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L'HISTOIRE FAIT AIMER LA PATRIE

Si l'histoire, en nous montrant le développement régulier et normal de nos institutions, nous en fait mieux comprendre la nécessité et la bienfaisance, elle doit aussi, en nous retraçant avec exactitude et clarté tous les gestes de la patrie, vivifier la tradition nationale et nous déterminer à suivre hardiment la route glorieuse tracée par les aïeux. Car l'âme de la France ne repose pas seulement dans ses institutions, elle s'est aussi manifestée dans ses enthousiasmes et dans ses colères, dans ses guerres et dans ses conquêtes, dans ses triomphes et dans ses défaites, dans ses rois et dans ses princes, dans ses preux et dans ses saints et dans tous ceux dont le travail et la pensée illustrèrent son génie et fixèrent l'avenir.

« Lorsque, dit Barrés, je pénètre sur le sol sacré, sur la terre où s'i n< :< rporent nos pères qui la firent, tout respire et enseigne

leur histoire; je me vois assujetti à des puissances génératrices que je ne puis définir. »

Qui donc peut percevoir et comprendre les voix ancestrales qui résonnent dans le silence des tombes et qui chantent le soir, avec la brise, dans nos blés?

L'Histoire...

L'histoire, seule, peut définir les forces inconnues qui reposent au fond de notre être et qui n'attendent qu'un acte de notre volonté libre pour se réveiller et nous aider à accomplir nos destinées.

Apprenons donc l'histoire de la patrie.

Nous aimerons davantage la patrie, quand nous connaîtrons mieux la noblesse de ses origines, l'atrocité de ses angoisses, la splendeur de ses triomphes.

Nous l'aimerons mieux encore, quand nous saurons qu'elle prit, plus souvent que nulle autre, la défense des faibles et des opprimés et qu'elle a répandu sur le monde, à pleines mains, les trésors de son esprit et la lumière de son génie.

Nous aurons, les uns pour les autres, plus de charité devant l'horreur de tant de sang gâché dans des luttes intestines, et nous aurons aussi les uns pour les autres plus d'amour, en songeant à tous ceux qui sont morts pour défendre la terre commune.

Nous exalterons ses gloires avec plus de fierté et nous verserons, sur ses déchéances, des larmes plus amères, quand nous aurons reconnu ses mérites et deviné ses fautes, car nous croyons en la justice divine et nous savons que les nations — qui n'ont point de survie — reçoivent ici-bas les punitions de leurs vices et la récompense de leurs vertus.

Nous comprendrons les devoirs qui s'imposent à nous et nous voudrons mériter de nouvelles faveurs quand nous devinerons les gestes de Dieu dans les gestes de nos pères.

Nous aimerons la Monarchie qui, après avoir arraché la France à l'emprise barbare, l'établit sur des bases solides, lui donna des institutions chrétiennes et fixa ses frontières glorieuses, mais nous aimerons aussi la vraie Démocratie, fille et

régénératrice de la France, parce que l'intelligence, la générosité et la foi des ancêtres sont en elle.

Nous sentirons vibrer Pâme du peuple et nous pourrons mieux l'incliner vers sa vocation.

Nous élèverons notre esprit et nous élargirons nos pensées devant l'écroulement successif des rois, des républiques, des empires et nous admirerons la sagesse de l'Eglise, qui n'a voulu s'inféoder à aucun régime, pour assurer la suprématie de la Loi Morale sur notre noble pays.

Enfin nous comprendrons pourquoi nous devons, sans regrets pour les régimes déchus, travailler à restaurer pacifiquement, dans la patrie, un ordre social chrétien qui devra survivre à tous les coups d'état et à toutes les fantaisies populaires, car il faudra toujours le foyer à la famille, la corporation au métier, l'église au croyant, la liberté à la cité et le respect à la personne humaine.

C'est pourquoi l'histoire, en nous révélant l'énergie de la race et en nous montrant l'inéluctable triomphe de l'ordre providentiel, vivifie notre action et autorise l'espoir d'un réveil qui éclatera en fanfare joyeuse, sur le peuple désolé et enfin reconquis.

L'Histoire de la Patrie.

La France chrétienne. Et d'abord, si nous voulons bien comprendre l'histoire de la France, il ne faut pas oublier qu'elle fut profondément dévouée au Christ et à son Eglise.

Puisque la France fut une nation essentiellement chrétienne, il convient de savoir comment notre patrie comprit ses devoirs et remplit sa mission. Nous constaterons alors qu'elle sut, tant qu'elle resta fidèle à son rôle, non seulement acquérir la vraie gloire, assurer le bonheur de ses fils et mériter la reconnaissance et l'admiration des peuples, mais aussi pénétrer toutes ses institutions de la doctrine évangélique. Nous ne saurions, en conséquence, trop recommander la

lecture attentive d'un ouvrage que nous avons déjà eu l'occasion de mentionner et qui compte pour auteurs les plus notables historiens et les meilleurs penseurs. Qui ne connaît, en effet, Mgr Baudrillart, Mgr Duchesne, Godefroy Kurth, Jules Roy, Paul Fournier, Marius Sepet, Ulysse Chevalier, Lecoy de la Marche, Léon Gautier, Ghénon, l'abbé Vacandard, le vicomte Eug. de Vogue, l'abbé Klein, Petit de Julleville, Wallon, Noël Valois, le marquis de Beaucourt, Doumic, Ollé- Laprune, Goyau, Mgr d'Huis t, Et. Lamy, etc. Tous ces écrivains de talent, tous ces savants érudits et consciencieux, tous ces historiens écoutés et pénétrants, et d'autres encore ont mis en commun leurs efforts pour élever à la gloire de la France chrétienne ce monument de critique et de science, qui n'est encore ni assez connu ni assez apprécié. On lira donc et on fera lire :

La France chrétienne dans l'Histoire, ouvrage publié à V occasion du i4& centenaire du baptême de Clovis sous le haut patronage de son Em. le Cardinal Langénieux et sous la direction du R. P. Baudrillart, de l'Oratoire. — Paris, Firmin Didot, 1896, in-4 de xxm et 684 p- Nombreuses gravures dans le texte et hors texte. — Prix ; i5 fr. (L'édition courant, in-12, est épuisée).

Origines chrétiennes de la France. Les services rendus par les Francs à l'Eglise et par L'Eglise aux Francs jusqu'à Charlemagne. L'Eglise et la formation do la France : Reims et Saint-Denis. La France au service de l'Eglise à l'époque féodale.

La France et la civilisation chrétienne au Moyen- Age. L'Eglise et la patrie française du treizième au quinzième siècle.

La France et la Rénaissance catholique dans les temps modernes. La culture chrétienne et française au dix-septième siècle. L'Eglise et la France au temps de la Révolution. Les services rendus par la France à l'Eglise et par l'Eglise à la France à l'époque contemporaine.

« