‹ Livre de compte de l'Abbé Glaize, curé constitutionnel de Glux [microform]Chapitre 8 sur 17 · V .•*»-» i!»«j.;«,„^i-.^, ,^.,^aja · texte numérisé non relu

V .•*»-» i!»«j.;«,„^i-.^, ,^.,^aja

AHBE (.1. \I/K

De l'cluiir à (llia/cilcs. j aiuioiic'ai (iiic jT-lais l lioinmcdu inonde \o plus înalliiMironx. (ju ayant étr en ai'ieslalion, lo dislricl de Cliàl«'au-(lliinon m'aNail rayé de la lislc do prèlre^: ([ue, n'en ayant |)a< \)u obtenir nn certilieat de civisme le |)rinlein[)S passé, ils nravaient l'etiisé ('lialenient nne Iranslation de doinieile \ Cela bien assuré, un silence morne, le refu^ diin mol de consolation de la |)arl d'Kscaloini; m'annonça nn mépi'is et une liaine formelle *. Le surlendemain de mon relonr, il était foire à Massiac. Je tus à la foire, et. de là, sans riiui dire à personne, je montai <-i Sainl-noui' où je toncliai i'iO livres de ma pension, non compris les 150 livres qui nn' liinMil relennes pour mes impositions.

Je m'en revins bien coulent, assurant tous cenx (jui me le demandaient (|ue je venais de Hrionde. Le jour étail arrivé de s'explitjuei- avec Lscaloiui^ *. Je lis auparavant monter un lit h La Bastide.

Le dimancbe suivant, j'invitai Lscaloin^' à Ixdre une bouteille de vin (diez (lonrtille, et avec lui Jean (ilai/e, mon cousin de Chiivagnac (1) et Antoine (lontbier (lourbillou *.

Après le pn.'mier veri'e (car depuis longtemps il me tardait de faire cette motion je lui dis (|ue, ne pouvant pas vivi-e an milieu dune anssi nombreuse famille (\\\(' la sienne, j'avais l'é'solu d'aller babitei' à La Bastide où je trouvais une maison converiable et (|nel(|ue cliose à gagner; mais (jue, pour m'aidei' à vivre dans les malbeurs de la révolution, il tdail nécessaire (jiu' je retirasse quelque cliose du bien de mon [)èi'e, (jue je me contentais dune médiocre pt^nsion. savoir : I i quartons (2) de urains, nne qnartonnée de jardin à clianvie. la bMieire (3) et lo livres d'buile *. ('/était

[[. Clidvagnac, villape de la coin. d'Auriac.

(2) Le quarton de grains dans la commune d'Auriac correspond à un double décalitre.

(3) La leneire, c'est tnie certaine iiiiantit"' «le laine, (llaixe avait vendu à Escaloin" « tous les droits snceessi["<^ à lui l'clins par décès de Jean Glaize. son pT-re consistant en un tiuitième dans la niasse tant en meubles, immeubles quintéivts et fruits échus jusqu'à ce jour '> pour 350 livres, le 26 octobre 1180. Le prix de vente, porte l'acte, a été payé antérieurement. En réalité, Escaloim: n'avait pas versé à (Jlnize les X'tO 1., mais, le même jour, il lui constituait eu retour de cette vente, nn litre clérical de 00 livres de pension k pour par le dit s"" Glaize en jouir et pouvoir le-Ki^^er « compter du Jour qu'il entrera clans les ordres sacrés jusqu'à ce qu'il aye été pourvu et soit paisible possesseur d'un bénéfice suffisant pour remplir son fifre clérical . » Dans ces conditions la demande d»' Glaize n'était peut-être pas très juste. Les sœurs de Glaize,

une demande. Je n'eus pas lini qu'il partit comme nn coup d'éclair par l(»s injures les plus liumilianles, me leprochant tantôt d'avoir pieté sermenl, tantôt de n'avoir pas de certilicat de civisme que celui (jue j'avais escroque' à la municipalité d'Auriac, tantôt que j'aurais mangé le l)ien de mon père, si j'eusse été laine et même les vices de mon père, voulant dire (|u'il avait laissé des dettes *. Lassé de ses invectives, je le lis cesser en lui ripostant vivement que ses calomnies m'outraient, que je le priais de ne point calomnier des moris qui avaient mieux valu que lui et qu'il s'agissait seulement de savoir s'il était possible de nous arranger à l'amiable '. « Non ! Jean f..., non », me répondit-il. J'en pins les autres deu.K à témoins *. Je paye la bouteille, après leur avoir versé tout plein pour avoir lini plus vite *. « Lb ! bien, la justice nous arrangera )). lui dis-je en sortant *.

