QUELQUES DOCUMENTS SUR GENET
« MÉMOIRE « Pour servir d'instruction au Citoyen Genêt, Adjudant-général, Colonel, allant en Amérique en qualité de Ministre Plénipotentiaire de la République Française prés le Congrès des
Etats Unis.
a Décembre 1792, l'an I de- la République
« te Conseil exécutif prescrit au citoyen
Genêt de s'attacher à fortifier les Américains dans les principes qui les ont engagés à s'unir à la France, de leur faire sentir qu'ils n'ont point d'allié plus naturel et plus disposé à les traiter en frères, que ces sentimens sont gravés dans le cœur de tons les français éclairés sur les véritables intérêts de leur pati'ie, et que si les deux Nations n'en ont point encore recueilli le fruit, c'est par la faute du gouvernement que nous venons de détruire. C'est par ta trahison liberticide du Cabinet de Versailles; ce fait est dévoilé aujourd'hui. Le Conseil exécutif s'est fait présenter les instructions données aux prédécesseurs du citoyen Genêt en Amérique, et il a vu avec indignation, que dans le tems même où le bon peuple
d'Amérique nous exprimait sa reconnaissance de la manière la plus touchante, et nous donnait toutes sortes de témoignages de son amitié, Vergennes et Montmorin pensaient qu'il convenait à la France, que les Etats Cuis ne prissent point la consistance politique dont ils étaient susceptibles, parce qu'ils acquéreraient bientôt une force dont ils seraient probablement empressés d'abuser. En conséquence, ils enjoignaient l'un et l'autre aux Ministres de Louis XVI auprès du Congrès, de tenir la conduite la plus passive, et de ne parler que des voeux personnels de ce Prince pour la prospérité des Etats Unis. Le même machiavélisme avait dirigé les opérations de la guerre pour l'indépendance, la même duplicité avait présidé aux négociations de la paix. Les députés du Congrès avaient témoigné le désir que le Cabinet de Versailles favorisât la conquête des deux Florides, du Canada et de la Nouvelle Ecosse. Mais Louis et ses Ministres s'y refusèrent constamment, regardant la possession de ces contrées, par l'Espagne et par l'Angleterre, comme un principe utile d'inquiétude et de vigilance pour les Américains. Après la paix, cette jalousie inconséquente s'est convertie en dédain : ce peuple pour lequel on prétendait avoir pris les armes, est devenu un objet de mépris pour la Cour; on a négligé de correspondre avec lui, et par cette conduite criminelle, on a donné aux Puissances, dont nous devions écarter l'influence en Amérique, des armes pour y combattre et détruire la nôtre. C'est ainsi que les Administrateurs de l'ancien régime travaillaient sourdement et de longue main, à étouffer la liberté, après avoir été forcés, par le cri général de la Nation, à favoriser son développement dans le nouveau monde. C'est ainsi qu'ils refroidissaient le zèle, qu'ils relâchaient l'union des deux peuples : c'est ainsi que par leur infâme politique ils dégoûtaient les Américains de l'alliance de la France, et les rapprochaient eux-mêmes de l'Angleterre. Les Républicains qui ont remplacé ces vils suppôts du despotisme, s'empressent de tracer au citoyen Genêt, une route diamétralement opposée aux sentiers tortueux dans lesquels on a fait ramper ses prédécesseurs. . .
« Fait et approuvé en Conseil exécutif à Paris, le 4 Janvier 1793. L'an deux de la République française, o Signé, Monge, Président; Le Brun, Ministre des affaires étrangères. »
« Extrait d'un supplément aux instructions données au Citoyen Genêt, Ministre plénipotentiaire de la République Française, près les Etats Unis d'Amérique
« il est expressément enjoint au citoyen
Genêt de se pénétrer profondément du sens des deux traité*
conclus en 1778, Dans le cas très probable d'une
guerre maritime, le citoyen Genêt employera tous les moyens qui sont en son pouvoir, pour taire observer religieusement les articles XVII, XXI et XXII du traité de commerce, par lequel les parties contractantes se sont engagées à admettre librement les prises faites par une des dittes parties sur ses ennemis, et ont renoncé à la faculté de permettre à leurs citoyens de faire la course sous pavillon étranger, contre les navires de leurs Nations respectives, et même d'admettre dans leurs ports des prises étrangères, et de conniver à l'armement et à l'approvisionnement d'un corsaire étranger. Ces articles sont d'autant plus importans dans les conjonctures actuelles, que le grand éloignement où se trouveraient les corsaires Anglais de leurs ports, et l'embarras des approvisionnemens, rendraient leurs expéditions plus dispendieuses, le renvoi et la vente des prises plus précaires; tandis que nos bàtimens usants du droit de représailles, auraient à leurs dispositions tous les ports des Etats Unis, et les provisions dont ils abondent ....
