HENRI KONIC — NAPOLÉON, CONSTRUCTEUR DE L'ETAT POLONAIS
Les historiens, aussi bien les étrangers que les nôtres, affirment d'ordinaire qu à la fin du XVIII-e siècle, au moment du 3-e partage de la Pologne, notre Patrie fui rayée de la liste des Etats indépendants. On pense que l'année 1795 fut le terme de l'existence de la Pologne indépendante. Cependant cette affirmation ne cadre pas aoec la réalité. Contrairement à cette assertion, dès le début du XlX-e siècle, nous possédions notre existence propre d'Etat, l'une partielle, l'autre même complète. De l'une et de l'autre nous devons être reconnaissants à Napoléon, Il importe à l'heure actuelle de souligner avec fermeté ce fait historique. Et il faut le faire parce qu'il constitue une preuve irrécusable que les Polonais ont réussi non pas à créer un Etat médiéval, basé sur les castes et les privilèges d'une classe sociale, mais aussi un régime moderne, répondant aux exigence actuelles et ressemblant aux Etats Occidentaux contemporains.
Le 28 Novembre 1805 l'armée polonaise occupait Varsovie. Le 5 Décembre de la même année était créée la Cour Suprême de Guerre et d'Administration. Cependant, au bout de peu de temps, le M Janvier 1807, Napoléon crée- un gouvernement provisoire sous le nom de Commission de Gouvernement, comme suprême autorité législative et administrative.
Il est dit dans l'article l-er du Règlement: „ Jusqu'à ce que le sort de la Pologne prussienne ait été fixé par la paix définitive, elle sera gouvernée par un gouvernement provisoire" . Et chose caractéristique, deux jours après la publication du décret, le 16 Janvier 1807, le Ministre secrétaire d'Etal Murât, informe, par ordre de l'Empereur, la Commission, „d'une erreur qui s'est glissée dans le décret". La lettre dit qu'il ne devait pas être fait mention de la Pologne conquise sur le roi de Prusse: car, comme le dit le document du Gouvernement Français, „la France n'ayant jamais reconnu le partage de la Pologne, il n'y eut non plus pour elle jamais de Pologne prussienne" . On Voulut alors établir indubitablement l'attitude de la France à l'égard de la grande tragédie de la fin du XVIII-e siècle.
La Commission, quoiqu établie par les autorités de l'occupation française, était composée uniquement de Polonais, hommes éminents, liés à la Grande Diète de quatre ans. A sa tête se trouvait le
Maréchal de la Diète de quatre arts, Stanislas Mafachowski, et parmi ses membres rious rencontrons Stanislas Potoc^i, qui fut plus tard Ministre de l' Instruction Publique du Royaume du Congrès, l'un des hommes les plus libéraux de son temps, Wibicki, Gutalçowki, et d'autres. A côté de la Commission, et sous sa direction, gouvernait le Conseil des ministres appelé Directoire, composé lui aussi uniquement de Polonais; et parmi eux le héros national. Directeur de la guerre, Joseph PoniatoWski, occupait l'une des places principales.
La compétence de la Commission s'étendait à toutes les branches de la oie nationale sans exception, car l'article 6 du décret établissait, comme le dit son texte, que, „la Commission est investie de toute l'autorité nécessaire pour faire, sur le rapport du Directeur de chaque partie, les lois et règlements relatifs à la justice, à l'administration intérieure, aux finances, à l'armée et à la police du pays" . La Commission sut profiter de l'autorité qui lui était donnée. En examinant de plus près son activité, en étudiant ses décrets et ses règlements, on reconnait qu'elle travailla non comme une institution temporaire, appelée à exercer provisoirement le Gouvernement, mais comme un organe conscient de la tâche consistant à construire l'Etal dans son intégralité, sachant que, des fondations au faîte, elle doit construire un édifice stable, devant durer, comme on le supposait, inébranlablement.
