‹ Livre d'amourChapitre 35 sur 47 · LE LONG DE CETTE VERTE · texte numérisé non relu

LE LONG DE CETTE VERTE

XLIe ET DERNIÈRE

Le long de cette verte et sereine avenue, Derrière, adroite, au fond, laissant la tour connue Et le bois protecteur où nous venons d'errer, Sans trop voir Saint-Mandé qui doit nous ignorer, Tandis que devant nous la prochaine barrière, Bizarrement dressée en colonnes de pierre (1), Annonce aux yeux la ville, et dit de loin qu'il faut, Pauvres amants heureux, nous séparer bientôt, Durant ces courts moments d'une plus calme ivresse, Redoublant de lenteur sous le soleil qui baisse, Dans ce silence ému, dans nos regards de feu, A ton bras, Ange aimé, sais-tu quel est mon vœu? Mon vœu, c'est que l'allée au lent retour propice,

(1) La barrière du Trône, qui pouvait alors sembler bizarre, parce qu'elle était inachevée.

20b LIVRE D'AMOUR

Ces maisons de cAté que le rosier tapisse,

Ces petits seuils riants sans un œil curieux,

Ces arbres espacés où règne l'air des cieux,

Tout cela dure et gagne en longueur infinie ;

Que par l'enchantement de quelque bon génie,

A mesure que fuit derrière abandonné

Le beau bois verdoyant, de sa tour couronné,

Abaissant à nos yeux ses colonnes d'Hercule,

L'idéale barrière elle-même recule ;

Et nous irions ainsi sans jamais approcher !

Le soleil cependant viendrait de se coucher,

Et le soir faisant signe aux timides étoiles

Baignerait au couchant la frange de ses voiles :

Mais, sous les cieux rougis ou sous le dais du soir,

Nous, bien qu'un peu lassés, sans rien apercevoir,

Sans dire que c'est long ni presser le mystère,

Nous irions, nous irions, bienheureux sur la terre,

Jouissant de l'air pur, de parler, de rêver,

Et croyant vaguement à la longue arriver.

Et Martine pourtant, notre bonne déesse,

Qui jamais ne se plaint, mais quelquefois nous presse,

Au large devant nous, grave et d'un pas royal,

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