I.a paix cliLMclic iiii a-ile en l''iaiicc
ol la religion la suil.
l/ericnr se reliie en silence
d{'<> Fiançais (ju'ellc avait séduits.
nienlùt la vertu révérée
cessera île \er>M'i' des plcur^.
La loi, la ju>tice ('jinrcc
dissipe ses j)erséculeui s... etc.
II m'e<l p(Minis enfin de continuer mon livre de coin[)le *. I^nliu l'ou [)eut -e parler et se voii*: l'on [)eut s'écrire sans craindre drtre déiuHK'é'. ari'èté et mis inhumainement à mort sans d'autre sujet que d'avoir proler<' um^ seule parole en laveur de la reliliion ou des juiis^ances (|ui nous avaient justju'ici i;ouvei'n('s ou les principes mème-^ et les usages reclus jusqu'ici *.
J'ai vu nn^ttre au cachot, étant eu aireslation à iNevers, un homme pour avoir dit : le gros poisson mangera toujours le petit, et je l'ai laiss»' au cachot*.
A l*rémery sept hommes l'ureiil arièt('s et conduits avec moi en prison pour avoir forcé leur curé à leur dire vè[)res le jour de la Toussaint.
l n pauvrejournaliei'n resti' huit mois (ui prison [»ouravoir tenu ce propos*: l'on fait cepend.inl mourir hiendu monde innocemment
(( LIVHR DI-: COMPTE »
.l'ai été dénoncé moi-même au club de Massiacii] conjointement avec les autres priMres d'Auriac (2), par le robespierriste Hoddi(M' (3), notaire d'Auriac, sans d'autre -ujet que parce que son IVère le cui-é <uiti-ait en partage avec lui dans les biens de son père *. Sa dénonciation ne fut pa^ heureusemiuit reçue o\ n eut aucunes suite, ne potivanl la prouver *.
Chez le mè.ne Uoddier le lo août dernier 17!U, je fus le j.lus indignement traité, menacé de mVnvoyer les cjivaliers et de m'emprisouner pour avoir dit à son gemlre Allouis de iîrioiide (jue je n'avais point abjuré mon état, que toute abjuration répugnait à mon cu'ur. et (jUC j'avais cessé seulement uu's fonctions parce
(jue j V avais ét(' forcé *.
Lorsfjue je fus livré à l'arméi^ révolutionnaire à Ghàleau-Chinon par les cavaliers qui m'étaient venus chercher à ma cure, je parlais honnêtement à ces scélérats par h^ terme de Monsieur. .< Monsieur est mon chien », me dil Tun d'eux. « Ou'on conduise ee b.siu boug.. de Monsieur au corps de garde », dil un autre ; et aussitôt les deux fusiliers qui gardaient la porte de raubergisle Mîilcoill'e où j'étais déposé me prirent et me conduisireul au corps
de garde.
J'aurais bien du plaisir de mettre par écrit et de relire un jour à mes petits neveux toutes les Irisles anecdotes dont j'ai été le sujet ou le témoin dans le cours de l'année dernière, mais je ne Unirais point et dailbuirs mon intention n'a été d'abord que de faire de ce registre un livre de compte. Je suis cependant forcé d'y ra|)porter bien d'autres faits (|ui n'ont qu'un rapport indirect à mon gain et dépense *.
De retour de ma détention de Nevers, je passai près de trois mois à (îlux, dans ma cure, ne voyant presijue personne, et n'en sortant (lu'à la grande nécessité. Il y avait des hosties consacrées dans le tabernacle qui m'inquiétaient beaucoup. Sans rien dire à personne, je me levai un jour, une heure avant jour, et je fus les consumer,' si fort l'on m'avait menacé de ne plus faire aucune fonction *. Ahl (|ue j'ai de regret de ne pas avoir enfoui, à cette
(1. Massiac (Cantal , cli.-l. de cant., ar. Saint-Flour. (2^, Auriac (Cantal), oh.-l. de corn., cant. Massiac, ar. Saint-KIour. :\ Antoine Hoddier. ancien notaire royal.
If
ABBÉ r.î,\îzr:
époque, los vusos sacrés; mais la terreur était si iirande et si générale qu'elle ne m'en laissa même pas l'idée, et je complais encore pour beaucoup (juc de m'ètre exposé à les relouclier avec respecl. Les choses les plus sacrées étaient souillées et foulées aux pieds dans presque joules les parlies de la France. J'ai vu un homme reveuaul d'un encan s'habillei" en prêtre, allanl dire la messe, et proféra ni les plus horribles blasphèmes contie le Saint Sacrilice. Mais j'eus îuissi la consolation de renlendie nn'priser par presque tout le monde qui en avait élé les lémoins, on qui l'enlendail racontei* *. L'on buvail dans les calices, l'on brisait les vases sacrés. Ton décbirait les ornements d'église, l'on en abattait le- murs, l'on rn brùlnil les statues et les plus belles doiures et tal)leanx (ju'il soit j)Ossible de voir, avec un«' telle frénésie contre la religion, (|uil n'y a ([ue la puissance de Dieu (jui ait pu la faire révérer *. Je n'en ai. je puis le dire, jr n'en ai jamais perdu l'espérance, et j<' crois que c'est ce senlimenl (pii m'a conservé la vio pendant le règne des tvrans.
