‹ --Littérature--Chapitre 39 sur 65 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

De la Prière,

1. Comme dans tous les endroits de ces exercices nous avons toujours parlé de la prière, je n'en puis rien dire ici qu'en général. On tâche de leur donner un grand désir de recourir à Dieu dans tous leurs besoins , et particulièrement dans leurs foiblesses et tentations. On leur fait entendre qu'un seul regard vers Dieu avec confiance, humilité et persévérance, les soutiendra bien plus que iouies les grandes résolutions qu'elles pourroient faire par elW mômes, et qu'elles leur seront inutiles si la bonté de Dieu ne les forme dans leur cœur par la puissance de sa sainte grâce; enfin que nous ne sommes capables que de nous perdre, et que Dieu seul nous peut sauver.

2. Nous ne les surchargeons pas d'un grand nombre de prières vocales ou mentales, mais nous tâchons de leur imprimer au cœur un véritable sentiment de la sainte présence de Dieu , afin qu'elle^ le regardent en tous lieux el on toutes leurs occupations, l'adorant et le louant partout, puisque les créatures mêmes inanimées le louent chacune en leur manière.

3. Nous leur faisons voir que toutes leurs fautes viennent de ce qu'elles ne prient pas Dieu comme il faut , et qu'elles ne prieront pas comme il faut, tant qu'elles auront leur cœur attaché à elles-mêmes, à leurs inclinations et à quelque créature telle qu'elle soit et pour sainte qu'elle soit.

4. On aura grand soin que les prières du matin et du soir soient faites comme il faut, et si elles s'en acquittoieut avec négligence et tiédeur, on ne les devroit point fain

iller à la sainte messe (pour quelques jours. Il faut leur lire qu'on ne peut pas leur donner des sentimens de piélé, fnais qu'on peut et qu'on doit les obliger de se tenir avec respect et crainte en la présence de Dieu. On leur fera entendre qu'il y a des pénitences pour les légères et badines; et effectivement il leur en faut donner, comme d'être reûrées à part, ou même de ne leur permettre que de dire un Pater ou un Ave Maria, leur disant que quand on les verra plus dévotes on leur permettra davantage.

5. Celles à qui on permet d'aller prier une demi-heure, comme nous avons marqué dans la première partie de ce Règlement, doivent être reconnues affectionnées à la prière; et pour celles-là, on doit les instruire dans le parliculier de la manière dont elles se doivent comporter. Si '»ûvoit que ce temps qu'on leur donne ne les rejide pas ife humbles, plus charitables et plus silencieuses, on le kflfdoit ôler; et quand même elles en feroient profit, on <i«il de temps en temps les empêcher d'y aller, alin de voir comme elles prendront cette privation , et si elles seront aussi prêtes à demeurer qu'à aller.

6. Nous recommandons beaucoup aux enfans de prendre la sainte Vierge pour leur mère et médiatrice dans tous l<?iirs besoins et dans toutes les difficultés qui leur pourvoient arriver. On leur dit qu'elle a été dans le temple dès »» enfance , comme elles sont dans des maisons consacres à Dieu pour y apprendre à être bonnes chrétiennes; fii la maison où elles vivent est consacrée à la sainte ^jprge, et se ndmme Notre-Dame de Port-Royal; qu'elle turdoît servir de modèle dans la prière, l'humilité, le I silence, la modestie, le travail , et enfin dans toutes leurs

i actions. On les exhorte de bien solemniser ses fêtes, qui *>iit toutes si fort honorées dans l'ordre de Citeaux, de *^ souvent son chapelet, et tous les jours ses litanies.

7 . Nous leur recommandons aussi la dévotion aux saints anges, et particulièrement à leur saint ange gardien, leur disant qu'il leur est donné de Dieu pour les garder des embûches du diable , du monde et de la chair, et qu'il veille c(mtinuellement sur elles et sur tous leurs besoin? spirituels et même corporels, et qu'il porte au ciel avec joie leurs bonnes œuvres; et qu'au contraire si les anges hitmheureux étoient capables de tristesse, il en auroii (juand elles font mal, et quand elles se laissent emporter 51 (|uel([ue action mal stVinte et indigne d'une chrétienne.

8. Nous leur disons aussi que les saints nous sont donnés de Dieu pour être nos intercesseurs envers lui. C'est [jourquoi nous leur apprenons à s'adresser à eux pour le> prier d'obtenir de sa divine bonté les grâces dont elles ont besoin , et que chaque jour elles doivent se recommander a saint Joseph, à saint Augustin, à saint Benoît et à saini Bernard les patrons de la maison , aux saints dont elles p<irtent le nom, aux saints qui leur sont échus pour patrons de l'année et du mois, et à celui dont on fait l'ofi^ ou la fête.

Des Lectures,

1 . Les livres dont on se sert pour les instructions de enfans sont l'Imitation de Jksus-Christ, Grenade, la Phi lolhée , saint Jean Climaque , la tradition de l'Église , le Lettres de M. de Saint-Cyran, la Théologie familière, le Maximes Chrétiennes qui sont dans les heures, la Lettt d'un père chartreux traduite depuis peu , les Méditation de sainte Thérèse sur le Pater, et autres livres qui or pour but de former une vie vraiment chrétienne.