A côté des efforts et des soins quant à l'armée, les domaines de la justice et de l'instruction publique méritent une attention spéciale. Gouvernant dans ce palais de la République, la Commission organisa de la façon la plus systématique tous les organes judiciaires, des plus humbles aux plus élevés. Les lois relatives aux justices de paix et aux jugements volontaires, du 6 Juin 1807, ainsi que d'autres, resteront à jamais un monument sacré de son travail, dans le champ de la justice. Aujourd'hui encore on peut admirer l'esprit moderne qui imprègne les lois de la Commission relatives aux tribunaux. Et il faut ajouter que la remise en vigueur du Droit civil polonais piétiné par l'envahisseur prussien, fut un geste politique intelligent qui attira à la Commission une considération générale.
Egalement frappante, et dans une certaine mesure encore plus fructueuse, fut son activité dans le domaine public. Il convient de se souvenir ici de la Chambre d'Education, crée presque immédiatement, puisque, dès le 26 Janvier 1807, - institution qui, quoique succédant
à la célèbre Commission d'Education, s'acquit le droit à l'hommage et à la considération de la postérité. Car, dans tout le domaine de l'instruction, la tendance des autorités d'alors fut de nationaliser l'école, non seulement extérieurement mais intérieurement. On s'efforça ici de tout créer avec ce que fournissait la terre natale, et de donner à ce matériel une forme répondant aux exigences du moment. Aussi les lois scolaires contemporaines sont-elles imprégnées d'idées et de oues modernes.
S'il faut donc caractériser l'action de la Commission de Gouoernement, il faut indubitablement conclure que l' organisation et la compétence qui lui furent données par Napoléon firent d'elle une véritable autorité législative nationale, qui n'était en rien entravée et presque indépendante Et cette déduction logique des conditions de la Commission se manifeste plus lumineusement encore si nous rappelons le souvenir des occupations ultérieures, qui visitèrent notre malheureux pays au XlX'e Siècle et enfin au XX-e Siècle, et surtout si nous établissons entre elles une courte comparaison,
La Commission de Gouvernement céda la place le 5 Octobre 1807 au Duché de Varsovie, dont nous allons parler.
Dix-huit mois après la suppression de la Commission de Gouvernement, le 21 Avril 1809, commença une nouvelle période de 40 jours d'occupation autrichienne. Elle fut précédée par le pacte conclu entre l'archiduc Ferdinand, commandant en chef de l'Armée autrichienne, et Joseph Poniatowski, commandant en chef du Corps des Armées alliées et unies dans le Duché de Varsovie. C'était une capitulation, avec tous les honneurs, des troupes polonaises. L'Armée Polonaise sortit de la capitale, et l'Armée autrichienne y entra. Et que fit l'archiduc Ferdinand.^ En apparence il laissa en fonctions les employés polonais, mais il confia les postes de directeurs aux Autrichiens, comte de Saint-Julien et baron de Baum. La langue allemande toute puissante commença immédiatemeni d régner partout. Une opposition générale se manifesta. Aussi lorsque, dans la nuit du 1-er au 2 Juin 1809, l'Armée Autrichienne quitta Varsovie et que les autorités polonaises revinrent de nouveau, le journal le plus important de l'époque, la „Gazeta Korespondenta Krajowego i Zagranicznego" (Gezette Correspondante du Pays et de l'Etranger), saluait
en ces termes, dans son numéro 44 du 3 Juin 1809, la nouvelle période qui commençait: „Obligée jusqu'ici à répandre le mensonge, à annoncer les défaites comme des triomphes, elle attendait l'heureux jour où il lui est anfin permis de dire la vérité. Libérée aujourd'hui uniquement par les propres armes polonaises, avec l'aide puissante de Napoléon, elle ne sera désormais jamais plus foulée par le pied de l'envahisseur".