< Dans col inl(>rvalle. il me fui remboursé, d'aj)i'ès une pétition i26 l. de l;i taille (jue j'avais payée pour \1\)'2 (jui montait à 227 !.. comuic on pcul le voir [)lus liant, et poui' laijuelle le [)elil (iarde, p<^tit en toute façon, m'avait fait des frais dans le temps de ma détention. >
Je restais toujouis dans ma cure el je ne sais qu(dle lueur d'espérance m'y soutenait contre tout ce que me disait bien du monde cm défaveur du retour de la religion. Cette espérance en effet s'alïaibli^sail tous les jours, J(^ ne ri^nconti'ais jamais le maire (jui ne me dit (|ue je m'exposais encore ime fois d'être arrêté, en demeurant au milieu de ma [lai'oisse *. Je fus enhn forcé de l'abandonner, à l'exemple dt» tous les antres curés; mais j'y mis tant de lenteur ([u un représentant, étant à (ihàleau-Cbinon, me lit signifier, par uji cavalier, un ai'rêté (1) qu'il v(Miait de prendre,
r Voiri rot arrrté : « Du 24 ventôse l'an II de ta Ht|iiibliqiip fianraiso une et in«livisil)l(', le représentant du iieni)le qui s'est rendu compte |>;u' laduiinistralion du district de Chinoa-la-.Montfi<,Mie des pro^^rès de l'esprit itiil)lic dans ce district et qui s'est fait donner l'indication des moyens piopres à maintenir le ti iomphe de la raison dans les communes où le fanatisme a été terrasse* et à empôclierque la superstition ne continiif .i égarer les citoyens dans les communes encore fanatisées par la présence ilu prtrc l'oiirhe el incivique, consi.léraiil que l.i tianquillité publique
portant (jue, dans cinq jours, je me retirais de ma commune, et irais établir mon domicile, ou au chef-lieu du district, ou dans
peut être exposée dans les communes où il ne se trouve plus de prêtres exerçant leur métier et qui ont le spectacle d'autres conununes où des ecclésiastiques continuent l'exercice public de leurs cérémonies, que, dans les conununes. il se lait des rassemblements dang-ereux et même préjudiciables aux travaux de l'agriculture par la nmltiplicité des l'êtes dont l'usage se perpétue et par le déplacement de quelques citoyens égarés, faisant f|uelquetois un ti'ajet de quatre lieues jxmr se rendre vers im prêtre qui offre le spectacle de la dégradation de l'esprit public lorsque des bommes trompés et avilis ont la faiblesse de se mettre à genoux à ses pieds, arrête :
Art. I. Roux qui exerçait le métier de prêtre dans la commune de Chinon-la- Montagne, llenard dans celle de Cliatin, Pbilippon dans celle de Dommartin, Thibault dans celle de Sainl-Léger, Barillot dans celle d'Arleuf, Glaize dans celle de (ilux, Cottin dans la conmmne d'Ouroux, Dessauz^ dans celle de Planchez, Laizon dans la commune de Montsauche, Iloudaille dans celle de Saint-Brisson, Meugien dans celle de Saint-Agnan, Crepey dans celle d'Aligny, Javin dans celle de Montreuillon, Clémandot dans la commune de Blines, Clémandot dans celle de Montigny, rilopitau dans celle d'Annay, Piffault ilans celle de Marré. Martin dans celle de Saint- Vérens, Raux dans celle d'Ougny,Bourlet dans la comnumede Chougny seront tenus de (piitter respectivement les comnmnes qui viennent d'être nommées, de se retirer dans les cinq jours qui suivront celui de la notification du présent arrêté dans la comumne de Chinon-la-Montagne, chef-lieu du district où ils établiront leur domicile sous la surveillance des autorités constituées.
Art. 11. Ceux d'entre eux qui désireraient se retirer dans leur famille pourront le faire sous la condition de le déclarer à l'administration de district avant l'expiration du délai qui vient d'être fixé et pourvu que le nouveau domicile qu'ils se choisiront soit éloigné au moins de six lieues de la commune où ils exerçaient leur métier.
Art. m. Quelque domicile qu'ils se choisissent d'après l'autorisation qui leur esl donné cy dessus, les cy devant prêtres devront donner l'avertissement de leur arrivée dans le lieu de leur nouvelle résidence à la municipalité et au comité de surveillance à qui ils communiqueront l'extrait qui leur aura été remis du présent arrêté. Il sera ouvert sur le champ à la municipalité un registre où chacun d'eux ii'a chaque jour écrire son nom.
Ail. \W. Ceux des prêtres dénommés de l'article premier qui auront actuellement quitté le district de Chinon-la-Montagne ne pourront y rentrer que sous la coiulition de s'assujêtir aux dispositions prescrites dans Tarticle 1«'', 2, 3 et 4.
