‹ Livre de compte de l'Abbé Glaize, curé constitutionnel de Glux [microform]Chapitre 9 sur 17 · LIVRE DE COMITE · texte numérisé non relu

LIVRE DE COMITE

rope(l)\ De là, les fréquentes réquisitions d'hommes et de vivres, de chevaux, de bestiaux, d'armes, d'habits et de toutes sortes de denrées; ce qui commença à étonner le peuple. Cependant les •réipiisilions n'eurent véritablement bien lieu que sous la Convention. Les garçons, les hommes mariés se rendaient volontairement de toutes parts sur les frontières, et cela les fit nommer, non soldais, mais volontaires. De peur d'irriter le peuple, l'on ne le força pas au payement des contributions *. Elles ont été arriérées de plus de deux ans; elles le sont encore d'un an : la fabrique des assignats, la vente des biens de l'église et de la noblesse ont fait et font en grande partie les frais. Les membres de la Législative qui avaient montré le plus de patriotisme, passèrent dans la Convention, et y porlèrent le même esprit, la même haine, la même fureur, la même rage conire les aristocrates. Le roi était suspendu (2) : il lut déchu de la royauté (3). N'ayant pas voulu la constitution monarchique de 17ÎH, il fut contraint de recevoir la constitution républicaine, de se voir faire son procès (4) et de subiila mort (o). Tous ceux de son parti ([ui ne s'én}igrèrent pas ou ne se cachèrent pas avec la plus grande prudence subirent l'incarcération et un très grand nombre la mort *. Ce parti d'enragés dans la Convention se nomma Montagne, dont les principaux chefs étaient : Marat, Robespierre, Couthon, Saint-Just, Hillaud-Varennes, Collot-d'IIerbois, Valadier (G), Fouché, le plus scélérat des prêtres (7), qui dans le département de Xevers bravait la religion d'une manière à faii'e frémir les plus impies, y forma une armée révolutionnaire de 600 hommes, de 600 bandits des villes qui pillaient, volaient, incarcéraient, violaient, imposaient des taxes à leur volonté *. Cela s'est passé sous mes yeux. Le dit Fouché y lit

(1) La guerre fnf .léclarée par Louis XVl à rAutriche le 2U avril 1794 La Prusse et le Piémont soulinrent rAutriche. Après la mort do Louis XVI nous eùn.es en outre contre nous, l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, la liesse, le pape, le roi des Deux-Siciles.

(2) Depuis le 10 août 1702.

(3) Le 22 septembre 1792.

(4) Le 3 décembre 1792.

(5) Le 21 janvier 179:].

(6) Lire Vadier.

(7) Fouché ne fut jamais i.rètre quoique ses contemporains l'aient cru et l'aient dil. ^11 reçut les ordres mineurs, il ne reçut jamais les ordres majeurs (V. sur ce point, Madelin, Fouché, p. 8-9).

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ABBÉ G LAIZE

lin arrêté [[) de profaner les églises, d'en brûler les saints, daballre tous les signes extérieurs de religion, d'inscrire sur la porte du cimetière : « La mort est un sommeil éU'mcl! ». Ce fut le refus de publier cet arrêté qui fut cause de mon arrestation

ci-dessus.

Outre ces enragés de la Convention, il y en avait bien d'autres ilans la municipalilé de Paris î\m étaient pareillement les meneurs du club des Jacobins, tels (jue Cbauniette, Hébert, Rossignol, etc., etc. *.

Ce fut sous le ivgnc «le ces tigres que l'on nomme aussi et avec tant de raison buveurs de sang, terroristes qu'eurent heu les ivquisitions de toute espèce, la loi du maximum (2) ou la taxe générale de toutes les denrées. Cette loi détruisit entièrement les niarcbés si beaux et si fréquentés dans l'ancien régime * : l'on eut beau entreprendre, à [)lusieurs reprises, d'y forcer les gens, les ellbrts du gouvernement furent inutiles; personne jus(iu à présent ne porte rien au marché ou c'est très peu de chose, et cela par crainte d'être pillé dans les marchés, ce qui arrivait communément sous la loi du maximum. J'ai vu jdusieurs fois, à Saint- Flour, plusieurs femmes se battre pour un fromage blanc ou un pain de beurre ([ui (inissaient par le jeter dans la rue ou se le partager de manière que la bonne femme de la campagne ne savait jdus où en prendre le montant*.

Ce fut pareillement sous le règne de ces tyrans qu'eut lieu la première ré«iuisition ^3). et l'on nomme ainsi les malheureux jeunes gens, qui, à l'époque du mois d'août 1792, eurent atteint l âge de 18 ans et n'eurent pas passé la 25^ année de leur âge. Tous, sans presiiue aucune exception, furent obligés, de force ou de gré, de

(1) Voir cet arrêté p. 18, uulf 4.

(i) Uécrel ihi 2-J sept. n'J3 ^20 articles). « Art. 1". Les objets que la Convention nationale a jugés de première nécessité et dont elle a cru devoir fixer le maximum ou le [)lus haut prix sont : la viande fraîche, la viande salée et le lard, le beurre, l'huile douce, le bétail, le poisson salé, le vin, Teau-de-vie, le vinaigre, le cidre, la bitre, le bois à brûler, le charbon de bois, le charbon de terre, la chandelle, l'huile a brûler, le sel, la soude, le sucre, le miel, le papier blanc, les cuirs, les fers, la fonte, le plomb, l'acier, le cuivre, le chanvre, le lin, les laines, les étoiles, les toiles, les matières premières qui servent aux fabriques, les sabots, les souliers, les colsat elles rabette, le savon, la potasse, le tabac. » Hul. des Lois. — Par un .len-et du 20 octobre 1793, tous les comestibles furent compris dans la loi du maximum.