Malheureusement, ces paroles ne furent pas prophétiques; car, quatre ans plus tard, de Duché de Varsovie connut une nouvelle époque d'occupation. C'est l'armée russe qui, cette fois-ci, envahissait notre capitale. Et, de nouveau, la comparaison de cette occupation avec l'occupation française est tout à l'honneur de cette dernière et prouve son incomparable supériorité,
Après la défaite de la Grande Armée de Napoléon en 1812, l'armée russe franchit les frontières du Duché. Malgré la promesse solennelle de maintenir le Gouvernement National, après avoir occupé tout le Duché, le 14 Mars 1813, Alexandre créa à Varsovie le Conseil Suprême provisoire civil et militaire. Le feldmarèchal Barclay de Tolly présidait le Conseil militaire, et Lansl^oj se trouvait à la tête du Conseil civil: parmi ses cinq membres on ne trouvait que deux Polonais, le prince Drucki-Lubeckt et Thomas WaWrzecki, successeur de Kosciuszko comme chef. Les emplois subalternes étaient en grande partie occupés par les Russes. A côté des préfets et des sous-préfets administraient des chefs „okruzni" (d'arrondissement, en russe) et d' „oblastni" (de département, en russe). L'ère de l'occupation russe se termina le 20 Juin 1815, au moment de la proclamation solennelle du Royaume ou Congrès.
Enfin la dernière occupation fut l'allemande, que nous avons tous vécue, et qui est vivement gravée dans la mémoire de tous.
Toutes ces occupations n'avaient pour but exclusif et unique que les intérêts de l'Etat qui avait rempli le rôle d'envahisseur.
L'occupation française posa les fondements de l'édifice du véritable Etat Polonais, et collabora avec lui sans avoir quelques intentions cachées de le supprimer, mais au contraire avec la persuasion
qu'elle prépare la Pologne indépendante. Assurément telles ne furent pas les tendances de toutes les autres occupations, qui ne traoaillèrent presque uniquement qu'au détriment du pays occupé.
Différentes circonstances ne permirent pas d Napoléon de restaurer toute la Pologne. Le traité de Tilsit ne voulut pas rendre le nom de Pologne et de Polonais. On donna au nouvel organisme constitué en Etat le nom étrange de Duché de Varsovie. On ressuscita une nation inconnue, — „les Varsoviens".
Et cependant ce fut un Etat indépendant. Nous avons eu alors notre propre monarque, quoique d'origine étrangère, mais prévu par la loi de Mai, notre propre sénat et notre diète, nos propres ministères, et toute notre administration intérieure propre.
La Constitution donnée au Duché par Napoléon proclamait l'égalité de tous les citoyens devant la loi. „L'esclavage est aboli, disait l'art. 4. Tous les citoyens sont égaux devant la loi; l'état des personnes est sous la protection des tribunaux" .
Nous ne citerons pas ici les différentes légendes sur la proclamation de la Constitution, sur la rédaction précipitée, sur les observations que Napoléon aurait adressées en audience solennelle aux membres de la Commission. Mentionnons seulement que les documents officiels présentent les choses autrement. La remise en fut faite d Dresde le 23 Juillet 1807, à 3 h. de l'après-midi, au domicile de Murât, en l'absence de Napoléon. Le passage final du Statut dit: „Nous avons approuvé et approuvons le Statut constitutionnel ci-dessus qui nous a été présenté en exécution de l'article 5 du Traité de Tilsit, et que nous considérons comme propre d remplir nos engagements envers les peuples de l^arsovie et de la Grande Pologne en conciliant leurs libertés et privilèges avec la tranquillité des Etats voisins".
Tous les actes gouvernementaux législatifs, administratifs et judiciaires, conformément d l'article 84, devaient être écrits en langue nationale. L'Armée Polonaise devait se composer de trente mille hommes, en plus de la garde nationale.
Et les générations contemporaines n'arrêtèrent pas le travail si glorieusement commencé par la Commission de Gouvernement. Malgré l'indubitable déception des espoirs et des prévisions, malgré les regrets qui devaient étreindre tous, sans égard d la dévastation du pays, malgré la ruine financière, les dangers immenses, on ne cessa pas
de bâtir l'Etat. On regardait comme point d'honneur polonais d'élever le pays aussi haut que possible, afin d'imprégner le sol national de l'idée de la Révolution.
Aujourd'hui, lorsque nous examinons de loin cette époque, nous qui vivons dans la Pologne Libre et Indépendante, nous devons dire nettement que, dans le XlX-e Siècle, Napoléon fut le premier constructeur de l'Etat Polonais, qu'il annula les partages de la Pologne. Et c'est pour cela que nous devrons conserver dans tous les temps notre reconnaissance pour le Grand Maître du Monde.