J'aurais fait de grands sacrilices, ce jour-là et même (juelque temps après, car je ne savais pas que je pus revenir sur la vente que je lui avais faite *. Je ne cbercbais encore que mon titre [\] et les arrérages depuis près de lo ans, mais, après avoir consulté |)lusieurs avocats, mes droits me parurent bien plus avantageux, et je pris le parti de le faire assigner en cassation de ma vente*. Tous mes antres beaux-frères, étant dans le même cas que moi, en firent de même et nous ne fîmes qu'une même cause. t> procès me coûte déjà pour ma portion plus de cent francs.

< Il est inconceva])le les calomnies ([u'I^scaloing débite contre moi. I*uissé-je prendre sur moi-même de les oublier > !

Je montai à La Bastide les premiers jours de Frimaire de la présente année .3' répnblicjue *. J eus une (juin/aine d'écoliers (jui me donnèrent par mois six livres de blé et nm^ demi-livre de beurre. Ce fut là tous mes moyens de vivre jusqu'à l'époque présente oi'i j'ai recommencé de dire la messe, c'est-à-dire le o avril (2), jour de Pâques ou 16 germinal*.

en se mariant, vendirent aussi à Escaloin;,' leurs droits sur Ibéritage de leur père. Et leurs contrats de mariage portent qu'une partie de la somme devait être payée par Escaloing, le jour de leur mariage et que le contrat tiendrait lieu de quittance. ^.Minutes île M. Segret, notaire à Blesle . (1) Titre clérical.

2 La loi .lu .'! vcntoso an 111-21 lévrier HD'i avait proclamé la liberté des cultes.

■»«««?BraM««WHill''œi|^KÎ

Pour mo mettra' en tUat de dire la niosse, je fis un voyaii:e à Clernioiit (1) dans 1rs premiers jours de (ierniinal, où j'achetai un calice de cui\ ir s(Mitll('' en argent et dont N* j)ied avait été brisé par les scélérats ainsi ([ue la patèue. Co calice me coûta 2l\ livres. Je lis l'aire une patène en fei' hianc (|ui, avec le racomn)odage du calice, me coula sepi franco, plus trois hoiles de saintes huiles î> livie<; plus mi orneuienl rouge 40 livres; total 80 livres, frais de voyage (Wî l. *.

Deux anecdotes doivent être rafjportées |)our faire voir conihi(Mi les gens lUaient poité's pour les prêtres non assernnmtés *.

Je traversais la rue devant la callK'drale, allaut voir M' ih» lîouilh; (lAuthc/at tjiK' j<' connaissais [)ai-li('uliérement, lorsqu un homme inconnu et bien mis lu'ari'èta en iiu' diMuaiidant à voix hass(\ mais très alVectueusement si j étais du hou parti. « Vous êtes prêtre, M., cai' je vous ai ent(Midu mai'chauder des oruenu'uts. — Oui, M., lui ré[)()udis-jc, cl j'i^spère être du hou [)arti. — Vous n'avez [>as ()i'êl(' seriiKMil? — Non, M., lui K'poudis-je ingénument *. — Ah ! que je vous (Miihrasse. mon clici' ami. nous êtes des véritables martyrs de la religion », et en me serrant les mains il moll'rit des secours tant lui marchandises (ju en monnaie *. 11 me sollicita beaucoup à (uendre ([uehjue chose. Je hi remerciai tort honnêtement et le (juitlai bien persuadé de l'estime que pres(jue tous les Glermontois avaient [)our les prêtres non assermentés et du nn'pris qu ils avaient [)0ui' les constitutionnels, ainsi (ju<* plusieurs d'enti'e eux me l'avaient assuré. C'était pies(pH' dans toutes les villes de même et surtout dans b's endroits où les rédractaires avaient habilt' (jutd(Hie temps *.

