A F IV. 4514, N
Il était peu satisfait de sa carrière : ce Voyez le désespoir de Gamot », écrit Henri Campan à sa mère, le 17 février 1813 (L P).
Le 12 mars 1813, M. Gamot fut nommé Préfet de la Lozère par décret Impérial. Puis, par Ordonnance Royale du 10 juin 1814 {Moniteur du 22), le « Sieur » Gamot
devint Préfet de l'Yonne. UAlmanach Royal pour le» années i8i4 et 1815 le désigne « Mr le Chevalier Gamot, Préfet, à Auxerre ». Il est qualifié « Chevalier » parce que S. M. Louis XVIII, par ordonnance du 27 juillet 1814 (Moniteur du 1(1 août 1814), l'avait nommé Chevalier de la Légion d'honneur.
Au retour de l'Ile d'Elhe, il se rallia de suite à Napoléon :
« A Auxerre où l'Empereur arriva le 17 mars, écrit M. Jacques Régnier (v< , il fut reçu officiellement aux portes de la ville par le préfet entouré des autorités et d'un grand concours de population. Pour la première fois depuis son débarquement, • il descendit à la préfecture. Sur la cheminée du premier salon, il aperçut les bustes de l'impératrice et de son fils et, dans le salon suivant, son propre portrait avec les insignes impériaux. Cette délicate attention était due au préfet de l'Yonne, « le bon et sensible Gamot », qui avait fait redescendre le matin même les images impériales du grenier où il les avait reléguées et où gisait maintenant dans la poussière l'effigie de Louis XVIII. »
C'est là, et en présence de M. Gamot, qu'eut lieu la première entrevue du Maréchal Ney avec Napoléon. Rien d'étonnant que le « sieur s Gamot ait été « confirmé » dans sa place par décret impérial du 6 avril 1815 {Moniteur du 12).
Mais bientôt, au retour de Louis XVIII, M. Gamot se rallia de nouveau, et avec la plus grande énergie, à ce souverain, comme on le verra par la proclamation suivante (PI):
« Préfecture de l'Yonne.
« Proclamation.
« Habitans du Département de l'Yonne.
« Après 25 ans d'orages et de tourmentes, nous étions arrivés au port; un Roi bon et sage tenait les rênes de l'Etat; une
(•) Jacques Régnier. Les Préfets du Consulat et de l'Empire. 3= édition, 1913, p. 196.
Charte constitutionnelle garantissait nos personnes et nos propriétés.
« A peine étions-nous dans le calme et la sécurité dont on jouit sous la protection de l'honneur et de la vertu, que l'homme qui nous avait fait tant de mal apparaît dans le Midi comme un météore sinistre; Il s'avance à pas de géant; 11 entraine tout après lui; Il dit que l'armée est avilie, et nos braves frères d'armes trompés l'écoutent et se pressent de le suivre. Il se reproche son despotisme, il promet de ne plus régner que par le peuple et pour son bonheur; et une grande partie de ce peuple, séduite par ses promesses fallacieuses, le reçoit et l'élève sur le pavois. Cependant la grande famille Européenne, tant de fois ébranlée par lui, tant de fois dupe de ses paroles, ne veut plus qu'il gouverne les Français; elle l'ait avancer ses armées, et au premier choc, cet homme que l'on croyait si grand, dont on attendait tant de choses, tombe, fuit, et cherche à rentrer précipitamment dans l'obscurité dont il n'aurait pas dû sortir.
« A quels malheurs ne devrions nous pas nous attendre dans cette circonstance, si notre auguste Roi qui, l'année dernière, a relevé la France sur le point de succomber, n'était venu pour la deuxième fois lui porter son secourable appui ! II reparait an-milieu de nous accompagné de la clémence et de l'oubli du passé, il plaint nos erreurs, il n'en accuse que l'humaine faiblesse.
« Nous ne serons pas sourds à sa voix; nous l'écouterons avec confiance, ce bon Roi dont nous avons apprécié les vertus et dont les intérêts se confondent avec les nôtres. Repoussons ces bruits mensongers de rétablissement de dîmes et d'annulations de ventes de domaines nationaux, bruits avec lesquels les ennemis de l'Ordre public cherchent à nous alarmer; abandonnons la politique et ses discussions dangereuses; livrons nous paisiblement à nos occupations habituelles; et sous le gouvernement paternel du meilleur des Souverains, faisons en sorte de rendre heureuse autant que possible cette courte portion d'existence que la nature nous a départie.