(La partie suivante du discours a été prononcée en français).
Messieurs les représentants de la France, Messieurs les représentants de la Ville de Paris, le court aperçu que je viens de reproduire tout à l'heure nous montre le grand mérite de la France et celui de Napoléon envers la Pologne. Il aida notre pays à construire l'édifice d'un Etat moderne. La France n'a jamais reconnu les partages de notre Patrie. Napoléon, en organisant la Commission de Gouvernement, fit rappeler ce fait historique. Par la force de son Armée, par ses oeuvres grandioses, il essaya d'effacer l'acte honteux du XVIII-e Siècle, les partages de la Pologne. Les événements politiques ne lui permirent pas, hélas! de réaliser toutes ses promesses; ses intentions furent anéanties. Mais tout de même c'est Napoléon qui, au début du XlX-e Siècle, proclama le premier l' indépendance de la Pologne. La France, en nous prêtant son concours pendant la guerre mondiale, remplit les engagements pris par le Grand Monarque. La France, sachant être magnanime, et grande, même au détriment de ses propres intérêts, saura, je le crois et je l'espère, nous soutenir, lorsqu'il s'agira de la défense de nos intérêts communs. Vive la France immortellell!
Les Editions et la Presse Polonaises à r occasion du Centenaire de Napoléon,
Le 5 Mai 1921 la Presse polonaise, tant de la Capitale que de la province, inséra une série d'articles commémoratifs.
Dans ces articles, conçus en termes élevés, résonnait harmonieusement l'écho des grands souvenirs historiques, savamment lié à la politique actuelle, dont la dominante est, pour les deux Nations, la conscience d'une étroite alliance.
Il serait impossible de résumer ici la Voix de ces différents journaux. Cela dépasserait le cadre de notre étude.
C'est donc la nécessité qui nous force à parler seulement de ces périodiques qui consacrèrent un numéro spécial an Centenaire.
A leur tête se place la SEMAINE ILLUSTREE („Tygodnik Ilustrowany"), le journal illustré le plus ancien en Pologne. Pendant les années d'esclavage, ce journal se fit toujours remarquer par la défense des traditions nationales, donnant plus d'une fois la preuve de ses soins attentifs à conserver les souvenirs napoléoniens.
Le Centenaire de la mort du grand Empereur fut donc, aussi largement que possible, commenté dans les colonnes de ce journal.
Le Nr 18 (collection générale 3207) de la SEMAINE, du 30 Avril 1921 , fut consacré en entier à Napoléon, et apporta, à côté de nombreuses illustrations, provenant en partie des collections varsoviennes, en partie des collections du comte du Moriez, les articles suivants; „Cent ans après", — • „Le cinq Mai", de Jean Renaud, — „Napoléon et ses soldats", du Colonel Marjan Kukiel, — „Le Centième Anniversaire de la Mort de Napoléon" , poésie d'Arthur Oppman (Or-Ot), — „Napoléon au Théâtre National de Varsovie", par Alexandre Kraushar, — „La Chambellane IValewsl^a'' , par Stanislas Wasylewst^i, — „Sur l'ile de Sainte-Hélène" , — „ L'Enterrement
de Napoléon" , (non signés), — „Napoleon dans la poésie polonaise au début du XlX-éme siècle", par Miécislas Smolarski.
Parmi les reproductions méritent d'être signalées: le fac-similé de la dernière lettre de Napoléon à la Comtesse Marie iValeu)slia, ainsi que le fac-similé de la lettre de l'Empereur au Général Vincent Krasirisl^i.
LE MONDE („Swiat") donna également, à la date du 7 Mai, un numéro spécial (19) consacré à la „ Fraternité d'armes et d'âmes polono- françaises" .