M'élant retiré le soir dans mon aubei*2;'e, chez Koiix, il v vint

Art. I. I/exercice d'aucun culte ne peut-rtre troublé. Art. II. La république n'en salarie aucun. Art. 111. Elle ne (ournira aucun local, ni pour lexerrice du culfe. ni pour le logement des ministres. .-Vrt. IV. Les cért'uionies de tout culte sont intt'rdiles hors de l'enceinte cboi.sie pour letir exercice. .\rt. V. La loi ne recttnnait auciui ministre du culte... .\rt. VIL .Vucun signe particulier ;"i un culte ne peut-ôtre placr dans un lieu public, ni extérieurement de quelque manière (jue ce soit. Aucune inscription ne peut désigner le lieu ([ui lui est atVeete. Aucune proelamation ni convocation publique ne peut être faite pinir y invit-M' les citoyens. » ('était le régime de la séparation (le l'Kglise et de iKtat.

[ (ileniiiiiit l'irraud.

loger pareillement deux marchandes des environs de Glermont. L'aubei'giste les avait déjà instruites que j'étais un prêtre *. Klles s'informèrent de moi si j'avais souiTert pour la religion. « Oh! certainenn^nt, leur répondis-je, et je [)uis le dire avec vérité. » L'une d'entre elles me demanda si j'avais besoin de quelque chose : je Ini répondis ([ue je n'étais pas tr(jp avancé, qu'étant venu dans cett(* ville pour me procurei' tout ce (jiii m'est nécessaire pour redire la messe, j'avais bien des dépenses à faire que mes moyens ne me peiinettaient pas *. J'ai peine, me répliqua-t-elle, de vous ofTrir si peu de chose. Si vous voulez accepter dix francs pour vous aider à acheter un calice, je vous les offre de bon c(eur. Fâché de n'avoir pas reçu les olfres de l'autre marchand et d'y avoir mis un peu trop de délicatesse, car enfin c'était toujours pour le rétablissennmt de la religion, je ne crus plus engager ma conscience en les recevant quoique je leur eusse nié ma prestation de serment. Je pris cet assignai de dix francs qui me servit bien à propos à payer les boites des saintes huiles *.

Je ne crois pas que j'aie jamais fait voyage plus douloureux (|ue celui-là*. Jy employai huit à neuf jours, mais dès le premier jour, j eus les pieds pres([ue entièrement couverts d'ampoules delà gi'osseur au moins de la moitic' d'un œuf, de manière que je fus obligi', étant à Cdermont, de les percer et d'y passer un lit de soie, ce qu'un voiturier m'jivait conseillé.

Idée suk la Révolution.

Le commencement de la Révolution m'ayant pris à l'âge de 3o ans, après des études avec quelques fruits, une fréquentation assez familière des nobles, du grand monde, tant à Saint-Georgesd'Aurac pendant o ans de vicariat (1), qu'à Chàteau-Chinon pendant trois ans (2) où j'ai fréquenté avec familiarité tout ce qu'il y avait de mieux : ayant joui pendant plus de deux ans d'un revenu de plus de 2.000 francs, qui me mettait à la portée de voir les papiers publics, me laissait le loisir de les méditer: prêtre enfin

(L Saint-Georges-d'Aurac. ch.-l. de com. ar. Brioude (Haute-Loire). L'abbé y resta de 1782 à 1787.

'2\ De 1788 à 1791.

,-5.W<»W-;î^3«SJ)J,SS.,e*aj^»iJ,»^^05J»^1^ii»gJp,^.'.

ABBE (.LAIZK

et curé, qui était l'état h^ plus rospoclé, et certainomcul dans lo plus grauii nombre très l'espectable, et qui me doniiail par conséquent entrét^ cho/ ni(>s confi-èn^N ol daus les premières maisons, je puis écrire ici poui- nu jour le relire avec plaisir ce (|ue J'ai vu, lu et entendu *.

