PAR UN DE CES GAIS MATINS
« — Monsieur, disait Ballanche, or mon œuvre, ma tâche,
C'est ma chair et mon sang ! » — Et comment quitter là,
Je vous prie, et brusquer auteur qui dit cela?
Comment lui voir le sang couler, sans qu'on y mette
La main, au moins le doigt, d'un mouvement honnête ?
J'écoutais, j'expiais, et j'avais mérité
Plus d'un beau rang déjà dans sa noble Cité,
Dans sa Cité future,... hélas! quand midi sonne,
Midi, l'heure chérie, où Celle qui la donne
Doit arriver là-bas et va chercher longtemps
L'Ami pour qui son cœur célèbre le printemps.
Nous, en plein Carrousel nous étions : — « Je découvre
Que votre œuvre, monsieur Ballanche, est comme un Louvre
Dis-je aussitôt, le Louvre aperçu de ce lieu :
Il n'y manque qu'une aile, il faut la faire : adieu ! »
Et sur ce mot adieu! j'échappe et me dégage;
Lui, bâille et rit, content du compliment pour gage,
Humant ma flatterie en face du beau ciel,
Et digérant longtemps ce doux gâteau de miel !
— Oh ! laissons-les de loin et mourir et renaître, Ces rêves nés à l'âge où l'Amour n'est plus maître,
148 LIVRE u'amouh
Systèmes qu'un mot Malte, el « j n î se croient moins faux;, Nous, comptons nos saisons par des baisers nouveaux!
(Il ne faudrait pas voir dans cette pièce autre chose qu'une plaisanterie innocentej entre amoureux, envers un homme qu'on vénère, mais dont une fois on a souri.)
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Qu'elle est belle, toujours renaissante, et plus belle,
Dans son long peignoir blanc, le matin en dentelle ;
Pâle encor du réveil, l'œil nageant et confus,
Blanche rose entr'ouvrant ses mille plis touffus !
Le parfum l'environne : inclinée et bercée,
Bercée au seul désir qui soutient sa pensée,
Qu'elle est belle pour tous ! Ceux qui, depuis dix ans,
L'admirent et sont faits à ses jours séduisants,
S'arrêtent en entrant, éblouis ; car la source,
Le ruisseau qui semblait ralenti dans sa course,
Au penchant des coteaux par avril éveillés
Ne renaît pas plus vite, à flots renouvelés,
Que la beauté parfois voilée, et non tarie,
Chez les êtres doués de sa longue féerie.
Tous donc, en la voyant, surpris du don sacré, Comme atteints d'un rayon jusqu'alors ignoré, L'ont témoigné d'abord d'un signe involontaire ; Et ces jours-là, s'il vient, il faut qu'on fasse taire Le follet Robclin, et qu'on l'éloigné un peu, Tant son geste au babil s'unit d'un même jeu ! Boulanger, plus discret, vrai dévot, à distance Se tient, joignant les mains, l'œil désireux, et pense Qu'une telle blancheur, assise en des berceaux, Serait un sûr triomphe à l'éclat des pinceaux ; Et le poète illustre, à qui l'on doit Elvire, En voyant ma rêveuse, hier, se prit à dire : « Faites-vous peindre ainsi, Madame, en peignoir blanc !
Mais Elle, au simple cœur, bien qu'au regard troublant,
Calme, sans vanité, sans ombre ni mélange,
Pour l'offrir à l'absent acceptant la louange :
« Belle, ils me disent tous, se dit-elle à demi,
» Je l'étais donc hier en tes bras, mon Ami;
» Je l'étais, blanche ainsi, dans ces mêmes parures,
» Et tu me disais vrai dans tes tendres murmures.
» Va, sois tranquille, Ami, jamais ce doux portrait,
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» Que l'amitié trop vaine à l'amour ravirait,
» Ne sera qu'en discours ; je saurai m'y soustraire,
» Avec art, s'il le faut, esquiver la prière,
» Tenir bon au propos ou flatteur ou moqueur;...
» Je me veux seulement ressemblante en ton cœur ! »
(Le portrait pourtant a été fait.)