Dans ce numéro, se trouvait à la première place l'Ordre du Chef de l'Etat à l'Armée, à l'occasion de la solennité Napoléonienne du 5 Mai, reproduisant le manuscrit original du Maréchal J. Pilsudski. Venaient ensuite ces articles; „Le Général SosnkoWski parle de la France et de son Armée", par R. K., — „L'actioité de la Mission Française dans le domaine de l' Instruction et de l'Organisation", — „Les Officiers français au front", — „ L'Organisation de l'Armée polonaise", par le Général E. Chappuis, — „L' Armée polonaise sur le front de l'Ouest", par Ladislas Jagniqtkowski, — „Souoenirs de Saint -Cyr", par Julien Eismond, — et „Le rôle de la Société polono-française de Varsovie", par Henri Konic.
Le tout était complété par de nombreuses illustrations, parmi lesquelles on remarque les portraits: du Maréchal Foch, du Général Pétain, du Général Henrys, du Général Weygand, du Général Spire, du Général Albert Mourreau, des Ministres plénipotentiaires de France E. Praslon et H. de Panafieu, du Général Haller, etc.
Enfin le numéro anniversaire du „SOLDAT POLONAIS" („Zofnierz Polsl^i"), journal consacré aux actions et au sort du soldat polonais, mérite une attention toute spéciale.
Le „Soldat Polonais", rédigé par le Lieutenant Arthur Oppman (Or - Ol), poète, pénétré depuis longtemps d'un culte ardent pour l'époque napoléonienne, et auteur de nombre d'oeuvres poétiques des plus belles sur ce sujet, rendit, en ce jour, honneur à la mémoire de l'Empereur par un numéro richement illustré, destiné à constituer „un souvenir pour le soldat polonais".
Les colonnes de ce numéro (24 — 25) furent remplies par Us articles suivants: „Avec Napoléon", de L. Rzymowski, — „Napo-
Uon - Chef", de Zdzislas Dqbicki, — „L' Armée du Duché de Varsovie", de Bronislas Pawtoicski, — „Les Soldats de Napoléon", de Thadée Hotôwko, — „DqbroWski" , d'Arthur Oppman (Or-Ot), — „Le Prince Joseph", du même,— „Le plus grand Soldat du monde" , de M. Dqbrowski, — „Le Caporal Terefer et le Capitaine Serpentin", de L. Syrokomla, — „Sur la brèche des siècles" , de Joseph Gruszki, — „Napoléon au combat", — „Napoléon et ses soldats" , — „Le défilé de Sommosierra" , de Marie Konopnicka, — et „Le grand père parle de Napoléon", par Benedyt^t Hertz.
Il y a lieu d'enregistrer également ici les ouvrages édités à l'occasion du Centenaire Napoléonien.
Tout d'abord, comme tome 20 de la ..Bibliothèque de l'université du soldat", parut l'oeuvre si populaire et si remarquable, „La vie de Napoléon, racontée au soldat polonais", de Marjan Kukiel, Colonel à l'Elat-Major-Général (Varsovie, 1921, Grande Librairie Militaire).
Ce petit livre, édité par ordre de la Section de l' Instruction et de l'Education, Ill-ème Division de l'Etat-Major du Ministère de la Guerre, contient tout ce qu'un soldat doit savoir de Napoléon, comme soldat ou comme chef; cet excellent ouvrage mériterait d'être traduit en français.
L'écrivain militaire précis, le remarquable connaisseur de l'époque, son historiographe passionné, le Colonel Marjan Kukiel, ayant retracé brièvement la vie de l'empereur et les oeuvres accomplies par ses guerres, termine en s'adressant en ces termes au soldat polonais:
„Le souvenir de Napoléon est aussi cher à nous, soldats polonais, qu'à nos alliés et compagnons d'armes français. Mais il n'y a pas que le Français et le Polonais qui honorent sa mémoire. Elle est chère à chaque véritable soldat, dans le monde entier. Car Napoléon ne fut pas seulement le Chef le plus génial que virent jamais et n'importe où les champs de bataille. Il fut le plus grand soldat par ses oeuvres. Il fut le Chef idéal".