Art. V. Ceux d'entre eux qui se permettraient de refuser où de diflerer l'obéis-sance au présent arrêté sont par cela même déclarés suspects et comme tels seront amenés dans la maison d'arrêt du chef-lieu du district où ils resteront gardés jusqu'à la paix.
Art. VI. Morey, prêtre desservant à Corancy, Cuny, desservant à Gien, Grimod, desservant à .Moux, Gerrier à Dun-sur-Graudry qui avaient remis leurs lettres de prêtrise et semblé renoncer à leur métier dont ils ojil depuis repris l'exercice sont déclarés suspects et comme tels seront arrêtés et conduits dans la maison d'arrêt de Chinon-la-Montagne, chef-lieu du district pour y être déteiuis jusqu'à la paix (Ui jusque aux mesures ultérieures «jui pourraient être ordonnées par la Convention Natiou.ile ou adoptées par un ou plusieurs représentants du peuple en mission.
.\rt. VII. Nicot, prêti-e desservant à Goulou.x et Gagnereau, desservant à Chaumard
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AHBÉ GLAIZE
ma famille, ou à ciiKi lieues de ma paroisse. Cet arrêté est parmi mes papiers *.
Le jour que cet arrêté me lut siguitié, je faisais un encan de tous mes meubles, ayant fait [jartir cin([ jours auparavant pour Luzy (I) ce que j'ai conduit ici *. La visite de ce cavalier me tit si fort pâlir que tout le monde de Tencan s'en aper(:ut et parurent me témoigner de la pitié *. Cependant, un moment après, ils ne laissèrent pas <[ue de me donner bien du chagrin *. J'allais mettre à l'enchère une de mes soutanes, je la tenais à peine entre les mains que quatre à cinq scélérats s'y jettent dessus, la saisissent, et la déchirèrent en mille pièces, en criant «jue tout ce qui porte le sig:ne du fanatisme doit être foulé aux pieds *. J'étais muet, mais je ne pus faire autremonl que de soupirer vers Dieu.
La vente de mes meubles se passa d'ailleurs assez paisiblement, car le cavalier y resta jusqu'au soir cl y mainliut le bon ordre.
J'y vendis deux vaches, une velle «le deux ans, et deux veaux d'un an, 840 livres. Le reste, avec ce que j'avais dans mon portetVuille, me lit une somme de l,9r;() livres en assignats, car, dans le temps de ma détention, l'on m'avait eulevé une cinquantaine d'écus en argent, dont deux louis en or *.
Depuis mon retour de ma détonlion, j'avais plusieurs fois sollicité un certificat de civisme auprès de l'administration; je répétai mes sollicitations après avoir tout vendu; mais, quoique j'en eus un, bien en forme, de la niunicipalilé de (ilux, l'administration ne voulut jamais me le viser*. Tout ce que je pus en obtenir fut un passeport pour m'en revenir en Auvergne. 11 fallut m'en con-
soupçonnés lun et laiitre de pervertir l'esprit puljlic dans leurs communes et dans les communes environnantes et qui sont par là une occasion de rassemblements dangereux sont pareillement déclarés suspects et seront traduits ;i Nevers dans la maison d'arrêt poiii' y attendre les dispositions ultérieures qui seront prises à leur égard ou du moins y rester gardés jusqu'à la paix.
Art. Vlll. L'agent national du district de Cliinon-la-Montagne est chargé de prendre toutes les mesures nécessaires pour l'exécution du présent arrêté et de donner à cet etïet toutes les réquisitions nécessaires, lien transmettra une exjiedition au Comité de Sûreté générale de la Convention ain^i qu'une copie des notes de l'administration du district de Chinon-la-Muntagne qui ont préparé les mesures qui viennent d'être adoptées : Fait à Chinon-la-Moutagne. le 24 ventùse lan 2 de la Hépuhli(iue française une et indivisible, par le représentant du peupb^ J. A. Letiot. Aug. Touet, agent nat. du représentant du peuple. » L. 2, Arch. dép. Nièvre. Administration district Château Chinon, fol. 141-142.
(i) Luzy (Nièvre, ar. Chàteau-Chinon. rh.-I. de canf.
tenter, et entreprendre ainsi un voyage dans un temps oii les prêtres étaient fouillés, insultés, dénoncés, arrêtés et incarcérés pour le moindre signe de religion, et souvent seulement parce qu'ils étaient prêtres. Haï et abhorré comme prêtre, je pris le parti de me déguiser le plus qu'il me fut possible. Je fis faire à ma servante un sac de campagnard, elle me le sortit secrètement jusqu'à un quart de lieue de Glux; je me sauvai tout déguisé, pour ainsi dire comme un voleur, en fondant en larmes. Je vas rejoindre ma servante, et, là, je puis le dire sans craindre d'offenser la pudeur, ni de blesser ma vertu, je l'embrassai noyé dans mes larmes, en la remerciant de m'avoir conservé, dans ma détention, tout ce que j'avais, car elle avait caché jusqu'aux matelas dans les pailles *. J'endosse mon sac, et me mis en route pour Luzy par un chemin où je ne dus rencontrer personne qui put me connaître *. J'avais cinq lieues à faire pour me rendre à Luzy, et de là 50 pour me rendre à Chazelles (i).
