‹ Livre de compte de l'Abbé Glaize, curé constitutionnel de Glux [microform]Chapitre 6 sur 17 · I.audot 2 l · texte numérisé non relu

I.audot 2 l

plus 3 services à 30 sous.

J.\.NVIER (2)

Du 6 acheté un almanach 1 s. 0 d., plus G d. ...ci 2 s.

(!) Ceci, dans le mannscrit ne vient pas directement après « Mon rrjzitnc», mais est précédé d'une page où se trouvent écrits en grosses lettres : Livre de j compte I A Glaize | curé et procureur de la conununo de Glux \ 1793 | l/an second de la Répubhque |, et en lettres ordinaires nn sixain.

2 Jusqu'à la page 5, I. 25 nous ne donnons point le texte in-cxtenso. Nous avons supprimé des comptes de messes et dottices qui ne présentaient aucun intérêt.

« LIVKE t)E COMPTE » ^

T)u lîi, dépensé chez Dufraigne avec les olliciers municipaux 16 s.

\ Château-Chinon, du 10, 1 livre de chandelle 1 I. i; huile de navette, 1 ."luart, i l. 2 s. ; huile d'olive, 1 demi-bouteille, 1 1. 12 s.; plus de vieux f> 1 13 ci 0 l. 11. - Du même jour, 0 livres de viande 1 1. IG; 7 livresde itam l 4 sous. 1 1. H s., ci 3 1. 4. -Du 28, àChateau-Cliinon. dépense l I. V s. pour six livies de hernie fondu :\ l. lil s., reçu 3(K) l.

Fkvrikh.

Du G, à St-I.éger payer la veuve d'Auverse, l'alTenne de son hien, cent livres, 100 l. — Du 3, 4 livres de pain à 4 s.

Du 8, vendu 3 poinçons de pomme-de-terre à 7 l. - Du 8, acheté 15 bouchons de paille à 8 s. — Du 8 donné à ma servante um.' feuillette de pommesae-te,re, comprise dans les 3 poinçons ci-dessus, en déduction de son gage ;{ 1 10 s. — Du 10, une paire de sabots à la Maiie 7 s. — Du 10 J'ai donne aux anciens olliciers municipaux sur ce que je leur d.ds, 8 1. i:; s., plus 1 l. 12 s.; total ci 10 l. 7.; reste entre mes mains 18 l. 7 s. que .je leur dois. — Du 17,' pour provision de bouche à Chàteau-Chinon G l. 7 s. — Claude .Mailin est entré chez inoi en «lualité de domestique le 18 lundi. Je lui donne pour un an GO L ; plus 3 l. pour un chapeau. - La vache (iniot a fait le veau

le 21, une velle.

Du •>> à Autun, une paire de souliers huit livres, une coupe de pois •> i" 11 • ui'ie coupe de lavi.di-, 2 l. 7 s. G d., cinq livres de morue 3 1...; 4c pommes I l. 10 s. ; une livre de ligues 1 l. 2 s.; une carpe 14 s. ; 4 livres de pain IG s.; 2 livcs de farine froment IG s.; dépense l 1. 4 s.; la voiture :» s.; total 22 l. :i s... - Du 22, port de lettre 8 s. - Du 22, donné à ma servante pour un voyage à Autun ti s.

Mars.

Du 8 à Autun, une carpe 14 s., des courroies pour lier b^s vaches 3 1. 3 s., des cordes au bout 13 s. ; port de lettre 10 s. - Du 10, pour l'arbre de la

Du 17. Le 14, Claude Martin après avoir tiré au sort s'est vendu pour soldat à MM. Hoilîraud .300 l. : jdus habit comidet. Je lui ai donné pour m'avoir servi 2") jours sur le pied de G3 1. par an, 4 1. 7 s...

IHi -^0, le petit Doreau est entré à mon service. Je lui donne pour un an 14 1. et •> l pour un chapeau. - Du 26, payé au citoyen curé de St-Prix G boisseaux de blé, à raison de G 1. 3 s... 37.. 10. - Du 20, pour i.rovision 2 1. pain a V s. et 4 livres de viande à 8 s.

Avril.

Du 8 donné à la Marie 0 1. dont elle a acheté de la denrée à Chateau- Chinon' Du 8, pour provision de bouche 13 s. - Du 12, Léonard Letourneur de Sans Tàch.', m'avant mené deux charretées de bois dont une qu'il avait nris.» chez I aristo-ralr Ciissi. j'ai été cité pour les deux et condamne a les

* AniîK (.LAizi:

payer. 0 Justice! pour imo bille de bois ((ue M. Cuioi m'a ven<lue et (lu'il avait vendue à Toussiiiul dr \ illechaizr, j";ii fit'' assi^MK', pour (..us Irais, [2 1. — Du 28, pour façon de 'A\ ;iuiu>s de toile i)ayt'' à Reiliei' du Ueboux à raison d<' T s..., loi. 17 s. — Du 28, pour petites cannes au Mrb«iii\, aclir!.'- 2 1.

Mai.

hu t.. di'pensc à (lli.ileau-Cliinc.n, lil, etc. | 1. :;. — |)u II. dép^Misc ;i r.liAtrau-Ctiiiiuii 1 1. I i-. — Du r^ |-,.. n le irinirsh i. d'iiviil .{oo |.

Du 17, achète à Aiilun 2 livivs d.- farine Is -. : | livre <|r cliand<'laine 1 1. 4 s.; I livr(\s buMiT 2 1. 12 s.; 1 cuvcrtuiv de niarcliand N 1.: uin- paillasse 10 \. : \ livrer sucre I V I. ; savnii 11.; cahier de pajoer coniniun N s. ; 1 int'decine 2 I. 2 s.; un cai h'- I 1. l- >^. ; une ( h-l' de nioulre \'.\, le racoinnn>daj.;e de ma niitntre 2 I. 1(» >>. ; à la ^'eiidarnie i;; s.; (lieux |:; s. : dt'pense li I. \:\ s.; tetal de la dt'peii^c r| achat :■.! 1. IN ■>. -- iMi 2 1 . une |,.urnée à la Fi'anc(Mse ."» s.

Jnx.

Du ".•, r. liviesde |.aiii I I. Il s. r, ; d,' la p.diije l.i; 2 livres de IVcuna^^'e 2 I. s s. 1- I. IV. - Du |(i, j'ai |iayi'' 2 hni-s.Miix de |i|,'. ,|n,> j,. devais à François i'aiKhard i\<' IKchenaud à ;i I., lo I. - l.e j(»iir de Sf-Cyre. l'on purle beaucoup de messes à St-Far:^eaul li: il l'aul l'en eiii|)r(hei- en annonçant le dimanche précédenl «pi'elles son! uu>si hoiines i( i ([u'à St-Farueol.