2. Pour les lectures du matin à huit heures , je Fai marqué dans le règlement de la journée.

3. Pour la lecture qu'une d'elles fait après vêpres, on peut se servir d'autres livres , comme de quelques lettres de saint Jérôme, de l'Aumône chrétienne, de quelques endroits du Chemin de perfection de sainte Thérèse, comme M des Fondations en ce qui regarde l'histoire des vies des pères du désert et d'autres vies de saints et saintes i|ui soBt dans les livres particuliers.

4. Nous faisons nous-mêmes toutes les lectures qui sa font en général, hormis celle d'après vêpres, mais nous y sommes toujours présentes pour leur expliquer ce qu'on leur lit, et leur parler dessus. On doit avoir pour but de les accoutumer à ne point entendre les lectures dans un esprit de divertissement ni de curiosité , mais avec désir fese les appliquer ; et il faut pour cela que la manière de lisleur faire comprendre aille bien plus à les rendre bonnes chrétiennes , et à les porter à se corriger de leurs défauts, qu'à les rendre savantes. Il faut les prier de demander à Dieu la grâce de bien profiler des lectures qu'on hr fait, et aussi qu'il nous mette au cœur ce qui leur est plus utile pour les faire avancer de jour en jour dans la perfection.

ô. Aux lectures que nous ne faisons pas nous-mêmes,

' BOUS leur marquons ce qu'elles doivent lire, et il ne leur

®t pas permis de changer ni d'endroit , ni de livres : car

il !« rencontre peu de livres où il n'y ait quelque chose à

^^ire passer.

6. A la lecture d'après vêpres, il leur est permis et Imême ordonné de faire de continuelles questions sur tout ce qu'elles n'entendent pas, pouvu que ce soit avec respect fl humilité, et on leur apprendra, en leur répondant, la iHanière de s'appliquer cette lecture pour la correction do II 16.

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leurs mœurs. Si en lisant on voyoil qu'elles ne fissenl point (le demandes sur quelque chose que l'on croit que la plupart n'entendent pas, on leur demandera si elles l'entendent, et si on voit qu'elles ne peuvent répondre, elles seront reprises de demeurer dans l'ignorance, puisqu'un leur a ordonné de se faire instruire sur tout ce qu'elles ignorent.

7. Aussitôt que la lecture est finie, on reprend le livre. Car nous ne leur laissons point d'autre livre dans le particulier que leurs heures, la Théologie familière, les Paroles de notre Seigneur, une Imitation de Jésus-Christ, et un Pseautier latin et françois. Tous leurs autres livres sont entre les mains de leur maîtresse, ce qu'elles trouvent fort bon, ayant elles-mêmes reconnu que cela leur est plus pro-i fitable, et que les lectures les plus saintes ne leur servent de rien quand elles se font par curiosité; ce qui arrive! presque toujours quand elles ont leurs livres en leur particulier et à leur disposition.

8. Il ne leur est jamais permis d'ouvrir un livre qui n'est pas à elles , ni de les emprunter les unes aux autresi sans une permission de leur maîtresse, qui se donne rare^ ment, pour éviter beaucoup de petits désordres que câu^ sent ces emprunts.

Des Malades et de leurs besoins corporels,

1. Il faut avoir un très-grand soin de celles qui toni benl malades, les faisant servir nettement et exactemenj aux heures précises; les faire voir au médecin si la mala< die le mérite, et faire ponctuellement tout ce qu'il ordou' nera pour le soulagement de leur mal.

t Nous faisons tout ce que nous pouvons pour être touurs présentes quand le médecin les vient visiter, et il ( bon de lui parler toujours avant qu'il visite les malas, pour lui rendre compte de la maladie et de la maière dont elles se comportent dans la prise des remèdes delà nourriture, et le prier de dire peu de chose deani elles, de peur de les attrister ou de leur donner lieu le s'attendrir sur leur mal. Après que le médecin les a isitées, l'on apprendra de lui ce que Ton doit faire pour m soulagement.

3. On les accoutume à ne point faire de façons pour la m des remèdes les plus fâcheux. Nous y sommes tou- Nus présentes, afin de leur dire quelque parole de Dieu •ourles encourager et leur faire offrir leur mal à Dieu. *. On les exhorte à ne trouver jamais à redire aux orildoniDoes du médecin , parce qu'il tient à leur égard la place de Dieu dans leur maladie. C'est pourquoi elles lui ionM obéir comme à Dieu-méme, en abandonnant leur % leur santé ou leur maladie à l'ordre de la providence 'i^e, qui se sert pour notre bien du bon ou du mauvais ^s des remèdes. C'est pourquoi en tout ce qui peut y i^nver de fâcheux, il n'en faut jamais jeter la faute ni sur t médecin ni sur les remèdes, mais adorer avec silence lHumilité l'ordre que la bonté divine tient sur nous, et ordonner plus de lieu aux malades d'entrer dans cette ■position, je présuppose que l'on aura toujours, si cela '^Nt, des médecins bons chrétiens et bons médecins. ^ U y aura toujours une chambre destinée pour mettre ^ nial^ides, où on ne permettra pas que les autres enfans P^ent, si ce n'est pour une très-grande nécessité, et avec Nisâon de leur maîtresse. Durant les heures de récréa- K on pourra y envoyer quelqu'une des plus sages pour Mwertir. Il faut que celle des sœurs qui les assistent

ne les quitte point, si ce n'est qu'on eût de grands enfao! comme de celles qui sont prêtes d'entrer au noviciat, soi qui on se fieroit entièrement, qui pourroient les garder e môme les servir, si la maladie n'étoit pas considérable.