«Aujourd'hui, — dit l'auteur en terminant, — les Nations française et polonaise s'unissent pour célébrer le souvenir de Napoléon. Et les Aigles de nos drapeaux s'inclinent en son honneur, comme
ils s'inclinèrent jadis devant Lui. Et de nouveau le coeur du soldat polonais bat d'amour pour Lui!"
Simultanément, comme Nr. 13 (c) des „Lectures du soldat", également par ordre de la Section de l' Instruction et de l'Education de la Ill-éme Division de l'Etat-Major du Ministère de la Guerre, fut publié un choix de poésies d'Arthur Oppman (Or-Ot), sous le titre „Napoléon et le Soldat Polonais", avec une préface du Colonel Marjan Kukiel.
Dans ce recueil se trouve d'abord la poésie: „A la France Napoléonienne" , puis se suivent des oeuvres vivifiées par un puissant souffle d'amour et d'attachement à la tradition polonaise, liée si étroitement aux traditions françaises. Le souffle de soldat qui imprègne ces poésies, leur profond sentiment patriotique et la pénétrante compréhension de l'Histoire, leur donnent une valeur durable.
La Section de l'Instruction et de l'Education, Ill-éme Division de l'Etat-Major du Ministère de la Guerre, ne perdit pas de vue l'utilité de fournir également au soldat un aliment plus léger: elle publia, comme Nr 12 (c) des „Lectures du soldat", une plaquette sous le titre „Napoléon dans les contes des soldats", rédigée par MM. le Colonel L. Tokarz et A. Cichowicz. Des extraits des nombreux souvenirs de l'épopée napoléonieme, pleins de bravoure et d'humour, donnent une excellente image de l'époque et des hommes, déjà si éloignés de nous, mais en même temps, encore si rapprochés par l'Histoire.
BRONISLAS GEMBARZEWSKI
L'EXPOSITION NAPOLEONIENNE.
Les Directions du Musée National de la Ville de Varsooie et du Musée de l'Armée ont décidé de commémorer le centième anniversaire de la mort de Napoléon, vainqueur des trois Etats copartageants, et créateur du Duché de Varsovie, par une exposition des souvenirs de l'époque des Légions de Dqbrowski et du Duché de Varsovie.
Cette intention du Musée National et du Musée de l'Armée se rencontra avec un projet analogue du Comité du Centenaire de Napoléon qui désigna de son côté un Comité de l'Exposition, dont la mission était d'agir d'accord avec la Direction de ces deux Musées. Firent partie de ce Comité: le rédacteur Zdislas D^bicki, le Dr. Ladislas Klyszewski, l'ordinat comte Edouard Krasiriski, le Colonel de l' Etat-Maj or-Général Marjan Kukiel, le Capitaine Rémi Kwiatl^owski, le Profeseur comte Georges Mycielski, le rédacteur Lieutenant Arthur Oppman, le comte Rajnold Przezdziecki, le Colonel Venceslas Tof^arz, le Chef d'Escadron Nicolas IVisznicl^i; la présidence du Comité fut prise par le Directeur du Musée National et du Musée de l'Armée à Varsovie, Bronislas GembarzewskU acceptèrent le protectorat de l'Exposition: comme représentant de l'Armée, le Général d'Infanterie Joseph Haller, — comme représentant de la ville Capitale, Arthur Sliwiiiski, vice-président de la ville Capitale de Varsovie.
Cette première tentative de raviver par une exposition publique le souvenir de l'époque sacrée des efforts de la Nation polonaise
dans sa lutte pour l'indépendance rencontra une entière approbation de la part tant des propriétaires particuliers que des administrations de collections publiques, à Varsovie comme en province. Grâce à la collabo' ration empressée et à l'obligeance des administrations du majorât des comtes Krasirisl^i à Varsovie, — du Musée des princes Czartoryski, — du Musée National et du Musée Universitaire de Cracovie, — du Musée de la Société des Amis de la Science à Poznan, etc., ainsi que de plus de cent cinquante exposants particuliers, parmi lesquels M. Henry Mankowsl^i, de Winnogôra, envoya une très précieuse collection des souvenirs de famille laissés par le Général Dqbrowski, on réussit à grouper en un temps fort court — moins d'un mois — environ mille trois cents reliques, dont la plupart avaient une grande valeur historique et artistique.