Que je craignais et que j'avais des raisons pour craindre d'être arrêté * î
Mon retour en Auvergne.
A Luzy, je pris un voiturier, auquel je donnai 50 livres et le défrayai de toutes dépenses, pour conduire mes ballots qui pesaient huit cents jusqu'à Moulins en Bourbonnais. Entre Luzy et Bourbon-Lancy (2), je trouvai un commissaire de la société populaire d'Aulun, (jui allait à i^ourbon-Lancy pour mettre en arrestation huit nobles de cette ville. Je m'éloignais de toute société, mais il me força, chemin-faisant, de lier conversation avec lui. J'étais d'ailleurs curieux de savoir ce qui s'était passé, ces jours deiniers, à Aulun. Il me dit que l'on y avait arrêté hier l'abbé Goutte (3), évêque constitutionnel, (que je connaissais particulièrement et
{\) Chazelles, village de la com. d'Anriac, cant. de Massiac ''Cantal).
(2) Hourbon-Lancy (Saône-et-Loire), ar. Charolles, rh.-l. de cant.
'3) Gouttes Jean Louis), né à Tulle, le 21 déc. 1*39. d'abord soldai, puis prêtre. En nS9, curé d'Argelliers en Languedoc, député aux États-Généraux du clergé de la sénéchaussée de Béziers, prêta serment à la Constitution Civile du clergé; élu évêque de Saone-ot-Loire le 15 févri'^i- 1790. il fornsa (r.ibdi([u.'r eu n9;{ ; arrêté le T janvit'i- 1791 et envoyé à l^aris, il fut enferme à la Conciergerie le 10 mars 1794. jugé le 26 mars et condamné et exécuté sans délai.
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ABBÉ r.LÂlZEl
qui a été guillotiné quelque temps iiprès) *. « Nous venons, me dit-il, de contlamner huit prêtres à la dépoi'lation. Je erois qu'ils n'iront pas loin, les poissons en vonl hienlnt l'aire un goullon », me dit-il en vomissant les plus grandes horreurs contre les prêtres et contre la religion *. 11 me raconta encore que le curé de la Grande-Verrière ^l) (mou voisin el mon intime ami) venait crèti-e conduit en prison à Aiilun, et sou arrestation l'avait fait devenir fou *. On l'avait pris jui lil el conduit nu eu prison. Ma situation était triste, mais j'étais bien déguisé et contrefaisais l)i(Mi mon langage en v nuMaul à cluuiue [)arole uu mot d'Auvergne. H me deuuinda (luelle était nui condition. Je lui ré[)ondis que je travaillais sui' la rivière de llottage, que j'étais veuf sans enfants et que je me retirais tlans ma [)atrie. H me demanda mon passe-poi't et y trouva une nullité : il ne pailail point de ma condition *. Je lui répondis que les officiers munici[)au\ des campagnes n'eu savaient pas davantage, et (jue, ne sachant pas lii-e moi-môme, je l'avais reçu tel qu'ils me l'avaient donné.
Nous arrivâmes ensemble à Hourbon-Lancv. II m'avait (h'jà prévenu que ma voiture serait arrêtée, |)arce (|ue je n'avais pas eu soin de me munii' d'un certilicat de ce (jue contenaient mes ballots. Dans cette crainte je devançai mon voituritu-, j'oIVris une bouteille de vin à mon commissaire eu arrivant à IJourbon, et il me promet ([u'en cas ijue ma voiture soit arrêtée, il me la fera bien passeï' '. Je ne fus pas entré à l'auberge (]ue mou voituriei" vint me dire (jue le sentinelle lui demandait à visiter la voituie *. Mon commissaire, plein de bonne volonté pour moi, y court, et ce ne fût qu'un mot pour laisser passer mon voiturier *. Nous bûmes notre bouteille, je le remerciai bien de ses bontés et je le (juittai, après avoir été témoin de l'arrestation de deux nobles ([ui tremblaient devant un tissera ml dAutun *.
A Moulins, en Bourbonnais, je déposai mes elfets au bureau de la Messagerie, je les lis inscrire, je traversai la ville, mon sac sur le dos, sans être connu ni arrêté de personne et, ne séjournant jamais dans les grandes villes, je fus coucher à deux lieues plus haut *.
Je passai Ganat (2), sous le nom d'un valet de voiturier. In
(1) La Gi-ande-Verrière (Sa(jne-et-Loire\ ar. Autiin. rant. Saint-Léger. 2 Ganiiat Allior . ch.-L tlar.
moment auparavant j'avais rencontré un voiturier qui conduisait deux charrettes, chargées de tonneaux vuides *. Kn entrant dans la ville, il me pria de guider son second cheval en le tenant par le mors, ce que je fis avec bien du plaisir. Le sentinelle visita les tonneaux en les frappant à coups de crosse de fusil, mais il ne me dit rien à moi *.
