X PRÉFACE
signification de leur œuvre. Si Ronsard avait pris parti pour la Réforme, il n'aurait pas écrit les Discours sur les misères de ce temps, ni peut-être la Franciade; et son vers n'aurait pas eu cette sonorité joyeuse qui contraste si fort avec la « tristesse » du slyle de Calvin ou avec l'accent a nasillard » de la poésie de Du Bartas. Et qui ne voit que si Leconte de Lisle avait été chrétien, c'est le fond même de sa poésie qui en eût été entièrement modifié?
Au reste, si ce point de vue doit dominer tous les V ->^ -^ autres, il est bien entendu qu'il ne doit pas les absorber. Il serait un peu puéril de prétendre qu'une étude complète et détaillée sur Ronsard devrait avoir pour objet, sinon même pour titre, le catholicisme de Ronsard. On n'a même pas voulu dire qu'il y avait lieu de réduire une étude sur Bossuet à une étude sur les idées religieuses de Bossuet. On a dit simplement que, dans une étude sur Ronsard, ne dût-on consacrer que quelques lignes au catholicisme du poète, dût-on même n'en point parler du tout, il sera bon de s'être fait une opinion sur la question et de le faire sentir. Et l'on croit que l'étude ne pourra qu'y gagner en largeur de vues et en profondeur d'impression.
Mais, encore une fois, ce point de vue, pour important, et même essentiel qu'il soit, ne doit point être exclusif. La valeur religieuse d'une œuvre n'en détermine pas toujours et nécessairement, nous ne le savons que trop, la valeur littéraire. Les deux choses ne sont assurément point inconciliables; mais elles appartiennent, comme eût dit Pascal, à deux « ordres » différents. Et puisque nous venons de prononcer le nom de Pascal, ne pourrait-on pas concevoir, conformément à l'une des théories les plus profondes de l'auteur des