(3) Loi du 23 août nu3.

prendre les armes et de courir à la défense des frontières. Que de mères désolées! que de familles dans raiiliction ! J'ai vu à cette époque des femmes inconsolables, des maîtresses désolées*. Arrivé en Auverf'-ne j'y ai trouvé la même désolation et nommément dans trois femmes pour lesquelles j'ai fait plusieurs lettres à leur tï-an.'on, savoir : Marie Arfcnille, femme Gonthier de Chazelles, Marie Baynat, femme Fabre de Chavagnat (1), et Anne Veisseyre, femme Delcher de la Rochette(2). L'on prétend que cette chasse de o-arcons donna pour toute la France de 8 à 900.000 hommes qui, joints aux autres troupes, formaient environ 16 ou 1800.000 défenseurs de la patrie *.

Nouvelles troupes, nouvelles dépenses ; nouvelles dépenses, , nouveaux assignats : l'on en a fait à proportion des besoins, et comme les besoins ont été immenses, la somme d'assignats est innombi'able. L'on prétend qu'il y en a dans ce moment en circulation pour onze à douze nnlliards, sans y comprendre ceux que l'on a annoncé avoir brûlés*. 11 est probable par l'événement que le prix des denrées porté par la loi du maxiiuum n'avait pas été établi sur la proportion de cette masse énorme de numéraire, ni sur la considération que cette monnaie n'était que papier, que la |)uissance qui les mettait en circulation n'était point une puissance bien consolidée et qu'elle était attaquée fortement de toutes parts; qu'il subsistait dans tous les esprits une crainte réelle que cette puissance ne fut renversée, que les ennemis de la répnbli(]ue n'eussent enfin le dessus, que les émigrés ne rentrassent, ne reprissent leur autorité et leurs biens qui étaient le cautionnement des assignats*. B'après ces considérations les eiTets en nature valaient infiniment mieux que le prix que la loi a attaché en cette espèce de numéraire*. Aussi bien, tant que cette loi fut en vigueur, toutes les denrées avaient diparu. Nous étions réduits à la dernière misère au milieu de l'abondance; et ce n'était que par les vexations, par des réquisitions, par des visites domiciliaires, par des recen-emenls de grains que l'on pouvait faire lâcher aux propriétaires la subsistance du petit peuple*. La loi du maximum a été ra[)portée dans les premiers jours de l'année pré-

(1) Lire-Chavagnac.

(2'i l.a Hochette, village de la commune d'Auriac.

■iiin tjivyft'i

sente (1), et, depuis cette époiiue, il semble que les propriétaires veulent faire la contre-révolution en vendant les denrées à un prix inouï. Présentement 18 juin 1793, le blé seigle se vend de 800 à 900 francs et môme Ton vient de m'assurer qu'il s'en demande mille livres le setier, ce qui revient à I2o livres le quarton pesant 30 livres*. Une vache moyenne se vend [)assé 2.000 francs, une bouteille de vin, cent sous, une livre de beurre 10, 12 francs, une livre d'huile de noix, lo francs, une livre de laine 20 francs, une paire de sabots 10 francs pour homme, et le reste à proportion*.

Les enragés révolutionnaires exerc^aieut encore un autre genre de tyrannie. L'on pouvait voyager sans passeport jusqu'à un certain nombre de lieues de son domicile, mais vous ne pouviez pas faire un pas sans être décoré de la cocarde tricolore. C'était le signe du républicain (2), et si vous paraissiez dans une ville ou dans un bourg, ou même devant un enrag«', sans cocarde, vous étiez sur d'être insulté, arrêté et conduit chez un marchand de cocardes* : c'était la seule marchandise qui abondât et l'on en trouvait heureusement partout. Les vieillards, les infirmes n'en étaient pas exempts; il fallait être cocarde ou passer pour aristocrate et suspect. Que de folies I que d'enfantillages n'a-t-on pas exigés de l'homme sensé î

L'on peut dire cependant que la religion a été le sujet de la plus cruelle tyrannie*. Les feux de la grande rage à ce sujet se sont fait sentir sur la tin de 93 et le commencement de 179i et se sont soutenus jus(|u'à la mort de Robespierre (3), en août de 94*. Non, je n'ai point d'expressions pour rendre la fureur avec laquelle les églises furent dévastées, ni [)our dire combien d'hommes, pieux jusques là, témoignèrent d'impiété à cette époque. Les arrêtés des

(1) Par la loi du 4 nivôse an 111-24 décembre 1794. « Art. l". Toutes les lois portant fixation d'un maximum sur le pri.x des denrées et marchandises cesseront davoir leur cfTet à compter de la publication de la pi-ésente loi ». liul. des Lois.

[2] Art. m. La cocarde nationale est le seul signe de ralliement des bons citoyens. Tout autre signe ou devise par écrit ou autrement sous les chapeaux, bannières ou vêtements est expressément défendu.

Art. IV. Quiconque sera muni d un signe ou devise particulière et ne le fera pas disparaître aussitôt après la publication ou la notification du présent décret, sera dfsarnié et en cas de résistance traité comme rebelle à la loi. Bnl. lies Lois.

(3) La mort de Hobespicrre est du 10 thermidor an 11-28 jnillrt 1794.

représentants en mission dans les départements frappèrent comme un coup de tonnere tous les prêtres, les forcèrent, sans presque aucun délai, à s'éloigner de leur paroisse, puis à se réunir aux chefs-lieux de district et de résider là, comme prisonniers en attendant l'ordre de l'embarquement, car, si les tyrans eussent vécu encore quelque temps, le moindre mal qui eût pu nous arriver était la déportation, et nous avions beaucoup à craindre la noyade, ainsi que le tyran Carrier (1), député d'Aurillac, en avait donné tant d'exemples à Nantes*. Je n'ai point d'expressions pour dire avec quelle indignation, nous prêtres, nous étions traités de fanatiques, de menteurs, de voleurs, de ci-devants, de Jean f. .., de etc., nous, un moment avant révérés comme des dieux, à qui du [)lus loin que l'on nous voyait l'on faisait le salut et la révérence*.