A Issoire (I), je fus arrêté par un jeune homme qui montait la garde sur le pont, car, dans ce temps là, on la montait presque pai'tout. ïl me demanda mon passe-poi't et je le lui donnai bien vite, lui signifiant (juc j'étais bien pressé *. ïl ne savait pas lire et le porta à la boutique d'un maréchal, le présenta au maître qui ne savait pas mieux le faire que lui. Je pressai pour continuer ma route, il le lui remit en lui disant que c'était excellent. Je me conduisis ainsi jusqu'à un quart de lieue de Saint-Germain (2), oii je rencontrai deux cavaliers de maréchaussée ou gendarmes, comme on les appelle aujourd'hui, qui revenaient de leur tournée. Os cavaliers me prirent pour un déserteur de l'armée du Nord, me dirent d'arrêter *, (toutes les lancettes du monde ne m'auraient pas fait couler une goutte de sang) et sans descendre de cheval : « D'où viens-tu, me dit l'un d'eux. —Je viens de la Bourgogne, lui r(''pondis-j(^ — Que faisais-tu dans ce pays? me répliqua-t-il. — Je travaillais sur le bois de llottage, lui répondis-je. — Tu m'as bien l'aii* de venir de l'armée, continua-l-il. — Oh ! non pas, chitoyen >-, lui répliquai-je en continuant mon chemin et me courbant sous mon sac *.
J'arrivai à Ghazelles, le 2 germinal 2" année (3), et mes effets arrivèrent trois semaines après *. Ils me coûtèrent de Moulins à Massiac 120 livres, de Luzy à Moulins TU) livies: ma dépense ou pour le voituriei- fut de iTi livres *. Total 2io livres.
La persécution me suivit en Auvergne comme en Bourgogne *. Le 3 tloréal, c'est-à-dire un mois après mon arrivée à Chazelles, un arrêté du représentant Bo (4) me fut signifié par lequel, dans
(1 Issoire (Piiy-<le-l)ùtne\ ch.-L ifar.
(2) Saint-Germain-Lambron ^Puy-de-Dôme:, ar. Issoire, ch.-L de canton. (3^ 22 mars 1794.
f/f 0\. arrt'té est du li Germinal au II : Le représentant du peuple « Considérant que le fanatisme roustilutiounol dirigé dans ses fondions sacerdotales par les
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24 heures, il fallait me trouver au chef-lieu <lu ilislriol ou «*lre regardé et liai té comme suspect, c'est-à-dire emprisonné *. Je me rendis à Sainl-Floui" le lendemain. .le me présenlai au distiict où Ton me signilia que j'avais la ville pour prison, et (pie je devais me rendre à l'appel tous les jours à onze heures.
Je m'y soumis et par force, mais je fus exempt de l'appel el voici comment : je me trouvai au bureau des hiens nationaux pour une commission, lorsque le chef de ce bureau, Hardol (1), se plaignit au substitut de l'agent national du manquement de commis, qu'il ne pouvait {)as sulfire à l'ouvrage \ Je me proposai. Ton me donna de l'ouvrage, il plut au substitut de l'agent national, et il me pria de revenir tous les jours me faisant espérer une récompense ([ui est à venir *.
Je n'avais point de certilical dr civisme vi il en fallait absolument un *. Je priai un commis (jui était un de mes amis, Courtilh\ de m'en faire un, espérant de le faire signei' à la municipalité d'Auriac*. Il m'en fit un, sous une forme (ju'on peut appelei* une selle à tous chevaux, et c'est ce qui me fallait, car un vrai diplôme expi'ès pour moi n'aurait [)as [)assé *. .Te l'envoyai sous envelo[)pe à Auriac. On me le lenvoya de même. Je pris le parti d'abandonner ma prison et d'aller à Auriac moi-même. J(» i'(q)résentai aux olliciers municipaux que l'on me donnait une place de
mêmes principes libi-rticides que le ci-devant clcr^'t'- rrlrac taire ne cesse ilégarer le peuple sur ses devoirs, sur le vt'-ritable esprit de philosoptiic ((ui déchire le voile de l'imposture qui le porte à des mouvements séditieux sous le prétexte de défendre une religion déi,'radée par le sacerdoce, qu'il fait couler le sang de l'homme faible et crédule en le plaçant par la révolte sous le glaive im[)assible de la loi; considérant qu'il est urgent d'éloigner l'idole d'un peuple qui n'a pas encore la force de le briser avec courage et de prévenir non seulement tout retour, mais encore toutes dispositions à des mouvements contre-révolutionnaires arrête :
Tous les soi-disant prêtres salariés ou pensionnés par la l'épublique qu'ils aient abdiqué ou non leurs fonctions se rendront au chef-lieu de leurs districts respectifs. Sont exceptes les ex-prêtres mariés ou portés par la confiance publique aux fonctions administratives et judiciaires. Ceux-ci feront constat'-r chaque jour leur résidence par l'administration du district. » Arch. dép. du Cantal, L 2S. fol. .".4.
