ce qu'elles ont demandé, dissimulant entièrement ce que nous reconnoissons de leurs disposition*
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i9qu6s à un autre temps où nous les trouverions mieux isposées, et alors nous leurs ferions voir leur étal, et le anger qu'il y a de vouloir faire des choses extraordinaires ar un esprit tout humain.
9. S'il y en avojt quelques-unes qui fussent déréglées, t «\ue pour de bonnes raisons les supérieures jugeassent ju'on les devroit garder, dans leurs meilleurs temps nous es prierions d'agréer que l'on ne souffre point leurs im- «rfeclions, leur remontrant avec le plus de charité et de louceur que l'on pourra les obligations qu'elles ont de ivre chrétiennement ; mais si on voit que ces averlissenents ne leur profitent point, on leur fera entendre qu'on le souffrira point ces défauts en elles, et qu'encore que lous reconnoissions bien que tout ce qu'on leur fait et leur fondeur serve de rien, nous ne laisserons pas pour la Wiarge de notre conscience de les avertir et les obliger fe satisfaire à leurs faute? par quelque pénitence, pour jie es pas laisser s'accoutumer à prendre de mauvaises habilite, outre que Dieu veut que nous leur fassions réparer fanl leurs sœurs les mauvais exemples qu'elles leur ont (ioîinés, afin que leurs imperfections ne nuisent pas aux aiilres. Il est bon de leur montrer que nous sommes obliife en conscience d'agir de la sorte.
i^ jéntmces qu'on leur peut imposer dans le général et dans le particulier.
1. Il leur faut faire demander pardon à celles des sœurs f'u fie leurs compagnes à qui elles auroient parlé mal grafhsement, ou donné quelque autre mécontentement ou mauvais exemple.
2. Ce pardon se peut demander en plusieurs manières selon la grandeur de la faute, ou dans le général ou dans le particulier, au réfectoir ou pendant les instructions. On peut aussi leur ordonner de baiser les pieds a celle (le leurs compagnes qu'elles auroient offensée. Sur toutes choses il faut prendre garde que si la faute n'a été vue ({ue de deux, ou trois, ou quatre personnes, on ne leur en fasse faire satisfaction que dans le particulier, à moins que la faute fût de peu de conséquence, étant très-dangereux de mal édifier celles qui n'auroient point vu les fautes des autres. Je dis le même des fautes de quelques particulières qui seroient un peu notables; quand il yen auroit une Inmne partie qui y seroient tombées, il faudroit attendre (le les en reprendre chacune en particulier, ou toutes les coupables ensemble, pour ne point mal édifier les foibles.
3. On leur peut faire porter un manteau gris, aller sans voile ou sans scapulaire au réfectoir, et demeurer même à la porte de l'église en cet état.
4. On les doit aussi quelquefois priver d'aller à l'église pour un ou plusieurs jours, selon la grandeur de la faute; ou les faire tenir à la porte de l'église, ou en quelque (Midroit séparé de^ autres : il faut surtout prendre garde que la privation d'aller à l'église ne leur soit pas indifférente.
5. On peut faire porter aux petites et aux moyennes des billets qui expriment leur faute, et que cela soif écrit en fort gros caractère : pourvu qu'il y ait un mot ou deux, c'est assez : comme paresseuse, négligente, menteuse, etc.
6. Leur faire prier les sœurs au réfectoir qu'elles prient pour elles, exprimant la faute dans laquelle elles sont tombées, ou la vertu qui leur manque.
7. Pour les plus grandes, on les doit faire craindre pour Tamour de Dieu et par la crainte de ses jugemens, et dans les rencontres on leur peut imposer quelqu'une des pénitences que Ton fait aux moins, âgées, comme de les faire aller sans voile, ou demander les prières des sœurs au réfecloir. Mais il faut bien regarder si cela, leur servira ei ne leur nuira point, en ne faisant que les aigrir. Ce qui nous oblige à beaucoup prier Dieu qu'il nous éclaire, et nous conduise en tout pour sa gloire et le salut de c^ âmes dont il nous a donné le soin.