Des sociétés de gens de lettres et nomuu'inent les auteurs de r^ncyclopédie (1) avaient depuis longtemps [)réparé et prêché les principes de la llévolution, le renversomenl du ti'one et de Tautel, l'athéisme, la liberté, légalité, les droits de l'homme et le règne delà raison naturelle. C'était une toile ourdie, mais il leur man(iuail le métier*. Le ministre des tinances en 1788, Nccker (1), le leur fournil par la convocation des Etats-Généraux en 178Î), ou plutôt les dettes de l'Ktat (|ui montaient à plus île 2 ou 3 milliards, les dé[)enses énoinies de la cour, les folies de la reine, sa vie scandaleuse, les dissipations des princes, les [)rivilèges, l'orgueil des nobles, les richesses du clergé, l'inconduite des ecclésiasti(|ues, etc., elc, toutes ces causes ont [)roduit les malheurs de la Kévolulion et les profondes plaies dans lesquels tout homme pensant doit craindre avec raison d'èlre englouti.

Necker voulait le bi(Mi du peuple et ménager en même temps les intérêts de la cour, de la noblesse el du clergé, mais il se trompa en persuadant à Louis XVl que son règne serait couvert de gloire en convoquant les États-Généraux (3) et en se persuadant lui-môme de les conduire à sa guise. Ses ouvrages sur les tinances (4), publiés (quelques années avant la Révolution, prouvent sa popularité.

Les Étals-Généraux se mirent au dessus des ministres et du roi môme en demandant à leurs commettants des pouvoirs illimités, en s'érigeant en Assemblée Nationale (^5), en Assemblée Consti-

a) Fondée par Diderot. Ct'-tait suivant rexpression de Diderot lui-iiiruie « l'enchaiiiemenl des connaissances humaines ». La publication comuicnréc en 1751 dura ■2[ ans 28 vol. in-f'' de texte et 15 vol. de planches;. Les principaux collaborateurs de Diderot furent d'Alembert, ïurgot, Con.lillac, Ilelvétius, Mably, Marmontol. Raynal, Grinim, Butfun, la Harpe, Saint-Lambert, etc.

^2j Jacques Necker, né à Gentve le 30 septembre 1732, mort à Goppct le 9 avril 1804.

(3) Le 5 mai 1789.

(4^ Compte rendu pn^senté au roi. — De l'administration dos finances do la Franco, 1784, 3 vol. iu-8". — Nouveaux t'-claircissomenls sur le compte rendu, jonv. 1788

a \a' 1 7 juin 17Sy.

tuante, et en faisant des lois en souverain *. Le plus grand nombre des députés du Tiers-Etat était d'avocats d'un esprit, d'un profond génie, mais trop jeunes pour le plus grand nombre, et trop inexpérimentés pour faire des lois capables de rendre un grand peuple heureux *. Et ces lois mêmes, quoique bonnes dans le fond, rencontraient dans leur établissement trop d'anciennes habitudes, trop de vieux préjugés et trop d'intérêts particuliers à combattre pour ([u'il en put lésulter un prompt bonheur du peuple. De là que de traîtres, que de révoltes, que d'assassinats, que de batailles où le sang des Français a coulé pour des droits imaginaires, pour la liberté, pour l'égalité que l'on peut regarder comme impossible à établir *.

Le parti de ces avocats domina dans toute la tenue de l'Assemblée Constituante (1), passa dans la Législative (2) et môme la Convention (3) *. Ils surent se concilier l'esprit des clubs ou assemblées populaires, ou plutôt ils formaient l'esprit de ces sociétés sur le leur, en étant les principaux membres, comme on l'a vu dans le club des Jacobins, à Paris, que des députés présidaient presque ordinairement. C'était surtout dans ces sociétés que l'on faisait entendre au peuple les grands avantages qu'il devait retirer de la destruction de la noblesse et du clergé qu'il haïssait naturellement à cause de leurs grandes richesses. Ainsi fanatisé, le peuple versait volontiers son sang pour des ambitieux qui ne cherchaient (ju'à s'élever sur les ruines de l'ancien régime. Aussi qu'en est-il arrivé? Leur propre ruine et à craindre celle de la France entière *. Périssent ainsi tous les chefs de parti, tous les novateurs qui par leurs novations ne peuvent que nous rendre très malheureux en nous plongeant dans la famine et dans tous les maux des guerres intestines et extérieures!

Ce furent ces avocats et leurs adhérents qui posèrent les principes des maux que nous endurons aujourd'hui en créant dans l'Assemblée Constituante les assignats (4), en supprimant les dîmes (5), et en ne conservant qu'un impôt en numéraire : c'est là

(1) L'Assemblée Constituante (17 juin 1789-1" oct. 1791).

