GÉNÉRAL DE DIVISION SIKORSKI
La solennité du cenlième anniversaire de la mort de Napoléon, célébrée aujourd'hui avec la participation de toute la Nation polonaise, souligne en même temps le moment le plus magnifique de l'amitié franco-polonaise, car la collaboration de ces deux Nations ne produisit jamais un aussi grand effort qu'à l'époque de Napoléon.
C'est lui, cet Homme de l'Europe, destructeur de son ancien ordre politique, restaurateur de l'existence politique de l'Italie et de la Pologne, c'est lui le premier qui, au milieu des bouleversements tragiques de l'ancienne Europe, fit retentir l'appel d'une Pologne indépendante, alliée à la France, forte et puissante.
Progressivement naquit cette idée dans son esprit, puis elle grandit, s'affirma jusqu'au moment où s'imposa enfin la persuasion que la violence du partage de la Pologne ne pouvait être maintenue!
Napoléon, par ses brillantes victoires, remportées successivement sur les trois puissances qui avaient partagé notre pays, fut le premier vengeur de l'Iniquité accomplie envers la Pologne, et, devançant de cent ans nombre d'hommes politiques fameux de la France, il conçut l'idée de créer une Pologne indépendante, et de la maintenir comme garantie politique de la puissance de la France. Sa conception antérieure — l'alliance russe, s'effaça bientôt, et, au contraire, pour Napoléon, la Pologne était ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire la clef de voûte de l'équilibre politique de l'Europe centrale.
En nous montrant la voie de la délivrance, le grand Empereur nous convia aux sacrifices et aux efforts, en vertu de ce principe qu'une Nation qui a été déchirée ne peut ressusciter que les armes à la main.
Le courage de nos ancêtres, leurs efforts, furent le soutien de notre lutte séculaire pour notre délivrance, et nous servent d'exemple, comme aujourd'hui encore à nos frères qui exigent, au milieu de difficultés sanglantes, que le droit général national soit respecté, ce droit de se réunir à la Mère-Patrie. (Applaudissements).
La capitale de la Pologne, il y a cent vingt ans, répondit dignement aux souhaits de Napoléon: en témoignent les cent vingt mille soldats qu'elle mit en campagne avec Lui en 1812, — en témoignent l'indomptable fidélité dont ils firent preuve lors des catastrophes de 1812 et de 1813, — en témoigenent manifestement
les tombes polonaises, semées si mombreuses sur tous les sentiers des passages glorieux de Napoléon, — en parlent encore les vaillantes défenses de Dantzig, Modlin, Zamosc sauvé au dernier moment par les soldats polonais, — en témoigne l'héroique mort du prince Joseph Poniatowski-
Napoléon édifia par la guerre son oeuvre mémorable; c'est avant tout dans le domaine de la guerre qu'il se rapprocha de la Pologne, et son sort est inséparable des succès et des revers de notre soldat - errant, de notre soldat légionnaire, et c'est sous son étendard que se créa entre le soldat français et le soldat polonais cette oeuvre des oeuvres: la fraternité des armes. Le Chef ncomparable, le plus grand du monde jusqu'à ce jour, eut une puissante nfluence sur l'art de la guerre en Pologne et sur les chefs polonais. Ses grandes idées stratégiques furent liées plus d'une fois à la terre polonaise, sur laquelle il mena deux campagnes rudes et longues. Napoléon, en organisant une armée polonaise valeureuse et combative, ien examinant les conditions stratégiques de la Pologne, comprit inetlement la nécessité de son existence. Il comprit entre autres la grande importance de Dantzig pour la Pologne; pour lui Dantzig était non seulement la base de l'équipement des armées qui se trouvaient en Pologne, mais un noeud stratégique d'une importance capitale, qu'il occupait par une puissante garnison, comme le seul point d'appui des intérêts de la Pologne et de la France à l'Est.
Aujourd'hui, alors que nous avons à diriger notre propre armée nationale, il importe de souligner avec le plus de force possible ces grandes idées que le grand Empereur des Français mit en évidence en organisant sa Grande ■ Armée, — écartant les dogmes et les modèles usités à cette époque dans les armées européennes.
Napoléon I-er créa un type magnifique d'armée nationale, — d'armée absolument démocratique, et cependant basée sur une endurance inébranlable des soldats et sur la juste conception de la discipline militaire.
„Honneur et Pairie", telles sont les paroles brodées sur les étendards des Armées napoléoniennes, qui réalisèrent l'épopée et la rénovation de l'Europe, donnèrent à l'Europe les droits de l'homme et du citoyen.
..Honneur et Patrie", tel fut le credo de la foi du fidèle, et du grenadier de Napoléon qui mourait volontiers sur les nombreux champs
de bataille, aux cris de „Vioe l'Empereur", sachant qu'il agissait pour la défense du droit bien compris de son propre peuple et des droits de l'Humanité entière.
Cette maxime grande et profonde s'est introduite dans le coeur du soldat polonais, a constitué la base de cette force dont fit preuve l'armée polonaise lors des jours mémorables d'août de l'année dernière.
Ce profond mot d'ordre napoléonien, qui, comme il y a cent vingt ans, fut, dans ces derniers temps, également la source de la force et de la puissance de la France, sera l'étoile conductrice de l'existence future du soldat polonais; à notre époque, où l'ancien privilège de mourir pour la Patrie est devenu la propriété de toute la Nation, à notre époque, où l'idée propagée par Napoléon I-er que, „en cas de danger, il faut appeler sous les armes toute la Nation", a triomphé sur toute la ligne, — il est juste que le soldat polonais montre sa reconnaissance pour ce Génie incomparable de la guerre, qu'il réalise son idéal et ses directives afin de prouver ainsi de la façon la plus formelle, à la face de l'univers, que, de même que la gloire de Napoléon est immortelle dans le monde entier, de même le souvenir que lui conserve le soldat polonais est tout à l'honneur de ce soldat! (Tonnerre d'applaudtssements).