VIRGILE
Lesbeauxyeux d'un berger delong sommeil touchés.
DESPORTKS.
0 Sommeil, je t'adore, ainsi qu'au premier somme, Quand tu naquis sur la terre pour lit,
Ainsi qu'on t'adora depuis qu'un premier homme Travailla, souffrit et vieillit !
Soit qu'après la journée accablante et sans trêve,
Après maint effort et maint vœu, Par toi l'oubli revienne, et l'espérance en rêve, Quelque jeunesse encor que chaque jour enlève, Que chaque nuit nous rend un peu !
Soit que difficile à l'approche,
Comme un mont à pic, une roche, A ton flanc nu, Sommeil, il me faille gravir;
Et vingt fois la roche tentée Me rejette en sursaut, avant que le Protée
Tout au haut se laisse ravir !
Soit que puissant de sceptre, et d'un genou qui pèse, Tu te poses d'abord sur ma poitrine, à l'aise, Rude Cyclope, et fier d'avoir si bien noué Le naufragé, sous toi qui demeure cloué !
Je t'adore, ô Sommeil !
— ou soit qu'au matin même, Et le plus fort passé de la fatigue extrême, Doux, léger, pénétrant, tout inquiet du mieux, Comme un peintre remet au tableau qu'il préfère
Sa touche la plus chère, Tu reviennes pour mettre un fini gracieux (1),
(1) 6i\yet <T ouiackto; ë<?pav Û7rvoç'àiît;TO; yctp ëf>a bXeyxpotç 7rpô; àoûç.
Euripide (Rhésus), 550.
AU SOMMEIL If!7
Pour mettre à tous mes sens ce qu'aux fils des déesses Autrefois tu portais, à l'heure des caresses, Quand les belles Didons s'égaraient au soupir, Le duvet à ma joue, et des lueurs nouvelles,
La rosée aux prunelles, La rosée à des cils où pointe le désir ! (1)
Ah ! bientôt l'essuyant, cette fraîcheur vermeille, La buvant à mon front de son baiser d'abeille, Heureuse de jeunesse et de me posséder, Elle se mirera dans cet œil où tout nage, Comme au jour où d'abord elle y vit son image, S'oubliant à la regarder.
(1) Pointer pris un peu dans le sens de poindre, comme clans cette locution : Le verd (la verdure) commence à pointer. Le verbe poindre est impraticable dans la plupart de ses temps.