De la Ccmfemmi,
1. Nous parlons le plus souvent que nous pouvons aux enfans, tant dans le général que dans le particulier, de t'extréme importance de faire de bonnes confessions qui ^ient sincères et sans déguisement, parce que les enfans sont fort sujettes à en faire de mauvaises, ne disant pas toutes leurs fautes, ou les déguisant si fort qu'on ne comprend pas leur étal.
2. C'est pourquoy on les exhorte à demander à Dieu un ^prit vraiment contrit et humilié, qui leur fasse ^vouer leurs fautes humblement, étant bien aises de recevoir la ('onfusion et d'être traitées comme elle le méritent.
^. Leur dire souvent qu'elles doivent dire les fautes qui les humilient le plus et les circonstances qui les rendent plus grandes, sans avoir égard à leur répugnance. C'est pourquoy il est bon de leur représenter souvent l'horrible étal où se trouve une âme à l'heure de la mort lorsqu'elle ^' voit séparée de Dieu et dans une confusion éternelle, pour en avoir voulu éviter une petite et passagère qui ne
dure qu'un moment; que la confusion qu'elles reœvroni alors sera vue de tout le inonde, et que celle qu'elles croyent recevoir dans la confession n'est qu'à l'égard d'une personne, et dans le secret pour un peu de temps.
4. Quand on les verra un peu plus fortes et plus courageuses, on les exhortera de ne rien épargner pour recouvrer l'amitié de Dieu, si elles l'avoient perdue : on les jwrlera doucement.à la pénitence intérieure et extérieure, mais particulièrement à l'intérieure. Il est bon de leur dire qu'une marque d'une bonne confession, c'est quand on voit du changement dans les mœurs, et que c'est uo très-grand mal d'aller toujours à confesse et relomber tous les jours dans les mêmes défauts, et que c'est une marque qu'elles ne se confessent pas comme il faut, et qu'elles n'ont pas un véritable regret d'avoir offena Dieu.
5. Quand on voit des enfans qui se laissent emporierÀ faire des fautes dans toutes les rencontres qui se présentent, nous leur dirons qu'elles sont coupables devant Dieu de beaucoup de fautes, il ne leur a manqué que roccasion, et qu'au jugement de Dieu elles sont plus coupables qu'elles ne pensent, et qu'il leur imputera tous les desseins qu'elles ont formés dans leur cœur et qu'elles onlcommunifjués aux autres, quoiqu'ils n'ayent pas été exécutés. On leur dira qu'elles se doivent confesser de toutes ces choses, (3t développer tous les détours * de leur conscience, afin il»» ne rien celer à celui qui tient la place de JéSUS-Christ. On leur peut dire qu'elles peuvent bien tromper l»"^ hommes, mais qu'on ne peut point tromper Dieu, et qiw? le sang de Jésus-Christ ne s'applique qu'à ceux qui s'accusent véritablement et sincèrement do leurs péchés. W
' L'imprimé : retours. *
ainsi on leur tèii comprendre que c'est elles seules qu'elles
6. Il est bon qu'elles ne fassent point tant de discerne^ inenl des grands péchés d'avec les plus petits, pour en ;i\i)ir moins d'horreur et par ce moyen s'y laisser aller plus facilement. C'est pourquoy on leur doit dire qu'à une âme qui aime Dieu il n'y a rien de petite conséquence, que tout y est grand, et que nous devons éviter sans aucune réserve tout ce que nous croyons lui déplaire, à lui qui n'a }«s épargné le sang de soft Fils pour nous laver de nos
7. On ne fera point aller si tôt ni si souvent les plus jeunes à confesse. On attendra pour les moins âgées à les ) faire aller qu'elles soient raisonnables, et qu'elles témoi- ;'nent vouloir se corriger de leurs petits défauts, n'y ;i\ant rien tant à craindre que d'y faire aller les enfans si jeunes sans y voir quelque changement, et on doit au moins attendre qu'elles ayent persévéré quelque temps à mieux faire.
