o) Général Niessel, Varsovie
„La ville de Kutno s'unit à foute la France, fidèle alliée de la Pologne, dans les solennités en l'honneur de Napoléon. Vive la Francel Le maire: Klepa".
A 3 h. de l'après-midi M. le maire prononça, au théâtre de la ville, en présence d'un nombreux public, un beau discours, ayant pour sujet les batailles de Napoléon et ses relalions avec la Pologne.
WtOCLAWEK, Une retraite militaire eut lieu d Wloctawek le 4 Mai au soir; le 5 au mctin, à 10 h., messe de cam-
pagne sur la place du Général DqhroWsk.i, avec participation de l'armée et des représentants des sociétés locales, des corporations et de la presse.
A 8 h. du soir eut lieu une séance solennelle consacrée à Napoléon dans la grande salle du Lycée; la recette a été destinée à l'érection d'un monument en l'honneur de ceux qui tombèrent en défendant la Patrie sur les bords de la Vistule. Le Dr. Witold Piasecki, président du Comité napoléonien à Wtoctauiek, prit le premier la parole, et rendit hommage au génie militaire des Français; ensuite le prof. Alexandre Pawtowskû directeur du collège de Lask, prononça un discours éloquent, ayant pour titre: „Napolêon, l'Homme et le Capitaine" . La musique militaire, pendant cette séance, joua deux fois la Marseillaise et le mazure de Dqbrowski.
ZALESZCZYKI. Le 5 Mai, Zaleszczyki, chef-lieu de starostie en Petite-Pologne (Galicie), proche de la frontère roumaine, prit son apparence des jours de fête. Les maisons étaient ornées de drapeaux aux couleurs nationales, les magasins fermés et les habitants de la ville ainsi que de nombreux assistants venus des alentours se rendirent sur la grande place, devant l'immeuble du „Sokôt", où fut célébrée la messe de campagne, avec le concours d'un choeur mixte. Les bureaux, les écoles, les institutions, une section de la police d'Etat, l'armée, la garnison de la ville, et tous les habitants prirent part à cette solennité
Après la messe se déroula un long cortège, qui, après avoir fait le tour de la ville, se dirigea vers l'immeuble du „Sakài" dont il remplit totalement la grande salle. Sur l'estrade, au milieu de la verdure, avait été placé un grand portrait de Napoléon, spécialement exécuté pour la solennité, et devant lequel deux soldats en grande tenue montaient la garde.
Le Capitaine W. Krogulski fil une conférence, et lorsqu'il rappela les mérites du créateur du Duché de Varsovie, et prononça les paroles de l'hymne national polonais: „Bonaparte nous a montré, comment vaincre", l'assemblée debout entonna avec enthousiasme „Jeszcze Poissa nie zginqta" . A ce moment les soldats qui se trouvaient devant le portrait de l'Empereur présentèrent les armes. Ensuite le Commissaire de la ville, M. Joseph Marczynski prononça un émouvant discours et, lut, aux applaudissements de tous, le télégramme suivant, adressé au Comité napoléonien de la Capitale:
„Au Grand Génie de la France — Législateur ■-- Capitaine — Glorieux Empereur des Français — Créateur du Duché de Varsovie à Napoléon, dont le nom immortel est aujourd'hui répété avec enthousiasme par toute la Pologne — les habitants de la starostie et de la aille de Zaleszczyki sur le Dniestr en Petite-Pologne^ réunis aujourd'hui 5 Mai 1921 dans la salle du „Sokôl" pour la solennité qui a lieu en Son honneur, s'unissent dans cet hommage à toute la Patrie, adressent à la mémoire de l' Empereur l'hommage de leur respect, de leur admiration et de leur enthousiasme. Que l'esprit de celui qui vainquit les Allemands, et au nom de qui sont liées les pages inoubliables de notre histoire: création des Légions, libération de Wilno, mort héroique du Prince Joseph Poniatowski — soit aujourd'hui aussi le patron de la fraternité d'armes de la France et de la Pologne".
La cérémonie se termina par un triple oioat en l'honneur de la France glorieuse et par le chant de la „Formule du Serment" — poésie de M. Konopnicka.
Le Comité Napoléonien de la capitale reçut de province toute une série de comptes-rendus analogues, et l'on voit par l'ensemble de ces manifestations quelle part active prirent toutes les sphères de la société polonaise à l'hommage posthume rendu à la mémoire de Napoléon. Le clergé célébra partout des messes solennelles; partout ce furent des séances mémorables avec des discours et des parades militaires, auxquelles assistèrent les réprésentants des autorités militaires et civiles au grand complet; les organisations sociales, les institutions, toutes les classes de la société y participèrent.
Ce jour là un temps chaud et ensoleillé réjouissait toute la Pologne et l'enthousiasme spontané, s'élevant du fond des âmes polonaises, répandait sur les solennités une atmosphère pleine d'éclat.
Parmi de nombreux exemples de cet enthousiasme général, qu'il nous soit permis de noter le fait suivant: à KobryrS, région de Grodno, les assistants à la fin de la solennité en
l'honneur de Napoléon adressèrent au Maréchal de la Diète, M. W. Trqmpczynslii une requête en oue de faire abattre immédiatement le monument russe érigé à Kohryn en mémoire de la victoire remportée sur V Armée française en 1812, et de faire don de l'ornement principal du monument, les canons napoléniens, à la France, triomphatrice dans la Grande Guerre.
