‹ --Littérature--Chapitre 47 sur 65 · GLOIRE A J^SUB, AU TRÈS-SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

GLOIRE A J^SUB, AU TRÈS-SAINT SACREMENT

La retraite de ce temps peut bien empôchei" de faire une ample lettre, ma chère sœur; mais elle ne p<mt me dispenser de vous écrire, puisque je n*ai rien à vous mander ([lie de saint et des effets de la grâce de Dieu, dont il nous a donné des arrhes en un tel jour qu'aujourd'hui ; car vous savez que la guéfison des corps n'est que comme un morceau, pour parler ainsy, qui nous promet infiniment plus qu'il ne vaut. Cela commence à se trouver vrai en «leux manières; car au lieu que par cet épouvantable miracle il n'y a eu qu'une de nos fdles guérie, nous avons lieu d'espérer que toutes les deux seront préservées de la corruption du monde. L'aînée^ a fort bien parlé à M. do Rebours ; et pour la jeune ^ elle est si fervente, que si ccîla continue on ne pourra pas se dispenser *de la mettre au noviciat avant l'âge, si vous avez dessein de la donner à Dieu, comme je le crois. Elle dit que son miracle est un privilège particulier, et en effet difficilement cela tirera-t-il à conséquence. Et pour votre fils ainé^, il a été trouver

' Rec. de M. Périer, p. 120.

' Jacqueline.

' Marguerite.

* Etienne Périer. Il ne put accomplir les vœux et les espérances de sa tante. Obligé bientôt de sortir des écoles de Porl- Hoyal, il alla demeurer chez son oncle Pascal, qui lui fit faire sa

M. Singlin à qui il a déclaré son cœur, el lui a témoigné qu'il a un éloignement entier du monde et qu'il ne pense qu'à se donner à Dieu. M. Singlin fit tout ce qu'il put pour le tenter, jusqu'à lui dire que monsieur son père étant si honnête homme et si grand justicier, il y avoit tout sujet d'espérer qu'il l'imiteroit, et que ce n'étoit pas un service peu agréable à Dieu que de rendre bien la justice. Tout cela ne l'ébranla point, et il le fut encore moins après; car M. Singlin le voyant si ferme, se mit de son côté et le confirma autant qu'il put dans son dessein, qui est fort bon ; car sa vue est de se joindre à M. de Tillemont et à M. du Fossé, qui sont deux aussi honnêtes gens que l'on puisse voir. M. Singlin m'a ordonné de vous mander cela nonobstant le carême, pour vous réjouir tous deux et vous porter à rendre grâces à Dieu.

Bientôt la persécution s'appesantit sur Port-Royal. Au mois d'avril de celte même année 1661, un ordre de la cour enjoignit aux deux monastères de rendre à leurs familles toutes leurs pensionnaires. Jacqueline et Marguerite Périer se retirèrent auprès de leur mère, qui était alors à Paris, rue SaintrEtienne-du-Mont. Leur tante ne man(|ua pas de leur rappeler et de soutenir leur vocation religieuse.

philosophie au collège d*Harcourt, dont son ami, M. Fortin, était le principal. l\ cultiva ensuite les mathématiques et le droit, succéda à son père dans la charge de conseiller à la cour des aides de Clermont, se maria en 1678 et mourut en 1681. Il professait toutes les opinions de Pascal ; il eut une grande part à l'arrangement des Pensées, et il est l'auteur de la préface.

LETTRE DE LA SOEUR JACQUELINE DE SAINTE-EUPHÊMIE PASCAL A MESDEMOISELLES PERIER SES MÈCES ^

GLOIRE A JÉSUS, AU TRIO-BAINT SACBEMENt.

Ce 17juin Id6l\

Mes très-chères sœurs,

Jo ne sépare point ma lettre parce que Dieu me donne eetle consolation dans ma douleur de vous voir parfaitement unies dans le dessein d'être entièrement à Dieu. Je le supplie de tout mon cœur de vous affermir de plus en plus dans cette disposition; mais, mes chères sœurs, vos actions et votre fidélité à suivre les lumières que vous ave/, reçues doivent être les plus efficaces prières de toutes, et il est sans doute que sans celles-ci les nôtres seront peu écoutées de Dieu. Je sens une joye extraordinaire, quand je ine souviens des bonnes dispositions qui sont manfuées dans vos lettres; et «omme je ne souhaite aucun bien ny aucun avantage à mes amis que les éternels, j'ai une i^Taude joye quand je les \ vois tondre. Mais, mon Dieu î mes chères sœurs, qu'il y a encore peu que vous êtes dans le monde 3 1 Je loue Dieu de ce que le peu que vous en avez déjà vu vous déplaît; mais si vous n'y prenez garde et si vous ne vous armez d'une prière et d'une vigilance continuelle, vous vous trouverez insensiblement déchues des sentimens où vous êtes à présent. C'est pourquoy, mes

• Rec. de M. Périer, p. 454. Recueil d'Utrecht p. 308. ' Date donnée par le Recueil à'Vtrecht.

* Le Recueil d'Utrechl trouve ce tour trop vif, et il fait dire à iacqueline : tendre. Il y a encore bien peu que vous ôtes dans U* monde. Je loue Dieu...

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chères sœurs, séparez- vous du monde le plus qu'il vous sera possible ; vous êtes avec des personnes si remplies de piété et qui sont si affectionnées à saint Bernard, qu'elles ne s'offenseront' pas que vous suiviez son conseil. Il avertit les âmes qui veulent être les véritables épouses de J.-C, de ne pas se contenter de fuir le monde, mais même leurs amis et ceux de la même maison, et enfin toutes les créatures , parce que le fils de Dieu veut nous trouver dans la solitude pour parler à notre cœur. Je n'entends pas néanmoins que vous deveniez farouches et que vous fuyez tout le monde, mais que vous soyez fidèles à le faire aussitôt que la nécessité absolue ne vous y retiendra plus, el que, dans le temps que vous serez dans les compagnies, vous y dérobiez souvent de petits momens pour parler à Dieu, comme il est dit si admirablement dans le Cœur 7U)aveau *. Je ne m'apperçois pas que je fais une chose bien étrange de vous donner des avis au lieu où vous êtes; je n'y viens que d'y penser^. Profitez bien des avis et des secours que vous recevez de M. votre ^ hôte ; c'est le meilleur que je puisse vous donner dans le lieu où vous êtes. Priez Dieu pour moi, je vous en supplie, mes chers enfans, et vous assure que je suis de tout mon cœur, loul à vous.

La mère prieure * vous salue et vous assure qu'elle ne vous oubliera point.

Saluez monsieur Périer, etc.

' De M. de Saint-Cyran.

' Le Recueil d^Utrecht omet : au lieu où vous êtes.

* Peut-être Pascal, qui sur la fin de sa vie demeurait chez ni sœur, madame Périer; peut-être aussi M. Singlin, qui avait prévenu Texil auquel il était condamné en se réfugiant chez un ami.

' La sœur Marie de Sainte-Madeleine du Fargis.

La persécution ne tarda point à s*étendre jusqu'aux religieuses elles-mêmes. Un des grands vicaires de Farchevêche de Paris fut envoyé à Port-Royal pour les interroger sur leur foi. On a conservé l'interrogatoire de la sœur EuphémiOy écrit par elle-même. 11 a été imprimé dans YHistoire des persécutions des religietLses de Port- Bayai. Villefranche, 1753, in-4% p. 167.

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