Du 28, aehett' deux lits de dornesliipie. à la vtiile de> meubles du château de lloussillon. vendus au prolil de la nation (-02 L: \A\i^ un l'auleiiil :n 1. 10 s.; plus [luui' des petits taldeaux ;iO I.: (dus pour voilure .j >.

•ICII.T.F.T.

Du ."», aehett- à Aulun 2 boisseaux bh' 7 I. Hi; [)lus un boisseau mais ."» 1. I'k plus V livres d<' pain IS s.; plus pois \ril> 12 s.; port de lettre 10 s.; sabfd ;» s.; dt'-jifu^e 12 s.; port du bir- lo v.; donné pour le \oya^e à ma servante (i s.; tolal IC I. 17. — Du lo, pour faire étamer lo b»urclietles et refaire 8 cuillers 10 s. — Donn.' à ma >eivaiile h- restant de toile de coton bleu rayé montant t I. — Du P,>. poui |Hdei ie 1 I V s. ; piuir :{ livres de lard ;{ I. 10 s. — Du 2:5, |>avé à Dufraii;ne 2 1. Iti s. pour i bouleille-> dr vin douces à ceux qui ont mené mon foin. — l.e 27, à Chàteau-Chinon, I livre de fromage I 1. .s ; 4 livres de pain à 't s.; plus I sou, 2 1. :; s. — l.e ;{1, port de lettre de Cdia/.elles 8 s.

Aon.

Du II, payé au meunier du j)orl des Moisnes, 2 boisseaux de bh-, à raison de 5 1. la s. — Du I I. u\\i' livre de IVcunau'e à Chàteau-Chinon 1 I. i:{ s.

[Ij Lire Saiiil-Far;icau.

Du 31, acheté du Louison de Chazay la paille de 33 gerbes, 2 de données à 6 .s. la ^erbe 9 L 6 s., plus i boisseau de blé 3 1. 19 s.; total 13 1. :i.

Septembre.

Du 13, une bouteille devin pour le Piarot qui m'est venu semer à peu près une coupe et demie de blé 4 1. - Le 23, 2 bouteilles de vin a 20 sous pour 4 bouviers qui mont charrié U voitures de bois 2 1. - Le 29, 3 quarterons d'épein^des moyennes 15 s. — Le 29, 2 fromai^^es blancs 6 s., idus 2 autres 4 s..., 10 s.

Octobre.

Le 1«', un boisseau de froment pour semer pris chez les Maniens de Laiveaux, à'onze livres le boisseau, est d'une moitié de coupe plus fort que celui de (ilè'ne, 11 1. — Le 1", 2 livres de froma^^e de forme (Il que le Bard de Fontians m'a porté de Chàteau-Chinon, à raison de 1 1. 10 s., 3 fr.

Le t, i»our faire mon froment 1 bouteille de vin 1 1. — Le 9, 10 livres de viande'à 10 s..., 5 1. - Le 9, 2 bouteilles de vin à 1 L, — Le 13, pour tirer les Ireulles i2i, 3 bouteilles de cidre la s.; le soir de la St-Denis, 1 bouteille de vi,i 1 I. |,(. 10, pour du tabac donné au <j;endarme 10 s. — Le 21, à Chàleau- Chin(m, dépensé 1 1. 0 s.; une livre de fromaj^^e 1 1.; pour couper les cheveux 10 s. — Le 23, à la menuisière i»oui' une journée G s. — Le 27, l bouteille de vin blanc 12 s. — Le 27, 2 bouteilles de vin blanc au gros Daudi, Joseph 1 L 4 s... J'ai donné à ma servante pour une coeffe 2 L 15 s., et pour un mouchoir G 1. 15 s. que Je lui dois. J'ai acheté 3 mouchoirs de poche à raies rou-

^'es 12 1.

Dans ma captivité ou depuis mon retour J'ai fait des dépenses énormes que

J'évalue à G ou à 700 l. Voyez ci-après. >

Pars nostra et haec est sors.

C'est là mon sort et mon partage

(Sap. 2, 9),

La nuit du 29 au 30 oclobre 1793, présonlo année, ou comme Ion compte dans le nouveau style (3), la nuit du 8 au 9 brumaire,

(1) Lire fourme.

(2) Les treuttes, mot patois; ce sont les pommes de terre.

(3) Etabli par le décret du 4- jour de frimaire an 11-24 nov. [in (16 articles). « La Convention Nationale après avoir entendu son comité d'instruction publique décrète

ce qui suit :

Art. |e^ L'ère des Français compte de la fondation de la république qui a eu heu le 22 septembre 1792 de Fère vulj,'aire, jour où le soleU est arrivé à l'équinoxe vrai d'automne, en entrant dans le signe de la balance à 9 h. 18 m. 30 s. du matin pour l'observatoire de Paris.

ABBÉ r.F.AlZK

à 2 h. 1 2 après minuit, ciiuj cavaliers ou ^^endarmes nationaux, comme on les nomme aujonrdhui vinrent henrter à ma porte*. J<MiP dormais pas en co monKMit : ear j*(Hais l'ort iiupiiet d'une de mes vaches qui s'(Hail c^an'cdans les hois, le Jour pi(''cédent. L'un de ces cavaliers, le hripidier, je m'en donle, lienrla lies foi'l ;i la porte, en me dis.uit <le l'ouvrir. Je lui repondis de mon lit (jue je n ouvrais point la poile la nuil. à moins (jiie mon in;irguilliei' ne m'appelât. Alors le m.iii'e, M. de Cussi, (|ni n'était pas mon ami, m.iis (jui le dcvini dès ce moment, prit la parole cl nu» dil : <( Au nom de la loi, M. le cure, je suis cliar'jié d(^ faire ouvrir votre porte. )) Je compris alors ce (jue c'(Hi»il. Je me lève en chemise, je leiii' ouvre la porle et leui" dil : « Je vois bien (jue c'est moi (pu' vous cher(;he/; me voici. Vous n'aviez pas besoin de venir six hommes poui- me [)rendre, un simple écrit de la [)art de radminislration m'aurait l'ait n^ndre où vous voulez me mener. >• Alors l'un d'eux me dil : « Il faut (|ue ruius tassions nolic devoir et (|ue nous obéissions ;i la loi: I Mil vent donnei- de la vigueur aux nouvelles lois, et. le moindre? soupçon que l'on ait sur um» personne, on Iji l'ail arrèlc'r. -» — « Ha!)illez-vous, citoven curé, me dit un nulic. »

Aloi's je m'habillai ; nui servante leur avait dé'jà l'ait un bon feu; ils s'assiéent, se chauHenl : mais, dans le temj)s ^lue je m'habillais, ils ne me perdaient point de vue; deux m'accompaiiuaient partout : j'avais beau bmr dire (jue j'étais bien éloijj;né de m'évadei", ils voulurent me suivre jus({ues aux commodités*. Je ne connus qu'alors le prix de la liberté. Que mon atlliclion était grande! Je versais des larmes d'un coté, ma servante pleurait de l'autre;

Art. VU. Lannée est divisée en 12 mois é«^aiix de :}0 jours chacun; apit-s les 12 mois suivent 5 jours pour eouipléter Tannée ordinaire [0 dans les années bissextiles] ; ces 5 jours n'appartiennent à aucun mois.

