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Pour qui la vie est-elle généreuse et féconde

Il était venu pendant une saison de repos, étaler brillamment sa fortune nouvelle.

On a expliqué dans la vingt- septième leçon que beaucoup des adverbes de manière se forment par l’addition de la terminaison ment au féminin des adjectifs. Il y a un certain nombre d’exceptions à cette règle.

Quarante-neuviè me Leçon.

En voici les principales : —

Adjectifs.

Adverbes.

aveugle

aveuglément

bref

brièvement

commun

communément

conforme

conformément

confus

confusément

diffus

diffusément

énorme

énormément

exprès

expressément

immense

immensément

impuni

impunément

obscur

obscurément

précis

précisément

profond

profondément

traître

traîtreusement

uniforme

uniformément

Quarante-neuvième Leçon.

Une Histoire Vraie.

Minuit venait de sonner à toutes les horloges de Saint- Pétersbourg, et maint passant attardé regagnait rapidement ses pénates. C’était au mois de juin, la splendeur de la nuit toute constellée d’étoiles qui brillaient au firmament comme autant de diamants jetés au hasard par la main profuse d’un semeur millionnaire, faisait lever la tête au plus distrait des marcheurs. Sortant d’un des restaurants à la mode, un jeune homme de 25 à 26 ans se hâtait comme les autres vers sa demeure. Il était de haute stature, avec des yeux bleus et des cheveux blonds, mais l’expression douce de son visage était contrebalancée par les formes herculéennes de son corps. Ses épaules carrées, sa taille bien prise, sa poitrine largement

développée en faisaient un magnifique spécimen de la race humaine. Il n’avait pas marché cinq minutes quand il arriva chez lui : au moment où il allait ouvrir sa porte, un homme vêtu de vêtements sombres se détacha de l’ombre formée par le mur de la maison vis-à-vis et, s’approchant de lui, l’interpella en ces termes : “ Ivan Dimitroff ? — C’est moi. — Au nom du Czar, je vous arrête ; vous avez à choisir : quitter la Russie par le premier train du matin ou partir pour la Sibérie. — De quoi suis-je accusé ? — Il n’importe, c’est l’ordre du Czar.” — Et comme le malheureux jeune homme s’apprêtait à faire de nouvelles objections aux tyranniques injonctions du policier, deux autres hommes parurent, prêts à soutenir par la force brutale l’ordre qui venait d’être donné. Force fut donc à l’infortuné d’obéir. Il rentra chez lui, réunit dans une malle les principaux objets qu’il lui était possible d’emporter, prit le peu d’argent qu’il avait, et comme les premiers rayons du jour levant commençaient à ensoleiller le sommet du palais des Czars, il partit, accompagné jusqu’à la gare par les agents de police qui avaient l’ordre de ne l’abandonner qu’au moment du départ.

Quinze jours plus tard, il débarquait à New-York.

Quelle avait pu être la cause du bannissement d’Ivan ? A souper, au restaurant, il avait amèrement critiqué un des derniers ukases du Czar, et cela avait suffi à le faire exiler pour toujours de sa patrie.

A New-York, son histoire tout le monde la connaît: c’est celle ‘de tous ceux qui arrivent inconnus dans un pays étranger dont ils ne connaissent ni la langue ni les habitudes. Le jour de son débarquement, toute sa fortune se montait à 40 dollars, qu il employa a payer d’avance cinq semaines de pension dans un petit hôtel des environs de Broadway. Les cinq semaines finies, la misère commença, d’abord supportable, bientôt terrible, la misere noire, c’est-à-dire, le lever sans déjeuner et le coucher sans souper. Et pourtant Ivan n’était pas lâche, il ne deman-

Quarante-neuvième Leçon.

dait qu’à gagner honnêtement sa vie. De guerre lasse, il s’engagea comme terrassier dans une compagnie de chemin de fer (c’était, je crois, le West-Shore) qui était en train d’établir une ligne de New-York à Buffalo, et de jour en jour, d’étape en étape, il arriva à la fin de la tâche. A Buffalo il fit la connaissance d’un marchand de vêtements, qui lui confia une petite pacotille qu’il partit vendre dans les villages environnants. Ce fut un vrai succès, et au bout de quelques mois il était propriétaire d’une charrette et d’un cheval, et gagnait assez d’argent pour mener une existence confortable. Mais (O faibles coeurs que nous sommes) un souvenir lui tenait à l’âme, dont la pensée fréquente le torturait de douleurs sans nom. Il aimait une jeune fille. Bien des fois il lui avait écrit, mais jamais il n’en avait eu de réponse ; les limiers du Czar avaient évidemment intercepté sa correspondance. — Un matin, comme je me préparais à sortir, la bonne de la maison que j’habitais m’apporta une carte postale, ne contenant que ces mots, écrits du reste en français : u Si vous voulez me voir, venez demain au dock de la ligne hambourgeoise, je retourne en Russie.” — Inutile de dire que je fus exact au rendez-vous. Là, j’essayai de lui démontrer la folie de son entreprise, je lui dépeignis l’impossibilité qui se présentait de franchir la frontière russe. “ Oh non, me dit-il, j’irai en chemin de fer jusqu’à la dernière station allemande, je passerai la frontière la nuit et je marcherai jusqu’à Saint-Pétersbourg.”

Je tentai encore un effort, je lui montrai les mines de la Sibérie prêtes à le recevoir et à se refermer sur lui pour jamais : “Tout ce que vous me pourrez dire, répliqua-t-il, je le sais, et mieux que vous, mais j’ai résolu de tout braver, ma décision est inébranlable, je pars dans une heure ; si je réussis, je vous écrirai ; si je suis arrêté et envoyé en Sibérie, vous n’entendrez plus parler de moi.”

Je n’ai jamais reçu de ses nouvelles.

Questions.

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