SOPHIE GENET
Mariée à Lucien PANELLIER
Sophie, la plus jeune des sœurs de votre père, était agréable mais point jolie; l'excellence et la pureté de son cœur la font généralement chérir dans sa famille; fort jeune encore elle éprouva les plus cruels revers de la fortune, mariée au fils d'un homme qui possédait des millions, en superbes terres, elle a vu tomber cette fortune dès les premières années de son mariage. D'imprudentes entreprises amenèrent la faillite de la maison Panellier, qui jusqu'à cette époque avait joui de la plus haute considération et avait été ennoblie par nos Rois, comme citoyens utiles à la France par le perfectionnement qu'ils avaient introduit dans la culture des terres et l'aménagement des forêts.
La révolution vint consommer cette ruine. La fille unique de ma sœur madame Panellier, fut élevée dans mon institut de S'-Germain et profita de toutes les parties d'enseignement à un tel degré que, si la fortune ne fut venue récompenser ses vertus et son zèle, elle aurait pu vivre 'par ses talens comme musicienne et comme peintre.
Le fils de ma sœur excité par l'espérance d'être utile à sa vertueuse et malheureuse mère, voulut partir pour S'-Domingue en qualité de secrétaire du Général le Clerq. A vingt ans, il y trouva une mort [im] prévue, la fièvre jaune l'emporta en peu d'heures, il expira tenant dans ses mains les portraits de sa mère et de sa sœur et disant ces mots: « Ma bonne mère, ma chère Alexandrine, c'est « pour vous que je suis venu chercher la mort. »
A cette époque le Maréchal Ney était ambassadeur en Suisse; il fallait absolument distraire ma sœur qui aurait succombé à la douleur d'une perte aussi cruelle; il eut la sensible et généreuse idée d'envoyer chercher M""- Panellier et sa fille, sous le prétexte que sa jeune compagne avait besoin des avis d'une tante expérimentée pour diriger la maison d'un ambassadeur. La pauvre Sophie crut à cette nécessité, regarda comme un devoir de se rendre à l'invitation de son neveu, et partit pour la Suisse. Là se trouvait M1 Lambert, commissaire ordonnateur d'une armée de quarante mille hommes, doat Ney avait le commandement, et qui appuyait en Suisse l'ambassade du Général. M1' Lambert vit Alexandrine Panellier chez sa cousine, il fut charmé de sa jolie ligure, de la vivacité de son esprit, de ses talens et la demanda en mariage. Peu de temps après le Général ambassadeur étant revenu à Paris, on lit les noces de M1' Lambert et d'Alexandrine Panellier. Son mari a, depuis, parcouru toute l'Europe à la suite de cette armée glorieuse, formidable, anéantie, mais immortelle, comme tout ce qui a été grand mérite de l'être. Mr Lambert a pensé périr à Torgo en revenant de la funeste campagne de Moskow. Il a été sauvé par les soins d'un habile médecin, est rentré en France avec le titre de Baron et a sa retraite comme ancien Inspecteur général aux revins, intendant des armées françaises. Il jouit d'une belle fortune, passe l'été à sa maison de campagne de Draveil, l'hiver à Paris, et l'aimable Alexandrine après avoir eu le malheur de perdre trois enfans, a, en ce moment, un fils charmant âgé de cinq ans et une petile tille jolie comme sa mère; ces deux enfans font le bonheur de cet estimable ménage; le garçon est mon filleul, il se nomme Aimé, c'est un gros Brun qui lance des pierres cl grimpe au liant îles arbres mieux qu'aucun des polissons du village de Draveil; la fille se nomme Blanche Adèle. Sa mère a voulu qu'elle
porta le nom de cet être si aimable, si révéré, si pleuré par toute la famille, mais on la nomme Blanche en présence de la Maréchale Ney, de M"10 Gamot et de ses filles, qui ne peuvent encore entendre le nom d'Adèle sans que leurs coeurs n'en éprouvent à l'instant même la plus vive douleur. Le sentiment que j'éprouve à ce nom est tout à fait différent, j'aime à l'entendre prononcer, et je le considère comme méritant une vénération héréditaire dans notre famille.
Mme Lambert est filleule de votre père et lui est bien tendrement attaché, elle a le cœur le plus sensible et sa famille lui est chère, quelque soit le lieu où elle réside et quelque soit le rang où elle soit placée. Je ne vous parle pas de M1' Panellier; il vit des secours des siens, mais point dans la maison de M1' Lambert, qui en se mariant a seulement contracté l'engagement de recevoir sa belle-mère.