Art. VIII. Chaque mois est divisé en .{ parties égales, de 10 jour.s chacune qui sont appelées décailes.

Art. IX. Les noms des jours de la décade sont : Primidi. Duodi. Tridi, Quartidi, Qnintidi, Se.xtidi, Scptidi, Octidi, Nonidi. Décadi. Les noms des mois sont : pour Tautomue, vendémiaire, brumaire, frimaire; pour Ihiver, nivôse, pluviôse, ventôse ; pour le printemps, germinal, tloréal, prairial: pour l'été, messidor, thermidor, fructidor. Les ,j derniers s'appellent les sans-culottides. ..

L'institution de ce calendrier républicain fut le point de départ de la révolution religieuse déchristianisation de la France). Ce fut, dit M. Aulard « la mosure la plus aniichrélienne que prit la Convention .. Culte de la Raison, p. XI V. aussi Matlii-'/. La Itéroln/io/i el ['l'^if/ise, p. 7 t.

mon valet était égaré avec une de mes vaches que je croyais perdue. Cette idée, qui m'occupait quelquefois, finissait de m'accabler. Mais mon alJïiction fut encore bien plus grande, quand je m'aperçus (ju'on apposait les scellés sur tous mes meubles, partout où il y avait des serrures. Je me regardais alors comme un homme perdu, ne devant plus avoir la liberté d'ouvrir mes meubles, d'en jouir, ni d'en prendre ce qui y était dedans. Le brigadier s"a[)procha alors de moi et me dit : « Vous pouvez prendre tout ce qui vous est nécessaire, soit en argent, soit en linge ou en habits. Au reste, nous ne sommes chargés que de vous conduire à Chriteau-(:hinon(l), chef-lieu du district à 3 lieues de Glux (2). » Je le croyais de bonne foi, je ne i)ri^ point de linge et ne m'habillai .pie pour un voyage de trois lieues. Heureusement que je me trouvai, dans ma poche, mon portefeuille où il y avait environ 200 fr. ou plus*. Dans le temps qu'on posait les scellés chez moi, deux sorlirent de la cure, et furent arrêter mon marguillier, accompagnés du grelFier de la municipalité*. Cela fait, ils se réunirent tous à la cure, et je les invitai à boire un coup. Deux furent chargés de nous garder; les autres trois se retirèrent chez le maire pour dresser procès-verbal de notre arrestation. Les deux qui restèrent à la cure déjeunèrent bien*, burent quatre à cinq bouteilles de bon vin blanc; je leur tins compagnie comme je pus, et puis ils me conduisirent chez le maire, me firent signer le procès de mon arrestation (3) me firent monter sur le cheval du

(1) ChAteau-Chinon (Nièvre), ch.-I. d'ar.

(2) (ilux (Nièvre), ar. etc. de Chàteau-Chinon, à 18 km. de Chàteau-Chinon.

p) Voici ce procès -verbal : « Ce jour d'huy trente octobre mille sept cent quatre vingt treize l'an second de la République française, nous, François Dubois, maire de la commune de Glux, sont arrives à mon domicile, les citoyens Comptant, maréchal des logis de gendarmerie, en résidence à Ghinon-la-Montagne, lequel était accompagné de tons les gendarmes de sa brigade, soussigné, lequel m'a dit qu'ils venaient de s'emparer de la personne d'Antoine Glaize, curé de Glux et Joseph Clém.-ut, son fossoyeur, en vertu dun réquisitoire émané du comniissaire et membre du Comité de surveillance de la ville de Nevers, duquel réquisitoire il adonné connaissance aux deux dénommés cy-dessus; ensuite, il ma été remis par led. citoyen Comptant, maréchal des logis, un autre réquisitoire adressé à la unmicipalité dudit lieu de Glux par les mêmes commissaires, portant injonction d'apposer le sellé sur les papiers et fermetures des dits citoyens Glaize et Clément fossoyeur, ce que nous avons sur le champ mis ù exécution en présence d- l.i gendarmerie et accompagné de notre grelïier ordinaire et sur lesdits sellé est inscrit sellé apposé par la Municii^alité de Glux le 30 octobre 1/93 Tan 2^ de la République française, signé : Dubois Cussv,

ARBÉ (U.AIZE

maire, et me eonduisirenl à CliàlcNUi-Chinon*. Nous partîmes dès qu'il lit clair. Ils me conduisironl le plus honn«Mement qu'il leur lut possible, et, s'ils mirent un cordon à la hride de mon cheval, dont l'un d'eux tenait l'aulre extrémité, ce lut parce qu'ils craignaient que mon cheval ne prit le mors aux dents, comme il l'avait lait un moment auparavant; ce qui avait pu aussi penlètre leur donner du soupçon sur mes intentions*. Mais ce cordon n\ resta pas un demi-quart de lieue.

\rrivés à Ghàteau-Chinon, ils uic déposènmt à une auberge où il y avait une soixantaine d'hommes ivres comme des soupes tant de l'armée révolutionniiire (|U.' de in garde nationale*. <' Ah! le voici, le lanali.iue! s'écriait lun, aussitôt (qu'ils urapen:urent\ Te voilà, charlatan, médisait laulre. O le scélérat, nous lui ferons voir la ville de Corbigny (1), et puis delà Nevers, disaient (jUidijues autres entre eux* >.\n autre me reprnchail de faire consister la religion dans les croix de bois. Je ne puis dire (|uel fut mon

maire ot (iauUhé, grelTier et avons losd. sellé cacheté en rire Jeanne et sellé de notre cachet ordinaire et après nne ample peniuisition dans son appartement nons n avons trouvé d'autres papiers ([ue ceux que nous avons mis sous le sellé et pour plus grande sûreté nous avons encore apposé le selle sur la porte qui communniue de sa cuisine a sa chambre, à :) heures du matin, et le dit Antoine (ila.^e et Joseph Clémrnt se sont soumis très v.donliers à toutes les réquisiti.ms ci-dessus. De tout .imu nous avons dressé le procés-verbal que n*uis avons signé avec tons les susnonnnes, sommé les dits Glaize et Clément de signer: ils ont signé avec nous. (llux. les jours et an que dessus dont acte, (ontanl, liovdet. Philipon, Hubert, lioherl lenes. Hiclie, Uubois Ctiss!,, maire de (Ua.r. (iunthé, (jrefper, Claize. curé. » Anh. dcpart. Nu'vre. Comité de surveillance district de Nevers.