« Il est donc particulièrement enjoint au citoyen
Genêt. . . . d'insister rigoureusement sur l'exécution des articles XVII, XXI et XXII du traité de 1778; et d'empêcher, dans les ports américains, tout armement en course, si ce n'est pour le compte de la Nation française et l'admission d'aucune prise autres que celles qui auraient été faites par des bàtimens de la République
«... . Afin que rien ne retarde. . . [le citoyen Genêt]. . . le Conseil lui a donné les pleins pouvoirs ci-joints, et il a autorisé le Ministre de la marine à lui faire remettre un certain nombre de lettres de marque en blanc, qu'il délivrera à des armateurs français ou américains.
« Le Ministre de la guerre lui remettra également des brevets en blanc pour différens grades dans l'armée.
s Fait et arrêté en Conseil exécutif, le 17 janvier 1793. L'an deux de la République française.
« Signé, Monge, Président; Le Brun, Ministre des Affaires étrangères. »
a Copie d'une lettre du Ministre de la Marine, an citoyen Genêt, Ministre de la République près les Etats Unis, en date du 8 lévrier 1793.
« Vous trouverez ci-joints, citoyen, 300 lettres de marque que vous pourrez distribuer à tous les Armateurs Américains qui voudront tenter la course contre les Anglais, les Hollandais, les Russes, les Prussiens et les Autrichiens.
« La mesure prise en France de les taire enregistrer au Bureau des Classes, sera suppléée par celle de les faire enregistrer à la Chancellerie des Consulats de France, situés dans tes ports d'où ces navires armés en course seront expédiés, ou dans les ports les plus voisins
« Signé, Monge. »
« Philadelphie le 31. Mai 1793 L'an 2e de la République
« Le Citoyen Genêt, Ministre plénipotentiaire de la République près les Etats unis, Au citoyen Le Brun, Ministre des affaires étrangères
« Citoyen Ministre : C'est parceque j'ai des volumes à vous écrire que cette lettre ci sera extrêmement courte. L'Amérique toute entière s'est levée pour reconnoître en moi le Ministre de la République Française; la voix du Peuple continue à neutraliser la déclaration de neutralité du Président Washington. Je vis ici au milieu de fêtes perpétuelles; .le recois des adresses de toutes les parties du Continent, je vois avec plaisir que ma manière de traiter plait à nos frères des Etats unis et je suis fondé à croire, Citoyen Ministre, que ma mission sera heureuse sous tous les rapports.
« Je joins ici des gazettes Américaines dans lesquelles j'ai marqué les articles qui me concernent, je n'ai pas eu le tems de les faire traduire.
a Le corsaire Le Sans Culotte que j'ai armé à Charlestown a pris 8 gros vaisseaux Anglais.
« Genêt »
[Lettre rie GENET à JEFFERSON, Secrétaire d'État des États- Unis.]
« New York, le 18 Septembre 1793.
« Monsieur, Persuadé que la souveraineté des Etats Unis réside essentiellement dans le peuple, et sa représentation dans le Congrès; persuadé que le pouvoir exécutif est le seul qui ait été confié au Président des Etats Unis; persuadé que ce magistrat n'a point le droit de décider des questions dont la constitution réserve particulièrement la discussion au Congrès;
La dénonciation que ces mêmes hommes ont excité M. le Président à faire porter contre moi par M. Morris m'est parvenue .... C'est au nom du peuple Français que je suis envoyé auprès de ses frères, auprès d'hommes libres et souverains : c'est donc aux représentais du peuple Américain, et non à un seul homme, à porter contre moi un acte d'accusation, si je l'ai mérité. Un despote peut seul demander à un autre despote la destitution de son représentant, et ordonner en cas de refus son expulsion, c'est ce que l'Impératrice de Russie a fait à mon égard vis à vis de Louis XVI; mais dans un Etat libre, il ne peut point en être ainsi, à moins que l'ordre ne soit entièrement interverti ; à moins que le peuple, dans un moment d'aveuglement, ne veuille river ses fers, en faisant à un seul individu l'abandon de ses droits les plus précieux. Je vous prie donc, Monsieur, de mettre sous les yeux du Président des Etats Unis la demande que je lui fais au nom de l'équité, de présenter à la discussion du Congrès 1" Toutes les questions relatives aux droits politiques de la France dans les Etats Unis. 2" Les différens cas résultans de notre état de guerre avec les puissances dont je vous ai fait connaître les actes d'aggression. 3° Les chefs d'accusation que le Ministre des Etats Unis auprès de la République Française est
chargé de porter contre moi Je vous dirai. . .
sans détour que j'ai été extrêmement blessé, Monsieur,
1» Que le Président des Etats Unis 2" 3"
4° Que ce premier magistrat d'un peuple libre, ait décoré son sallon de certains médaillons de Capet et de sa famille
« Agréez mon respect.