1 Bardol Jean-Baptiste), né en 1730 ou 17.'il, (ils d'un marchand de Sainl-Klour ; commis au district de Saint-Flour, puis attaché en 171)2 au 4* bureau de cette administration Biens et domaines nationaux. Liquidations et rachats. Traitement des fonctionnaires publics. Administratiim des Biens des Kmigrésj. chef du bureau des émigrés en germinal an H il avait pris le prénom de Romarin;, i)ercepteur des contributions en l'an IV. employé à la sous-préfecture de Saint-Flour ou l'an XII, mort le 2o janvier 1818 (.Note couuiuuiiquée par .M. Bélard .
commis au district, mais je ne pouvais pas l'occuper sans certificat de civisme *. Ils se laissèrent enfin gagner sur les représentations du citoyen Vigouroux de la Croze (i). Je le portai à Saint-Flour, et il fut visé sans dithculté au district.
Les subsistances devinrent extrêmement rares à Saint-Flour et surtout le pain * (2). Le citoyen Kongier, ancien prieur de Lorlanges (3), me donnait un lit et une chambre chez lui. Comme acquéreur de la Horie Grande (4), il avait resté quelques jours à Chazelles et il avait laissé six (juartons de farine au moulin. Me vovant réduit à une demi-livre de pain à Saint-Flour, je demandai au citoyen Rongier la farine qu'il avait à Chazelles. Il m'en céda trois (juartons pour le prix qu'elle lui coûtait, moyennant que je ferais venir les six quartons qu'il y avait *. J'écrivis à Escaloing, mon beau-frère, je le priai de m'apporter cette farine en le prévenant que j'étais réduit h une demi-livre de pain par jour *. .le fus bien surpris de la réponse qu'il me fit que son cheval ne se déferrerait pas pour m'apporter de la farine. Je connus dès lors combien il m'était peu attaché et formai le dessein de demander mes droits, mais j'étais encore sous le règne de la tyrannie et il convenait de garder le silence *. C'est ce que je fis en endurant patiemment ma détention et en empruntant du pain comme je pouvais. La Ferlut me fut d'un grand secours.
L'arrêté qui me détenait à Saint-Flour regardait tous les prêtres, il fut levé les premiers jours de messidor, sous condition que nous donnerions l'exemple de travailler la terre, surtout les ci-devant
(1) Vigouroux (Louis), avocat au parlement de la Croze en 1773. — La Croze, village de la corn. d'Auriac.
(2) Le Cantal manquait de grains depuis 1793. En 1794, le 14 germinal, 15,000 quintaux de grains sont requis dans la Haute-Loire pour le Cantal, qui ne produit que les 2/3 des grains nécessaires à sa consommation. Arch. dép. Cantal. Registres Délib. du Directoire ilu dép. L 28, f. :iO. vo. — Le 26-28 prairial ,1794) une députation de la Société populaire de Saint-Flour présente au Directoire du département « l'état allreux de misère de cette commune ». Le Directoire décide d'inviter le district de Mauriac à céder à titre de prêt une certaine quantité de grains au district de Saint- Flour. Les députés de la Société se rendront à Mauriac pour y exposer leur demande. Arch. dép. Cantal, id. fol. 116 vo. Le 12 thermidor (1794), « la récolte étant très retardée et très médiocre dans le Cantal >> le Directoire du département charge les citoyens Pierre Aymar et Barthélémy Valet, négociants d'Aurillac. d'acheter pour 300.000 fr. de grains ». Arch. dép. Cantal, id. fol. 318 v».
[S Lorlanges, ch.-l. de com., cant. de Blesle, ar. Brioude (Haute-Loire). (4) La Borie Grande, ferme de la com. d'Auriac.
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AlUŒ GLAIZK
dimanches et fêtes *. Je sollieiiai auprès du district mon traitement (le commis; n'en pouvant rien obtenir, je m'en retournai à Chazelles où je moissonnai et lis toutt^s sortes d'ouvrages d'aii;riculture. (]ette détention de doux mois me conta IGI) livres, environ un mois après mon retour de Saint-Flour, les principaux auteurs de la persécution, Robespierre, (iOutbon, Saint-Just fui'ent détruits (1); et dès lors le sort des prêtres chang(>a entièrement de l'ace *. Le 2 des sans-culottides, un décret (2) ordonna de payer les pensions des ecclésiasli([ues. Le plaisir de quitter le récit de la persécution mo faisait oublier plusieurs alVaires très nécessaires au compte (jue je veux me rendre *.
< Dans l'intervalle, depuis le 15 germinal 2'" année jusques au l*^"" fructidor suivant, j'ai fait les ac(juisilions ci-après :
Acheté de Bernus d'Aulhiac \'.h, 22 moutons à 30 I.
20 revendus queUjues jours après 30 l. 10 s., profit 40 I.
Plus un rébus vendu 20 1.
Acheté de Jean Glv de la Bastide, 5 moutons 20 1.
Revendus 10 mois après 66 I. Je suppose que la laine les a hivernes; profit 18.0 1.
De Hoberl ('harvesse (4) j'ai aclieté 3 jeunes brebis que je n"ai i»oint encore revendues, à lo I.; total 45 1.
(1) Le 10 thermi<lor-29 juillet.
(2) Décret du IS sept. 179 i (9 articles). « I.a Convention après avoir cnlendu le rapport du Comité des tinances arrête :
Art. I•^^ La République française ne paie plus les frais, ni les salaires d'aucun culte.