8. Il faut petit à petit, quand elles sont fort jeunes, les accoutumer à nous dire toutes leurs fautes, afin de les instruire à se bien accuser, ne contant point des histoires l n'accusant point leurs sœurs. Nous les faisons ressouvenir de toutes les principales fautes dont elles ne se souvienilroient pas, et nous leurs disons la manière dont elles se ioivent accuser.
3. Nous prenons bien garde si les enfans font profit de a confession, avant que de leur permettre d'y retourner, '( quand elles ont fait quelques fautes considérables, nous es exhortons d'y satisfaire auparavant, et si elles ont la onfiance de nous les dire, ce qui est le plus utile, nous mr proposons de faire quel({ues satisfactions selon la graneur de leur faute, mais particulièrement des choses qui
les mortifient et qui soient opposées à leur faute-. Comme, par exemple, si elles avoient blessé la charité qu'elles doivent à leurs sœurs, on fera qu'elles les servent et leur rendent tous les devoirs de charité avec plus d'onction el de douceur ; et si cela avoit paru, oli leur fait demander pardon et à celle qui auroit été offensée et à celles qui iunt vu : on leur fait aussi faire quelques prières pour celles qu'elles ont offensées. On fera en sorte qu'elles ne retournent point à confesse que leur cœur ne soit véritablement humilié, et qu'elles n'a\ent regret d'avoir offensé Dieu. On fera'ainsi sur tous les défauts principaux que les enfans commettent, afin qu'elles ne fassent pas leurs confessions par routine, ce qui est fort à craindre pour toutes sortes de personnes, mais particulièrement pour les enfan.^.
10. Nous leur disons que ce n'est pas assez de dire cinq ou six fautes ou plus, mais qu'il faut qu'elles disent leur état et disposition depuis leur dernière confession, et que des fautes dites seules et séparées de leur état ne donnent |)resque aucune connoissance d'elles. Comme, par exemple, si elles sont sujettes à' l'orgueil ou à la paresse, etc., on leur dira qu'elles ont besoin, pour se bien faire connoître, de dire si elles croyeni y être plus portées depuis leur dernière confession, et combien de jours ou d'heures elles ont été dans le sentiment de ces fautes, en particularisant celles qu'elles ont faites.
11. 11 faut qu'il y ait une parfaite conformité entre le confesseur et la maîtresse, pour réussir en leur conduite, et que la maîtresse ne permette rien de considérable, comme la sainte communion, des pénitences et des prières, sans avoir pris l'avis du confesseur; el aussi que le confesseur avertisse la maîtresse de ce qu'il croit être utile pour le bien des enfans , afin qu'elle ne dise ni ne fasse rien que ce que le confesseur trouvera bon. Il faut que les en-
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ans ne trouvent aucune différence dans la coliduite que le loiifesseur et leur maîtresse tienn^îiit sur elles.
12. S'il y en avoit quelqu'une qui eut quelque petite leine de se confesser à celui qui lui a été présenté, on îp souffrira pas qu'elle en parle à ses compagnes, mais on iUi [lermeltra de représenter sa répugnance à sa maîtresse, qui y donnera ordre avec la permission de la supérieure, au cas qu'elle crût que sa peine fût raisonnable, et que ce !ie fût pas une badinerie.
13. Nous ne toucbons pas ici toutes les dispositions reifuises pour la confession, et nous ne le ferons pas aussi pwr la sainte communion et autres exercices, parce que nous n'avons le dessein que de remarquer ce qui peut être atile en particulier pour la conduite des enfans.
