‹ Livre d'or du centenaire de Napoléon en PologneChapitre 11 sur 14 · DISCOURS DU GENERAL HALLER · texte numérisé non relu

DISCOURS DU GENERAL HALLER

PRONONCÉ A L'OUVERTURE T>E L'EXPOSITION NAPOLÉONIENNE AU MUSÉE NATIONAL ET MUSÉE DE L'ARMÉE.

Je prends la parole non seulement comme Président du Comité du Musée de l'Armée, mais aussi comme soldat. Je suis très ému, car je dois parler de Celui qui est mort, mais [qui oit parmi nous, dam nos coeurs, dans nos pensées, dans nos souvenirs. Son nom est Napoléon, nomméle Grand: l'Empereur! Aujourd'hui, devant Vous, représentants de la France en Poiogne, je Veux rendre les honneurs à Napoléon, comme à l'immortel Génie de la France. Cent années se sont écoulées depuis la mort du Grand Empereur. Il fut ici, chez nous, dans notre campagne de Pologne, entouré de Généraux, d'Officiers, de Soldats polonais, de Lanciers, de Chevau- Légers... vous le verrez ici même dans cet entourage. Avec lui se trouvaient Davoust, Murât, le prince Eugène, Poniatowslçi, les Généraux Duroc, Caulaincourt, et tant d'autres, les aides-de-camp Rapp, Lebrun, Narbonne, Kosakowski, Sanguszl^o, Pac...

Quel Polonais ne Le connaîtrait-il pas? quel coeur ne ferait battre plus fort l'évocation de son nom! Mais écoutons le témoignage d'un de ses contemporains, qui vécut avec lui, — le baron Deunier, inspecteur aux revues de la Grande Armée.

„Les ordres de marche furent donnés à la fin de Février. Le Grand Quartier Général était arrivé à Poznan dans les premiers jours de Mai. L' Empereur s'arrête à Torun le 2 Juin, et le 23 de ce mois les tentes impériales sont dressées pour la première fois sur les rives du Niémen. Le 24 Juin, le soleil, qui luisait dans un ciel serein et sans nuages, éclaire les Vastes campagnes que baigne le Niémen, et que domine le plateau sur lequel l'Empereur a bivouaqué.

„// était à peine six heures du matin, et déjà l'Empereur aoait parcouru nos lignes, et voyait défiler devant lui ses innombrables bataillons. Les cris de Vive l'Empereur retentissaient dans les airs et se répétaient jusque dans les rangs les plus éloignés. Les Etats- Majors se faisaient remarquer par leur brillante tenue. Les cavaliers polonais, armés de longues lances à l'extrémité desquelles flottaient de petites flammes de diverses couleurs, se distinguaient autant par la vigueur et la souplesse de leurs chevaux que par l'élégance nationale de leurs uniformes.

„Les cuirassiers s'avançaient lentement, semblables à une muraille d'acier, étincelant aux rayons du soleil.

„Les bataillons d' Infanterie passaient, musique en tête, suivis de leur belle artillerie, et traçaient dans la plaine des lignes sombres et non interrompues.

„Enfin la Garde Impériale, la vieille et la jeune, belles comme aux Tuileries, fermait cet imposant défilé. C'était un beau spectacle que l'aspect de ces Vaillants soldats, pleins de confiance et d'espoir".

Oui, d'espoir. Mais se réalisa-l-il? L' Empereur fit son entrée à Wilno. L'accueil que reçurent les Français fut à la fois sincère et cordial. L'espérance entrait dans tous les coeurs. Mais écoutons ce que dit Napoléon aux délégués de la confédération polonaise:

„}'ai entendu avec intérêt ce que Vous venez de me dire. Polonais! Je penserais et f agirais comme vous, f aurais voté comme Vous dans l'assemblée de Varsovie. L'amour de la Patrie est la première vertu de l'homme civilisé. Dans ma situation j'ai beaucoup d'intérêts à concilier, de nombreux devoirs à remplir. Si f avais régné d l'époque du premier, du second et du troisième partage de la Pologne, j'aurais armé toute ma Nation pour vous soutenir. Aussitôt que la Victoire me l'a permis, j'ai rendu vos anciennes lois à votre Capitale et d une partie de vos provinces, et j'ai volé à Votre secours, sans toutefois prolonger une guerre qui eut fait couler encore le sang de mes sujets.

„J'aime votre Nation. Depuis seize ans je vois vos soldats d mes côtés, sur les champs de bataille de l'Italie ou sur ceux de l'Espagne. J'applaudis d tout ce que Vous avez fait; /autorise les nobles efforts que vous voulez tenter; je ferai tout ce qui dépendra de moi pour soutenir vos résolutions.

„Si oos efforts sont unanimes, Uous pouoez conceooir l'espoir d'obliger oos ennemis à reconnaître oos droits. Mais aoani tout, dans Oos prooinces Oastes et éloignées, vous devez surtout baser vos espoirs sur l'unanimité des efforts de la population qui les couvre. Je vous ai déjà tenu le même langage lors de ma première venue en Pologne".

Ainsi Napoléon exigeait de la Pologne l'unanimité et l'union, et nous ne les avions pas! Mais revenons aux paroles de l'Empereur. Dans ses Mémoires, il se plaint d'avoir eu un moment de faiblesse.

„Il ne restait à nos ennemis qu'un atout, et c'est pour cela qu'ils tentèrent leurs derniers efforts. La cour d'Autriche commença par déranger mes plans sur la Pologne, en refusant de rendre ce qu'elle en avait pris.

„Je crus être tenu à des égards pour l'Autriche, et cette seule faiblesse perdit mes affaires, car DÈS L'INSTANT OU JE CÉDAI SUR CE POINT, il me fut impossible d'aborder franchement la question de l'indépendance polonaise".

Ces paroles de Napoléon doivent être aujourd'hui notre mot d'ordre. La Pologne unanime, l'entente puissante, mais aoant tout la France forte, sans faiblesse, ■ — car sa faiblesse serait le dernier atout de l'adversaire!

Rendons les honneurs au Grand Napoléon par ce cri unanime: „Vioe la France et la Pologne"!

Le prince JOSEPH PONIATOWSK!.

Souvenirs militaires du prince.

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