« Vive le Roi ! Vivent les Bourbons ! « Auxerre, en l'hôtel de la Préfecture. « le 10. juillet 1815 « Le Préfet du département de l'Yonne « Gamot j
Malgré cette preuve de dévouement (qui contient aussi une demande de pardon), M. Gamot fut «remplacé» quatre jours après, le 14 juillet 1815 (Moniteur du 16), malheur d'autant plus fâcheux que, la Restauration ayant duré ensuite de longues années, il n'aurait plus eu sans cloute d'incident pénible dans sa carrière. Et cependant, le Moniteur du 13 avait constaté son zèle pour la cause du R.oi : « Le 10 juillet, publiait-il, les fonctionnaires publics, civils et militaires du département de l'Yonne, convoqués par le préfet, ont authentiquement protesté, entre les mains de ce magistrat, de leur soumission, de leur obéissance et de leur fidélité à la personne cle S. M. Louis XVIII. »
J'ai vu, aux Archives nationales, son dossier de Préfet (ffAF'M) : Deux tableaux, cle 1813 et 1814, portent qu'il a été «voyageur pendant dix ans dans Les deux amériques, occupé pendant sept ans à Paris d'opérations
de Commerce maritime » Ils apprennent que sa
« Fortune évaluée en revenus » était, en 1804, de 30 000 fr.; — en 1813, de 20 000 fr.; — en 1814, de 15 000 à 20 000 fr. Son « traitement » comme Préfet 'de la Lozère, était de 20 000 fr. (A F IV. (3204, N° 9).
M. Gamot a vainement demandé à être replacé comme Préfet, notamment par lettre de 1819 (son dossier), mais il a été nommé Officier cle la Légion d'honneur, par Louis XVIII, (PI — et — son acte de décès).
11 est mort le 20 mars 1820. Sa veuve s'est remariée au Général de la Ville, le 25 mai 1823.
Il m'avait semblé comprendre que M. Gamot n'était pas bien vu par la famille, mais j'ignorais pour quelle raison. Je ne comprenais pas, non plus, pourquoi, malgré ses très hautes protections, il n'avait obtenu que fort tard d'être nommé Préfet, et, encore, dans la dernière Préfecture de
France. Pourquoi l'Empereur ne l'avait-il pas créé Comte ou Baron ? J'en ai eu l'explication par plusieurs lettres de Madame Campan à la Maréchale Ney (M E L). Voici des extraits de deux de ces lettres :
« ce 9 messidor an 12 [28 juin 1804]. bien chère Eglé
Je l'ai laissée [Antoinette Gamot] à Draveil bien affligée du dilférent qui s'est élevé entre son mari et le tien. J'espère chère amie que ton bon Esprit et celui du cher maréchal trouveront des moyens d'effacer jusqu'à la plus légère teinte de
froideur entre les deux beaux frères Gamot à la
vérité a conservé un ton de marin des Etats unis d'amérique tout à fait déplacé dans un sallon de Paris, il est facile de l'en faire revenir par quelques avis sincères mais réellement en passant pardessus son Extérieur ses qualités essentielles sont très estimables et Auguié s'exagère quelquefois ses torts avec sa femme puisqu'EUe n'en souffre nullement et qu'il est aisé de voir que sa tendresse pour lui est extrême et que les soins qu'il lui rend la touchent infiniment, quant à la tenue et à la réserve que l'on doit observer à raison d'un rang Enhnent, le titre Et ce qui l'environne sont un assës grand motif de considération, et j'ai pensé qu'à ce sujet ton papa avoit dit beaucoup trop de choses infiniment exagérées en fait de bon ton, et avoit pesé sur des nuances audessous du mérite réel et si
éminent du Maréchal ney malheureusement la
leçon donnée à Gamot a été trop tardive il y a longtemps que le Maréchal auroit du fraternellement lui en dire son sentiment on n'auroit pas cru y remarquer le désir d'aucune distance à observer entre parens aussi rapprochés »
J'ajoute qu'il résulte de nombreuses lettres qu'on s'est vite réconcilié et que M. Gamot a constamment rendu grand service au Maréchal en s'occupant de ses intérêts (M EL).