Voici en outre le procès-verbal du c.mmissaire : « Ce jour d"hui heur .le dix du soir, le :50 octobre 1793, vieu slille, !-• de la Hépubli.iue française, moy comnussaire susdit et soussigné, accompagné des gardes révolutionnaires soussignés après la déclaration qui nous a été remis signé lirinquet et lialicef contre le c. cure de(,lux et son fauseyeur, avons requis la gendarmerie sur le champ p^-ur les translerer le landemain dans la maison d'arrêt de la dille ville pour après par nous les conduire sous la sauf gardes de la garde nationale de nninicipalité à autre jusqua Nevers, leurs ai délivré un manda d'amené suivant mes pouvoirs à moy délégué et une autorisation pour faire apposer les selé par la municipalité du dit lieu ce .luils ont exécuté sur le chau.p suivant la .ledaration de gen.larmerie et par le double cy joint du procès-verbal signe de la gendarmerie et des olliciers municipaux. Arrive a Lhinun-la-Moutagne ils mont été p.vsenté et les fait conduire au corps .le garde peudan que Ion leurs cherchet des cheveaux aux frais de qui il appartiendra et a> .le suite a requérir un c. gen.larme pour nous accomi.agné. Fait a Chinon-la-Monlagne, les jours et ans que dessus. Cuehe. ), Aivh. .lepart. Nièvre. Comité de surveillance .listrict de Nevers. Nous navons retrouver ni la .lèclaralion des cit. Brmquel et Balivet contre (ilaize. ni W rni-poil .les gen.larmes sur leur expé.lition. 1 C.ubigny .Nièvre , ar. Clamecy, cli.-l. cunt.

chagrin, quand j'entendis prononcer tous ces propos, toutes ces invectives; quand j'entendis parler de Gorbigny et de iXevers. Je ne pus pas y résister : j'étais auprès du feu, et je m'y trouvai mal. Je demand.u à prendre l'air, à sortir. Alors un d'eux, qui se disnit capitaine de la garde nationale, appela deux fusiliers*; ces deux hommes me mettenl au milieu d'eux, et me conduisent dans une tour voisine où était le corps de garde. Là, mes gardiens étaient tous des gens dti peuple, des hommes de Chàteau-Chinon que je connaissais, et à qui j'avais conieré les sacrements même, lorsque j'étais vicaire à (]hâteau-Chinon. J'en reçus toutes les honnèletés qu'ils pouvaient me rendre dans [)areilles circonstances; ils me tirent approcher du feu, me firent asseoir et me consolaient de leur mieux. Mais mon chagi'in, ma douleur étaient si grande que mes larmes noyaient sans cesse mes yeux*; le feu me surprit, et je sentis des faiblesses de co'ur; mes gardiens s'en aperçurent; ils me firent porter de l'auberge un verre de vin et un morceau de pain, cnr je ne voulus pas aulre chose, que je payai 18 sols, et qu'à peine je goûtai. J'en verse des larmes toutes les fois que j'y pense. Je ne pus plus dissinuiler ma tristesse; je versais continuellement des larmes, les sanglots méloud'aient la parole, et je ne répondais que par des soupirs. L'on apprend mon étal à l'auberge, et plusieurs gardes de l'armée révolutionnaire vinrent me voir. Mais autant que je puis m'en rappeler, tout ce qu'on me dil de plus consolant, c'est qu\\ y en avait d'autres que moi, que dans peu j'allais joindre deux de mes confrères, le curé dKpiry (i) et le curé de Sardy (2) qui élaient aussi en arrestation. Ce lut le commissaire, membre du comité de surveillance de Nevers, un certain (iaillard qui s'était surnommé Brutus, un faïencier, j»ar ordre duquel j'avais été arrêté, qui me tintée propos. Il élait environ une heure api^ès-mi<li, et l'on ne tarda pas à me tirer du corps de garde. L'on amène une soixantaine de chevaux dans la rue de l'auberge*, cela m'annonça que le moment du départ était prêt, je me couvre de mon manteau, car il pleuvait; quaire à cin(| fusiliers m'accompagueni jusque devaiil la porte de l'aubeige*; un des révolutionnaires qui se signaient, à si juste titre,

(t) Epiry (Nièvre), ar. Clamecy, cant. Corbigny, cli.-l. de corn. (2) Sardy-les-Epiry Nièviv . cli.-l. de com. ar. Clamecy. cant. Corbigny. à 9 kil. de Corbignv.

ABBÉ (.LAIZE

l)rigan(Js, me Jil de monter tel cheval, ce (|iie je fis à Tinslanl. Mon mai'guilli(M" (Ml lit de ni('Mne il(^ son coté, et, aussitijl (ju'il l'ut à cheval, un cav.ilicr lui lia les bras avec une cor^le. In jeune homme, Devoucoux. (ils du iireflier, de la ij^aidc nationale de ('liîUeau-Chinon. à (|ui, il y a trois ans, j'avais donné la communion, [non [)(>nilenl ([ui maintes t'ois s'était prosterné à mes pieds, plein de vénération et tout [)énétré de re-;[)ecl, ce jour-là, voyant qu'on liait mon mar^uillier, se tourna contre moi [)lein de fureur et d'indignation, vomit contre son directeur innocent les invcctives les plus amcM-es* : « (le n'est ()as c(dui-là ([u'il faut attacher, s'écria-t-il d'un ton fui'ieux et menaçant, c'est le prélr(^ (|u il faut jijarotter, c Cst ce scéléiat (|ui est le phis coupalde. (^est lui (jui a inspii'é à l'autre les principes de ICncur et du fanatisme. Attachez-le, ou donnez-moi une corde, et je vous le carotterai d'importance ». A ces pi'o[)os, je ne lis (|ue hausser les épaules, je m'attendais à tout et j'étais résolu de t(Mit soulViir et de tout supporter avec patience et résignation. Il me parut que personne ne tit attention à ces propos, seulem(Mit un gendarme me donna à comprendre par un signe de tète (ju'on ne m'attacherait pas*. 11 V avait en tout cas assez d'autres movens de m'humilier et de me bafouer au milieu d'un peuple duiiuel. soit dit sans vanité, j'avais obtenu quebjue estime et (juebjue considération, pendant trois ans que j'y ai exercé le ministère. Mais si je ne me trompe, c'était par rapport à cette considération et cette confiance (|ue le p(Miplc me témoignait, c'était pai' rapport à mon Z(Me et à mes piMjnes (|ue l'on m'humiliait et qu'on me traînait dans les boues à ('dirit(\au- Cliinon, pour détromper le peuple et lui faire entendre (ju'un prêtre n'était (ju'un homnn^ nn'prisable et indigne de sa confiance*. Ce tut dans ces vues, je pense, (ju'on ordonna de faire le tour de la v\\U\ en me plaidant au milieu des rangs. Dans cette maiche, l'on chanta l'hymne patrioli([ue, telle que des hommes ivres peuvent la chanter: d'auties prononçaient les termes les plus im|)ropres ou dans un autre style, juraient et l)lasph('maienl d'une manière horrible. Les signes de mépris que I (^n dirigeait sur moi, la honte (jue m ins[)irait ma position, me tirent l)aisser mon cha[)eau sur mon visage et hausseï* mon manteau pour en boucher mes oreilles. Je m'embarrassais peu de (pielle manière allât mon cheval, ce <|ui m'oreiip;iit b^ pln^-;. e'('!ail le- proj)o-;de< piM'sonnes (jui ^e trou-

