‹ Livre de famille (volume 2)Chapitre 15 sur 17 · PIECES APPARTENANT A LA MAISON MARIE BRIZARD & ROGER · texte numérisé non relu

PIECES APPARTENANT A LA MAISON MARIE BRIZARD & ROGER

Bordeaux le 19. Messidor an 13./.

On vous trompe ainsi qu'à mes frères de la manière la plus odieuse, en vous fesant croire, Maman, que j'ai laissé la maison dans un état pitoyable, et ceux qui veulent ainsi vous en faire accroire ne cherchent sans doute à semer la mésintelligence dans notre famille que pour profiter de ma détention et de l'inexpérience de mes frères pour nous dépouiller à tous.

Quoique Prisonnier et malheureux, je n'en ai pas moins découvert cette odieuse trame ;

Je n'ai point besoin, Maman, que vous preniez sur la faible somme de 6 000 francs de Pension que vous vous êtes réservée pour vos besoins celle de 2 400 f pour pourvoir aux miens et à Ceux de ma famille pendant un an. mon tiers aux Bénéfices y pourvoira et me mettrait plutôt à même de vous faire des offres, pour rendre votre situation plus heureuse, que de vous imposer des privations particulières pour me secourir.

Vous recevrez, maman, dans le courant de la Journée tous mes Comptes de Gestion, et l'état exact de la situation de la nouvelle maison lors de mon arrestation, vous y verrez qu'il en résulte que dans le courant de cette Gestion contre la quelle on cherche à vous prévenir et à vous indisposer aussi cruellement, j'ai gagné à la maison net de tous frais F = 41 340„12 Cmes dont les 3/4 vous reviennent (ils ont été absorbés par tout ce que j'ai payé pour vous et bien audelà) et que quant aux dettes que j'ai laissées à payer provenant de ma Gestion, j'ai laissé

pour les aquitter Vous voyez donc, Maman, qu'en

supposant que mes frères n'aient pas mieux géré que moi, il doit toujours résulter un bénéfice égal au mien, C'est-à-dire

de 41 340„12 (depuis mon arrestation jusqu'à ce Jour) parconséquent, déduisant de cette somme, 6 000 francs pour la Pension que vous vous êtes réservée d'après le Contrat passé par Mr Colignan, et celle d'environ 8 000 francs pour les rentes que la maison doit annuellement, il restera toujours un bénéfice net de 27 340 francs 12 08S, ce qui fera pour mon 1/3 9 113 francs 37 G'»es somme qui avec de l'économie peut suffire à mes besoins, à l'éducation de ma famille déjà nombreuse. . .

Mémoire pour les sieurs Roger contre le sieur Lastrapes

Bordeaux 1826 [27 pages d'impression].

A Messieurs Les Président et Conseillers à la Cour Royale, séant à Bordeaux.

Messieurs,

Nous avons été assignés devant le Tribunal de commerce de cette ville, en 1806, par le sieur Mossion, Syndic des créanciers de la maison Laplaine et Lastrapes ; en 1814, par le sieur Lastrapes, liquidateur de la même maison.

Aussitôt qu'ils [les comptes] nous furent remis,

dès le 29 juin 1805, nous répondîmes au sieur Laplaine qu'il confondait des opérations de diverses natures. Il pouvait avoir fait quelques avances à notre maison; mais il en avait fait de considérables à notre frère aine en particulier; nous étions tenus des premières, non des secondes

Nous avions déclaré aux experts, aux premiers juges, que de tous les livres que tenait notre maison en 1804, il nous était resté un seul brouillard qui constatait nos affaires, jour par jour, depuis le 25 Messidor an 11, jusqu'au 30 Termidor an 12; que l'on n'y trouvait aucune trace des opérations immenses que notre frère aine faisait avec la maison Laplaine et Lestrapes

Son arrêt [de la Cour] est du 5 juillet 1825. . . Cependant dit l'arrêt : il est certain que la maison Marie Brizard & Roger a eu des livres de commerce, notamment à l'époque de la

suspension de ses paiemens et de l'espèce de bilan qu'elle présenta alors à ses créanciers.

Nous répondons: il est possible que notre maison eut des livres avant l'arrestation de notre frère aîné; nous le croyons même, et si notre langage est douteux, c'est qu'à cette époque nous étions très jeunes l'un et l'autre. L'un de nous était aspirant de marine, l'autre s'occupait fort peu des affaires ; notre frère aine gérait tout, connaissait tout et cachait tout à notre jeunesse peu curieuse.

Il fut arrêté; il brûla beaucoup de papiers, il en emporta d'autres dans la prison du Fort du Hà. Il devait y avoir dans notre comptoir un livre de caisse; il disparut avec tous les autres ; on ne nous laissa que le brouillard que nous représentons.