.Vrt. II. Les dispositions du décret du 2 frimaire dernier qui accorde un secours annuel au.v: ci-devant ministres des cultes qui ont abdiqué ou abdiqueront leurs fonctions, sont cumumues aux ci-dtîvant ministres (jui ont continué leurs fonctions ou qui les ont abandonnées sans avoir abdiqué leur étal... •>
Le décret du 2 frimaire an II — 22 nov. 179,'{ .'tait le suivant : ^ La Convention Nationale après avoir entendu le rapport de ses conutés des finances et de léj:islation décrète ce qui suit :
Art. I'^"'. Les évèques, curés et vicaires qui ont abdiqué ou qui abdiquerout leur état et fonctions de prêtrise, recevront de la République, par forme de secours annuel, savoir : ceux qui sont actuellement d'un A'^e au-dessus de "JO ans, la somme de 800 livres, ceux de .'iO ans accomplis jusqu'à 70 ans accomjdis, celle de 1,000 livres, et ceux de ce dernier âge, la somme de 1,200 livres.
Art. IL Les secours mentionnés en l'article ci-dessus ur seront pa-; susceptibles d'accroissement en passant d'un des trois âges déternnnés a l'autn- ; ils seront payables à l'échéance de cha(iue semestre par le receveur du district du d(»micile de chaque individu qui sera tenu de justifier de ses certificats de résidence, de nonémigration, de payement des conti'ibutions et de civisme... »
(3) Lire Anliac. hameau de la ctmi. de Lauri«', cant. de Massiac Cantal).
(,4) Beau-frère de l'abbe.
« LIVHE UF-: COMPTE » ^1
Acheté à Massiac 7 ;i-ii.-au\ d'Aurillac à 2C. I. 10 s., rormeul la somme de 18") 1. 10 s.: que j'ai encore.
Plus le bélier de La Bastide f'I) 30 1. sur lequel j'ai i)erdu 10 !.. >•■ trouvant
^'àté.
Plus à Blesle (21, j'ai acheté a a^^neaux d'Aurillac 24 1. 10 s. Je les ai ; ils
montent 122 l. 10 s.
Le même jour à la foire de .^aint-Pierre de Blesle. j'ai acheté 48 livres de laine de ma sœui' Tailaire à :i3 1. qui font la somme de 128 1. 10 s. que j'ai en partie employée. A la même foire j'achetai 110 livres de laine de mon beau-frère de Gressol a 53 s., forment 313 1. 7 s.
Ces 110 livres de laine, à la seconde foire de Sainl-Pierie-Auliens, elle me fut enlevée à la taxe pour 23 sous la livre par les ordres du scélérat et lobespierrisle V'igière, ivrogne de prrd'ession. Mn perte est de 167 1.
Le l^"" thermidor, j'achetai de Dupré de Monchamps les trois portions de pré de l'enclos de Monsieur (3), moyennant un bénéfice de 430 L, les(iuelles trois portions de pré montent ensemble a la somme de 3.820 L, plus les frais d'enregistrement de la l"' acquisition par Dujtré montent à cent cin- ([uanfe une livres, ci t.»l 1.
Y compris les 30 1. 13 s. pour frais dafiiches, criée, expédition, etc.
Pour b's frais d'enregistrement de ma suludgation 121 1.
Au notaire qui a passé la subrogali(m H) 1.
Le premier dixième des 3 portions monte 382 1.
Le second dixième (4l monte y compris les revenus :
Pour le dédommagement de 1704, donné à Antoine Gontier 31 1.
Pour le dédommagement de 179"), donné- au même 30 L
J'ai payé, en difTérentes époques, toutes ces sommes qui forment un total de
Plus François Delaurier, ayant affermé le foin et le regain pour le montant du troisième dixième, vient de le payei' et il monte pour les trois portions -^-^^ '• ^
Je passjii rété et Faulomne de 179i dans mu maison paternelle à (Uia/elles(rî), menant le geni'ede vie le plus triste que Ton puisse voir. Je couchais sous une voûte qui n'avait d'autre jour que par une petite fenêtre à peine d'un pied en carré où la poussière pourri La Bastide, village de la com. d'Auriac. (2 Blesle Haute-Loire;, ch.-l. de cant., ar. Brioude.
(3) Enclos qui confine la route qui va d'Auriac à Chazelles, à 100 mètres de Chazelles,
(4 Cet article a été payé avec la totalité du principal, montant à 3,899 I. dont j'ni reçu quittances finales le 10 vendémiaire, 4^ année (note de C laize).
.') Cette maison existe eneore; elle est occupée actuellement parla maison d'école mixt(; de Cliaz(dles. On montre encore la petite fenêtre de la vmite où couchait l'abbé.
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AHPK r, LAIZE
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rissait tout mon lino-o et gâtait mes (MlVts, ot où les rats ne me laissai<Mîl lran([iiilIo ni joui-, ni nuit *. ('hose que je n'avais jainnis plus faite, pend.int tout le temps des leuvres, laueliaisons, moissons et une parlie des hatt.nson'^, je ne manijjoais que du pain où il y avait los :\ 4 jai()U'^s(\ noir comme mon chapeau *. La portion n'avait pas pai'u sui- \i\ lal)le qu'elle était enlevée par î) à U) entants '. J'avais beau nie donner beaucoup de [)eine, il n'v avait aucune préférence, ni d'égard pour un homme qui sortait d'un bien-être incomparable *.
