DÉPARTEMENT DE LA LOIRE
EXTRAIT
DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL GÉNÉRAL
Séance du 13 avril 1877.
PORT SAINT-LOUIS-DU-RHONE
NAVIGATION ET CHEMIN DE FER DE SAINT-LOUIS A ARLES
M. Fabreguettes lit le rapport ci-après :
«M. le Président du Conseil d'administration du port Saint-Louis a l'honneur d'appeler l'attention du Conseil général de la Loire sur le chemin de fer de Saint-Louis à Arles, qui a été concédé par une loi en date du 26 juillet 1873, à titre de ligne d'intérêt général, et de le prier de prendre une délibération fortement motivée en faveur de ce chemin de fer qui serait d'une grande utilité pour le commerce et l'industrie du département.
« A l'appui de sa demande, M. le Président expose ses motifs dans un, rapport que * je vais résumer en peu de mots, aussi clairement qu'il me sera possible.
« Les travaux du port Saint-Louis ont coûté à l'État une somme d'au moins 20 millions.
« Ce port, qui est aujourd'hui à peu près terminé, ne peut être utilisé d'une manière fructueuse, pour le commerce et l'industrie, qu'à la condition de posséder deux organes indispensables à son développement : un bon service de navigation et un chemin de fer.
« Le service de navigation est impraticable actuellement à cause du mauvais état du Rhône ; les travaux d'appropriation de ce fleuve exigeront un temps très-long
avant d'ôtre exécutés. Il est impossible de compter sur un service régulier de navigation.
« Le service d'un port ne peut, d'ailleurs, être exécuté uniquement par la navigation ; la cargaison d'un navire comprend, en effet, presque toujours des marchandises diverses dont les unes sont appelées à sa servir de la navigation, tandis que les autres ont besoin de transports rapides.
« Ces motifs indiquent surabondamment l'insuffisance, pour les besoins du port Saint- Louis, de l'emploi de la navigation.
« La nécessité d'un chemin de fer est indispensable.
« Quant au chemin de fer de Saint-Louis à Arles, il abrège la distance de 51 kilomètres, car elle est de 89 kilomètres de Marseille (Joliette) à Arles, et de 38 kilomètres seulement de Saint-Louis au môme point. H ne peut rendre des services que par son raccordement avec le Paris-Lyon-Méditerranée.
« Or, la Société de Saint-Louis a vu jusqu'ici tous ses efforts, pour l'exécuter, entravés par le mauvais vouloir de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée.
« La Société de Saint-Louis a, en effet, offert au Paris-Lyon-Méditerranée d'appliquer les mômes tarifs kilométriques en tenant compte des distances ; elle lui offrait encore de stipuler à l'avance des conditions de rachat complètement facultatives pour ellemême; elle lui proposait môme de lui abandonner l'exploitation de la ligne.
« Ces propositions furent complètement repoussées ; et, par une lettre en date du 27 juin 1874, la Compagnie de Çaris-Lyon-Méditerranée notifiait à la Société de Saint- Louis qu'elle entendait user de son droit, et appliquer, au départ d'Arles sur Lyon et Paris, les mômes tarifs qu'au départ de Marseille ; de telle sorte qu'avec un parcours abrégé de 51 kilomètres, le public, pour se servir du port Saint-Louis, aurait à payer, pour ses transports, en plus du transport de Marseille à Arles, celui de Saint-Louis à Arles.
« Dans ces conditions, il est évident qu'aucun navire de commerce ne peut consentir à débarquer au port Saint-Louis.
» Il résulte de cette situation que le port Saint-Louis est perdu à son début, et que, comme l'amélioration du Rhône ne peut produire d'effets que dans plusieurs années, la dépense de 20 millions réprésentant ce port constituera, chaque année, une perte stérile de plus de 1 million d'intérôts.
a II est cependant évident que l'abréviation du parcours devrait profiter au transport de toutes les marchandises, notamment à celles de peu de valeur, comme les nouilles, les minerais, les pierres à bâtir, les chaux et ciments, etc.
« Le département de la Loire trouverait sûrement un avantage considérable dans l'utilisation de ce port pour ses mines et ses établissements métallurgiques qui constituent une grande partie de sa fortune.
« En effet, au tarif de fr. 03 seulement, les marchandises expédiées par la voie de Saint-Louis, constitueraient une économie de 1 fr. 50 par tonne, chiffre d'une haute importance pour la houille et le minerai.
« J'ai donc l'honneur de vous proposer les résolutions suivantes :
« Le Conseil général de la Loire émet avec la plus grande insistance le vœu que M. le Ministre des travaux publics veuille bien user de son influence pour obtenir :
« 1° Le raccordement du chemin de fer de Saint-Louis à Arles avec le Paris-Lyon- Méditerranée, par le règlement prochain d'un tarif commun basé sur les distances kilométriques réelles ;
a 2° Ou bien l'octroi, par l'État, d'une subvention importante dans les dépenses de ce chemin de fer ou la garantie d'un minimum d'intérêt ;
a 3° Au besoin, l'emploi de toute autre mesure qu'il jugera convenable pouf assurer a réalisation des avantages incontestables dont cette entreprise doit faire profiter le commerce et l'industrie de la presque totalité de la France. »
Le Conseil approuve.