Le renversement de la religion s'est opéré avec une cruelle faveur dans toutes les parties de la France, mais, dans les départements où il y a eu une armée révolutionnaire organisée, tout ce qui tenait à la religion a infiniment plus souffert. C'était un torrent qui entraînait tout. Heureux qui pouvait l'éviter. Ces brigands voyageaient par détachement de 60 hommes, se joignaient tous les mauvais sujets qu'ils rencontraient sur leur passage, mettaient tout au pillage et, au nom de la loi, ils ne vous laissaient souvent que le> yeux pour pleurer : habits, manteaux, draps, matelas, linge, vin, volailles, or. argent, meubles en argent^ fusils, sabres, pistolets, bottes, selles, chevaux, bœufs gras, tout faisait l'objet de leurs arrêtés et réquisitions ; et quiconque aurait eu la témérité de s'y refuser était aussitôt déclaré comme suspect et traité comme tel*. J'ai été témoin de toutes ces réquisitions dans le département de la Nièvre, où le scélérat Fouché. représentant de Nantes, avait fait un arrêté semblable, et formé une armée révolutionnaire. Je viens de lii'e dans les Nouvelles d'aujourd'hui, du 26 prairial, que ce buveur de sang, Fouché, est dénoncé à la Convention (2). Dieu me uarde de vouloir et de contribuer à l'effusion de sans* I

(l)Ce fut le 28 octobre 1793 que Carrier (ut envoyé à Nantes comme proconsul. Son proconsulat dura un peu plus de 3 mois.

(2) 11 fut dénoncé à la séance du III germinal an 11-23 mars 1790 et il fut décrété d'arrestation, mais on n'osa pas larréter, il profita ensuite de l'amnistie du 4 brumaire an iV.

■ar-i iiiiifiif.',,

AnnÉ GLATZE

i< LIVRE DE COMPTE »

je n'ai jamais ou la force de siinb(|uer un |)ii;eon. Je supporterais cependant avec peu de répui;nance la mort d'un homme (jui a voulu la mienne, (jui a opéré celle de tant de braves gens, et qui a trahi sou état. Fouché, tu m'as lait incarcérer, lu n'a pas voulu me délivrer de ma prison à moins que je ne tus uu scélérat comme toi*. Ma paroisse m'a réclamé et m'a rendu à la liberté malgré toi ; je ne te plaindrais pas du tout (juand j'apprendrais ta mort (1). I*our la gloire de ma religion que tu as détruite, je désire sincèrement que tu puisses en échap[)er comme moi, que tu puisses te reconnaître et réparer, autant qu'il dépendra de toi le mal que lu as fait, mais il est grand, infiniment grand*. A combien de cceurs en elTet n'as-lu pas arraché la foi de mon Dieu? Que de prêtres parjures ta persécution n'a-t-elle pas faits 1 Que de femmes ton armée révolutionnaire n'a-t-ellc pas violées ! Que d'églises n'a-t-elle pas impitoyablement dévastées I Dans combien d'endroits n a-t-elle pas indignement profané le corps adorable de Jésus-Chi'it ! De combien de sacrilèges ne s'est elle pas rendue coupable au nom de ta loi. Non, si Dieu et les hommes ne te pardonnent, je ne crois pas que tu puisses jamais réparer la millionnième [)artie du mal que tu as fait*. Le récit d'une peine l'allège de moitié : il faut que cela soit pour que je trouve du plaisir à écrire de semlilables choses*.

Fouché répandit son esprit d'irréligion, d'atluMSun^ dans Ncvcrs et dans les chefs-lieux de district en ari'angeant les sociétés pojuilaires*. (kdles-ci le tiansmirent aussitôt aux bonnes gens des campagnes, (|ui. partout, veulent tout ce (}ue Ion veut*. Il semble que c'était une terre bien préparée. Celte semence d"impiét(' prit bientôt racine dans l'esprit d'un grand nombre; ils couraient en foule aux églises, l'on donnait avec empressement rentre[)rise d'abattre les clocliers ; l'on commençait d'abord à en jeter les cloches en bas, la tlèche les suivait de près, comme ce qui olVusquait le plus les impies; l'on renversait les autels avec un espèce de contentement, les vases sacrés étaient profanés jusqu'à y boire par moquerie; les saints étaient jetés au feu avec les propos les plus impies ; Chautre-toi, bon saint, il y a longtemps que tu as

(1) Fouché ne devait mourir qu'en 1S20, après avoir étt' plusieurs fois n)inistrc de la police sous l'empire et sous Louis XNIli.

du avoir froid aux pieds, disaient les uns*. Tu n'es qu'im saint d(^ bois, disait un autre, sans cela tu ferais bien maintenant un miracle, etc*. Les plus beaux tableaux étaient défigurés, déchirés ou brûlés par des ignorants qui n'en connaissaient pas le prix ; les linges, les ornement'^ étaient volés de toutes parts, au mépris des arrêtés (jui ordonnaient de les ap})orter au district. Cependant les enfants, les bonnes femmes ont sauvé quelques statues qu'elles cachaient sous leur tablier. Pour orner mon autel à La Bastide, plusieurs m'ont remis quelques saints qu'elles avaient ainsi sauvés du naufrage; mais Ton ne me rend rien des ornements ni du linge*. Il y a apparence qu'ils ont passé entre les mains des impies. Hélas! ces bonnes gens ne savaient pas que dix mois après, ils seraient forcés par la populace, par les femmes surtout à rétablir les églises, les clochers, les autels, elc*. Le peuple fait de vifs reproches aujourd'hui aux officiers municipaux pour avoir dévasté les églises; il voudrait que ceux (]ui les ont abattues soient forcés de les rétablir à leurs frais, mais la loi l) n'y oblige que ceux qui voudront s'en servir pour l'exercice de leur religion.

