‹ Livre de mes fillesChapitre 12 sur 29 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Payez votre dette à vos parents, jeunes hommes 5 payez-la par une affection dévouée et reconnaissante qui ne se démentira jamais. Gardez-leur une place dans votre pensée et dans votre cœur. . .

Mais tournez-vous résolument vers l'avenir 5 c'est eux-mêmes qui vous le demandent. Vous étiez leur filsi soyez vous maintenant. Faites votre personnalité.

Allez à la vie qui vous appelle 5 allez à tout ce qui est bon et sain, à tout ce qui est la raison de vivre.

Allez au devoir, c'est-à-dire à l'action et au travail. Allez au bonheur, c'est-à-dire à l'amitié et à l'amour.

Agir et aimer! voilà la vie active de l'homme.

C'est le double commandement de la nature et de la morale : agissez et aimez !

Agissez, combattez, travaillez! dit la loi humaine, la loi impérieuse et rude.

Aimez! dit la loi humaine encore, la loi douce qu'écoute la jeunesse, promptement convaincue et charmée.

Aimer, c'est le devoir aussi, le devoir facile, à l'ac-

complissement duquel on s'élance. C'est le devoir, et, par suite, s'il est normal que le sentiment le dicte, la raison doit le contenir et le régler.

L'amour n'est donc pas affaire vaine et frivole.

C'est avant tout une chose belle et pure comme le ciel même 5 mais c'est une chose sérieuse, grave, élevée et sereine, qui répugne à ce qui est bas, à ce qui salit, à ce qui dégrade.

L'amour, d'où naît la vie, est la base même de la famille. C'est lui qui la forme et la fait durer. Il rend aisés et agréables les devoirs parfois lourds qu'elle impose.

Aucun sentiment n'a sa force et sa puissance.

C'est par l'amour qu'on fait son bonheur personnel 5 c'est par lui qu'on mène le monde.

Aimez si vous voulez être aimé. Qui est incapable d'aimer vraiment, entièrement, ne saurait se faire aimer.

L'homme qui sait aimer les autres hommes, qui sait aimer les peuples peut seul les conduire et les bien gouverner.

L'amour engendre l'amour.

Sachez aimer, jeunes gens, de tout votre cœur et de toute votre âme.

Si vous en êtes capable, si vous aimez l'amour même, avant de rencontrer celle qui sera l'objet de votre amour, vous vous défendrez de la débauche.

des grossiers appétits des sens, de ce qui flétrit et avilit le jeune homme.

Gardez votre jeunesse, la fraîcheur de vos sentiments, votre santé et votre dignité.

C'est tout cela qui se perd dans ce qu'on appelle, probablement par dérision, le plaisir.

C'est tout cela qu'on gâte en quelques heures et qu'on passe la vie entière à regretter.

Peu de jeunes gens se complaisent à la débauche. Il y faut un esprit bas, des sentiments vulgaires qui heureusement sont assez rares. Mais l'entraînement, un sot orgueil, l'absurde préjugé qui veut voir dans ces folies malpropres un attribut de la jeunesse, corrompent le plus grand nombre.

Celui qui aura le respect de soi, la délicatesse des sentiments et une volonté développée ne succombera pas à de pareilles tentations. Il portera haut la tête , sans voir la boue qui est à ses pieds, sans se laisser jamais attirer par elle. Il se conservera jeune de cœur et jeune de corps pour l'amour vrai et sain qui élève l'homme au-dessus de lui-même, tandis que la corruption le ravale au-dessous de l'animal.

Et s'il aie bonheur, dès ses vingt ans, de voir naître en lui l'amour sincère et noble qui s'y épanouira plus urdj s'il a pu choisir celle dont il espère faire un jour sa fiancée, puis sa compagne, la résistance aux excitations grossières lui deviendra facile. Il aura, dans

son amour, une cgicîe quî le garantira plus sûrement que les meilleures résolutions.

Il pourra dire à celle qu'il aime, avec Tcxccllent poète Auguste Dorchain :

C'est que votre image , bercée Dans mon cœur qui songe au plaisir, Est comme une bonne pensée Qui chasse tout mauvais désir.

Rien n'est beau et pur comme l'amour du jeune homme et de la jeune fille, comme le couple rayonnant de grâce et de charme que forment deux fiancés.

Aimez donc, jeunes gens!

Aimez, mais sachez bien choisir la femme que vous aimerez. Avant de vous abandonner au sentiment sérieux, si doux et si fort, qui vous absorbera, écoutez votre raison. Laissez -lui l'action souveraine qu'elle doit avoir pour que l'amour ne naisse pas d'une passion fugitive que vous auriez à regretter plus tard 3 pour qu'elle dise formellement «non» à votre cœur, lorsqu'il n'est encore qu'ému, si votre cœur a tort.

Choisissez bien. Aimez qui vaut d'être aimée, qui vaut de vous prendre complètement et pour toujours.

Parmi les jeunes filles, comme il en est heureusement beaucoup, que vos mères élèvent si tendrement, à l'abri de tout contact, de tout souffle mal-

sains, parmi celles dont le visage et la personne entière respirent la dignité, la droiture, la parfaite santé morale, comme la santé physique qui fait la beauté j parmi celles-là, et celles-là seulement, recherchez qui doit être vôtre , qui sera Télue de votre cœur.

Aimez-la 5 vous vous ferez aimer. Telle est la loi de la maternelle nature 5 Tamour appelle Tamour.

Si le malheur voulait qu'il n'en fût pas ainsi, vous aimeriez quand même, et vous souffririez. Ce sont des souffrances qui trempent l'homme fort et que le temps apaise.

Mais laissons cette douloureuse éventualité. Ce n'est qu'exception dont votre clairvoyance et l'instinct de votre cœur vous garderont aisément.

Vous aimerez et vous serez aimé 5 et vous goûterez ainsi à ce qu'il y a de meilleur en ce monde.

Oh! la chose délicieuse, la jouissance exquise que le pur et chaste amour dans une âme jeune! Aucun ciel aux béates félicités ne vaut la terre pour elle 5 aucun rêve n'approche de la réalité ineffable et radieuse.

L'homme qui connaît cette suprême joie, cet enchantement de tout l'être, et qui le prend pour point de départ et pour base de sa vie, peut regarder l'avenir avec confiance. Il a plus fait pour l'assurer, pour assurer son bonheur et son succès même, que s'il s'était livré à de savants et pratiques calculs.

Donner pour préface à son existence d'homme, pour fondement à la famille dont on sera le chef, l'amour, l'amour sain et fort, enthousiaste et grave, qui élève et purifie, embellit et idéalise, c'est faire œuvre morale et utile, œuvre de raison et de sagesse.

L'homme de devoir, de volonté ferme et de courage, est celui qui sait le inieux aimer.

Il sait accorder à l'amour la grande place à laquelle il a droit, la part importante qui lui revient dans ses pensées et dans ses actes.

— Agis de la sorte, jeune ami qui lis ces pages.

Sache aimer!

Que l'amour et la raison tout ensemble te dirigent dans le choix de la compagne de tes jours!

Que vous m'apparaissicz tous deux, dans l'avenir proche qui est devant nous, comme une personnification de la famille d'où naîtra une France rajeunie, plus belle et plus forte que jamais.

Que je puisse vous bénir, avec le poète :

Vous, enfants dont le front de tant de clarté brille 5 Toi, jeune homme vaillant 5 toi, douce jeune fille.

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