Ajoutons pour finir que conformément aux dispositions de M. Rataj, Ministre de l'Instruction Publique, eurent lieu dans toutes nos écoles polonaises des matinées en l'honneur de Napoléon; d'autre part suivant les instructions du Général Sosnkowski, Ministre de la Guerre, qui lui même se conformait à un ordre du jour du Commandant en Chef, il y eut des conférences spéciales consacrées à l'épopée napoléonienne dans toutes les garnisons et les casernes militaires.
C'est ainsi que toute la Pologne, de la Baltique aux Karpathes, célébra d'une façon inoubliable, l' anniversaire de la mort du grand Empereur, qui à laissé des souvenirs ineffaçablemenl gravés dans la mémoire des Polonais. Ces souvenirs pleins de gloire héroïque rappelant l'envolée de l'aigle vers la liberté, avaient éclairé la nation durant les sombres années d'esclavage en l'enflammant par les images chevaleresques de la oloire des ancêtres et en inspirant notre littérature, notre poésie et nos arts.
Le Code Napoléon, introduit pour le droit civil, obligatoire dans le Duché de Varsovie, devint avec le temps l'un des piliers sur lesquels reposa l' autonomie morale du Royaume et qui opposa une digue à la russification. Les éléments du droit français qui prirent naissance lors de l'explosion la plus magnifique des sentiments humains conquirent l'estime de toute la société, et appliqués pendant un siècle revêtirent un caractère spécifiquement polonais.
C'est ainsi que les fêtes de Napoléon en Pologne furent en quelque sorte un événement national polonais, car il est
certain que nulle part au monde les traditions de l'épopée napoléonienne ne sont aussi vivaces que chez nous; elles sont devenues une merveilleuse légende, où résonne le galop des chevaux dans la charge de Sommo-Sierra, grondant au tonnerre des canons de Sarragosse, aux salves des carabines de Raszyn et au cliquetis des sabres des uhlans de Smolensk et de Leipzig.
Nous voyons que les grandes villes aussi bien que celles de moindre importance ont célébré ce jour mémorable dans un unanime mouvement de piété. Pouvions nous mieux prouver que l'antique sympathie pour la France et le souvenir des batailles livrées en commun non seulement n'a pas disparu des âmes polonaises, mais qu'au contraire, grâce à la Grande Guerre, ils ont répris de la force et sont devenus plus durables encore.
Toute la Pologne a compris que, si Napoléon, qui n'a pas tout fait pour nous, était resté maître des événements, s il avait eu la victoire finale, notre Patrie aurait eu un sort autre et n'aurait pas attendu pour sa résurrection la dernière Grande Guerre, et de même qu'autrefois nous suivions les aigles d'or dans les mille épreuves et les difficultés de la guerre, de même en ce 5 Mai toute la Pologne sans exception acclama le génie militaire des Français; elle l'acclama du plus profond du coeur. Les Polonais savaient bien que c'était à la collaboration de la France avant tout qu'ils devaient l'intégrité de leur République libre, sa croissance et la situation qui lui appartient dans le monde. Et les paroles prononcées il y a plus de cent ans par Kottqtaj, après la création par Napoléon du Duché de Varsovie, sont encore sur nos lèvres: „...nous devons notre résurrection à la France, nous lui devons notre existence actuelle, c'est elle qui nous amènera à la grandeur qui nous est due dans la nouvelle politique: aussi ne devons nous avoir d'autre alliance que celle de la
France... et celle grande oérilé nous devons la faire sucer à nos descendants avec le lait de leurs mères' .
En même lemps que ces mots de Napoléon au Général Kniaziewicz: „J'aime la nation polonaise ', se sont présentées à notre mémoire et à notre coeur en ce jour solennel les figures également vivantes des grands amis de la Pologne en France, c. à d.: du Général La Fayette, compagnon d'armes de Koéciuszko et Président du Comité franco-polonais de 1830, de Casimir Delavigne, auteur de la „Varsovienne", de P. J. Béranger, de F. Lamennais, de Victor Hugo, et de beaucoup, beaucoup d'autres qui nous adressèrent toujours des paroles d'encouragement. Vivante aussi dans nos mémoires est restée la proclamation solennelle de l'Assemblée nationale française du 25 Mai 1848 au sujet de la résunection de la Pologne libre et indépendante-
Nous n'avons pas oublié non plus l'oeuvre des pionniers français de la cause polonaise dans les lemps plus rapprochés de nous et dont les noms sont sus de nous tous; ces noms seront sûrement inscrits dans le Livre d'Or de notre histoire.
Tous ces souvenirs impérissables auxquels nous joignons notre reconnaissance profonde ainsi que les discours chaleureux et entraînants prononcés aujourd'hui ont produit un tel effet qu'on se plut à voir avec allégresse, en ces solennités magnifiques comme le vivant symbole de l'Union entre la France et la Pologne.
Le génie de la gloire et de la liberté, le génie de la noblesse et de la bravoure a de nouveau déployé ses ailes puissantes et a réuni les deux nations pour jamais au nom de l'idéal humain le plus pur, el au nom du plus grand guerrier du monde: l'Empereur Napoléon, porte-parole de la civilisation el de la liberté.
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