De la minte Cmmnunion,
1. Nous devons beaucoup prier Dieu qu'il nous fasse la pacede donner aux enfans une grande crainte de faire te communions indignes et infructueuses, et le conjurer iwelui^nême leur donne cette crainte, sans laquelle tout ««que nous leur dirons ne servira de rien. Nous tâchons *îleur faire concevoir qu'une seule communion doit opérer dans leur cœur quelque changement, et que même cela te paroître dans leur extérieur, et que celles qui sont nourries du corps du Fils de Dieu doivent être reconnues «ntre toutes par leurs paroles et par toutes leurs actions, «qu'elles doivent particulièrement garder leur langue, lui a le bonheur de recevoir la première ce pain du ciel. Il faut aussi leur représenter qu'elles doivent mener une ^ toute différent*» de celle qu'elles menoient avant que
d'avoir reçu cette grâce, et qu*étant nourries solideraeai elles doivent être plus fortes dans la mortification de te inclinations et dans la pratique de la vertu.
2. On remarque leur progrès pour régler le temps de leurs communions, et on la permettra rarement à celles qui auroient de l'arrêt et de l'attache à quelque défaut particulier, et qui ne recevroient pas bien les avertissbmens qu'on leur donneroit pour s'en corriger. On prendn garde surtout si elles ont de la crainte et de Taoïourde Dieu» pour ae pas communier indifféremment et seulement pour imiter les autres. Il s'en pourroit mêmelTOuvtf qui le feroient par orgueil, iet afin que l'on crût qu'elles feroient mieux que les autres et pour faire les grandes filles. Tous ces défauts et bien d'autres se rencontrent da^ les enfans, si on n'y prend bien garde ; c'est pourquoi il est bon de leur donner quelque crainte par des parob fortes, pour leur montrer le danger qu'il y a de cominflnier en cet étal, et que c'est où on reçoit ou la vie ou la mort, ce que l'on ne sauroit trop appréhender. On leur doit dire ces choses dans le général à toutes, et le répéter dans le particulier à celles en qui on reconnoitroit de c^ défauts.
3. S'il s'en trouve parmi elles quelqu'une trop limJ* et trop scrupuleuse» ce qui est asse%rare parmi les enfans, on la consolera et fortifiera dans le particulier selon soo besoin. i
4. Encore qu'on en vît quelqu'une fort dévote et exacte à se corriger, on ue lui doit point permettre de communier plus souvent qu'à celles qui font le mieux dam^l chambre et qui suivent le train ordinaire. Car il est Wi à craindre que cette vertu apparente ne soit une tromperi<^>| et on ne peut manquer à la tenir dans le train conuouD, afin qu'elle oe s'apperfoive pas que l'on remarqua ceti^i
ertu. II ne faut jamais souffrir qu'elles se louent entre Iles pour quoi que ce soit, mais particulièrement pour leurs DmmuBioDS. Il est même bon de ne les pas louer Tune evant l'autre, ni dans le particulier ni dans le général, uand ce seroit sous prétexte de les bien édifier, ou de m donner de l'émulation au bien, à moins que ce fût de Aenfans de deux ou trois ans. S'il y ^ du bien» elles ievoyent bientôt, comme aussi le mal ; mais si elles s'aplercevoient qu'on fit quelque cas de leur vertu, il y en luroit qui feroient bien pour être louées et estimées, et h qu'on leur permit plus souvent la sainte communion )ar œ même motif.
â. Il faut bien prendre garde qu'il y a des enfans qui, \m[ que les jours approchent auxquels on leur permet l'ordinaire la sainte communion, se règlent mieux et lé- Biw^ent y penser : ce qui n'est pas assez, si on reconnoit^'après la sainte communion elles retournent comme '«paravant dans leurs fautes et légèretés. C'est pourquoi •n leur imprimera dans l'esprit le plus qu'on pourra qu'il ^ suffit pas qu'elles ayent témoigné y penser quelques ^urs avant les bonnes fêtes, et que l'on ne se réglerai pas ifeie pour leur permettre la sainte communion sur ce pi'il y a longtemps qu'elles ne l'ont faite, mais seulement [tf la suite d'une bonne vie et d'un bon règlement dans taltîs leurs actions*.
