‹ --Littérature--Chapitre 7 sur 65 · DES FEMMES ILLUSTRES DU WIV SIÈCLE · texte numérisé non relu

DES FEMMES ILLUSTRES DU WIV SIÈCLE

quelques-unes de ses pages les plus délicates sur M™® de La Fayette, en lui demandant la permission d'être un peu plus sévère que lui sur La Rochefoucauld K Puis viendrait ce génie égaré qui égare un autre génie, cette âme si ten* dre qu'elle séduisit et entraîna l'âme tendre de Fénelon, alluma au feu de l'amour divin la plus ténébreuse querelle, mit aux prises Taigle de Meaux et le cygne de Cambrai , et jusque dans ses plus grandes erreurs se fit tout pardonner à force d'humilité, de sincérité, de dévouement '^. Mais insensiblement le grand siècle s'écoule. Sa forte sève épuisée ne renouvelle plus les grandes générations. L'élégance a remplacé la force, et le goût le génie. La dernière figure de notre galerie, froide et composée, mais belle encore, serait celle de M™® de Maintenon. Nous tâcherions de la peindre fidèlement, sans ressentir aucune sympathie pour celle qui jamais ne consulta ni le devoir ni son cœur, mais l'opinion , ne poursuivit qu'un seul et bien misérable objet, la considération, feignant de prendre le plaisir d'un roi pour la volonté de Dieu, sans vertu à la fois et sans amour, victime volontaire et par conséquent peu intéressante de ce tyran vulgaire qu'on appelle les convenances du monde. Oh ! que nous sommes loin de M"® Angélique Arnauldl Que le siècle finit autrement qu'il a commencé! Ici l'édit de Nantes, là sa révocation ; d'abord Porl- Royal et TOratoire, maintenant le règne des jésuites et bientôt la régence; au lieu de Sully, de Richelieu, de Mazarin, de Lyonne, un conseil de commis sans patriotisme et sans ambition , n'ayant d'autre dessein que de ne pas déplaire au maitre et de garder leurs portefeuilles. Le XVII* siècle a fait son temps ; un autre monde est près

• La Bruyère et La Rochefoucauld , madame de La Fayette et madame de Longuemlle,

• M»e Guyon,

d*éclore; un nouvel esprit, de nouvelles mœurs, d'autres hommes, d'autres femmes, vont paraître. Voltaire va succéder à Descartes, et le cardinal de Fleury au cardinal de Richelieu. Voici venir les Parabère et les Pompadour, en attendant les Du Barry , comme femmes auteurs ou présidentes de coteries littéraires, les Dudeffant, les Grafîîgny , lesGeoffrin, les Duchâtelet, c'est-à dire, si vous exceptez la noble M'** Aïssé et peut-être^ncore cette pauvre insensée M"* de Lespinasse, pas une femme véritable, un peu de savoir en mathématiques et en physique, quelque bel esprit, aucun génie, nulle âme, nulle conviction, nul grand dessein ni sur soi-même ni sur les autres : telles sont les fommes du xviir siècle. Ce n'est pas moi qui me propose de leur servir d'historien.

Accompli rai-je jamais cette idée d'une galerie des femmes illustres du xvn* siècle? c'est du moins un rêve qui sert de délassement à mes travaux, de charme à ma solitude. Je rassemble sur les rayons de ma bibliothèque ce qui nous reste de quelques-unes de ces femmes ; je recueille des lambeaux de leurs correspondances inédites ou de mémoires manuscrits qui éclairent à mes yeux et marquent plus distinctement les traits de telle figure qui m'est chère. J'ai publié des lettres nouvelles de M*"® de Longueville, cette créature ravissante, pleine à la fois de hauteur et de langueur, aux yeux bleus, aux blonds cheveux, avec le front du grand Condé, si remuante dans le monde, si dévouée en amour, sans aucun entraînement des sens et par le seul mouvement de l'âme, puis tout à coup si repenlante, si humble et si tremblante à Port-Royal et aux Carmélites. Aujourd'hui, j'ai quelque envie de présenter au lecteur, mais sans parure aucune, et telle que je la trouve

