DES REGISTRES DES DÉLIBÉRATIONS
Séance du 25 mai 1877.
PORT SAINT-LOUIS-DU-RHONE
NAVIGATION ET CHEMIN DE FER DE SAINT- LOUIS A ARLES
M. le Président saisit ïa Chambre de l'importante question du chemin de 1er de Saint-Louis à Arles. Le Président de la Société anonyme de Saint-Louis-du-Rhône sollicite le concours de la Chambre de commerce dé Saint-Étienne, en faveur d'une entreprise qui touche d'aussi près aux intérêts généraux du commerce et de l'industrie. D'autres Chambres de commerce, notamment celles de Châlon-sur-^Saône et d'Avignon, ont pris à ce sujet des délibérations très-fortement motivées.
Après avoir entendu l'exposé de la question, et après en avoir délibéré,
La Chambre de commerce,
« Considérant que les travaux exécutés au port' Saint-Louis ont déjà coûté 20 millions au Trésor; qu'il importe donc de ne pas les laisser plus longtemps improductifs;
« Considérant que le port Saint-Louis est seulement à 38 kilomètres d'Arles, tandis que Marseille (Joliette) en est éloignée de 89 kilomètres, d'où il résulte que la dis* tance du port Saint-Louis à tous les points du réseau P.-L.-M. est abrégée de 51 kilomètres ;
« Considérant que le canal Saint-Louis, qui met en communication la navigation maritime avec la navigation fluviale, n'est pas suffisant pour donner au port Saint- Louis toute l'activité commerciale dont il est susceptible, surtout tant que la navigation du Rhône n'aura pas été améliorée, et que la grande voie navigable entre la Manche et la Méditerranée n'aura pas été complétée et achevée;
« Considérant qu'une voie rapide est nécessaire pour le transport, soit des voyageurs, soit de certaines marchandises qui réclament la grande vitesse;
« Considérant que, par le fait, la distance de Saint-Étienne à la Méditerranée se trouvera abrégée de 51 kilomètres, que les arrivages des soies de l'Orient, le prix des minerais africains utilisés sur une si vaste échelle par l'industrie métallurgique de la Loire, les transports d'armes en Algérie et sur tous les points du bassin de la Méditer-
ranée, seront allégés d'autant; quo Saint-Étienne a donc un intérêt sérieux et pressant à voir cette question tranchée dans le sens le plus favorable au commerce ;
i Considérant que le chemin de fer de Saint-Louis & Arles, pour produire tous ce? avantages, doit se souder au réseau P.-L.-M., à Arles môme, ce qui rend nécessaire l'établissement d'un règlement ou tarif commun entre les deux compagnies, pour uniformiser les conditions diverses et d'ensemble relatives à l'application des tarifs généraux de grande et de petite vitesse, comme cela existe entre toutes les grandes Compagnies ;
« Considérant que les avances de la Compagnie du port Saint-Louis, demandant seulement que les tarifs fussent fixés de manière à permettre au public de profiter de l'abréviation de parcours, ont été formellement repoussées par lettre de la Compagnie de la Méditerranée du 27 juin 1874 ; que cette Compagnie a notifié à celle de Saint- Louis qu'elle entendait user de son droit et, appliquer, au départ d'Arles, sur Lyon et Paris, les mômes tarifs qu'au déçart de Marseille; qu'ainsi la Compagnie Paris-Lyon prétend continuer à percevoir le prix de ses transports sur les 89 kilomètres de parcours de Marseille à Arles qu'elle n'aurait plus à effectuer ;
« Considérant que ces exigences iniques ont pour but de détourner du port Saint- Louis la navigation maritime et fluviale, et pour résultat de paralyser des travaux considérables, de stériliser vingt millions de capitaux engages ;
« Considérant que, dans cette capitale question des transports, toutes les Chambros de commerce sont intéressées ; que le monopole concédé aux grandes Compagnies a pour but de favoriser et non d'entraver le commerce et l'industrie, et qu'il est étrange qu'elles aient le pouvoir, dans un intérêt privé, de tenir en échec une entreprise d'in* térôt général indiscutable;
« Par ces motifs,
« La Chambre de commerce de Saint-Étienne insiste énergiquemont pour quo lo Gouvernement interpose son autorité afin d'obtenir le règlement immédiat d'un tarif commun dont les prix seront basés sur les distances kilométriques réellement parcourues, fu l'octroi par l'État d'une subvention ou d une garantie de minimum d'intérêt, et, enfin, pour que les prescriptions du cahier des chargos soient rigoureusement exécutées. »