On pense que nous avions des livres à l'époque de notre suspension de paiement : c'est notre bilan qui le fait croire. Nous répétons que nous n'avions pas de livres à l'époque de notre suspension de paiemens ; M. Roger aîné avait du fond de sa prison rédigé un état de situation de nos affaires ; . . . Nous avons rédigé notre bilan sur ce document; nous l'avons présenté à nos créanciers; nous leur avons demandé un an de délai, qu'ils nous ont accordé, mais nous leur avons dit en même temps que notre frère avait fait des opérations qui lui étaient personnelles; que nous le savions engagé pour d'assez fortes sommes ; qu'il n'était pas juste que notre maison déjà gênée payât ses dettes

Il est notoire qu'en l'an 12, il y eut une conspiration contre le gouvernement impérial dont le centre était à Nantes et dont les ramifications s'étendaient à Bordeaux. Notre frère aîné était à Bordeaux son agent le plus actif. Il fut arrêté le 3« jour complémentaire de l'an 12.

Nous produisons une lettre de M. Pierre Pierre, Commissairegénéral de police à M. le Commissaire-général de police à Nantes; elle est du 5<ne jour complémentaire de l'an 12; nous la copions ici : « Monsieur, ma lettre du 3°"! jour compléb mentaire vous aura annoncé que j'ai rempli en partie le vœu » de votre lettre du 29 fructidor. Je vous adresse aujourd'hui » copie de l'interrogataire subi par Roger fils aîné et un extrait » conforme du livre brouillard du dit Boger, contenant les » envois de marchandises et l'état de sa situation commer-

» ciale avec Daniaud Agréez Pierre Pierre.

» P. S. Boger est détenu au dépôt. »

Cette lettre prouve que notre frère fut arrêté

comme conspirateur. Elle prouve encore que la police ne trouva d'autres renseignemens que notre livre brouillard ; les autres ont été cachés, ou enlevés, ou détruits non par nous qui n'avons connu le péril de notre frère qu'après son arrestation, mais par lui-même qui sans doute avait été prévenu.

M. P« Pierre écrivait encore le 9 Vendémiaire an 13, à M. le Commissaire-général de police à Nantes : « Monsieur ï le Commissaire général, je vous adresse copie du troisième i interrogatoire que j'ai fait faire à Roger fils aîné, surtout » sur les laines dont vous entretient ma précédente. Ses » réponses sont loin de présenter une justification satisfai- » santé sur cet objet. Orion et Daniaud vous fixeront sur le » véritable propriétaire de cette marchandise que je tiendrai » à ma disposition jusqu'à décision supérieure. Depuis ma » lettre du 3 de ce mois qui vous informait d'une négociation » de 70 000 fr. de traites, faites en Floréal pour le compte » de Roger fils aine et tirées de Madrid par M. Diego Carrera, » j'ai découvert que M. Acquart Vreillac, lié avec Roger et s Gogué dit avoir reçu en Prairial, une somme de 111 643 fr. 48 c. » de M. Otard, négociant à Bordeaux, qui avait eu l'ordre du » même Diego Carrera de les compter. Il parait certain que » c'est à cette source que les conspirateurs puisaient les » fonds. Je vous adresse copie du bordereau des traites

» remises à Laplaine, agent de change, par Vreillac

» je vous observerai que Acquart Vreillac n'a nul crédit sur » la place et que personne ne lui eût avancé même la modique s somme de cent francs. Recevez »

Les livres de notre maison, surtout le livre de caisse devaient faire quelque mention de cet immense maniement de fonds; ils pouvaient apprendre à une police active et habile, quelles étaient les relations de notre frère, quelle était la source de ces crédits, si disproportionnés avec notre modeste magasin de liqueurs. La prudence la plus commune conseillait de les soustraire à des regards ennemis; qui s'étonnera que notre frère ait su prendre cette précaution?. . .

Après son arrestation nous avons trouvé notre

maison abandonnée; nous y sommes entré sans la connaître; nos créanciers ont été touchés de notre embarras ; un seul en a abusé et nous plaidons encore contre lui

Les affaires de notre maison étaient et sont encore très peu

variées; achats de sucre et d'eau-de-vie; conversion de ces denrées en liqueurs; ventes de ces liqueurs: voilà tout notre commerce

Notre frère aîné avait pris MM. Laplaine et Lastrapes pour banquiers, dans ses entreprises politiques

N'oublions pas un fait qui ne saurait être dénié. Roger aine a géré la maison Marie Brizard & Roger, mais en même temps, il a fait des opérations pour son compte. . .

Partant, il plaira à la Cour mettre l'appel du sieur Lastrapes au néant

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