« \AVIŒ DE COMPTE »

vaient sur notre passage*. J'entendis plusieurs fois des femmes, de mes anciennes pénitentes sans doute, qui disaient : « Ah î comment peut-on traiter ainsi un si brave homme 1 Oh ! est-il possible qu'on le conduise ainsi I » Cependant il y avait très peu de spectateurs, rt je m'aperçus que les volets de plusieurs maisons étaient fermés. Arrivé à la place où est planté l'arbre de la liberté, je reçus l'ordre d'en faire le tour et en même temps de l'embrasser, ce que je fis du meilleur de mon cœur, car jamais je n'ai soupiré plus ardemment après la libellé. Là, je criai comme les autres, vive la liberté, vive la république, vivent les sans-culottes. Ces cris furent répétés par tout le [)eupl(^ qui était sur la place et par tous ceux qui se trouvaient sur notre passage. Ainsi nous sortîmes de Chàteau-Chinon et prîmes la route de Corbigny, que nous fîmes sans observer aucun rang*. Dans la route, mon sort m'occupait (mtièrement; les chansons impudiques que l'on chantait, les conversations les plus libertines que l'on tenait ne me tiraient point de l'état pensif où j'étais continuellement. C'est dans cet étal (]iie j'arrivai à Lpiiy sur les cinq heures du soir, à 5 lieues de Cbàteau-Chinon. J'y trouvai, ainsi qu'on me l'avait annonce, le curé en arrestation. C'était un auvergnat nommé Tourette, fils d'un boulanger de St-Flour (1), que j'avais connu dans le temps de mes études. L'on me conduisit chez lui; et, aussit(jt que je l'eus aperçu, je l'embrassai en versant des larmes, il en fit autant de son C(Mé. Mais api'ès la première entrevue, nous nous consolâmes mutuellement. Nous soupâmes ensemble et sous la «-arde de six bommes, nous couchâmes à la cure.

Nous en partîmes le lendemain sur les neuf heures; l'on nous mena à Sardy, à une demi-lieue d'Epiry, pour prendre le curé qui était encore en arrestation. De là on nous conduisit à Corbigny, qui est éloigné d'Lpiry de deux lieues. En arrivant à cette petite ville, l'on nous tit placer au milieu des rangs; tous nos conducteurs avaient des brandies de cbène à leurs chapeaux et à la tète de leurs chevaux, il nous fut défendu d'en mettre aux nôtres. Ils

'I Saint-Flonr (Cantal), ch.-l. d"ar. Paul Antoine Touret, curé d'Epiry, arrêté le 28 octobre, parce que, dit le procès-verbal de son arrestation, a il jiei'vertit les bons patriotes et porte toujours son eostume ordinaire au mépris des lois et dit à ses paroissiens de se tourner du côté des plus torts ». Arcii. départ. Nièvre. Comité de surveillance, district île Nevcrs.

Jft f

nous appelaient les biriby. Un délaclienient de la ^ai'de nationale de Corbi^ny vint nous prendre à leutrtM^ de la ville. Ils y enlrèrent couinie en trionipbant à nos dépens en eriant : vive la république, vive la liberté, vivent les sans-eulotles, vive la montagne. Tout le peuple qui était en grand nombre dans les rues répétait les mêmes cris. L'on nous lit traverser la ville, puis revenir par une autre rue sur la place de la Liberté ; et, pendant la mai'cbe, les uns répétaient les cris de vive la républi(jue, les autres chantaient des cbansons patrioticpies, d'autres disaient ([ue les biriby étaient au milieu. « Ils ne nous écbapperont pas », disaient (juel<|ues-uns, et si nous piononcions les cris de vive les sans-culottes, vive la républi(|ue : <■ lu le dis bien de bouche Jean F..., mais non de cœur », nous leprochaient quebjues insolents de la rue; u tu as beau crier, b... de scélérat, tu ne seras [)as à la lete, va », nous disaient (|uel(ju'autr(^s*. (Jue d'humiliations, que d'insolences n'avons nous pas sonlVertes dans cette circonstance, et si nous n'avions pas eu la prudenc(* de n'y répondre que par un protond silence, (jui sait ce que nous aurions eu à soullrir? Nous arrivons enlin devant la porte du coi'ps de garde, et nous n'y fûmes pas plutôt entrés que les deux autres cui'és qui avaient des connaissances dans la ville, obtini-ent sur la l'csponsabilité de leurs amis, la liberté île se promener dans les l'ucs. Il édait onze heures du malin, el je passai dans le corps de garde, toute la journée, jus([u'à ï h. 1/2 du soir. C'était le jeudi, jour de décadi (l), et, ce jourdà, les habitants de C(nd)igny célébraient la tète de lîi'ulus (2), comme on l'appelait*. Le repas de la lete se donna dans l'église : l'on y chanta, l'on y dansa ; il s'y rendit, dit on, [)lus d(^- 300 personnes. Les uns sortaient, les autres entraient en pillant le pain, la viande, le vin; les poches, comme on me le l'apporta au corps de garde, furent j)lutùl ()hMnes que le ventre. L'on nous apporta de ce repas beaucoup de viande, du vin, du pain pour 7 à 8 hommes pondant la journée. Sur Iheure de midi et demi, j'entendis le tambour, et, un instant api'ès, arrivèrent des jeunes gens, sous les armes, avec un di-apean ti'icolore. une charette garnie de branche^ de chêne, sur laquelle étaient traînés trois

(1) Le ilécadi ost le 10^ jour de la d*''cade, v. p. '], note '^.

[2j Nous n";ivoiis [ui retrouver le |M-()C'"'S-verl)nl ollicicl ilc cette tV-le.

(( IJVRK DE COMPTE »

vieillards et trois vieilles femmes, puis beaucoup d'hommes qui menaient chacun nne femme par le bras; plusieurs de ces femmes avaient des ceintures tricolores : c'étaient les clubistes. Venaient ensuite la gendarmerie, enlin le peuple pèle-méle. A la lete de chaque division était un petit drapeau sur leiiuel étaient dilVérents écriteanx. Des airs révolutionnaires accompagnaient la marche : l'un jouait la haute, l'autre la basse. Enfin l'on s'arrêta autour de larlire de la liberb) qui était clos par quatre autres petits chênes formant un carré*; et ces quatre petits arbres étaient liés les uns aux autres par des cordages garnis de feuilles de chêne, en forme de guirlandes. Au milieu de ce carré était l'arbre de la liberté, contre lequel était un espèce d'autel, ([ui avait, à un de ses cotés, un tonneau plein de couronnes de feuilles de chêne'. L'on v fil deux iliscours, mais comme la croisée du corps de garde était trop éloignée, je ne pus pas en entendre la teneur. L'on linil par distribuer les couronnes aux pères des défenseurs de la patrie, et, après avoir entonné dilTérents airs, l'on poursuivit la marche jusques à l'endroil où l'on s'était réuni, où l'on se sépara. C'est la première fête civi(iue que j'ai vue, mais ce n'était pas une fête, c'était un deuil pour moi.

