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LETTRE A M. LE MINISTRE DU COMMERCE

PORT SAINT-L0OIS-DU-RH0NE

NAVIGATION ET CHEMIN DE FER DE SAINT -LOUIS A ARLES

Chalon-sur-Saône, le 16 mars 1877.

Monsieur le Ministre,

Dans tous les temps, la Chambre de commerce de Chalon-sur-Saône, considérant que, malgré les immenses services qu'ils rendent, les chemins de fer sont insuffisants, non seulement en temp3 de crise, mais même en temps régulier, pour transportera un prix suffisamment réduit les marchandises lourdes et encombrantes, a appliqué

ses constants efforts à défendre la navigationjdes rivières contre la déchéance dont on l'accable et à la reconstituer sur des bases nouvelles.

En effet, il est une classe considérable de matériaux tels que : les minerais, houilles, engrais, pierres à bâtir, etc., qui, réclamant moins une rapidité exceptionnelle qu'un prix très-bas, pourraient arriver, par les rivières et les canaux améliorés, à des conditions que ne peuvent fournir les chemins de fer.

Nos usines métallurgiques, notamment, qu'une concurrence ardente poursuit à l'étranger, et qu'une crise douloureuse presse en ce temps, réclament surtout avec instance que des moyens leur soient fournis de recevoir les minerais d'Algérie, et de réexpédier leurs produits à un prix suffisamment réduit, aûn de lutter contre leurs rivaux sur les marchés étrangers et môme sur notre propre marché.

L'opinion publique, en France, longtemps portée à considérer la cause de la navigation intérieure comme perdue, a fait, dans cette vue, un retour considérable., et notre Chambre de commerce s'honore d'avoir, en tout temps, appliqué ses efforts pour réagir dans ce sens, et demander que des travaux fussent faits dans les rivières et les canaux, non pour rivaliser avec les chemins de fer, mais pour les compléter.

C'est dans cet ordre d'idées qu'elle a associé ses sollicitations et ses démarches à celles qui ont été faites pour la construction du port Saint-Louis, comme tête de la plus grande voie navigable du pays ; et c'est sur le sort réservé à cette œuvre, Monsieur le Ministre, qu'elle prend la liberté d'arrêter votre sollicitude.

Elle ne saurait trop rappeler ici l'intérêt national qui s'attache à l'avenir de cette création, surtout en présence des efforts qui se font pour détourner, au préjudice du pays, le grand courant commercial qui le traverse, en faveur de Gênes et Trieste, par le percement des Alpes, et recommander, pendant qu'il en est temps, l'achèvement des travaux commencés pour assurer une voie plus économique de transport que par les chemins de fer.

Ce qui a été fait déjà, dans cette vue, à port Saint-Louis, demeure et demeurera longtemps un effort considérable sans résultat tant que le Rhône, tronc principal du système, n'offrira pas, pour Ta navigation, la régularité indispensable pour garantir les délais aux transports ; aussi, y a-t-il urgence pour que les travaux élaborés par de longues études, adoptés par les Conseils compétents, soient présentés sans retard à la sanction des pouvoirs réguliers.

Mais, avant que ces travaux aient atteint leur terme, port Saint-Louis et toutes les sommes qui y ont été dépensées par l'Etat ne devant pas rester improductifs, il importerait d'y verser la vie par la création d'un chemin de fer reliant ses quais au point le plus rapproché du réseau de Paris-Lyon.

Ce chemin de fer, outre l'économie manifeste de parcours depuis Marseille et Cette, permettant d'assurer le transport pendant le temps d'interruption de la navigation sur le Rhône, encouragerait l'installation do maisons de commission, de magasins et autres établissements que l'insécurité de la navigation retient encore.

Cette utilité, d'ailleurs, n'aurait pas seulement pour cause un besoin temporaire, car, alors que le Rhône sera rendu navigable d'une manière régulière, les établissements créés ou à créer sur ce point ne pourront se passer de moyens de communication rapide avec les grands centres d'activité.

La Compagnie Paris-Lyon était naturellement indiquée pour exécuter ce tronçon de 38 kilomètres se soudant à son réseau ; mais la puissante Compagnie, mue par des calculs peu explicables, dont la portée paraît systématiquement hostile à la navigation, abusant de sa position et de ses droits, a opposé des conditions équivalant à un refus absolu.

Dans cette situation, considérant qu'une création aussi importante que port Saint- Louis ne peut rester sans emploi;

Que les intérêts qui s'y rattachent, touchent non-seulemont les riverains du Rhône ou des rivières qui en font le prolongement, mais le commerce de la France entière ;

Que le tronçon de chemin de fer, dont l'établissement est réclamé, ne peut être que d'une faible dépense relativement aux sommes dépensées et aux services à rendre ;

La Chambre de commerce émet le vœu : que vous vouliez bien, Monsieur le Ministre, user de votre influence afin d'obtenir :

1° A défaut par Ja Compagnie Paris-Lyon de construire ce tronçon, le règlement d'un tarif commun ;

2° L'octroi à la Compagnie de port Saint-Louis, chargée de la construction, d'une subvention par l'État d'une part importante des dépenses à faire, ou la garantie d'un minimum d'intérêt conforme à celui accordé à des lignes d'un intérêt moins important.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, etc.

Le Président de la Chambre de commerce.

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