6. 11 faut bien remarquer par quel esprit elles sont poussées quand elles font leurs satisfactions. Car il s'en Irouvequi les font fort facilement, et à qui rien ne paraît jifficile, par orgueil et pour éviter l'humiliation ; mais si 1 les veille et examine de fort près et dans toutes les renpntres, on verra bientôt qu'elles ne le font pas du cœur. pnd cela est recqnnu, il leur faut rarement accorder ^ aussi grande grâce qu'est la sainte communion.
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7. Quand on juge à propos de les en priver, il faut bien prendre garde que cela ne leur passe point pour indifférent : au contraire il leur faut faire ressouvenir de la perte qu'elles ont faite, et leur montrer qu'elles doivent être dans un continuel gémissement pour obtenir de Dieu la grâce de recouvrer ce qu'elles ont perdu, ou d'avoir ce qui leur manque pour rentrer dans la participation du très-saint sacrement.
8. On ne fera point communier les enfans si jeunes, r( particulièrement celles qui sont badines, légères et attachées à quelque défaut considérable. Il faut attendre que Dieu ait fait en elles quelque changement, et il est bon de prendre un temps notable, comme un an ou au moins six mois, pour voir si leurs actions ont de la suite. Car je n'ai jamais eu de regret d'avoir fait reculer des enfans. Cela a toujours servi à faire avancer en vertu celles qui étoient bien disposées, et à faire reconnoitre le peu de disposition qu'il y avoit dans les autres qui ne l'étoient pâs encore. On ne sauroit apporter trop de précaution pour la première communion : car toutes les autres dépendant souvent de celle-là.
9. Après la sainte communion, il les faut exhorter de ne pas oublier Dieu, qui s'est donné à elles, mais de s'occuper à lui rendre grâces, l'adorer et le prier souvenl. Qu'elles doivent veiller continuellement sur elles pour ne rien faire d'indigne de sa sainte présence, et qu'elles s'assurent que Dieu demeurera autant de temps dans leur cœur qu'il ne verra rien en elles qui lui déplaise, et qu'il ne se sépare point de nous jusqu'à ce que nous nous séparions de lui les premiers en l'offensant. Il est bon de les observer le jour de la sainte communion, pourvoir si elles sentent Dieu et lui parlent intérieurement, et si elles ?»• tiennent plus recueillies.
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De la ConfirmaUon.
Quand on nous donne des enfans qui n'ont pas été œnbimées, nous avons grand soin de les disposer à ce sacreiDeot, qui les doit remplir de la plénitude du Saint-Esprit.
Que si elles n'ont pas fait aussi leur première communion, nous la différons ordinairement jusqu'après la confirmation, afin qu'étant remplies de l'esprit do Jésus elles soient mieux préparées à recevoir son sacré corps, ot par lui une nouvelle abondance de son Esprit, selon ce qui est dit dans l'Evangile, qu'il sera donné à celui qui a
k ne m'arrête pas au particulier de ce que nous leur disons pour les disposer. Nous suivons principalement le petit traité qui en a été fait; mais nous nous arrêtons peu à ce qu'elles en savent de mémoire, et nous considérons lien davantage si elles en ont les sentiraens dans le coeur, autant qu'on en peut juger par leurs actions et par le soin qu'elles prennent de se corriger de leurs défauts, ainsi qu'il a clé dit sur le sujet de la sainte communion. I Lorsqi^edes enfans qui n'ont pas été conlirmées se trouvent en. péril de mort, nous faisons ce que nous pouvons P^ur ne les pas laisser mourir sans ce sacrement, selon le f'onseil qu'on nous a dit (|u'en donne saint Thomas ; car encore qu'il ue leur soit pas nécessaire «i salut, il leur est i^'éanmoins avantageux de n'être pas privées d'une si I grande grâce.