‹ Livres et questions d'aujourd'huiChapitre 11 sur 44 · Ces quatorze sections Sont les suivantes : I. Pensées sur · texte numérisé non relu

Ces quatorze sections Sont les suivantes : I. Pensées sur

à l'autre de ces groupements, il existe une c< continuité logique » indéniable. Et assurément M. Brunschvicg n'a pas, dans le détail, entièrement échappé à tout arbitraire, à toute incertitude. Il est telle jt^ens^e, ou tel groupe de pensées qui figurerait tout aussi bien dans telle section que dans telle autre. Mais cela était inévitable. Et d'ailleurs, l'auteur en convient lui-même de si bonne grâce, qu'il y aurait sans doute quelque injustice à insister là-dessus. On peut dire que,' dans ce nouvel arrangement des Pensées, la part de l'arbitraire est, somme toute, réduite au minimum ; et, s'il y a un classement qui, jusqu'à nouvel ordre, annule les autres, c'est celui-là.

C'est M. Brunschvicg qui s'était chargé de procurer l'édition des Pensées dans la Collection des Grands Ecrivains de la France. M. Brunschvicg est philosophe de profession. Il a publié des articles et des livres où il apparaît dans un courant d'idées si différent de celui où nous introduit Pascal ^ que

Vesprit et sur le style; — II. Misère de V homme sans Dieu; — III. De ■ la nécessité du Pari; — IV. Des moyens de croire; — V. La Justice et la Raison des effets; — VL Les Philosophes; — VII. La Morale et la Doctrine; — VIII. Les Fondements de la Religion chrétienne; — •' IX. La Perpétuité; — X. Les Figuratifs; — XI. Les Prophéties; *- XII. Preuves de Jésus-Christ; — XIII. Les Miracles; — XIV. Fragments -polémiques.

1. M. Brunschvicg est, entre autres ouvrages, Tauteur d'un, petit livre intitulé Introduction à la vie de Vesprit (Paris, Alcan, 1900) où Ton trouve tout un chapitre consacré à la Vie religieuse, laquelle est définie par lui d'une façon bien singulière. S'il veut bien conserver encore parmi les vertus proprement religieuses la charité, il faut voir de quel ton tranchant de dédain tranquille il répudie et la mortification et l'humilité, — « l'humilité qui abaisse et qui tue ». Pour lui, « le premier fruit de la charité,

Ton pouvait craindre qu'il n'y eût une dissonance trop visible et trop choquante entre Pascal et son éditeur. Cette crainte, que l'exemple de Havet et de Molinier n'était pas pour diminuer, s'est heureusement trouvée presque entièrement vaine.

(( On est tenté, écrit M. Brunschvicg, de regretter que Havet, critique si clairvoyant des Remarques de Voltaire, se soit laissé entraîner par sa passion de la vérité jusqu'à se faire le juge et trop souvent le contradicteur de Pascal. )» Il serait difficile d'adresser, — même sous cette forme si discrète, — pareil reproche à M. Brunschvicg. Si çà et là, en de brefs et rares passages, — car il s'échappe rarement, et sa pensée comme son style sont la fluidité et la prudence mêmes, — si çà et là il laisse percer sa tendance intime, s'il a aussi quelque pente à mettre en un relief peut-être excessif le jansénisme des Pensées, et surtout à exiler bien arbitrairement Pascal sur « son rocher solitaire », à l'y laisser « sans postérité philosophique » et c< sans postérité religieuse », il faut reconnaître qu'en général cet c< historien de Pascal qui ne veut être qu'historien » a rempli sa mission de manière à satisfaire les plus difficiles. Son édi-

c'est la tolérance ». Mais la tolérance rencontre en face d>IIe les « religions particulières », qui ne sont pas seulement « de purs systèmes d'idées », mais des « groupes d'individus qui se sont réunis en vue de la domination sociale ». « Devant celle négation de l'esprit, déclare M. Brunschvicg, la' tolérance, qui est l'affirma, tion de l'esprit, se transforme : elle devient V intolérance de Vintolé^ rance. » — C'est exactement le mot de Voltaire dans la Relation du bannissement des Jésuites de la Chine : « Je suis tolérant; et je vous chasse tous parce que vous êtes intolérants ».

tion \ qu'il a dédiée à M. Ludovic Halévy, est à bien des égards un modèle d'information exacte et précise, d'intelligence historique et critique, de goût littéraire.