(1) Du H prairial an 111-30 mai 1795 (7 arlicles).

« La Convention Nationale voulant assurer et faciliter de plus en plus le libre exercice des cultes décrète :

Art. 1^'". Les citoyens des communes et sections de communes de la ri'-|»uldique auront provisoirement le libre usage des édifices, non aliénés, destinés orij^iuairement aux exercices d'un ou de plusieurs cultes et dont elles étaient en possession au premier jour de l'an II de la république. Ils iiourront s'en servir sous la surveillance des autorités consUtuées, tant pour les assemblées ordonnées par la loi i^ue pour l'exercice du culte.

Art. 11. Ces édifices seront remis à l'usage des diîs citoyens dans l'état où ils se trouvent, à la charge de les entretenir et réparer ainsi qu'ils verront sans aucune contiibution forcée ». Uni. des Lois.

La loi du 1! prairial ne restituait pas aux prêtres l'usage des évéchés. séminaires, presbytères. De plus les fidèles des dilférents cultes n'avaient pas l'usage exclusif des églises. V. art. l''\ Les assendjlées ordonnées jiar la loi c'étaient les assemblées électorales, les cérémonies du culte civique otïiciel, ou cérémonies décadaires. Les fidèles d'un culte concurrent pouvaient réclamer l'usage de l'église. Lorsque des citoyens de la même commune ou section de commune exerceront des cultes ditîérents ou prétendus tels, et qu'ils réclameront concurremment l'usage du même local, il leur sera commun, et les municipalités, sous la surveillance des corps administratifs fixeront pour chaque culte les jours et heures les plus convenables, ainsi que les moyens de maintenir la décence et d'entretenir la paix et la concorde ». Art. 4. En fait, le simultaneum cultuel fut l'exception. V. Mathiez, Art Rev. et VEg., ch. IV, pp. 157 et suivantes.

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EfI ETS DE LA H K VOLL TION.

lu f^rand nombre d'ouvriers ont pris la place de laboureurs par rac<jiiisition de biens de l'église et des éiiiii;rés.

IJeaucoup de laboureurs ont pris la place des bouF-geois, la valeur énorme des denrées les ayant énormément enricbis.

Beaucoup de bourgeois ont remplacé les seigueurs, tant [)ar l autorité dont ils se sont emparés que par l'acquisition de leurs biens et de leurs cbàteaux et de leurs places (|u'ils occupent dans les administrations. Ils sont au iléses[)()ir de ne pouvoir pas remplacer les prêtres ; le peuple est entièrement dégoûté de leur morale*.

Lp schismp. — Beaucoup d'iiommes professent l'atliéisme publi- ({ueuient, même dans le peuple. Oux qui croient à l'existence d'un être suprême, m;us(}ui ne veulent ni temple, ni cérémonies*. Ceux qui veulent les cérémonies cbréliennes, mais (jui n'y ajoutent foi que lorstju'elles sont exercées [)ar des prêtres réfractaires*. Ceux enfin (|ui ne font point cette dislinction, et (jui vont indistinctement à toutes les messes*. Très peu veulent la confession*.

La division dans les famillrs. — I,a loi du 17 nivôse (1) sur l'ordre de succéder a été 1 origine d'un nombre infini de procès; les jouissances des biens des émigrés en ont ainsi [)roduit beaucoup entre b' fermier et rac([uéreui*. (Jue de sujets de baines et de restitutions*! De toutes parts ce n'était (ju'assignations*.

De la tyrannie municipale.

Jean lîourrier de Serre (2),ofïîcier munici[)al, n'ayant ()as voulu [)articiper au brùlement des saints fut re<juis pjir ses collègues à faire des bùclies du grand crucifix de grandeur bumaine auquel requis il n'obéit pas et fut démis de sa place *. J'ai vu bier, 'li juin,

(1) 17 nivôse an II.

(2) Serre, hameau de la commune d'Auriac.

ce requis du mois ventôse de Tan 11, signé Advinen maire, et Liandicr grelficr *.

La sœur, fille âgée de plus de soixante ans, dont la principale occupation était d'instruire les filles des officiers municipaux et de leur apprendre à obéir à leurs pères, est requise pour apporter son chapelet au feu des statues*. Elle fait réponse qu'elle est malade au lit*. Le chirurgien Aubugoux (i) est requis pour aller constater la maladie. Il en rend un témoignage sincère, mais n'importe, un ofFicier municipal se détache pour un moment du corps écharppé, court à la maison de la sœur, oubliant pour un moment le pas grave d'un magistrat du peuple, et lui enlève de force son chapelet qui est aussitôt brûlé !*

Le jour de Notre-Dame d'août de l'année dernière 94, cette même fille, prononça, à ce qu'on m'a assuré, quelques mots en faveur de la dévotion à la Sainte- Vierge. Cela est rapporté à la municipalité, elle est incarcérée avec la plus rude violence et fermée pendant l'espace de 7 à 8 heures dans la sacristie*.

La veille de la même Notre-Dame, il fit, sur les 7 heures du soir, un orage affreux*; l'eau (2) grossit d'une telle manière que jamais homme vivant ne l'avait vue si forte. Elle inondait les étables du garde (3) de Chazelle. Les ravins entraînèrent toutes les terres des côtes et ensablèrent tous les fonds (4). Pour rétablir les héritages, c'est un ouvrage d'un grand nombre d'années. Le lendemain, jour de Notre-Dam(\ Louise Marane de Riol (o) se trouva sur sa porte au moment que Jean (ilaize de Chavagnac, municipal, et Piarassc se rendaient à Auriac pour l'assemblée décadaire*. Eh I bien. Glaize, lui dit la Louison, vous êtes si enragé à faire travailler les jours de dimanches et de fêtes ; cette fois-ci Notre-Dame nous a donné assez d'ouvrage*. Après quelques mots de réplique, les Chava-

(1) Aubughoux , Antoine), né le 24 mars 1"48 à Auriac, mort le 8 avril 1823, maire d' Auriac de 1800 à 1812.