(2) La Législative (l^-- oct. 1791-20 sept. 1792).

(3) La Convention (20 sept. 1792-26 oct. 1795).

(4) Par les décrets des 19 et 21 décembre 1789.

(5) Le

4 août 1789.

INTENTIONAL SECOND EXPOSURE

'~«iM.H..«rm»»«i-THHg,niiLpriy-ii«»iyi-i

ABBÉ r.LAIZE

et cure, qui était l'étal le plus rcspcclé, et certainemeul dans le plus grautl nombre 1res respectable, el <[ui me donnait par conséquent entré(« clie/ mes conliôres el dans les premières uiaisons, je puis écrire ici [><>ur un jour le relire avec plaisir ce que j'ai vu, lu et enlemlu *.

Des sociétés de gens de lettres et nominéuient les anteurs de rKucycIopt'dic (1) avaient de[)uis longtem[)s préparé el prèclié les principes de la Kévolution, le renversement du trône et de l'autel, lalhéisme, la liberté, réjj;alité, les droits de l'Iiomme et le règne «le la raison naluiellc (/étnit une toile ouidie, mais il b'Ui' manquait le métier*. I.e ministre des linanccs en 1788, Ncckei" ^Ij, le leur fournit par la convocation des b^tats-Généraux en 1789, on plutôt les dc^llcs de TKtat (|ui montaient à plus île 2 ou 3 milliards, les dé[)enscs énormes de la cour, les folies de la l'eine, sa vie scandaleuse, les dissipations des [)rinces, les [)rivilèges, l'oigueil d(^s nobles, los richesses du clergé, Tinconduite des ecclésiastitiues, etc.. etc., toutes ces causes ont produit les malheurs de la K('volution et les profondes plaies dans les(inels tout homme pensant doit craindre avec raison d'être englouti.

Xecker voulait le h'utn du peuple el ménager en même temps les intérêts de la cour, de la noblesse el du clergé, mais il se trompa en persuadant à Louis XVI (jne son règne serait couvert de gloire en convoquant les Ktats-dénéraux (3) et en se persuadant lui-môme «le les conduire à sa guise. Ses ouvrages sur les finances (4), publiés quel([ues années avant la {{évolution, prouvent sa pofiularité.

Les Élats-dénéraux se mirent au dessus des ministres et du roi même en demandant à leurs commettants des pouvoirs illimités, en s'érigeant en Assemblée Nationale (5), en Assemlilée (^onsti-

;1) Fondée par Didorot. CtHait suivant lexprcssion de Diderot lui-turme « l'enchaiaemt'tit <les connaissances humaines ». La i)ul)licati(»n commencée en 1751 dura 21 ans 28 v(d. in-f'' de texte et 15 vol. de planches). Les principaux collaborateurs de Diderot furent d'Alembert, Tur{,'ot, Condillac, Helvétius. .MaUly, Marmontel. Raynal, Grimm, Butfon, la Harpe, Saint-Lambert, etc.

2 Jacques Xecker, né a (ien.ve le 30 septeujbre 1732, mort à Coppet le U avril iS04.

3 Le 5 mai 1189.

.4i Compte rendu pn-seiit»' au roi. — De ladminisfration des finani-es de la France, 1784, 3 vcd. in-8". — .Nouveaux .'claircissements sur le compte rendu, janv. 1788 5 Le 17 juin 17 SI).

tuante, et en faisant des lois en sonverain *. Le plus grand nombre des députés du Tiers-Etat était d'avocats d'un esprit, d'un profond génie, mais trop jeunes pour le plus grand nombre, et trop inexpérimentés pour faire des lois capables de rendre un grand peuple heureux *. Et ces lois mêmes, quoique bonnes dans le fond, rencontraient dans leur établissement trop d'anciennes habitudes, trop de vieux préjugés et ti'op d'intérêts particuliers à combattre pour qu'il en pût résulter un prompt bonheur du peuple. De là que de traîtres, que de révoltes, que d'assassinats, que de batailles où le sang des Français a coulé pour des droits imaginaires, pour la liberté, pour l'égalité que l'on peut regarder comme impossible à établir *.

