J. PILSUDSKI
COMMANDANT EN CHEF ET PREMIER MARÉCHAL DE POLOGNE Behedère. 30 Aoril 1921.
ARTHUR OPPMAN (Or-Ol)
Pour le Centenaire de Napoléon
France! O fière, O noble, O puissante nation! France! Des peuples éternelle avant-garde! La tombe de granit qui, muette, regarde Les mondes défiler, remplis d'admiration... France, ce tombeau n'est pas seulement à Toi, ■ Il est à nous aussi, nous y avons des droits!
Si sur cette tombe par le monde adorée Nos Aigles d'argent ne vinrent pas se pencher Aux côtés des reflets de tes Aigles dorées. De mon peuple l'élan puissamment déclanché Fit passer un frisson à travers les trophées Qui brillèrent jadis dans la Grande Mêlée.
France! Lorsqu arrachée à l'autei de sa Gloire, Notre Patrie en deuil fut clouée à la Croix, Du tombeau de César, ouragan de Victoire, Le Dieu des Libertés fit retentir sa Voix. En vain on chercherait un pays sur la terre Où, près de tes Aieux, ne luttèrent nos Pères.
Cent ans, avec nous, marchèrent tes Aigles d'Or, Nos coeurs furent pour Toi un divin sanctuaire, Anxieux, nous guettions le regard volontaire Du héros revenu pour nous conduire encor. Qui, Vainqueur éternel du monde des tyrans, Le broie, motte de boue, en son poing de Géant.
Aujourd'hui, O ma France, pénétre avec nous Dans le temple où, penchés sur cet ardent Ciboire, Les drapeaux des tyrans dans un puissant remous Font vibrer à nouveau les chants de la Victoire. Ils frémissent de rage, oripeaux délaissés. Devant l'étreinte — soeur de nos coeurs enlacés.
Viens, avec le nôtre offrir à cette Pierre
Ton coeur battant toujours de son rythme divin.
Fidèle à sa Mémoire et à ta bannière.
Du monde ton soleil guide encor le Destin.
Déposons un baiser sur le granit humide, —
Mais... la tombe est ouverte et le cercueil est vide;
Car, en brisant le roc de ce cercueil doré,
Tu as quitté ta tombe, O César glorieux,
Pour pencher humblement ton grand front lumineux
Sur celle du „ Poilu" qui tomba ignoré...
Pour errer, douloureux, par ces plaines immenses
Où suinte, à chaque pas, le sang vermeil de France.
Tu t'es levé des Morts, Empereur bienaimé. Réincarnant ton Ame en celle de la France, Pour ouvrir les prisons des peuples opprimés; Les sceptres des rois virent crouler leur puissance. Ton glaive reposa un siècle en son fourreau, Aujourd hui prés de Toi nous sommes à nouveau!
Et si, telles un aigle au vol majestueux,
Les âmes des humains vers le Soleil s'élancent.
Les soldats de Pologne et les soldats de France
Reçoivent de ta main l'insigne glorieux,
Pour élever un monde aussi noble, aussi beau
Qu'est le Rêve qui dort avec Toi, au Tombeau!
Traduction française de Paul KleczkouskI.
ZDZlStAS DÇBICKI.
Cent Ans Après
Comme à cette époque, alors que la Pologne suivait l'étoile de Napoléon, marquant de son sang le tracé glorieux de la roule suivie en commun à l'Est de l'Europe, de même aujourd'hui, au centième anniversaire de la Mort de l Empereur, la libre Nation Polonaise, rendant hommage à ses Cendres, salue en lui le vainqueur d'Austerlitz et de Wagram, Celui qui battit la Prusse, l'Autriche et la Russie, qui, le premier et le seul, écarta la triste pierre du tombeau étouffant la République, écartelée entre ceux qui l'avaient dépecée, et soumise à un joug înoui dans l'histoire.
La protestation contre le crime accompli sur la Pologne fut l'oeuvre de Napoléon le Grand; et, quel que soit le jugement pragmatique de l'ensemble de son action politique et militaire pour la Pologne, Napoléon sera toujours le représentant de l'idée historique qui donna satisfaction au droit, et resta l'expression de la justice.
Fils de la grande époque, représentant du monde nouveau, s' affranchissant des abus et des ruines de l'ancien ordre de choses ébranlé par la révolution française, le Premier Consul fut la conscience de l'Europe.
A la voix de cette conscience, les plus grandes puissances de l'époque tremblèrent. Une folle terreur envahit les palais royaux et réveilla la sensibilité des tyrans des peuples.
Les alliés contre la liberté s'allièrent contre les Aigles et contre les Drapeaux de la France apportant la liberté à l'Europe enchainée dans les entraves de l'absolutisme.