^2) Du ruisseau de la Siannc qui coule à quelques mètres de Chazelles.

(3) (iarde-chasse et garde-pêche de M^^*^ la marquise de Chavagnac, propriétaire du château de Chazelles (détruit).

(4) 11 veut dire que leau de ruissellement entraîna la terre des côtes. Chazelles est bâtie au pied d'une montagne haute et escarpée. Les lianes de cette montagne, .■ les côtes », sont occupés et étaient occupés par des vignes en terrasses. C'est la terre de ces vignes (jui est entraînée par leau et qui va ensabler les fonds, c'est- ù-dire les terres situées dans le fonds de la vallée.

[}\) Kiols. hameau de la commune d'Auriac, à peu de distance de Chazelles.

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ABBÉ r.LAlZE

gnacois conliruiont leur cluMiiin, dénoncent ma Louison à l'agent national, Uoiltlier'. Aussitôt six lioninies sont commandés avec ordre de conduire à Auriac, de force ou de gré, Louise Marane et Fabbé Foret, curé de Laurie (1), qui y était en visite et que Ton accusait dôtre venu fanatiser dans ce pays-ci. L'abbé Forrt fut condamné à quitter la commune dans 2i heures: la Louise en fut ([uitte [)0ur (juebiues reproche-, et tous deux pour beaucoup de honte* . Heureusement que Ton ne me savait pas aussi chez Mai-ane dans ce moment, car ils ne me demandèrent |)as; et j'eus soin, aussitôt que je les aperçus, de me cacher entre un lit et une planche, car je craignais beaucoup l'arrestation*.

Je ne parle pas des actes de tyrannie auxquels les officiers municipaux étaient obligés par quehpies arriMés, tels que les conhscationsde grain, de pain, de poinmes-de-terre, de sacs, de pilles (2), l'Ic, ce ([uils auraient pu éviter malgré les arrêtés, ni de tant d'autres actos arbitrairement tyranniijues (jui m'ont éclia[)pé de la mémoire*. J'aime la vérité et je vas la dire toute entière.

< Je fais trois classes de nos officiers municipaux d'Auiiac : le meneur, l'agent national, et la inunici[talité. La municipalité est composée en entier de laboureurs, pleins de religion, au moins en apparence, dans l'ancion régime, hommes de probité, de justice, dliumanit(''. mais dans la llévolution. ils ont subi ce changement de mœurs ([u'ils ont de commun avec tant d'autres révolutionnaires.

Le maire, lîernard Advinen. laboureur de la Hastide, âgé environ de (juarante-troi^ ans, est le meilleur homme du inonde, mais si borné et d'un caractère si faible qu'il ne faisait rien par lui-même r\ n'i'tait capable de rien faire : il signait tout ce (jue Vigouroux et Koddier lui dictaient. Ce serait à tort de lui attribuer le moindre acte deiiui'biue nature (ju'il soit. Cependant ce ({u'on peut dire être de lui, c'e<t l'affection (|u'il tiMUoigna à dévaster l'église, à l)rùler les saints, ce sont les [)ropos les plus sales conti-e les nneurs les propos les [dus impies contre la religion, les invectives les plus amères contre les prêtres auxquelles je lui ai répondu tant de

(1) Laurie, choMieu de comnmne, canton .le Massiac, à 13 kilomètres de Massiac. (i) Lire, chiiïons. Pille est un mot patois qui signifie chiffon.

fois par le silence et qui lui sortent si naturellement de la

bouche.

Les autres otficiers municipaux qui sont Jean Glaize. Pradet de Ghavagnac, Jean Gonthier, Gourbilloux de Chazelles, Jean Escaloing de Chazelles, Robert Delaurier, Sage d'Auriac et Jean Hrandon, Giounet de la lîousseleuf, tous hommes d'un cœur droit à quelque exception près, bons pour labourer ou pour faire les outils d'agriculture, mais incapables de remplir dans des circonstances si ditFiciles les fonctions d'officiers municipaux, sachant à l)eine signer leur nom, n'ayant aucune connaissance des lois, ni en même de se les procurer. Je ne puis les accuser que du défaut commun à tous les paysans qui est de sacriher tout à leur intérêt particulier; le public les accuse d'avoir pris quelques linges, quelques ornements, quelque peu de fer de l'église, d'avoir caché leurs grains à l'époque des réquisitions, d'avoir fait semblant d'en acheter quelque temps après, tandis qu'ils le prenaient chez

eux, etc.

L'agent national s'appelle Roddier, Antoine, je crois. L'idée de cet homme me révolte, et je voudrais n'avoir pas entrepris d'écrire ici la vérité. Je ne trouve chez lui aucun lambeau de vertu [)our cacher ses défauts et mauvaises actions : rien en sa faveur, ni dans l'esprit, ni dans le corps. Il est d'une ligure à faire peur; au milieu d'un visage allongé et d'une couleur d'Egypte, deux yeux hagards et enfoncés annoncent à ne pas s'y tromper, la méchanceté de l'esprit et la corruption du camr, le visage horriblement maniué de petite vérole, les lèvres plus grosses (jue moyennes et un peu renversées, les dents dont la largeur égale au moins celles d'une jument et par bMir saleté et puanteur celles d'un cochon, sont les marques distinctives par lesquels le muet de Lambert (1) le fait connaître à tout le monde.