« Mantes ce 3 avril 1820 [quelques jours après le décès de M. Gamot]. ma chère Eglé.': . . . ce pauvre Gamot avoit des formes souvent repoussantes, mais plus qu'une autre dans la famille j'appreciois son Energie, un homme qui avoit porté son industrie dans l'un et l'autre hémisphère, qui réunissent de grandes lumières, qui pouvoit être utile etoit un parent
précieux et regrettable — Gamot n'estimoit que l'action, ne prisoit que l'Energie utile — cette disposition rend tout à fait insensible à ce qui est aimable doux, intéressant, il avoit de l'amitié pour moi parcequ'il savoit les efforts que je fis pour me relever après 1789 s
Mmc Campan n'avait eu, au contraire, que des éloges, et des plus grands, pour M. Gamot quand il demandait la main d'Antoinette Auguié. Dans les trois grandes lettres qu'elle a écrites alors à Antoinette (M EL), je lis :
« Ce qui concerne le projet que nous t'avons communiqué . . . va se décider aujourd'hui .... je te vois la Compagne d'un homme partout estimé et considéré, car il mérite de l'être et pour ses principes et pour son Esprit. J'ai eu une longue conversation avec lui hier j'en ai été enchantée, ce sera l'ami de ton père .... tu ne peux t'imaginer combien il ressemble
à Genêt allons ma petite un peu de courage et tu
décides le bonheur de ta vie. »
« je garde une lettre de lui [M. Auguié) où il me
dit, le ton, les manières et l'intelligence de M. G. me plaisent
beaucoup tache je t'en prie de terminer celte affaire
songe que M. G. fixe l'opinion de tout le monde à son avantage et cet avantage est immense, il a laissé à St Domingue et au havre la meilleure opinion. »
« ma petite — ton père a remis M. G. a demain pour la
dernière entrevue reçois le bien, c'est mon amitié qui
te le conseille, tu fais l'acquisition bien rare d"un homme de
mérite et d'un homme d'honneur j'ai été comme à
l'ordinaire charmée de sa raison et de son esprit
Mc Ch. . . m'a dit si mon ainée avoit 4 ans de plus il seroit mon gendre, et je me soumets avec regret à ce que la disproportion de l'âge me fait perdre, car je ne trouverai jamais son
segond adieu, sois bien raisonable, tu fixes ton
bonheur. »
Antoinette a conservé ces lettres. Elle a dû les relire souvent, plus tard.
M. Gamot avait eu, en Amérique, d'une M""' Bonvoisin,
une fille, Mmo Limare, qu'il a fait élever et qui a été comme adoptée par notre famille. Mme Limare n'a pas eu d'enfant. Elle a laissé de précieux objets à mes oncles Léon et Gaétan Partiol et à ma mère. J'ai, venant d'elle, une boite à ouvrage viennoise ornée de clous en marcassile, qui, d'après une tradition de famille, avait été donnée par Marie-Antoinette à M""' Campan.
« Extrait des registres des actes de l'État-Civil de la ville de Caen.
« Aujourd'hui quatre juillet mil huit cent soixante quinze.. . . sont comparus.... lesquels nous ont déclaré que hier soir à cinq heures Louise Caroline Bonvoisin, propriétaire, âgée de quatre vingt un ans deux mois, née à Philadelphie (Amérique) veuve de Jacques Limare, entreposeur des tabacs, fdle de feu — Bonvoisin et de feue Louise Beauvernet, est décédée dans son domicile, en cette ville, rue St Jean, numéro quatre vingt six »
M"10 Limare a donc vu le jour à Philadelphie (États- Unis), à la fin d'avril ou au commencement de mai 1794. L'un remarquera plus loin, dans les Notes de voyage de M. Gamot, qu'il se trouvait à Philadelphie précisément à cette époque : en fuyant de Saint-Domingue, cinq mois avant, le 5 décembre 1793, il avait sans doute emporté ce souvenir, à peu près contemporain de la « Capitulation de Jérémie » par laquelle débutent ses Notes.
Les pièces qui suivent constituent, en quelque sorte, un Appendice aux renseignements que je viens de donner et, particulièrement, à la Note de ma mère qu'elles expliquent et rectifient. Ces pièces m'ont été commu-
niquéos par mon cousin Pierre Izarn, qui possède tant de papiers précieux de nos ascendants Gamot. L'une d'elles seulement, que je signalerai, a une autre origine : le Service de l'Inscription maritime, au Havre.