« GENET s
« Philadelphie; le 20 Décembre 1793, l'an 2 de la République française, une et indivisible.
« Le Citoyen Genêt, Ministre Plénipotentiaire de la République française près les Etats Unis, à M. Jefferson, secrétaire d'État des Etats Unis.
« Monsieur,
« La franchise, la candeur et la publicité étant les seules bases de la politique de la France devenue libre, et le secret de ceux qui dirigent ses affaires aujourd'hui, étant de n'en avoir aucun, je vous ai annoncé que je ferais imprimer nonseulement ma Correspondance avec le Gouvernement fédéral, mais aussi les Instructions qui m'ont été données par le Conseil 'exécutif de la République française; l'impression de ma Correspondance n'est point achevée, mais celle de la traduction de mes Instructions l'étant, je m'empresse de vous en envoyer deux cent exemplaires, en vous priant de requérir M. le Président des Etats Unis de vouloir bien les faire distribuer aux différens Membres du Congrès, et d'en donner communication officielle aux deux Chambres de ce corps législatif. Cette première partie du recueil que je vous annonce et que je vous ferai parvenir successivement, mettra les Représentans du Peuple Américain à portée de juger si ma conduite politique, depuis que je réside dans les Etats Unis, a été conforme aux intentions du Peuple Français; cette démarche que je dois à ma patrie, étant faite, laissant à vos sages Législateurs le soin de prendre, sur les points qui sont en négociation entre nous, les mesures que l'intérêt des Etats Unis leur paraîtra exiger, il ne me restera plus qu'à poursuivre, dans vos tribunaux, les auteurs et complices de cette trame odieuse, de cette série monstrueuse de mensonges, de certificats imposteurs, de bruits absurdes, au moyen desquels on a fasciné pendant quelque tems l'esprit public, et induit en erreur votre premier magistrat, dans la vue d'ébranler et de détruire peut-être l'alliance de deux Peuples que tout invite à s'aimer et à s'unir dans un moment où le danger le plus imminent pèse également sur l'un et sur l'autre.
« Agréez mon respect, GENET »
i Exposé succint de la conduite du Citoyen Genêt dans les Etats Unis de l'Amérique.
[Note rédigée au Ministère des Affaires étrangères, à Paris, probablement au début d'octobre 1793. ]
« Les vents n'ayant pas permis au Citoyen Genêt de prendre directement la route de Philadelphie, il débarqua à Cbarleston, dans la Caroline du Sud 11 y fut reçu avec le plus vif empressement et des acclamations les plus Flatteuses. Un Ministre de France décoré du beau titre de Républicain; et joignant un extérieur agréable à de grands talens populaires, ne pouvait l'être autrement.
a Mais ce brillant accueil parait dès le commencement avoir ébloui le Citoyen Genêt, se livrant sans réserve au zèle ardent qui l'anime, il interpréta trop Favorablement les témoignages d'attacbement dont on le comblait à l'envi. Eloigné de deux cent lieues du Siège du Gouvernement, n'étant pas encore reconnu comme Agent public, et ayant sous les yeux la proclamation de Neutralité du président des Etats Unis, il fit armer de son autorité privée quatre Corsaires pour tomber sur tous les Bàtimens Anglais qui se trouvaient dans les ports voisins, ou dans celui de Charleston. Il distribua pour cet effet les Lettres de marque qui lui axaient été remises en blanc patte Ministre de la Marine, mais dont suivant l'esprit de ses Instructions, il n'aurait dû se servir qu'après avoir obtenu l'assentiment du Gouvernement Américain. Ces Corsaires tirent bientôt des prises, et répandirent la consternation dans tous les ports.
« Sur toute la route, depuis Cbarleston jusqu'à Philadelphie, le Citoyen Genêt Fut traité avec la même distinction. Les Fêtes,
les adresses marquaient par tout l'époque de son arrivée
Un cortège nombreux de Citoyens de Philadelphie vint le recevoir à 4 milles de la Ville, et le conduisit en triomphe à son logement. Les adresses patriotiques, les réponses brûlantes se succédèrent rapidement; et un Spectateur peu instruit aurait cru que Genêt allait gouverne)', et non négocier avec les Chefs des Etats Unis.
« Washington le reçut avec cette gravité que donne l'habitude de diriger les affaires d'un peuple libre .... Étonné de cette conduite le Citoyen Genêt l'attribue à l'aristocratie du Gouvernement
« Pour expliquer la conduite de Washington et la méprise de
Genêt, il convient de faire connaître la situation actuelle des partis dans les Etats Unis.