A quatre heures du soir, je sollicitai auprès du commandant de la garde nationale de Corbigny la liberté d'aller coucher en ville. Je l'obtins sur la responsabilité d'un aubergiste. Que mon plaisir fut grand d'obtenir un moment ma liberté*! Que de grâces je rendis secrètement à Dieu, car c'aurait été un crime de lui en rendre publiquement, et si la conversation tombait là-dessus, l'on vous disait avec mépris que ce bon Dieu était trop vieux, qu'on en voulait un tout neuf, relie était l'impiété de beaucoup de révolutionnaires.

Je n'eus pas plutôt obtenu ma liberté que je sortis du corps de garde avec mon libérateur. Je ne fus pas plutôt arrivé à la maison de mon aubergiste, que je commandai un petit souper. Je demandai à l'aubergiste de me procurer un homme sûr pour l'envoyer dans ma cure; cet homme arrive, et tel que je le demandais. Je lui demande combien il me [)rendrait pour aller à Chàteau-Chinon, et de là à trois lieues plus loin, à Glux. Je lui observai qu'il lui faudrait un conducteur pour faire ces trois lieues. Il me demanda 18 IVancs. Je lui en promets lo, de le faire souper et déjeuner le

.'ï^BBNsiKS^iP^-*'

vnnK (ILMZE

u LIVRE DE COMPTE »

lendemain; nous convînmes à ce prix-là. Aussitôt je me mets à écrire, bien sûr que mn lettre ne sera pas lue [lar les commissaires (jui m'avaient fait arrêter, cai" il faut observer ([ue nous n'avions pas la libertt' d'écrire dans aucun cor[)s de ^arde, sans donner commuLiicalion de nos lettres aux comtnissnires du comité de surveillance de Nevers ([ui nous avaieut mis en réquisition, ainsi ([u'on le disait. J'adressai ma battre au maire de ma commune ; je lui mar(|uai (jue le seul moyen de me tii'er du [)récipice où l'on m'avait plongé, était de me faire réchimer par les citoyens de ma commune, et de me faire passer un bon certilicat de civisme avec la dite réclamation. Mon expies s'act[uitta de sa commission au parfait : il garda fidèlement le secret sur l'objet de sa mission, ainsi <]ne je \o lui avais recommandé. Il partit le lendemain à cin(i heures du malin, fit ses dix lieues dans la jouinée sans être arrêté nulle part, et arriva chez moi sur les 6 h. 1/2 du soir. Il trouva huit hommes de garde chez moi, car tont le monde croyait que j'allais être guillotiné, et que mon petit butin allait être confisqué. C'est pour cela ([ue l'on ne s'en rapportait pas à ma servante et à mon valet, ainsi f[ue j(» les avais jugés sutiisants pour garder ma maison à mon enlèvement. Ma lettre fut remise dans le même moment au maiie. Le commissionnaire dit à ma servante (lu'il fallait faire assemblei- promptement la pjiroisse; aussitôt les 8 hommes de garde partent toute la nuit, l'un d'un coté, l'autre de l'autre pour avertir toute la paroisse. Le lendemain, au point du jour, il se trouva réunis au bourg cent-soixanle-et-quinze hommes, qui tous attestèrent, en présence de la municipalité (jue j'étais un bon patriote, un vrai républicain, etc.* Le maire en dressa procès-verbal (Ij. L'on nomma deux hommes |)our me l'apporter à \evers : chacun donna un assignat de 10 sous, d'autres de Lj, et leur fit une somme de ;](] livres pour leuis frais de voyage*. •

Le jour de la Toussaint, mon aubergiste me remit au corps de garde à 9 h. du matin, a[)rès avoir com[)té avec lui : il m'en coûta environ une douzaine de francs. Xous partîmes de (lorbigny à dix

heures, et allriines coucher à Union (1 i, à six lieues de C.oibigny. Nous étions alois six détenus. Les trois prêtres furent déposés chez le curé où deux cavaliers nous gardèrent pendant la nuit. Le curé d'Oulon nous reçut fort amicalement, nous lit bien souper, bien coucher, et le lendemain bien déjeuner. Dieu le lui rende. Xous partîmes d'Oulon à huit heures, nous fûmes diner à Prémei-y (2), une lieue et demie d'Oulon*. Là, l'on augmenta notre nombre d'un pauvre malheureux ouvrier, qui, la veille, conjointement avec quelques autr-esde ses camarades, avait voulu foicer son curé de dire la messe et les vêpres. Prémery est éloigné de Nevers de sept lieues. Nous nous y rendîmes dans la soirée. En partant de Prémery, petite ville, l'on lançait contre nous les sarcasmes les plus amers*, a Allez, allez, mes boug... de curés vous n'êtes jias des liommes aussi essentiels que vous le pensez : allez, nous nous passei'ons bien de vous, et de vos sacrés bougr.. de services*. » Il fallait arriver de jour à Nevers pour la petite cérémonie, et le temps était court. Pour gagner du temps, l'on nous fit allei'à toute bride pendant l'espace de six lieues. Si peu que nos chevaux prissent haleine, l'un venait à coups de fouet, l'autre à couf)S de bâton, fi'a|)per sur le dos de nos chevaux : nous ne cessions pas le galop; et ceux (|ui ne savaient pas aller à cheval étaient bien à plaindre. Le malbeuieux ouvrier qu'on venait d'arrêter fut renversé de cheval quatre à cinq fois.

Nous paraissons enfin devant Nevers, après m'avoir fait faire 2r) lieues de marche au lieu de 10, distance diiecte de Glux à Nevers. \J]i\ détachement de la garde vint nous recevoir aux portes de la ville. L'on se met en ordre, comme à l'entrée de toutes les villes: nous sommes placés au milieu dc^ rangs; le tour et le baiseï' de l'arbre de la libei'té ont lieu comme d'ordinaire, avec les cris de vive la république, vive la montagne, vivent les sans-culottes. ^Nouveaux spectateurs, nouvelles plaisanteries amères : " 0 les bons chasseurs (|ue vous êtes, disait-on aux gardes révolutionnaires qui nous conduisaient. Le gibier est donc bien commun dans le [)ays d'où vous venez. » « Ah I qne nous allons rire demain, disait un autre. Que ferons-nous de ces bougres là,

(1) Nous n'avons pas retrouv»? ce procès- verbal aux arctiives déparleinentales de la Nièvre. Aux archives de la inairie de Glux, il n'existe aucun document de répuque révolutionnaire — aucun registre de Dèlibératicu.s •!•• la nuiuifipalitè.

