CHAPITRE IV
Agir,, c'est vivre.
Penser et vouloir ne seraient rien, s'ils ne servaient à agir.
L'action, l'activité, le travail sont nécessaires à l'équilibre moral et physique de l'homme. Ce sont les conditions mêmes de son existence. Ce sont aussi les conditions d'existence des sociétés humaines.
La nature a voulu qu'ils soient pour tous une obligation matérielle 5 la loi morale en a fait un devoir.
L'homme d'action est l'homme utile, utile à luimême, utile à ses semblables, utile à son pays.
La France a besoin, plus que jamais, d'avoir en ses enfants des hommes d'action.
Elle ne manque pas d'hommes de paroles. Durant tantôt vingt siècles on a vanté l'éloquence de nos pères. C'est surtout aux jours de la défaite qu'ils recevaient cet ironique compliment. César massacrait ou traînait sanglants à son char de triomphe les orateurs gaulois. Ils avaient bien parlé, trop parlé j et la Gaule était asservie.
64 UHOMME.
Par bonheur, notre race a montré, dans sa longue et glorieuse histoire, qu'elle savait agir, aussi énergiquement et mieux peut-être qu'aucune autre. Deux mille ans de travail, de combat et de gloire sont là pour le prouver. Et, près de nous encore, la fin du dix-huitième siècle et le commencement du dixneuvième ont dit assez haut de quelle vigueur nous étions capables, ce que nous vivions faire pour la liberté, pour l'indépendance et la grandeur de la Patrie .
Il importe que nous retrouvions aujourd'hui le sentiment et la volonté de l'action. L'avenir de la France, sa vie même sont à ce prix.
Si, pour faire œuvre de bon Français, il faut devenir homme d'action, il le faut encore pour bien se servir soi-même.
C'est par l'action continue, énergique, qu'on obtient le succès, qu'on joue utilement son rôle sur la scène du monde, là où le destin nous a placés. Pour marquer son empreinte dans le milieu où l'on se meut, pour s'élever, il faut agir, agir sans se lasser, sans se décourager jamais.
L'action a cette vertu encore d'entretenir en nous et de développer les forces du corps et de l'âme, d'assurer la santé physique et la santé morale. L'action est le mouvement, l'activité, c'est-à-dire la vie.
L'inertie, l'indolence, c'est l'immobilité 5 et l'immobilité, c'est la mort.
Dans l'action sous toutes ses formes, action intellectuelle, action morale, action physique, sont les manifestations de ce qu'on a appelé la «vie intense», la seule qui convienne aux grandes âmes, la seule peut-être qui vaille la peine d'être vécue.
Le jeune homme qui se sent enclin à l'inaction, à la mollesse, doit combattre cette tendance de toutes les forces de sa volonté. Il doit énergiquement réagir, s'il ne veut pas qu'un simple penchant devienne, avec le temps, une habitude invétérée qui annihilerait toute ses qualités naturelles ou acquises, qui le mettrait hors d'état de remplir ses devoirs actifs.
On s'entraîne à l'action, tout comme on forme son caractère en exerçant sa volonté.
Il n'est rien qu'on n'obtienne à l'aide d'un effort soutenu.
Je dirai donc au jeune lecteur qui écoute ici mes conseils :
— Sache agir 5 deviens homme d'action !
Et j'ajouterai :
— Sois actif, laborieux 5 donne au travail le meilleur de ta vie.
Toute action n'est pas un travail.
Le travail est l'action fructueuse et méthodique, l'action qui crée, qui transforme, en un mot, qui produit.
Il ne suffit pas de se livrer àTactionj il faut encore s'adonner au travail, à l'action productrice de biens intellectuels ou matériels.
Le travail est la primitive et éternelle loi humaine, qui s'impose également à tous.
Il grandit l'homme et l'ennoblit.
Il est une nécessité pour l'immense majorité 5 il est un devoir pour tous.
Que l'on jette un coup d'œil sur la marche de l'humanité, et l'on verra que le travail fut en tout temps la condition de son existence et l'instrument de ses progrès.
Par le travail, autant que par l'intelligence et le courage, l'homme a assuré sa domination sur les animaux j il a capté et asservi les forces de la nature.
La civilisation en général et, en particulier, la puissante civilisation européenne sont les filles du travail humain.
«Le travail, c'est la liberté», dit une chanson populaire.
De fait, le travail assure à celui qui s'y livre une indépendance, une dignité de vie à laquelle l'homme oisif ne saurait prétendre.
Pour l'homme sans fortune, il est de nécessité absolue. C'est une obligation matérielle et légale, en même temps qu'un devoir social.
Le devoir de travailler subsiste encore pour le
riche, qui profite des biens que d'autres ont acquis et lui ont légués. Ce devoir, il le doit remplir au même titre que le pauvre.
Quel est le rôle sur notre terre , quelle est l'utilité pour son pays, pour la société humaine, d'un homme qui ne travaille pas, qui ne produit rien.^ On les chercherait vainement.
Et quelle dignité peut avoir la vie, quelle fierté, si l'on a conscience de n'apporter aucune aide à la société en travail, de ne concourir en rien à l'œuvre sociale, à l'œuvre nationale en perpétuelle formation ?
L'homme riche a la possibilité , il a le devoir, par conséquent, de travailler plus et mieux qu'un autre, parce qu'il est autrement armé, parce qu'il dispose de moyens d'action plus puissants. Le fait qu'il n'attend pas, pour vivre, d'avoir récolté les firuits de son travail , lui permet de choisir sans contrainte la tâche à accomplir, de se livrer à des travaux désintéressés, à des entreprises d'utilité générale.