Le parti de ces avocats domina dans toute la tenue de l'Assemblée Constituante (1), passa dans la Législative (2) et même la Convention (3) *. Ils surent se concilier l'esprit des clubs ou assemblées populaiies, ou plutôt ils formaient l'esprit de ces sociétés sur le leur, en étant les principaux membres, comme on l'a vu dans le club des Jacobins, à Paris, (|ue des députés présidaient presque ordinairement. C'était surtout dans ces sociétés que l'on faisait entendre au peuple les grands avantages qu'il devait retirer de la destruction de la noblesse et du clergé qu'il haïssait naturellement à cause de leurs grandes richesses. Ainsi fanatisé, le peuple versait volontiers son sang pour des ambitieux qui ne cherchaient (ju'à s'élever sur les ruines de l'ancien régime. Aussi qu'en est-il arrivé? Leur propre ruine et à craindre celle de la France entière *. Périssent ainsi tous les chefs de parti, tous les novateurs qui par leurs novalions ne peuvent que nous rendre très malheureux en nous plongeant dans la famine et dans tous les maux des guerres intestines et extérieures!

Ce furent ces avocats et leurs adhérents qui posèrent les piincipes des maux (jue nous endurons aujourd'hui en ciéant dans l'Assemblée Constituante les assignats (4), en supprimant les dîmes (5), et en ne conservant qu'un impôt en numéraire : c'est là.

(1) L'Assemblée Constituante (17 juin 1780-lcr oct. 1791),

(2) La Lé^'islativc (l'"' oct. 1791-20 sept. 1792).

(3) La Convention (20 sept. 1792-26 oct. 1795).

(4) Par les décrets des 19 et 21 décembre 1789.

(5) Le 4 août 1789.

iiwMt.jiHii M*mm

AUBK GLAIZfc:

la cause qui a fait concentrer toutes les denrées de premi6re nécessilé dans les mains des seuls propriétaires; les villes, les ouvriers manquent aujourd'hui de (oui, et il ieui" est impossible de se procurer le nécessaire avec des assignats et Ton ne se procure le nécessaire ([ue par Téclianiie de choses, et ceux qui n'ont gran<rchose à échanger, mènent la vie la plus triste et la plus mis6ral)le *. Sans la messe, je ne sais ([uelle vie j'aurais mené moi-même, l'instruction n'étant pas d'un grand prix pour beaucoup d'hommes.

L'Assemblée Législative, bien loin de réparer ces fautes, elle ne lit que les aggraver *. Llle innlliplia énormément la masse des assignats, elle s'irrita de plus en plus contre le roi et ses partisans, contre les nobles et les prêtres qui avaient refusé ce funeste sermont de maintenir la Constitution, elle soullVit que certains de ses membres traitassent de tyran, le roi, tous les rois. Cette haine, si im[»ii(lemment exprimée, ne tarda pas à être prechée dans les Sociétés [)0[)ulaires et à [)asser dans le peuple, c(^ qui le [korhi à des excès d'horreur et si multipliés ([ue Ihisloire n'en rapporte nulle part de semblables *. Cette fureur s'étendit non seulement sur les nobles et les [)rètres réIVactaires, mais encore sur tous ceux qui avaient la moindre apparence d'être de leui* parti cju'on appelait aristocrate. De là, tant de châteaux pillés, brûlés, lanl de nobles incarcérés, massacrés. De là, tant de rébellions dans les villes, la révolte et les massacres de la Vendée, les mas- , sacres du 10 août dans les Thuileries, du 2, 3 sej)tembre dans les prisons de Paris où l'on prétend qu'il a péri prés de 20,000 hommes, etc. *.

L'émigration avait déjà commencé sous l'Assemblée Constituante; une conduite aussi barbare l'augmenta prodigieusement. Lu nombre innombrable de Français, tant roturiers que prêtres et nobles, abandonnèrent le sol de la liberté souillé par tant de crimes. Les puissances étrangères insultées par nos étourdis de représentants, outragées dans la personne et la famille de notre roi, blessées dans leurs intérêts à l'égard de ceux qui avaient des possessions en France, voyant avec peine les principes de démocratie, de liberté, d'égalité que l'on y établissait, sollicitées entin par nos princes émigrés se coalisèrent contre la France et de là la France a une gueire à soutenir contre presque toute l'Eu-

Page 1