Que disait-on des autres
27. Quel geste fit l’étranger en entendant les paroles de la jeune femme ?
28. La jeune épouse avait-elle encore foi dans le succès de son mari ?
Ces îles nées d’une poussée de feu sous-marin: Nous avons donné, dans la trente et unième leçon, les règles pour la formation du pluriel des noms composés. Pour les adjectifs composés, la règle d’accord peut se formuler ainsi : —
Règle. — Les mots qui entrent dans la formation des adjectifs composés s’écrivent comme le sens et la nature des mots l’indiquent.
Voici quelques exemples : —
Io. Un feu sous-marin.
Des feux sous-marins (sous préposition, invariable).
2°. Un enfant nouveau-né.
Des enfants nouveau-nés (nouveau employé adverbialement , invariable).
3°. Un enfant bien-aimé.
Des enfants bien-aimés (bien adverbe , invariable).
4\ Un enfant premier-né.
Des enfants premiers-nés (premiers et nés, adjectifs , varient).
Quarante-huitième Leçon.
Sur la Dune (fin).
Cette obstination dans l’illusion, cette foi persistante malgré la certitude du désastre, n’étaient-elles pas un indice de dé-
Quarante-huitième Leçon.
menee ? Après deux ans de silence, que pouvait-on espérer encore, sur le sort de semblables naufragés? Sincèrement je crus que les chagrins, les veillées de l’attente avaient troublé l’imagination de la pauvre femme. A cause d’elle si jeune, de son enfant si fragile, j’emportai de ma rencontre la plus vive impression de sympathie.
Dès mon retour à la ville, je m’informai. J’appris que la malheureuse se refusait à désespérer. Aux premiers temps, sûre du succès, comptant aller retrouver son mari quelques mois seulement après l’installation de la colonie, elle ne s’était réservé que fort peu d’argent ; dans l’attente de la fortune, elle ne l’avait pas ménagé; ses pauvres ressources s’étaient vite envolées.
Dès lors en butte à la misère, sans appui, sans parents, elle n’avait pas voulu demander son pain au travail ; elle se gardait libre pour vaguer, du matin jusqu’au soir, sur la dune, et, fouillant l’horizon, elle ne s’arrêtait de guetter que pour invoquer en faveur du retour espéré les Christs des calvaires.
Elle vivait, elle et son enfant, de soupe à l’eau, de pam mendié. L’emploi que tenait autrefois son mari dépendait de l’administration des douanes et, grâce à ces circonstances, elle avait obtenu, pour s’y loger, la concession d’un ancien poste abandonné sur les sables de la dune.
Ce poste n’était qu’un vieux canot qui, renversé la quille en l’air, reposait par ses plats-bords sur des murs bas de galets. Percé d’une porte et d’une fenêtre, il avait été placé là, comme abri pour les douaniers contre les gros temps. , Battu par l’ouragan, ravagé par l’âge, rebouché sur toutes ses fissures à l’aide de planches parasites, on eût dit l’Arche échouée.
Pendant mon séjour, je vins souvent dans ce logis apporter secrètement des provisions. Presque toujours la jeune femme était absente, mais elle ne s’inquiétait pas de fermer la porte : une paillasse et de mauvaises couvertures, une cruche, une casserole composaient seules son mobilier.
Pourtant, une fois je la rencontrai. Son costume, dernier vestige de son ancienne condition, contrastait étrangement avec le désarroi de sa demeure, et sur elle ne laissait pas paraître cette négligence si naturelle aux gens que le malheur accable et qui s’y abandonnent. Elle résistait, soutenue par son espoir.
Je lui renouvelai des offres que bien d’autres personnes lui avaient faites avant moi, l’offre de tenter des démarches en sa faveur, de lui trouver du travail. Comme elle avait découragé les autres, elle me découragea par ses refus. Vainement je lui représentai les dangers que courrait la santé de son enfant pendant l’hiver, sous ce canot délabré. Pour elle, quitter la dune, c’était abandonner son rêve, rentrer dans la réalité, céder aux tristesses décourageantes. Plutôt que désespérer, elle préférait, disait-elle, la mort.
Quelques années après mon séjour à Dunkerque, j’étais venu passer une saison de bains à Ostende et, parmi la société la plus élégante qui fréquentait la plage, je distinguai bientôt une jeune femme dont j’avais entrevu déjà le profil grave. Je n’osais la saluer, ne me rappelant pas exactement si notre rencontre antérieure pouvait autoriser de ma part cette démonstration amicale; mais elle m’avait aperçu. Soupçonnant mon embarras, elle vint à moi, se fit connaître.
C’était l’épouse affligée, la mère suppliante que j’avais rencontrée jadis aux pieds du Calvaire. Quel changement en si peu d’années, et comment était-elle sortie du cabanon des dunes pour venir habiter une des plus belles villas d’Ostende ?
Son récit fut simple; sa foi l’avait sauvée. Porte de son illusion, elle ne s’était pas laissé abattre par le mauvais sort, et le jour vint où, tandis qu’elle scrutait l’horizon, apparut à ses yeux la corvette qui lui ramenait son mari.
Quoi qu’en eût dit la chronique d’alors, les trois cents colons n’étaient pas morts sur leur îlot volcanique. Recueillis par un navire anglais, ils avaient gagné l’Australie, pays neuf où
Quarante-huitième Leçon.
les esprits intelligents, hardis, peuvent encore trouver la fortune rapide. Et le mari reparaissait riche. Ayant tenté l’élevage des moutons, il avait réussi, mais n’avait pas envoyé de ses nouvelles, se réservant la vanité de surprendre par une arrivée triomphale tous ceux de son pays qui l’avaient blâmé.
En attendant de repartir avec sa femme et son enfant, il était venu, pendant une saison de repos, étaler brillamment sa fortune nouvelle.
Il se promenait à quelque distance sur la plage et faisait jouer son fils, un gaillard de six ans. La jeune femme me conduisit vers eux, me présenta, rappela les circonstances de notre ancienne rencontre pour les faire connaître à son mari. Lui, par manière de remerciement, me tendit la main ; je sentis sa pression vigoureuse, et tout en le considérant, halé, fort, bien trempé pour la lutte, je songeais que la vie n’est généreuse et féconde qu’envers ceux qui ne craignent pas de se risquer pour elle, et qu’elle assure le succès à ceux seulement que soutient un invincible espoir et qu’entraîne un irrésistible génie d’entreprise.
Questions.
1. Quelle impression le voyageur emporta-t-il de sa rencontre avec la
jeune femme ?