Si le père possède une usine, une maison de commerce ou de banque, des domaines qu'il exploite, il est préférable, quand c'est possible, qu'il engage son fils dans la même voie, et l'associe à lui pour l'aider d'abord, pour le continuer ensuite, en lui donnant la volonté de faire prospérer et de développer ses entreprises.
Lorsque le jeune homme riche ne saurait, pour des raisons diverses, succéder à ses parents, il peut,
avec ses propres ressources, faire œuvre d'initiative, fonder des usines, des comptoirs commerciaux, des exploitations agricoles 5 il peut mettre en valeur des régions auxquelles il ne manque que le capital pour devenir productives 5 il peut exploiter de nouvelles sources de richesses.
L'industrie, le commerce, l'agriculture ouvrent un champ illimité à toute activité laborieuse. C'est de leur côté que le plus grand nombre doit se tourner, parce qu'il y a place pour tous, parce que rien n'y entrave l'action énergique et indépendante.
Pour ceux qui ont d'autres aptitudes ou d'autres goûts, il existe encore bien des voies. Les recherches scientifiques, l'art, les lettres, l'armée, la marine, les emplois civils de l'État offrent, aux riches comme aux pauvres, des carrières utiles et honorables.
Devant le fils de famille opulente ou aisée, toutes les portes s'ouvrent sans peine 5 tout lui est facile à ses débuts dans la vie. Il a pu acquérir, mieux que d'autres, une suffisante instruction j il a un plus grand choix quant à la carrière à embrasser, quant au chemin dans lequel il s'engagera.
Mais là se bornent ses avantages, peut-être compensés, d'ailleurs, par l'inconvénient d'une enfance trop douce, d'un bien-être qui amollit les corps et prépare mieux au caprice qu'à la volonté, à la rêverie qu'à l'action.
Il n'importe.
— La vie est devant vous, jeunes hommes 5 elle sera ce que vous la ferez.
Le point de départ n'a qu'une médiocre importance quand la route est longue à parcourir. En quelque situation que le destin vous ait placé, que vous soyez né, que vous ayez vécu enfant et adolescent dans la pauvreté, dans l'aisance ou dans le luxe, votre sort est en vos mains.
Le moyen de réussir est pour tous le même :
— Travaillez! Travaillez courageusement, énergiquement!
Ce n'est pas le plus riche de vous qui aura la vie la plus heureuse, ni même la plus prospère et la plus brillante. Ce n'est pas encore le plus intelligent. C'est celui qui saura allier la fermeté du caractère à l'ardeur au travail.
— Travaillez, travaillez toujours ! Travaillez pour vous-même 5 travaillez pour le bien des vôtres et pour le bien général 5 travaillez pour votre satisfaction, pour votre plaisir.
Le travail rend la vie facile et heureuse j il apaise les chagrins 5 il aide à supporter les maux inévitables.
C'est la virile et sainte loi humaine, et c'est la loi sociale par excellence.
Le travail est créateur de vertu.
L'oisiveté, dit un proverbe, est mère de tous les vices.
L'homme oisif n'est pas seulement inutile 5 il est funeste à la société, funeste à lui-même. Ne rien faire est impossible : qui ne travaille pas, qui ne fait pas le bien, fait nécessairement le mal.
Le travail entretient la vie 5 l'oisiveté paralyse et tue.
Le fer qui ne sert pas se rouille. Le cerveau et les membres inemployés s'affaiblissent et s'atrophient.
Les hommes que le travail occupe, qui mènent une vie active, ont chance de conserver leurs forces et leur santé. Ils ne sont pas soumis aux influences extérieures, aux appréhensions qui assaillent le paresseux. Ils ne vont pas, chaque matin, consulter le baromètre, regarder l'état du ciel et voir dans la glace la couleur de leur langue. Ils vivent, ils agissent 5 ils dispersent et brûlent tous les germes morbides qui pourraient menacer leur esprit et leur corps. Ils sont sains, moralement et physiquement, parce qu'ils sont actifs.
Le travail fait supporter allègrement les charges de l'existence et ses petites misères 5 il donne la bonne humeur et la gaîté.
L'oisiveté invite, au contraire, à méditer sur les moindres contrariétés 5 elle les grossit, grossit les peines et les douleurs, et, par là, engendre la tris-
tesse, la mauvaise humeur, l'hypocondrie, cette maladie de l'âme, mère des maladies du corps.
Ces résultats se perçoivent mieux si l'on réside hors de l'Europe, dans quelque pays au rude climat, à l'accablante chaleur, où tout s'exagère, où les choses apparaissent avec un relief qu'elles n'ont pas dans les pays tempérés.
Les Européens vivent là dans un milieu hostile à leur race 5 tout leur est ennemi : le soleil, l'atmosphère et la terre, avec les animaux et les insectes qui y pullulent.
En général, ils travaillent peu, font le moins de mouvement possible et s'abandonnent, accablés, aux forces destructives de la nature. La maladie et la mort frappent à coups redoublés dans leurs rangs.
Ceux d'entre eux, et c'est malheureusement le petit nombre, qui réagissent et déploient une constante activité intellectuelle et physique, se défendent beaucoup mieux, passent impunément au milieu des périls, font leur tâche et conservent la vie et la santé.
Toutes ces constatations sont concordantes 5 elles justifient l'impératif commandement du travail quç la sagesse a toujours donné à l'homme.
Elles excusent l'insistance de mes conseils aux
lecteurs dont je voudrais faire des disciples afFectionnés. Elles me permettent de leur répéter :
— Travaillez, travaillez sans cesse! Ne soyez jamais inactifs, jamais oisifs.
Le repos du corps s'obtient dans le travail de l'esprit, et le repos de l'esprit dans le travail du corps.