I. BOCCACE DE MUNICH
Ce manuscrit, de format grand in-folio, renferme l’adaptation en français, par Laurent de Premierfait, du traité hiStorico-philosophique de Boccace : Des cas des nobles hommes et femmes. Il eft conservé à la Bibliothèque d’Etat de Munich (Codex Gallicus 6 ; ou aussi, 369) et déjà en 1628, il appartenait à la Maison de Bavière. Le texte en a été achevé de copier le 24 novembre 145 8 à Aubervilliers, dans la banlieue de Paris, et tout le volume, miniatures comprises, a été exécuté, ainsi que je l’ai péremptoirement démontré, non pas, comme on l’a dit très longtemps par erreur, pour Etienne Chevalier, mais bien pour Maître Laurens Gyrard, notaire et secrétaire du roi Charles VII, nommé le 3 janvier 1453 contrôleur de la recette générale des finances et ayant conservé sous Louis XI un rang élevé dans l’administration financière du royaume. Dans les miniatures et les enluminures mêmes du volume apparaissent, datant de l’origine, et sans aucune retouche ultérieure, le nom de Laurens Gyrard, plusieurs fois répété en forme d’anagramme : SUR LY N’A REGARD, et ses initiales L.G.
Le manuscrit s’ouvre par une miniature à pleine page, représentant le roi Charles VII présidant le Lit de Justice qui fut tenu à Vendôme en 145 8, pour le jugement du duc d’Alençon, merveilleux tableau d’histoire aux nombreux personnages, qui fut autrefois attribué à Van Eyck (sic!), avant que le Marquis de Laborde, dès 1840, et Waagen en aient très légitimement restitué l’honneur à Jean Foucquet. f Le Boccace de Munich renferme encore quatre-vingt-dix autres miniatures, dont neuf grandes et quatre-vingt-une petites. Les neuf grandes sont assez belles pour être données aussi à Foucquet. On peut porter un jugement analogue sur une certaine partie des petites, traitées avec une délicatesse exceptionnelle et une science consommée de l’art du paysage. D’autres sont sensiblement plus faibles, quelques unes même médiocres. Mais tout l’ensemble, s’il n’eêt pas toujours de la main de Foucquet, eSt trop homogène pour ne pas avoir été exécuté dans l’atelier du maître, et sous sa haute direâion.
De tous les manuscrits que l’on peut croire avoir été illustrés dans l’atelier de Foucquet, le Boccace de Munich eSt celui où l’on rencontre la plus forte proportion de souvenirs de l’Italie, et de représentations d’aspeâs variés de cette Rome du XVème
* Pour tout ce qui concerne ce manuscrit, au sujet duquel bien des erreurs ont jadis été imprimées, voir Cte. Paul Durrieu, Le Boccace de Munich , Paris et Munich; 1910, grand in-40, avec 28 planches hors texte, reproduisant la totalité des 9 1 miniatures illustrant le volume.
t J’ai moi-même publié deux fois, en héliogravures, cette admirable page initiale, dans mes Antiquités "Judaïques , pl. XXII et dans mon Boccace de Munich, pl. I. Des reproduétions en couleurs en ont été aussi données en 1 866 par Curmer dans l'Oeuvre de Jehan Foucquet (en proportions beaucoup trop réduites), et en 1920 (grandeur réelle) par le Dr. George Leidinger, Meiüerwerke der Buchmalerei, Munich (München), grand in-folio, pl. 35
siècle où Foucquet alla peindre son portrait du pape Eugène IV. Des impressions rapportées d’Italie se révèlent jusque dans le choix des coutumes pour les personnages.
II. GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE Ce manuscrit, de format in-folio, écrit sur deux colonnes, constitue le manuscrit français 6465 de la Bibliothèque Nationale. Il renferme actuellement cinquante et une miniatures. De ces miniatures, cinquante sont placées dans une des colonnes du texte et mesurent en moyenne 105 millimètres de largeur. Une cinquante et unième occupe une largeur égale aux deux colonnes réunies.*
L’origine de ce très beau manuscrit eSt malheureusement inconnue. Peut-être y avait-il une marque de provenance sur le premier feuillet du volume ; mais ce premier feuillet a été enlevé avant l’entrée du livre dans la Bibliothèque du roi.
Les miniatures qui ornent ce manuscrit sont de la plus haute qualité. Dès 1 8 3 7 ou 1838 au plus tard, le Comte AuguSte de BaStard avait proposé d’y reconnaître la main de Jean Foucquet. Cette opinion me semble pleinement justifiée. On y rencontre des vues de Paris et de Tours traitées dans un sentiment de vérité parfaite. Mais une des miniatures mérite surtout l’attention. Lorsque Jean Foucquet séjourna à Rome, il put encore y contempler, debout, l’antique Basilique ConStantinienne de Saint-Pierre, qui devait être ultérieurement démolie pour faire place au moderne Saint-Pierre de Rome. Or, Foucquet ayant à représenter le couronnement de Charlemagne, a placé la scène — ce qui eSt d’ailleurs conforme à la vérité historique — dans l’intérieur du primitif Saint- Pierre de Rome. J’ai pu montrer, par le rapprochement avec des dessins anciens et des plans, que cette vue de l’intérieur de la Basilique ConStantinienne eSt d’une parfaite exa&itude et qu’ainsi nous avons en elle, grâce au “bon peintre du roi Louis XI,” un document archéologique de premier ordref sur un des édifices les plus vénérables, et aujourd’hui disparu, de la Chrétienté.
III. L’ESTRIF (c’eSt-à-dire : le débat ) DE VERTU ET FORTUNE Manuscrit de format analogue au grand in-40, ayant appartenu jusque vers la fin du XVIIIème siècle à l’abbaye de Saint Germain des Prés, à Paris, passé ultérieurement, après le vol de 1 79 1 , dans la colleftion de Dubrowski, puis à la Bibliothèque Impériale de Saint Petersbourg (manuscrit 3.3.53). En tête du volume eSt une grande et très belle miniature, montrant, en présence l’une de l’autre, les figures allégoriques de la Vertu et de la Fortune. J’ai été le premier à signaler que cette page pouvait être restituée à Foucquet, d’après les analogies frappantes de Style et de facture qu’elle offre avec les peintures authentiques du Josephe.% Elle était restée totalement ignorée, avant moi, de tous les auteurs qui se sont occupés de Jean Foucquet.
* J’ai reproduit cette grande miniature, en héliogravure et en dimensions exaétes, ainsi que deux autres images du volume, dans mes Antiquités Judaïques, pl. XXI. La série entière des illustrations du manuscrit a été donnée par M. H. Omont dans un album in-8 °, de 5 1 planches en phototypie, édité chez Berthaud Frères.
t P. Durrieu, Une vue de l’ancien Saint-Pierre de Rome au milieu du quinzième siècle, peinte par Jean Foucquet, Rome, 1892, in-8°, avec planche ( Extrait des Mélanges G. B. de Rossi, supplément aux Mélanges d’ archéologie et d’histoire publiés par l’Ecole française de Rome).
t Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, année 1 9 1 3, p. 268 (séance du2ojuinl9i3). Cf. Comte Alexandre de Laborde, De quelques manuscrits à peintures des bibliothèques de Pétrograd, Paris, 1917, in-8°, p. 13 (extrait des Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1917, p. 484 et suiv.).