6. Quand il y a beaucoup de malades, on y met m sœur, outre celle qui les sert en santé, et il faut que ce sœurs soient sages et douces : sages pour les tenir dans le» devoir, de peur que dans la maladie elles ne perdent too ce qu'elles auroienl acquis avec beaucoup de travail ém la santé, et aussi pour ne les pas flatter dans leurs kVv nations ou la répugnance qu'elles au roient à prendre le remèdes qu'on leur ordonne, et à l'abstinence qiiVfc doivent garder de certaines nourritures qui leur seroid nuisibles ; mais il faut aussi qu'elles soient douces, afi d'adoucir par la manière charitable dont elles agiront aw elles et par de bonnes paroles tout ce qu'il leur faut refus pour leur santé. |

7. Nous nous assujettissons beaucoup aux malades quittant plutôt môme les saines, tant pour les faire trail comme il faut, que pour les tenir dans l'ordre et le apprendre à ôtre malades en chrétiennes ; cela fait qu'ell ne se dérèglent pas si tôt.

8. Outre ce soin et ces visites générales, nous prendra des temps particuliers pour les visiter chacune en ^t culier, quand il y en a plus d'une malade. Ces visita font avec la plus grande douceur et cordialité que Ij peut, soit pour les écouter si elles ont quelque cltosj nous dire, ou pour les exhorter au bien et à prendre \ mal en patience, et à l'offrir à Dieu en l'honneur et p| l'amour des souffrances de notre Seigneur JÉsus-Cmui et quoiqu'il les faille traiter doucement et charitablei™ il ne faut pas pourtant les entretenir dans une délicati qui les rende difficiles à servir ou de mauvaise huniflj

;iUTS ET LETTRES DE JACQUELINE, ni. 1652 A 1661 . 28&

faut au contraire les faire rendre à tout ce que l'on veut rmolif de vertu.

9. Quand il arrive que la maladie est dangereuse, il it prendre avis de la mère abbesse et du médecin pour dministration des sacremens selon leur âge et capacité , de notre côté redoubler tous nos soins et nos assignées spirituelles etcorporelles, pour faire en sorte qu'elles ieiit entièrement contentes, afin de leur dégager Tespril l'occupation qu'elles pourroient prendre d'elles-mêmes, qu'ainsi elles puissent s'occuper de Dieu autant que leur iladie, leur âge et leur vertu les en rendent capables, te trop les presser néanmoins, puisque au contraire nous wns avoir un soin particulier que nos entreliens ne leur tent point à charge. C'est pourquoi quelquefois on viennes visiter seulement pour les divertir; et selon qu'on (trouvera portées à s'entretenir de Dieu, on pourra méfjuelque parole de piété.

10. Aussitôt que les enfans seront guéries, on les fera «nir avec les autres, de peur qu'elles ne se dérèglent, qui est à craindre dans la jeunesse, qui ne demande le Is souvent que la liberté. Mais quoiqu'elles soient revers dans la chambre, on aura grand soin de les nourrir fefeur donner du repos autant qu'elles en auront besoin •^fe parfait recouvrement de leur santé.

ï^- Pour les légères incommodités qui leur survien- "l) on leur donnera tous leurs besoins, mais on ne les *8ra pas trop ; car il se trouve des enfans qui font quel- ^ois semblant d'être malades. J'en ai vu quelques-unes <5eite sorte, quoique par la grâce de Dieu il y a long- 'ps que cela n'est arrivé parmi les nôtres. Mais quand ' arrive, il ne faut pas faire semblant de croire qu'elles 'S veuillent tromper, mais au contraire il faut les plain- ' beaucoup, et leur dire qu'il est vrai, et qu'elles sont

mal, et aussitôt les mettre au lit dans une chambre à part avec une sœur qui les garde, mais qui ne leur parle point du tout, leur disant que cela leur feroit mal de leur parler et qu'il leur faut du repos. On les met un jour ou deux aux bouillons et aux œufs. Si le mal étoit effectif, ce régime leur est fort bon, et s'il ne Test pas, il est sans doute que dès le lendemain elles diront qu'elles n'ont point de mal ; et ainsi on les guérit de leur hypocrisie sans leur donner occasion de murmurer ; ce qui arrive quand on leur dit qu'elles n'ont pas le mal dont elles se plaignent, et même on les expose à faire des mensonges et à se feindre encore davantage.

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