(Contrat de Mariage) (1766)
« Pour parvenir au Mariage qui sera fait et Célébrer en fasse de notre mère Ste Eglise Catolique apostolique et Romaine entre Charles G"'* Aug» Gamot Cap"" de Navire fils de feu Ch« G"'c Gamot et Marie Marguerite Le Villain demeurant au havre de grâce dune part et Marieanne Françoise Duval fille de feu Robert Duval et de feu Janne Breard demeurante en Laditte Ville du havre originaire de La Paroisse de Guerbaville de la Mailleraye d'autre part après que le dit Ch" Gme Aug" Gamot afidé et la ditte marie aime francoise Duval afidée se sont promis Epouser en Légitime Mariage Les Seremonie de LEglise duement observée présence et du Consentement, Le dit Gamot de La Dame sa mère Laditte Daval de celuy de ses frères et des autres parents et amis de part et Dautres a la première réquisition de L'un deux, ont été faits les accord et pactions dudit future mariage ainsy qu'il suit. Savoir, par le dit Gamot afidé a été des appresent gagé Douaire coutumier a laditte Délie Duval afidée sur tous ses biens présents et avenir pour avoir Lieu le Cas Echéant sans quelle soit obligée d'en faire demande en Justice ou autrement et de la part de la ditte marie anne francoise Duval affidée a été promis, donner et apporter audit affidé la somme de Mille Livre En argent, qui luy seront payée par Mc Pierre Duval frère de Laffidée la veille de leur Espéré Mariage la ditte Marie anne francoise Duval apportera aussy et Livrera la veille des dittes Epousaille au dit Gamot ses meubles Consistant en armoire Lit Lainge a son usage et de Table avec ses habits les dits meubles et Effets Estimée entre les partie a la somme de mille Livres et provenant ainsy que La susditte somme de La succession de Robert Duval defun Père de L'affidée Le tout Etant reconnu par laditte Dciio Duval, comme plus que suffisant pour luy tenir lieu de la Légitime quelle pouvoit prétendre sur la succession mobilliaire et Immobiliaire de feu son Pore au moyen de quoy elle renonce a tout et a y rien prétendre en outre, de chargeant
lesdits sieurs Daval et tout autres, stipulé des mille Livres D'argent ey dessus mentionnée il y en a deux Cents vingt six Livres des deniers dudit sieur Pierre Duval son frère, étant aussy Expressément Convenu et stipulé que tous les Objets sy dessus Estimée et Evaluée entre les partie montant compris Largent a la somme de deux mille Livres il y en aura mille Livres pour Tenir nature de Dotte Cotté et Ligne de laditte affiliée Laquelle somme le dit sieur Garnot du consentement de laditte Dame sa mère a des appresant comme Lors de La réception constitué remplacer et Consigné sur tous ses biens présents et avenir Les autre mille Livres étant pour dont mobile sous la stipulation néanmoins quaucas de predeccs dudit affidée la ditte affidée remportera par previlège et en Exemption de toute dete laditte somme de mille livres ou tous les meubles cy dessus mentionnée qui se trouveront a son usage ainsy que sa chambre garnie Bague et Joyaux Letout sans préjudice de ses autres droits qui luy sont acquis par La coutume et usage de cette province, promet de plus laditte Marie arme Françoise Duval faire apport la veille dudit Mariage audit affidé ses hardes et meubles et de fille a son usage provenant des Libéralités de feu .1" Blli Duval son oncle et D'ame baquet sa Tante Estimée et Evaluée à La Somme de mille Livres de Laditte somme moitié sera converty en Dotte et Lautre moitié en dons mobille ai cy desus mentionné — charges. Sans toute lesquelles Clauses et Conditions que les parties ont promis Exécuter le présent N'aurait été fait, arrêté Double ce huit Janvier mil sept cent soixante six.
[Signé] « Veuve Gamot Ch. Gamot Duvrac [Duval?] Marie Anne Françoise Duval Catherine Gamot f u
« Jay reçu les meubles mentionné au présent contrat et Les mille Livres y mentionée Savoir : cent vingt Livres en Espèces et huit cents quatre vingt Livres en une Lettre de change a une usance sur Monsieur Gonfray du havre au dit Lieu ce huit Janvier mil sept [cent] soixante six
[Signé] « Chas Gamot
« Je soussigné Charles Gamot et Déclarer donner a marie aune francoise Duval mon Epouse future La quantité de six Cuiller et six fourchettes, deux Cuiller a Ragoûts et
une Cuiller a Son i>]>e Le. tout D'argent et a fillet pour luy Tenir Lieu de Bijoux, au havre le huit Janvier mil sept crut soixante et six
| Signé I « Chcs Gamot »
C'est la pièce originale et je l'ai entièrement copiée. Ce contrat de mariage est sous seing privé, sur papier nontimbré et n'a pas été enregistré. C'était permis dans quelques provinces.
« (Maîtrise) (176G)
« 31 .1'- 1766 S Gamot
Linger