Plus tard, la tragédie de la chute de Napoléon ne fut pas seulement la tragédie de l Empereur, obligé d'abdiquer et banni, mais la tragédie du Prométhée Enchaîné.
L'idée contenue dans le mythe grec, impressionnante par sa grandeur et par sa puissance, trouva une réalisation moderne sur le rocher de Sainte-Hélène.
Là, isolé, solitaire, sous la garde de vautours acharnés. Napoléon ne mourut pas seul. En même temps que lui mourut la liberté, et le monde s'arrêta dans son développement après sa mort. L'astuce rusée de Metternich et la force brutale des baïonnettes de Blixcher et de Wellington régnèrent sur le monde.
La Sainte Alliance remplaça la guerre sainte. Aujourd'hui, lorsque, après cent ans, nous regardons cette tragédie et la revivons en nous mêmes, nous ne pouvons que rester éblouis devant le tableau qu'aurait offert l'Europe du XlX-e siècle, si la victoire suprême s'était rangée du côté de la France, de son grand Chef, de son grand Législateur.
Aujourd'hui déjà la civilisation s'étendrait au loin vers l'Est; la liberté, l'égalité et la fraternité fêteraient depuis longtemps son triomphe.
Il en fut autrement.
Aujourd'hui, en ce solennel anniversaire, anniversaire qui est un deuil aussi pour la Pologne, car la chute de Napoléon la précipita dans la nuit d'un esclavage séculaire, nous nous unissons à la France, plus étroitemeut encore par ce souvenir du passé, d'un passé qui portait en soi les germes d'une grande transformation mondiale, conçue, projetée et partiellement exécutée par son génie.
Ce n'est que la guerre récente qui nous arracha à cet esclavage. Et de nouveau, comme alors, à nos côtés nous voyons la France. Et de nouveau, comme alors, à côté de l'étendard avec t' Aigle blanc flotte le Drapeau tricolore.
Et c'est pourquoi, en ce moment, alors qu'à Paris, au Tombeau de Napoléon, dans la chapelle des Invalides, la France dépose des couronnes tressées pour son Chef glorieux, la Pologne au coeur reconnaissant y jette l'immortelle fleur pourpre de son souvenir pour Celui qui lui apprit sur tant de champs de bataille à vaincre et à conquérir sa liberté.
Gloire à Napoléon! Gloire à la France! Gloire à nos ancêtres, aux soldats qui combattirent sous son emblème et sous le nôtre!
Les Reliques de Napoléon prêtées par la France.
Dans l'une des séances préparatoires du Comité du Centenaire créé à Varsovie, le désir fut exprimé qu'à l'occasion du Grand Anniversaire, la France veuille bien prêter, pour quelques semaines, à la Pologne certains objets ayant appartenu personnellement à Napoléon, — vénérables Reliques du grand Empereur dont le souvenir est si vivant parmi nous.
Sans trop oser compter sur la possibilité d'obtenir une telle faveur, le Comité décida d'en faire présenter la demande au Gouvernement français par l'intermédiaire du Comte Stanislas du Moriez, Délégué en Pologne du Comité de France.
Or c'était M. le Général du Moriez, de longue date notre ami dévoué, qui, connaissant bien l'histoire et l'âme polonaises, avait prévu et fait prévoir à Paris l'ampleur que pourrait prendre chez notre Nation, fidèle alliée de la France, la célébration du Centenaire de Napoléon; puis c'est sur son initiative qu'un Délégué Général pour la Pologne avait été nommé à l'occasion du Centenaire, et chargé d'entrer en relations avec quelques hautes personnalités polonaises: l'élan était ainsi donné, et notre Comité de Varsovie fut immédiatement constitué. En raison de ces précédents, M. le Général du Moriez était tout désigné pour être, à Paris, auprès du Ministre de la Guerre et du Général Gouverneur des Invalides, Directeur du Musée de l'Armée, l'interprète du voeu formé à Varsovie. Ses démarches, appuyées par la haute autorité du Comte
ZamoyskU Ministre de Pologne en France, furent couronnées de succès. Le Ministre de la Guerre, M- Barthou, consentit à faire, en faveur de la Pologne, une exception sans précédent; le Général Malleterre et le Colonel Payard, Sous- Directeur du Musée de l'Armée, entrèrent dans ses intentions en choisissant quelques précieux souvenirs Napoléoniens, et, par Décision Ministérielle du 27 Avril, M. le Général de Division du Mariez fut désigné pour apporter en Pologne, et rapporter ultérieurement en France, les inestimables Reliques, dont il était rendu personnellement responsable: aussi ne fut-ce pas sans inquiétudes, et non sans certaines difficultés, qu'accompagné par un Officier, et muni d'un passeport diplomatique, il parvint à franchir les frontières allemandes en conservant inviolés ses mystérieux bagages.