Nous avons indiqné les mérites du classement qu'a opéré M. Brunschvicg après une revision très attentive et une lecture nouvelle du manuscrit des Pensées. Mais M. Brunschvicg ne s'en est pas tenu là. Il nous a d'abord donné en note toutes les variantes que ses prédécesseurs et lui ont successivement relevées sur l'autographe; et, s'il n'a pas cru devoir recueillir un aussi grand nombre de leçons non manuscrites que M. Michaut, le choix qii'il nous en offre est encore suffisamment complet pour que les travailleurs eux-mêmes n'aient pas grand' chose à y regretter. De plus, il a accompagné la publication des Pensées d'un commentaire perpétuel où, naturellement, il utilise les travaux de ses devanciers, mais où il les complète sur bien des points par ses recherches et ses interprétations personnelles. Ces notes sont excellentes de ton, et l'effort qu'y déploie l'auteur pour comprendre et pour expliquer Pascal est souvent des plus heureux. « Le Mystère de Jésus, dira-t-il par exemple, défie tout commentaire. Nulle part peut-être n'éclate d'une façon plus profondément touchante le caractère unique et incomparable du christianisme : la concentration autour d'une personne réelle des sen-

i. Pensées de Biaise Pascal, nouvelle édition coUationnée sur le manuscrit autographe et publiée avec une introduction et des notes, par Léon Brunschvicg, 3 vol. in-8% Hachette, 1904.

timents les plus élevés et les plus universels qu'il y ait dans le cœur de Thomme, Tesprit de renonce^ ment et l'esprit de charité. » On aimera sans doute cette justesse émue et cette sobriété d'accent. Au reste, pour le fond, le commentaire de M. Brunschvicg est d'un historien plutôt que d'un philo-* logue et nîême d'un philosophe. Ce qu'il a voulu déterminer avant tout et mettre pour ainsi dire sous nos yeux, ce sont les sources de la pensée de Pascal ' ; ce sont les textes, — plus nombreux qu'on ne croit généralement, — dont Pascal s'est inspiré ; il a jugé avec raison que « des rapprochements de ce genre nous permettent presque de nous asseoir nous-mêmes à la table où travaillait Pascal ». Enfin, il a fait précéder son édition d'une longue Introduction, qui contient, avec la réunion des principales pièces justificatives nécessaires à la complète intelligence des Pensées, — notons-y au passage l'heureuse reproduction du Discours, trop oublié, (le Filleau de la Chaise, — une étude très nourrie sur les Pensées, leurs origines et leur histoire*. Les pages où M. Brunschvicg a essayé de

1. Sur ct'tte question, si importante et si délicate, des sources et lectures de Pascal, M. Brunschvicfr a, dans son Introduction, une trentaine de pages très instructives et fort pénétrantes : on est pourtant un peu étonné qu'il n'.y ait pas tenu compte d'Épictète, que Pascal lisait, non pas, comme on le croît d'ordinaire, dans la traduction de Du Vair, mais dans celle du P. Goulu.

2. V Introduction nous ofTre d'abord une histoire très attentive des différentes éditions des Pensées qui se sont succédé depuis 1670 jusqu'à nos jours, il eût été bon de signaler une édition en deux volumes petit in-18, datée de 1785, et ini'dulée Pensées et réflexions extraites de Pascal sur la religion et la morale (Paris, imprimerie de Monsieur, chez Royez, libraire). L'auteur est Tabbé Ducreux,

ressaisir, avec le dessein général de ï Apologie, ce que l'on pourrait appeler, ce qu'il veut même que l'on appelle la philosophie de Pascal S sont à lire, même après celles que Ravaisson a jadis consacrées à cette question^; et je ne saurais, pour ma part, en faire un plus grand éloge.

M. Brunschvicg avait publié, avant sa grande édition des Pensées, une petite édition classique des Opuscules et Pensées de Pascal qui mérite d'être ici signalée ^ La disposition en est des plus ingénieuses . Les lettres et opuscules divers de Pascal *, — sauf

chanoine honoraire d'Auxerre; avant Frantin, Tabbé Ducreux a voulu rétablir le plan véritable de Pascal : il avait d'ailleurs consulté les manuscrits.

1. « Tout homme, dit excellemment M. Brunschvicg, tout homme est philosophe qui a su dominer et ramener à Tunité Pensemble de ses conceptions scientifiques, psychologiques, sociales et religieuses. Pascal a-t-il parcouru, par un progrès de pensée dont il a déterminé les étapes, l'intervalle qui sépare l'expérience du Puy de Dôme et le miracle de la Sainte-Épine? A-t-il relié Tune à Tautre, pour en faire l'objet d'une même synthèse, la conduite de l'homme dans le monde et la conduite de Dieu vis-à-vis de son Église? A-t-il, en un mot, conçu dans son intégralité le monde intellectuel ? S'il l'a fait, il y a lieu de décrire le monde de Pascal, comme on ferait pour le monde de Malebranche ou de Spinoza, de Schopenhauerou de Hegel (p. cin-civ). »

Page 1