Lorsque je donnais (juebiues draps pour blanchir, on ne me les rendait (ju'après les avoir fait servir de draps de vannoir un loni;teni[)s *. Je ne sais si mes (diemises ne servaient pa^ aussi à quelcjue autre *. In de mes matelas fui percé et la laine volée pour avoir eu la bontt' de le pi'èter aux éti'an<2;ers. Je me vis niépi'isé et trait»' même de béte par un homme qui m'c^xprima clairement, (juel([ues jonrs aprè^, ijue tous ses r<*grets n'étaient que de ne m'avoir pas vu (Mubarijuer sni* la Loire et en aller nourrir les [)oissons '. Tant ([ue j'avais eu quebjue chose, Kscaloing avait en d(^ la considiMation pour* moi; mais je n'avais rien, pas même les movens de former une école * (lela était défendu à tout ci-devant pnHre, poui- me servir de l'expi-ession du décret (4) *).
Cependant je ne [)ouvais ()lus lenii dans une si li'iste position. J'élais tombé dans un épuisement (|ui me donnait de grandes inquiétudes. Enfin mon cha*2:iin l'edoublant tous les jours, mes forces s'alTaiblissaient flautant. Outré enlin du nn'pri^ continuel d'Kscaloinir, n avant aucune parole de consolation à me dire, bien le contraire, je pris le parti, sur la lin de fructidor, de ne rien faire absolument *. Je passai dans le repos environ six semaines. Les tyrans, les buveui's de sang, b's terroristes perdaient tous les jours de leur autorité*. Vovant (jue j'avais à faire à un véritable second Robespierre pour moi avec Lscaloing. je con(;us le dessein d'abandonner ni.» maison [)alei"n(dle aussitôt (jue je veri'ais que le moment serait favoi'able *. Je continuai ma bonne ^^vnco et mes honnêtetés à Kscaloing. [)arce que j avais beaucou[) à craindre une dénonciation de sa [)art, (Uanl olFicier munici()al *. Mais, dès que je vis la [)uissance des tyrans enlièrement à bas, je pailai ouver-
(1) Décret du 28 oct. 1193.
tement *. Je m'annonçai [)Our vouloir éiablir une école à La Uastide il), je m'étais déjà assuré de la maison de Koddier (2) et d'un certain nombre d'écolieis dont les parents ne me laisseraient [)as avoir faim; mais, avant de m'y établii", je voulus savoir si je serais payé des 800 livres que la nation accordait 3) *.
Je lis un voyage à Saint-Floui' *. Mais quelle suiprise, (juand on me dit que mes papieis n'élaienl pas en forme, il me fallait la translation de mon domicile de Glux à Auriac *. J'écrivis au district de Glux, à Ghàteau-(^hinon; mais point de réponse. J'écrivis à un de mes amis, Duvernois, meunier de F'achin (4); il était mort.
J'attendis une ré|)onse pendant près de deux mois, et, dans cet intervalle de temps, j'achetai trois arbres pin de la pignatelle (TOzeleret pour faire des (planches *. Je les fis conduire à Chazelles; ils me coulèrent o^i livres et 10 l. de dépenses *.
Perdant enfin espérance de lecevoir des réponses de Chàteau- Ghinon, je me délei'minai d'y aller*. Je j)artis vers la Toussaint, et me lendis à Glux dans cinq jours *. Les premiers rayons des beaux jours de la résurrection se faisaient déjà sentir. Plus de sentinelles nulle |)art, plus d'arrestations arbitraires. Je fis mon voyage le plus heureusement possible. Je revis mes pai'oissieus (|ui tous furent enchantés de me levoir, et plusieurs croyaient (jue j'étais revenu pour leur redii'e la messe, llélas ! les espérances en étaient encore bien faibles.
De Glux je fus coucher chez mon ami Duvernois. llélas! quel chagrin pour moi. quand, en embrassant son fils, il m'annonça qu'il élait mort depuis la fin ac^'it *. Je ne laissai pas que d'être bien reçu. Le lendemain, je finis de pousser jusqu'à Ghàlcau- Ghinon où je fus l)ien l'eçu par l'abbé Millin. qui me donna table et logement pendant tiois jours que j'y restai, après lesquels je pai'tis ay;mt obtenu du district mes papiers bien en forme. Mon voyage fut des plus heui-eux. Mes forces s'étaient parlai leuKMit bien rétablies. Je fis ce voyage presque conlinuellement de pied, sans aucune ampoule. Je dépensai autour de 7o livres *.
(1. La Bastide, villa^'e de la commune d'Auriac. (2) Jean Hoddier. laboureur.
(3 Dérref du 2*^ jour des sans-culottides, an II — 18 sept. 1794. (4 Faehin (Nièvre), ch.-I. de corn., ar. et canl. Chàteau-Chinon, à 9 km. de Château-Chinon.