Le gouvernement françaisayant consenti à envoyer en Pologne ces souvenirs chers aux coeurs français comme aux nôtres, souvenirs du plus grand guerrier du monde, et qui sont liés à cette époque, pleine de gloire et de bravoure, où marchaient ensemble ,,l' Aigle d'argent à coté de l Aigle d or" , — c'est le 2 Mai 1921 que le Général comte du Moriez, notre ami ardent et dévoué, apporta officiellement ces reliques à Varsovie.
Il y avait: Le Petit Chapeau que l'Empereur portait à l'ile d'Elbe et avec lequel il fit les campagnes de 1814 et 1815; Le glaive de Napoléon premier consul, et qu il portait à Marengo; Le grand cordon de l'Ordre et le grand Aigle de la Légion d'Honneur que portait l'Empereur; Le masque mortuaire de Napoléon exécuté par le docteur Antomarchi; L Aigle du drapeau d'un glorieux Régiment de la Vieille Garde; Un obus ramassé à Waterloo sur l'emplacement du carré légendaire.
Le Général du Moriez remit les Reliques qu il avait apportées au chef d' Etat-Major de l'armée polonaise, le Général de division Sif^orsl^i. Dans la soirée, à 6 heures, les Colonels Grabowsl^i et Kul^owsl^i en prirent livraison, en présence du
Général du Mariez, du Président de la commission executive du Comité du Centenaire, Président du Conseil Municipal, M. Ignace Balinski, de l'historien napoléonien, colonel d Etat- Major Général Marjan Kukiel, et du poète de l'épopée napoléonienne M. Arthur Oppman, (Or-Ot), qui portèrent ces souvenirs à l'Ecole des Officiers. Une garde d'honneur composée de deux Officiers et de deux cadets veilla auprès des Reliques.
Les Officiers de l'Ecole, avec un peloton d'honneur fourni par les cadets et qui présenta les armes aux Reliques, attendaient à l'Ecole des Officiers, ayant à leur tête le colonel Mtodzianowski, Commandant l Ecole.
Dans la grande salle, le Général du Moriez retira des coffres les souvenirs, et c'est avec une émotion profonde que les Officiers et les cadets contemplèrent ces symboles d'une gloire immortelle dont leurs ancêtres furent parmi les artisans, eux qui versèrent leur sang sous la conduite du Petit Caporal sur tous les champs de bataille napoléoniens. Les Reliques restèrent jusqu au jeudi matin à l'Ecole des Officiers, où une garde d honneur veillait jour et nuit sur elles. Le jeudi matin, des Officiers polonais et français, chevaliers des ordres de la Légion d Honneur et du Virtuti Militari, les transportèrent à la solennité de la Place de Saxe, puis de là au Musée National, dans la salle du l'exposition napoléonienne- La Général du Moriez déclara que la France n'aurait confié ces Reliques à aucune nation du monde, et qu elle ne pouvait les prêter qu'à la Pologne liée à elle non seulement par l'alliance actuelle, mais encore par le culte commun pour le grand héros qui est pour ainsi dire la propriété de ces deux Nations soeurs.
Heureux de pouvoir donner une entière satisfaction aux désirs unanimement exprimés, M. le Général du Moriez consentit à laisser en Pologne, pendant quatre mois, les Reliques
napoléoniennes: elles furent, au Musée de l'Armée polonaise, l'objet d'une vigilance de tous les instants: un poste militaire spécial fournissait deux sentinelles qui montaient de jour et de nuit, baïonette au canon, une garde respecteuese auprès des souvenirs du Grand Empereur; des milliers de Polonais s'empressèrent de visiter et de vénérer ces Reliques en défilant devant elles avec émotion et recueillement.
Accomplissant fidèlement la mission d'honneur que le Ministre de la Guerre lui avait confiée, M. le Général du Moriez revint de France en Pologne pour rapporter au Musée des Invalides les précieuses Reliques.
Nous saisissons cette occasion de renouveler ici le témoignage de notre roconnaissance à l'égard de M. le Général du Moriez, dont le nom restera dans nos mémoires intimement lié aux inoubliables souvenirs de la Célébration en Pologne du Centeneire de Napoléon. En nous prêtant les Reliques Napoléoniennes la France marqua aux yeux de tous sa ferme volonté de se joindre effectivement à nous pour cette célébration, sur laquelle les souvenirs ayant appartenu personnellement à l'Empereur semblèrent faire planer sa grande Ombre.
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La cérémonie solennelle à F Hôtel de Ville de Varsovie
La Capitale à Napoléon.