Un événement inattendu, et plus qu'inattendu, fut le prêt consenti à notre exposition par le Gouvernement français de Reliques napoléoniennes du Musée de l'Armée à Paris: le Chapeau de Napoléon, — un moulage de son masque mortuaire, — l'épée du Premier Consul, — la croix et l'étoile du Grand Cordon de la Légion d' Honneur, portées par r Empereur, — l'Aigle du drapeau d'un des régiments de la Garde, — enfin un boulet de la bataille de IVaterloo. Ces souvenirs furent prêtés en vertu d'une décision du Ministre de la Guerre de France, prise le 27 Avril, sur l'initiative du Général de Division comte du Moriez, qui les apporta à Varsovie, et les déposa au Musée de l'Armée, en même temps qu'un écrit où se trouve ce passage „Il va sans dire que la Pologne est le seul Etat qui reçoive de la France une faveur aussi insigne en mémoire du sang héroïquement Vtrsé par les Polonais sur tous les champs de bataille de la France. Que les émouvants souvenirs prêtés par la France à la Pologne soient le gage des futures victoires des deux Armées soeurs, si leurs ennemis les forçaient d de nouvelles luttes".
Ces Reliques, en raison de leur valeur comme souvenir, furent installées d part, en donnant satisfaction au côté décoratif, autant qu'il fut possible de le faire dans cette époque d'après - guerre, et demeurèrent sous la garde d'honneur d'un poste militaire et de deux Sentinelles en armes.
L'installation de l'exposition dans les sept salles (qui abritaient jusque là la section picturale polonaise des collections du Musée
L'exposition Napoléonienne.
La tenue et l'équipement du régiment pelonaîs des cheoaulegers de la garde.
National), en disposant d'un temps extrêmement court, et dans des conditions telles que l'achat du matériel le plus ordinaire se heurtait parfois à des difficultés insurmontables, ne fut pas d'une réalisation facile. L'installation de l' exposition fut exécutée presque exclusivement par le Directeur des deux Musées et ses aides les plus immédiats, Mme Sophie Slefanska du Musée National, et le Chef d'Escadron Nicolas IVisznicki, du Musée de l'Armée. M. Casimir Stefariski prêta Oolontiers son concours pour la description des médailles; la description des monnaies fut donnée selon le catalogue manuscrit des monnaies du Musée National de Varsovie, établi par le Dr. Marjan Gumowski.
La disposition des souvenirs dans les salles du Musée fut la suivante:
SALLE I. Vignettes, représentant: les traits de Napoléon, du prince foseph PoniatoWski, du Général DqbroWski et d'autres Chefs polonais, les types et les uniformes des armées polonaise el française, ainsi que des armées ennemies, des batailles et des combats.
SALLE IL Vêtements civils, détails de moeurs, meubles, portraits, et miniatures de costumes.
SALLE IIL Vignettes représentant la mort, l'enterrement de Napoléon et le transport de sa dépouille mortelle en 1840; — Portraits de Frédéric - Auguste, prince de Varsovie et de sa famille, — proclamations du gouvernement du Duché de Varsovie, liste des publications périodiques de 1806 à 1814, et les plus importants de ces documents, petits imprimés, billets de banque, médailles et monnaies.
SALLE IV. Souvenirs provenant du prince Joseph PoniatoWski, du Général DqbroWski; — Portraits à l' huile de Frédéric- Auguste et des membres du Gouvernement du Duché de Varsovie.
SALLE V. Uniformes, équipements, armes et drapeaux de l'armée du Duché de Varsovie; — Portraits de chefs et gravures de
batailles; — Prescriptions et règlements militaires; — proclamations; — patentes; — albums des uniformes, etc.
SALLE VI. SALLE D'HONNEUR. Souvenirs se rapportant à la personne de Napoléon.
SALLE VII. Souvenirs du Régiment des Chevaux - légers polonais de la Garde Impériale.
Le général HENRI D4BROWSKI.
Souvenirs militaires du général.