« Le Congrès qui pendant la Révolution avait été le centre des opérations les plus importantes, tomba dans le mépris tout
de suite après la paix En 1788, on adopta une nouvelle
Forme de Gouvernement composé d'un Président, d'un Sénat et d'une Chambre de Representans. Ceux qui soutenaient cette nouvelle forme de Gouvernement furent appelés Fédéralistes, et leurs adversaires Antifédéralistes
a L'arrivée du Citoyen Genêt parait avoir réveillé le zèle de ces derniers. Ce .Ministre voyageant précisément à travers les Etats où ce parti est très nombreux, . . . crut voir un germe de Révolution, où il n'y avait réellement que quelque mécontentement, et beaucoup de Jalousie. Il se considérait comme soutenu par le peuple contre le Gouvernement
même L'égarement de ce Ministre est d'autant plus
étonnant qu'il aurait du savoir que le Gouvernement seul, et non une portion du peuple qui le Flagornait pouvait lui procurer les avantages qu'il était chargé de solliciter »
[Non signé.)
« Philadelphie le 20. Pluviôse
l'an 4,;. de la république française une et indivisible
a Le Ministre Plénipotentiaire de la République Française, près les Etats unis de l'Amérique Au Ministre des relations extérieures.
« Citoyen Ministre : La Correspondance du Citoyen Genêt avec le Ministre des Affaires Etrangères renferme les détails du plan aussi vaste que hardi qu'il avait formé pour rendre libres à la fois le Canada La Louisiane et les Floiïdes, brûler Halifax et détruire les pêcheries Anglaises de Terre neuve. Jamais on ne fut si près du succès et si ses ordres eussent été exécutés cette brillante révolution aurait été sans doute opérée ....
« Le Comité de Salut Public avait attiré à lui le Gouvernement après la journée du 31 Mai. Il destitua le Ministre entreprenant, dont les protecteurs n'étaient plus, il désavoua ses démarches ordonna le désarmement général et sacrifia une importante conquête, les agens qui l'avaient préparée, les
guerriers qui devaient l'entreprendre, à l'amitié promise de Washington.
« Le citoyen Fauchet, mon prédécesseur arriva aux Etats Unis à la veille de l'explosion; il dut l'arrêter, il le lit. La lettre de la Commission diplomatique en date du 1«. Prairial, l'an 2e. au Ministre des Affaires étrangères [c'est-à-dire lettre de Fauchet et des autres commissaires], rend compte des mesures qu'il prit à cet égard. J'y trouve l'expression du regret que l'abandon d'une si brillante entreprise lui arrache
v P. A. Adlt »
(M EL
[Lettre de GENET à sa nièce, la Maréchale NEY.]
« Prospect Hill [près d'Albany] le 16 avril 1832.
« Je viens de recevoir une lettre de M'' Perrier datée
le 7. lévrier 1832 La lettre de ce premier Ministre est
conçue ainsi « Monsieur, Le Mémoire que vous avés fait
parvenir au Roi m'a été transmis par ordre de Sa Magesté. Je l'ai examiné avec l'intérêt que méritent vos anciens services; Mais les changements survenus dans notre Législation générale, ont introduit des règles formelles, dont aucun Ministre n'a le pouvoir de s'affranchir. Ainsi, Monsieur, les réclamations pécuniaires que vous auriés à faire valoir, sont frappées d'une déchéance irrévocable, par le seul fait de leur origine qui remonte à une époque antérieure à 1800.
« Vous n'êtes pas mieux fondé pour réclamer une pension de retraite, Le règlement des affaires Etrangères exige aujourd'hui 30 ans de services effectifs et les vôtres sont loin d'avoir une telle durée
« Quant à une récompense honorifique Je saisirai avec plaisir l'occasion de soumettre vos titres à Sa Majesté .
i Recevez »
« A vous dire la vérité, des honneurs sans quelque
fruit n'adoueiroient point ma détresse; Je consentirais si l'on ne croyait point propre de me replacer ici comme Ministre, d'accepter la place de consul gênerai qu'on a eu tort de supprimer ou même celle de simple consul à New York.
[Signé) « E. C. Gjsnilt »
(M EL
[ Lettre de Genêt à la Maréchale Nev. ]
c Newyork. le 25. septembre 1833
« Ma Chère nièce
« Mais ce qui est bien singulier, et ce que vous ne savés pas, c'est que dans le l'ait, quoique le parti fédéral anglois alarmé de mes succès et de l'influence que .le gagnois dans le congrès ait fait demander en 1794 [mon] rappel par Washington, Je ne l'ai Jamais été, la lettre qui nie l'ut remise par mon successeur fauchetse bornant, dans le langage grossier d'alors, à m'ordonner au nom du conseil exécutif de lui remettre les pièces de ma correspondance et celles de ma Comptabilité. Je suis en conséquence comme une sentinelle qui n'est point relevée s