LA FAlflLLE PASCAL. 17

au milieu de mes manuscrits, une iBgure toute différente, celle d'une enfant pleine de génie, qui, avec un peu plus de culture, eût pu devenir une personne incomparable ; naturellement belle et enjouée, d'un esprit sérieux et gracieux tout ensemble, d'une merveilleuse aptitude à la poésie ; née pour faire les délices de la famille et le charme d'une société d'élite, mais qui, tout à coup saisie d'un accès de dévotion outrée, renonça au monde, s'appliqua à étouffer tous les dons qu'elle avait reçus, entra en religion à vingt-six ans, et mourut à trente*six dans les angoisses d'une conscience troublée : Je veux parler de Jacqueline Pascal.

Qi^elle famille que celle des Pascal * ! Elle n'est pas, elle ne peut pas être supérieure à celle des Ai^nauld, mais elle en est Tégale par la qualité, sinon par le nombre. Dès que Richelieu, de son regard d'aigle, aperçut Etienne Pascal accompagné de son fils Biaise, qui avait alors une quinzaine d'années, et de ses deux filles Gilberte et Jacqueline, il demeura frappé de la beauté de ces enfants, et au ]i<^u de laisser le père les lui recommander, c'est lui qui les recommanda à ses soins, en lui disant : J'en veux faire qxidqkie chosedegrand! Etienne Pascal était un homme de beaucoup de mérite. Outre sa capacité comme intendant de province, il était très-instruit, et même savant. 11 recevait chez lui des mathématiciens et des physiciens; il participait à leurs travaux, et on a de lui une lettre au jésuite Noël, où il l'engage, d'un ton moitié sérieux, moitié plaisant, à ne pas trop se commettre avec son fils Biaise Pascal à l'endroit de la pesanteur de l'air, l'avertissant qu'il aurait affaire à un rude adversaire *. Il avait donné à

* Sur la famille Pascal, voyez le volume précédent, Appendice, D' I, p. 315.

• Édition de Pascal,. de Bossu t, t. IV, p. 177.

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cet enfant une éducation un peu systématique, qui ne fut pas sans influence sur la tournure de son esprit. Ses deux filles avaient aussi reçu une instruction trôs^forte. L'ainée s*appelait Gilberte. Marguerite Périer, sa lille, dans ses Mémoires inédits sur sa famille, nous parle ainsi de sa mère : « * Elle étoit née le 7 janvier 1620, à Clermont. « Mon grand-père se retira à Paris en 1630 pour y éle- « ver ses enfants. Ma mère, qui étoit Tainée, avoit dix a ans; elle se maria à vingt et un ans (quand M. Pascal <K le père était intendant' en Normandie) , et elle resta à a Rouen. Quand elle fut ici (à Clermont) , elle se mit dans « le grand monde comme toutes les personnes de son âge « et de sa condition. Elle avoit tout ce qu'il falloit pour c< y être agréablement, étant belle et bien faite. EUeavoil <c i)eaucoup d'esprit^. Elle avoit été élevée par mon grandce père qui, dès sa plus tendre jeunesse avoit pris plaisir a à lui apprendre les mathématiques, la philosophie et (( l'histoire. En 1646, ma mère étant allée à Rouen chez « mon grand-père, trouva toute sa famille à Dieu, qui lui a fit la grâce et à mon père d'entrer dans les mômes sena timents. Elle quitta donc le monde et tous les agréments « qu'elle y pouvoit avoir, à l'âge de vingt-six ans , <i et elle a toujours vécu dans cette séparation jusquà sa mort 3. »

Ne croyez pas que ce portrait soit embelli ; l'austère Marguerite ne flatte personne, et si une janséniste comme elle remarque que sa mère était belle , il faut que celle-ci l'ait été beaucoup.

' V. le précédent volume, p« 326.

' V. sur madame Périer les Mémoires de Fléchier, p. 44.

' Madame Périer est morte à Paris, le 25 avril 1687, sur la paroisse de Saint-Jacques-du-Haul-Pas, et elle est enterrée àSaint- Ètienne-du-Mont, à c6lé de son frère Biaise Pascal.

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