Mais passons lui les vices du corps : ils ne sont pas sa faute, s'il s'était fait lui-même, son orgueil l'aurait bien mieux embelli. C'est inconcevable combien il se croit supérieur aux autres hommes. Fils d'un mauvais notaire, plus mauvais encore luimême, il est d'un abord rude, froid, méprisant. Toute sa science consiste dans la formule de quelques actes, ne sachant pas même

(1) Surnom ; son nom de famille était May.

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ABBÉ GLAIZË

les mettre lisiblement par e'crit. Sa conversation est absolument nulle; il ne sait raisonner sur rien; je l'ai vu souvent embarrassé pour rédiger les procès-verbaux de la municipalité, et la rédaction en est le plus souvent due à Vigouroux. La nature lui a fait cependant des dons, mais c'est de la main gauche. 11 est d'un esprit ambitieux, avare, emporté, vindicatif au plus haut degré, jaloux : il ne voudrait se voir (jue lui seul, ennemi naturel des prêtres, athée; il n'adopte aucun principe et ne connaît d autre morale que celle de son propre intérêt; et, dans la révolution, il nous a donné des preuves non é<juivoques d'un homme calomniateur, inhumain, tyranniquo. Quelques traits sutlironl pour le prouver.

Il dénonça dans le plus tort de la tyrannie, dans un temps où il sutïisait une [)arole pour en coûter la vie à un homme, il y a environ un an, il dénonça o honnêtes personnes s'il y en a : son frère, curé de Vergongeon (1), l'abbé Andr;uid de Serre, l'abbé Vigouroux, son cousin germaiii et moi ; son cousin germain, l'abbé Aubughoux, y était compris. (Ju il faut avoir l àuie noire pour vouloir détruire des hommes qui lui étaient liés au premier degré de parenté, des hommes dont la conduite lui était ti'ès indifférente et qui menaient la vie la plus cachée! Mais pour [)erdre son frère qui lui avait lait des demandes en partage, il fallait perdre les autres.

Dès (ju'il fut agent national, il profita de son auto li té pour faire incarcérer François Abel Meunier d'Auriac [)arce qu'il lui en voulait de[)uis quehjue temps; et cet homme ani-ait péii, parce que la dénonciation portait sur des cas graves, sans l'ancienne municipalité (jui venait en entier d'être renouvelée et qui atténua, autant qu'il fut en son pouvoir, la gravité de la dénonciation. >

Dès que j eus réuni tout ce qui m'était nécessaire pour dire la messe, la femme de lîernard Advinen (2) m'olïrit leur voûte de la maison neuve pour y dire la messe, où j'avais arrangé une chapelle des plus propres*. Je n'y l'eus pas dite trois fois quo cet im[>ie Houdier i^on rap[>elle ainsi en patois, mais son orgueil en

(1) Vergongheon, ch. 1. de commune, .irrondissoment de Brioude (Haute-Loire).

(2) Le maire.

« LIVKE DE COMPTt: »

est bien humilié, car il ne veut pas que les autres Roddier de la paroisse se signent Roddier, mais Roudier ; ceux de La Bastide sont des Rou... Roudier, disait son père, et non pas Roddier, c'est moi qui suis Roddier; je tiens ce trait du curé Cheminard (1), cet impie donc ne fut pas content qu'il ne m'eut sorti de là, ce qui ne tarda pas à m "être signifié, parce qu'il menait Bernard Advinen comme il voulait*.

La voûte de la maison des Roddier que j'habite ne peut pas contenir 2 à 300 personnes qui s'y rendent pour la messe ; ils se placent partout où ils peuvent*. Ce Roudier l'apprend, il se rend un dimanche à La Bastide pendant la messe, trouve beaucoup de monde à genoux dans la rue, prend des témoins et va à Massiac s'informer s'il peut nous faire de la peine*. Ah ! scélérat, (jue t'a fait la messe* ! que t'ai-je fait pour me détruire de cette façon, mais je ne te crains pas, car je me conformerai toujours à la loi*.

Peu de jours après les assignats à face royale vinrent à être supprimés et ne pouvaient rentrer que par l'achat des biens

(1) Messirc Joan François Chém'nard, né à Blesle, docteur en théologie, curé de la paroisse de la Besseyre Sainte-Marie, diocèse de Saint-Flour en Gévaudan et de la nomination des pères de La Voûte, devint en 1755 curé de la paroisse d'Auriac de la nominatitin des dits pères de La Voûte, nous apprend-il lui-même. Il a en etlet laissé des notes fort curieuses écrites de sa main sur les registres paroissiaux d'Auriac (1754-11551. Ce Cheminard semble avoir été fort vain et fort porté à la médisance. Il nous trace le portrait des curés qui l'ont précédé dans la cure d'Auriac, et, on peut le dire, sans aucune charité chrétienne : « L'un, dit-il, M. Tristan avait formé une intrigue et connaissance particulière, il prit le parti, à ce qu'on dit. de quitter de luy-même la cure et le pais avec sa connaissance, on pense que peut être il fut à Genève ou en Suisse. Avis au lecteur ». « 11 y eut ensuite, continue-t-il, pour curé Antoine Busche d'Auriac, fils et frère des Busches notaires royaux à Auriac... son règne fut longt ; il paraît qu'il fut un homme de tète, il fut fermier de Chavagnac, sinon même d'Auriac, il profita beaucoup sur ces fermes, il fut, à ce que l'on dit, extrêmement processif, il ne plaignait ni sa peine, ni son temps pour aller à Hiom solliciter les procureurs et obtenir nombre de sentences pour les arrérages des cens, et autres elTets, il devint riche, etc. ». «A Messire Busche succéda M. Soulier, originaire de Molompize, il achepta une masure sur les ruines de laquelle il fit bâtir une maison... Soulier lit bâtir sa maison à ce que Ton dit, sans avoir souvent chez lui ni argent, ni bled, ni pain pour nourrir et payer les ouvriers, mais il avait le talent d'aller en chercher et prendre du pain dans les maisons voisines, les matériaux luy manquant, comme pierre, pourvu qu'il trouva des nmrailles dans son voisinage, il se donnait train et par ce moyen il parvint à parfaire sa maison, mais non solidement, car en 1752 elle fut presque abattue en entier... » Cheminard était encore curé à Aiiriac en 1791, mais il ne tarda pas à être remplacé par Bouniol (mai). Nous ignorons ce qu'il devint alors.

