CHAPITRE III
La France et ses Institutions.
Notre travail serait incomplet si, restant dans les régions sereines de la philosophie et du droit, nous n'essayions de « prendre terre » en montrant comment la patrie, au cours de son histoire, a pu créer des institutions animées du plus pur esprit évangélique, comment ces institutions, peu à peu, se sont éloignées dn type chrétien, comment, enfin, il convient de les réformer aujourd'hui pour mieux les adapter aux exigences de la justice et des réalités sociales.
Par la puissance et par la clarté de son intelligence qui sait mûrir toutes les doctrines et les rendre fécondes, la France est souvent en avance de plusieurs siècles sur le monde...
Dans toutes les branches de l'activité humaine, la France fut la grande initiatrice. Et même, si nous restons sur le seul terrain des institutions publiques, nous constatons que la France a su réaliser, depuis plusieurs siècles, l'unité politique vers laquelle tous les états modernes n'ont cessé de tendre; l'Allemagne et l'Italie, divisées jusqu'à ces derniers temps en souverainetés indépendantes, viennent seulement d'acquérir cette unité, et les nations, qui ne la possèdent pas, s'emploient encore à sa conquête. Mais voici qu'aujourd'hui la France déclare que l'unité politique, créée chez elle par les Rois et exagérée par la Révolution, a certainement accompli ses destinées et qu'il est nécessaire de l'établir sur des bases nouvelles en rendant à la cité et à la province leurs franchises.
D'autre part, n'est-ce pas aussi en France que fut appliqué, pour la première fois, le suffrage universel?
Or, que voyons-nous ? Nous voyons qu'à l'heure même où
les peuples considèrent ce suffrage comme le terme ultime de leurs revendications, la France, qui commence à sentir la vétusté et la dérision de son fonctionnement, veut l'organiser d'une manière plus conforme à la nature et à la raison, non seulement par la représentation proportionnelle, qui n'est ni la plus neuve ni la plus importante des réformes, mais surtout par la représentation de la Famille, du Travail et de la Région. Et le monde, une fois encore, suivra la France...
C'est, sans doute, à la précocité de ses institutions qu'il faut attribuer la maturité qui semble les distinguer aujourd'hui. Quelques-uns disent que c'est la décadence.
Non, ce n'est pas la décadence.
La France est en gestation d'une France nouvelle et d'un monde nouveau qu'elle dominera de toute la lumière de son génie et de toute la vigueur de sa Foi, car c'est à la France que reviendra encore la mission d'accomplir, pacifiquement, les gestes de Dieu dans la chrétienté reconstituée.