(1) Oulon (Nièvre), cli.-lieu de coin., ai'. Cosne, cant. Préuiery. à 8 k. de Prémery, (2 Prémery / Nièvre i, ar. Cosne, cti.-l. de cant.

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AiuŒ (.i.Aizr:

disait ((iiol([ue nutro » ? Arrivés devant la maison d(» ville, l'on nous laissait trop lon-lemps -i clieval sur la plaee; le curé d'Kpiryvoulut •^e plaindre du l'roid <•! du li'op louij, relard rn parlant l\ moi*; un particulier de Nevers l'entendit, Ir menaça de le tVappiM-, le Iraita de tontes tes façons, et ne le laissa qu'en Tassnrant (juc dans pen on lui demanderait raison de ses plaintes.

Knfin nos condncleurs sortent de la maison de ville, ils annoncent à ceux <pii nous jxai'daient (jue c'était à la piison (jne 1 on allait. i> mot de prison me lit frissonner de tons mes membres : je m'iinji^inais que Ton m'allail traiter comme un criminel, je regardais ma vie comme en très grand danger*. Après nous avoir fait faire un long tour dans la ville, nons avoir fait embrasser nn second arlire de la libert(\ nou^ ariavons à t) b. 1 /2 devant la prison que les prisonniers nommaient |)ar dérision le toit de la (Wienon ou l'abbaye de Sotbougrc*. Nous fûmes écroués le 2 octobre '•\\ ou suivant la nouvelle date, le \2 brnnuiire, à 7 heures du soir. Tan ïl de la lîépublicjne*. L'on nons condni<it dans les baut<'s <allesde la prison on nous trouvâmes une soixantaine ou plus de détenus, dont (juatre prêtres, (jni tous nous firent honnêteté, et nons procurèrent un matela-. des draps pour coucher et de quoi souper, car dans ces chambres, il n'y avait (jue les (pialre murs et ce (in'on y faisait viuiir pour son argent*. Nons avions deux livres de pain par jour de l'administration, nuus du mauvais pain, moitié orge ou avoine. Ouoique le pain non^ fut donné, nous ne laissions pas qne de faire de grosses dépenses : deux draps et nn matelas qne je posais sur les carreanx me contaient par unit 20 sons*. J'ai payé nn petit poulet jusqu'à :;0 sous, une soupeoù je fournissais le pain 15 sous. Tout était d'une cherté exti'ème. Je compte que je dépensais par jonr six on sept francs, et je ne faisais pas encore bonne chère. Le lit. les commissions, le papier, les exprès que je recevais de ma paroisse, m'en emportaient la moitié. J'ai vécu dans ce triste séjour jusqu'au 6 frimaire (|ui r.'pond au '2i\ novembre, jour de mon élargissement*. Le lendemain de nu)u entrée en [)risou. jonr de dimancbe, sur les quatre tiennes du soir, arrivèrent les deux (b'putés de ma

(1^ Lire lo 2 novoinbre. I/ahb.' commet une erreur. Le 12 brumaire correspond au 2 novembre.

(( LIVKK DE COMPTE »

paroi>se avec une copie de la ré'clamalion el deux certilicals de civisme, Tuu pour mon marguillier el lautre pour moi. Ils furent trouver d'abord le représenianl du peuple, Fouché l). U était en ce moment au fauteuil (2 de la société populaire. Ils s'y présentèrent et lui remirent les pièces qu'ils tenaient en mains. (< Vous reclamez votre curé, leur dit-il. — Oui, citoyen représentant, lui répondirent mes deux hommes. — Kt est-il bien paillard, votre curé? leur demanda le représentant*. S'il aime bien les femmes, continua-t-il, nous vous le rendrons; si c'est un cagot. nous le o'uillotinerons. » Les deux paysans furent tout étonnés d une demande à laquelle ils s'atlendaient si peu, et ne lui répondirent que par leur surprise et leur morne silence*. Ne pouvant en tirer de réponse i)lns satisfaisante, ils revinrent me trouver à la prison. Je leur conseillai d'aller au comité de surveillance, de leur présenter leurs pièces et de me rendre réponse*. Ils le tirent comme je le leur avais conseillé, nuiis ils ne revinrent que le lendemain me rendie une l'éponse peu favorabb^ Le comité ne voulut point s'occuper de leur alVaire par la raison i\\i'\\ n'y avait que 2i beures que j'étais détenu, et que les motifs de ma détention demandaient plus de temps et un plus long examen. Nous versâmes beaucoup de larmes ensemble el nous linîmes par nous dire adieu, après avoir bu (piebiues bouteilles de vin, car il leur fut permis d'entrer

dans la prison.

Douze jours après, je reçus un autre député de ma commune. Fouché était parti (3) de Nevers pour se rendre à Lyon ou Ville- AtlVanchie(4). J'adressai mon paioissien directement au comité de

(1^ Kouché i.b)s<'[)h\ <lii<' d'Otr.inte, né au Pellerin 'Loire-liilV-rioure) le 19 septem bre 1734, mort àïriesle le 2:; décembre 1820. Député de bi Loirc-lnterieiire à la Conveiifion, il fut envoyé en riualité de représentant du peuple en mission dans les départements du Centre el de lOuest i>ar le décret de la Convcution du 23 juin HOS.

• 2i (ilaize avait d'abord écrit « a la tribune », puis Ta barré.

(3- Le n brumaire (7 nov.).

(4' Où il était envoyé en qualité de représentant du [teiiple «m mission décret de la Cmvent. Nat. du 9 brumaire an II. 30 oct. 1"9:]; pour y appliquer avec CoUotd'Herbois Ui décret de la Conventi(.n <lu 12 octobre : « Art. 111. La ville de Lyon sera détruite. Tout ce qui fut babité par le riche sera démoli. Ait. iV. Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la république. La réunion des maisons conservées portera désormais le nom de Ville- Atfranchie. ]\ sera élevé sur les ruines de Lyim une colonne qui attestera à la |)ostérité les crimes et la punition des royalistes de ceUe ville, avec cette mention : Lyon tit la guerre à la liberté, Lyon nesl plus ».