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d'émigrés qui n'étaient pas vendus : ils n'étaient pas reçus pour les vendus*. Mon Houdier apprend cela par la voie d'Alouïs, son i^endre de Hrioude, ramasse aussitôt ses assignat^ à lace, en fait une somme de près de 4,000 francs, part, court toute la nuit de peur que cela ne se répande et va voler le cheval d'un bon homme de la campagne de la paroisse de Peyrusse (1), et le sot voleur ne savait pas que les assignats à face royale que le peuple appelle tètes noires allaient être reçus dans quinze jours, en payement des biens déjà vendus (2).

Quinze jours après, il en aurait pu payer son château, et par là s'ennoblir autant (jue faire il pourra, mais je lui assure quil ne sera jamais qu'un seigneur bâtard*. Jamais sa race ue peut acquérir les ([ualilés d'hounnes nobles*. 0 hommes vraiment nobles, qu'êtes vous devenus? Seigneurs IVançais, où avez-vous porté cette honnêteté, cette bienséance, ces attentions particulières envers la société, ces complirnents, ces [)olitesses, cet air honnête que j'ai tant de fois admiré dans vous, et qui vous étaient, s'il me semble, si naturels*. (Jael est rhonime heureux qui vous enviroQue, et pourquoi suis-je si éloigné de vous* ? Un étranger est-il fait pour recevoir de vous tous les agréments que votre compagnie me procurait en France?* Un Espagnol, un Anglais, un Allemand sunt-ils dignes des actes de bienfaisance dont vous combliez en France ceux qui vous environnaient? Il faut que nous nous soyons rendus coupables de quelque grande faute envers vous pour nous avoir rendus si malheureux, pour avoir dépouillé votre patrie de tous les agréments de la vie, pour l'avoir couverte d'un deuil universel en cédant votre autorité, vos biens, vos maison^, vos châteaux à des Roddiers, à des impies, à des tyrans*... Gentilhommes français, ce n'est pas votre nom, ni vos titres que je regrette, ce sont vos vertus, vos talents, votre amour pour la justice, votre humanité, votre éducation, votre conversation remplie d'expressions honnêtes et polies, accompagnée le

(1) Peyrusse (Cantal), chef-lieu de couimune, canton (l'Allanche.

(2) Loi du 9 prairial an III-28 mai 1795. « La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de son comité des finances, décrète ce qui suit :

Art. 1". L'admission des assignats de 5 livres et au-dessus, portant des empreintes de royauté et faisant l'objet du décret du 24 floréal dernier aura lieu en i.aiement tant des luens nationaux vendus ijue de ceux à vendre.

Art. 2. Les autres dispositions du décret seront entièrement exécutées ».

plus souvent de dons, d'aumônes, de paroles de consolation et de paix, et de toutes sortes de bienfaisances... Tyrans et impies, roddiers, ce n'est pas votre autorité, vos biens, vos châteaux que je vous reproche, peu il m'impoite^ ce sont vos vices, vos actes arbitraires, vos tyrannies, ce sont vos dénonciations, vos arrestations de personnes honnêtes et vos désirs sincères de vouloir les détruire, ce sont vos impiétés, vos vols, votre empressement à détruire les temples du seigneur, nôtre église que vous avez réduite dans un si pitoyable état*.

< Celui qui dirigeait le plus la municipalité est Yigouroux Louis (i), célibataire, âgé de 53 à o4 ans. Vigouroux présidait à toutes les assemblées, lisait les Nouvelles, interprétait les lois, et donnait à la municipalité la marche de les exécuter. Plein d'esprit et de talent, homme bien fait et s'exprimant bien, il amusait quelquefois le peuple par ses lectures, par ses conversations en mêlant souvent quelques galanteries. Il est plein d'honnêteté et de politesse, l'ecevant fort bien cliez lui et comme jaloux d'imiter la noblesse en témoignant le plaisir qu'il a quand on va le voir. Il est d'un cœur droit et aimant la justice : il est un de ces philosophes modernes que j'ai connus le plus particulièrement, triomphant au renversement de la religion, et zélé destructeur ou zélé prédicateur de la destruction de l'église. C'est à Yigouroux et à Roddier f[ue l'on doit la destruction du clocher d'Auriac (2), car, s'il n'y avait pas fait mettre tant de précipitation, on aurait fait comme à Laurie, on aurait conservé au moins la bâtisse de l'église dans son entier. >

Très empressés d'établir le règne de la loi décadaire (3), Vigouroux et Roddier changèrent les assemblées de municipalité au décadi, firent des grandes menaces à ceux qui travailleraient le jour de la décade, car c'est ainsi qu'on appelait le jour du décadi, et à ceux qui se reposeraient le dimanche*. Voyant que

{[) V. p. 29, note 1.

(2) Roddier et Vigouroux durent se conformer à Tarrêté de Bô du 22 pluviôse (1794) qui, « considérant que la raison vient d'éclairer les citoyens du département du Cantal sur les vrais principes religieux, qu'ils ne les rapportent qu'à la pratique des vertus et au culte de la loi, que la vertu n'a pour temple que le cœur de l'homme, d'autres actes extérieurs que la bienfaisance de la fraternité », ordonnait la démolition des clochers jusqu'à hauteur des braiments.

(3) Loi du 18'' jour de Qoréal an 11-8 mai 1794, instituant les fêtes décadaires.

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leurs ordres étaient méprisés du peuple, ils s'avisèrent d'attirer le peuple à leurs assemblées décadaires par le son du violon, puis par celui d'un tambour*. Vigouroux y jouait du violon, y chantait des chansons patriotiques, engageait les femmes, les filles à l'accompagner, mais tous ses etVorts furent inutiles*. Les assemblées de décade ne furent un peu fréquentées que pendant le temps que la municipalité distribua du grain à la taxe ; dès que la moisson fut arrivée, ces assemblées tombèrent entièrement et nos bour- "•eois, pour avoir le plaisir d'être entendus, remirent au dimanche les assemblées et ils y furent forcés dès le mois d'août de Tannée dernière 1794, mtMiie avant la mort des tyrans (1)V Très peu de personnes travaillèrent les dimanches dans cette commune que Ton regardait cependant comme celle de ces environs qui avait le plus promptemenl abandonné ses princi})es. et le peuple le prouve bien [)ar son ardeur à vouloir faire rétablir l'église, à vouloir v faire redire la messe : Ion m'a envoyé hier un exprès du bourg dAuriac pour me faire descendre mon aulel dans la clKii)ello du rosaire (2), mais le peuple n'est pas encore assez d'accord et je m'y suis refusé*.

Ce-24 juin 1795, 6 messidor 3« année rép. (3).

Ce n'est que depuis le 11 prairial (4) que la loi m'a permis de faire mes fonctions publiquement*. Quelques jours avant cette épo(|ue j'avais porté le viatique sous mon manteau à Catherine (luérinde La Haslido*. Le o prairial, je fis toutes les cérémonies de son enterremenl sous ma voûte et j'ai reçu pour cela à litre d'aumùne, comme j'accoutume les lidèles de l'appeler, quelques (l'ufs, un i)eu de beurre, du lait, etc.*.

Le 28 prairial en vertu de la lui du II (jui permet la liberté entière du culte, je portai le viatique publi(iuement à une femme du Fayel (o) ([ui mourut quelques moments après, mais je n'osai

(1) Robespierre. Couthon. Saint-Jnst.

(2) Chapelle située dans l'église dWuriac.

(3) Dans le ms. suivent ici les actes de 8 baptêmes « que j'ai faits, dit labbé, depuis le 5 avril dernier, 6 germinal 3<^ année républicaine jusques au 24 juin suivant exerçant les fonctions ecclésiatiques sous la voûte de la maison de Jean lloddier de La Bastide. » Nous n'avons pas jugé utile de les reproduire.

(4) 11 prairial an Ili-30 mai 1195.

(5) Le Fayet, village de la commune de Massiac (Cantal).

pas prendre sur moi de l'aller enterrer à Massiac, quoique son mari m'en priât*. Je n'en ai rien reçu, ayant refusé dix francs que le mari m'olïrait : Je ne prends que des aumônes, lui dis-je, poiir V exercice de mes fondions (1).

J'aurais reçu une infinité de messes, si j'avais voulu recevoir des assignats, mais comme je n'en prends que des aumônes, telles que fromages, œufs, lait, quelques livres de blé, beurre, etc., j'en ai reçu très peu*. Hier 24 juin, 6 messidor, j'en refusai deux en assignats. 11 paraît que le calendrier républicain aura lieu parmi les gens de lettres, c'est pourquoi je vas en faire usage dans mon mémoire*.

Messidoh [19 juin-i9 juillet 179;>].

LeO, reçu une messe de la Valonne de la Bousseleuf (2), aumùne : 4 livres

de blé.

Le 7, reçu une messe d'une femme de Serre, aumône : 2 fromages. C'est celle dont j'ai baptisé l'enfant ci-dessus (3).

Le H, reçu une messe d'Anne du Giangeirat de la Rochette, aumône : une douzaine d'œufs*.

Le 14, une messe de la Jean route de La Rastide, aumône : une petite pièce de beurre et plusieurs pots de lait*.

Le 4 juin, jour de la Fête-Dieu, j'ai commencé à confesser dans ma voûte*. Une femme d Uzeleret s'est approchée des sacrements.

Aujourd'liui 14 messidor, 2 juillet, j'ai confessé sous la môme voûte et ont reçu les sacrements Jean Marquet et Antoinette Viallefont de Ghazelles (4)*.

Reçu à la volonté du dit Jean Marquet dix livres en aumône.

Le 19 et 20 messidor pour un voyage à Saint-Flour j'ai dépensé 24 livres ayant payé le vin G francs la bouteille*.

<Les nv-mes jours pour 2 cierges, 22 1. et j'ai laissé entre les mains de M. Ferlup (r)) 2.G00 1.

(1) Le culte devrait vivre, en effet, uniquement d"auniônes et d'offrandes volontaires. Los textes de loi (an Ill-an IV) étaient rédigés de manière à empêcher la reconstitution de la mainmorte : « 11 ne pourra être formé aucune dotation peri)étiiolle ou viagère ni établi aucune taxe pour en acquitter les dépenses (du culte). Art. 9 de la loi du 3 ventôse. V. sur ce régime de la l" séparaUon. Mathiez, la Révol. et l'EfjL, ch. IV.

2} La Bousseleuf, village de la commune dAuriac.

(3) Dans le ms. suit ici un acte de baptême.

(4) Dans le ms. suit ici Pacte de mariage de Jean Marquet : " Le 2 juil. 1795, 14 me.«:sidor. '^^ rép. jai donné la bénédiction nujitiale, etc.. »

(5) Marchand de Blesle.

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AHBÉ GLAIZE

l.e 24, j'ai vendu à Robert Charuesse, 10 antanons (1) i.OOO 1. S'il peni le plus mauvais, je lui rends 25 l. Le 24, le tailleur m'a vendu 2 aunes d'étoffe :

128 livres.

l.e 25, j'ai envoyé par le vieux garde à M. Ferlup l.iOO 1. pour payer la

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