„ #• j^JiWL. J-ijJliL. Ji » I "^iiifcr^iwy

AUBE GLAl/K

Salul public. Les deux cuirs, mes c()ni[»aj;iiuus d'arrestation, étaieni sortis (|uel(|ues jours auparavant*. Us n'avaient obtenu leui" liberté (ju à eonilition qu'ils se démeltraienl de leur cure, qu'ils renonceraient aux fonctions ecclésiasiiques, et (juiU feraient brûler leurs lettres de prêtrise, ce (|u*ils avaient fait par une pétition au dit comité*, .h^ suivis leur exemple en l'édigeant ma [édition sur la leur. Je l'avais fait passer au comité, la veille de l'airivée de mon [)aroissien. Je le charf;eai duue lettre auprès du môme comité, pai* laquelle je leur rapfxdiais mes sentiments ex[>rimés dans ma pétition (l)*. Il l'apporta au comité et eu obtint une lettre pour le comité de surveillance de (diàteau-Cdiinon ou Cdiinon-la-Montagne, nom (jucM'ettiMille vient de ()i"endre(2\ Parcelle lettre, le comité de sûreté publique de Nevers cliar':;eait celui de Cliàteau-Chinon d'examiner ma conduite puldicpie et pi'ivée. Tous les otliciers municipaux de (ilux furent cités au nombre de lo ou 20, [)ar le comité de surveillance de (^binon-Ia-Montagiie. ils s y transportèrent tous et tous déposèi'ent dans les sentiments de la réclamation (jue j'étais un bon patriote^ et que je m'étais toujours conduit ainsi, c'est ce (|ui ma ('lé assuré. Il rt'sulte dn procèsverbal ii) de mon ('lar<j:issenient (jue j'ai été néulii^cnt à [)ublier l'arrêté (le Fouché, par leijuel il est ordonné' d'abatti'e les croix et les signes religieux (4). Mais quoiqu'il en soit, le résultat de l'enquête

(l Noii.> a nviMis pas retrouvé cette [)étiti(m.

(2^ Par décret de la Convention du 30 sejtt. ITJ} : " La Convention Nationale, sur la demande île |,i société populaire de Cliàteau-Chinon, convertie en motion par un membre, décrète que la ville de Chàteau-Ctiinon portera à l'avenir le nom de Chinonla-Montai,Mie. »

(•"i Nous n'avons {)as retr(»uvé ce procés-verhal.

(4) Cet arrêté lut pris le 10 octobre 1793. « Au nom du peuple fran(;ais. le représentant du [leuple piès les det>artements du centre et de l'ouest, considérant que le peuple français ne peut reconnaître d'autres si^Mies [>iivilé«riés que ceux de In loi, île la justice et de la liberté, d'autre culte que celui ilc la morale universelle, ilautre dogme que celui d»^ sa souveraineté et de sa toute puissance; considérant cpie si, a\i moment où la Hei»ublique vient de déclarer solennellement quelle accorde une protection égale à l'exercice ilu culte de toutes les religions, il était i)ermis à tous les sectaires d'établir sur les places publiques, sur les routes et dans les rues, les enseignes de leurs sectes particulières, d'y célébrer leurs cérémonies religieuses, il s'ensuivrait de la confusion et du désordre dans la ville, arrête ce qui suit :

Article l*^''. Tous les culles des diverses religions ne pourront être exercés que dans leurs temples rt^sjieetil's.

Art II. La republique ne reconnaissant point de culte dominant ou privilégié, toutes

(f LIVRE DE COMPTE »

faite par le comité de surveillance de Chinon-la-Montagne fut apporté au comité de iNevers par le même liomme de (ilux, et aussitôt que les membres en eurent connaissance, mon élargissement fut prononcé. Aussitôt mon commissionnaire vint nous annoncer cette bonne nouvelle à la prison. Nous l'embrassâmes tendrement, lui payâmes quelques bouteilles de vin, et nous attendîmes tranquillement à table le moment de notre délivrance. Mais comme c'était ordinairement le soir, dans la nuit, qu'on levait les écrous, le membre du comité qui devait lever celui de mon marguiller et le mien n'arriva qu'à 7 h. 1/2. Notre écrou levé, le même membre nous conduisit à la société populaiie pour y exprimer de vive voix, il y a apparence, les sentiments contenus dans ma pétition*; mais, comme ma pétition y avait Jeté lue un moment avant que j'y entrasse, Ton ne me deiuanda rien, ni

moi non plus.

Le lendemain, j'obtins l'extrait du procès-verbal de mon élargissement, et nous partîmes pour Glux, le suilendenuiin, en criant souvent dans la route : vive la liberté.

Du mois de janvier I79i. Pendant tout le temps de ma détention je com[)te avoir dépensé (juelque chose de plus de cent écus. Mais admettons que je n'ai dépensé (jne 300 livres. Quelques jours après j'ai acheté 21 boisseaux de blé, qui reviennent à 110 livres.

J'ai payé au percepteur des tailles 227 I.... 12 s.*.

les enseignes religieuses qui se trouvent sur les routes, sur les places et généralement dans tous les lieux publics seront anéanties.

Art. III. Il est défendu, sons })eine de réclusion, à tous les ministres, de paraître ailleurs que dans leurs temples avec leurs costumes.

Art. IV. Dans cbaque municipalité, tous les citoyens morts, de quelque secte qu'ils soient, .seront conduits, 24 beures après le décès, et 48 heures en cas de mort subite, au lien désigné pour la sépulture commune, couverts dnu voile funèbre, sur lequel sera peint le Sonuneil, accompagnés d'un oUicier public, entourés de leurs amis revêtus de deuil et d'un détachement de leurs frères d'armes.

Arl. V. Le lieu commun où leurs cendres reposeront sera isolé de toute habitation planté darbres, sous l'ombre desquels s'élèvera \uie statue représentant le Sommeil. Tous les autres signes seront détruits.

Art. VIII. Ou lira sur la porte de ce champ, consacré pai- un respect religieux aux uiàncs des morts, cette inscription : La mort est un sonuneil étf^rnel.

Art. IX. Le présent arrêté sera imprimé, lu, publié et atliché dans toute l'étendue du département, adressé a tous les conseils généraux des communes et aux curés qui seront responsables du défaut d'exécution. »

\'. Aulaid. Ia'CuJIc de // Raison et Je ntl/e de l'Elre suprême, eh. 111. p. 27-2'J.

■"^P-WIM^

ABItK f.l.MZi:

Nous compterons l(^ loni[)s doi-énavanl «;olon lo calondrior ropiihlicain.

IMiiv iùs(».

l*our If liln'ia tlii «lovrii, ini rocu 2 L... .'i s. *.

On mois (If juin ITlJo.

.le puis (lire a\t'c l'auteur des vers suivant-;, ('om()osés vers la lin de I7î>i (luejai rc(;us seen'temenl dune peisouiu' inconnue*.

h iiii Immu jour j«' crois \(tir r.iinon' :

si mon t'S|Miir cl mes >(tu|tii s

!H' iiif rt'(iL»m|trnl |i,is ciicure,

I "i.i;:»' ;i l'ail place aux /t'-phiis.

l/oii n'ciilciid |>lii> les nraiitU hiiiiicncs

dont nous clions si désolés,

les assassins, les Uohcspicnes

ont été' pn-, daii>^ leurs lilcis. his.

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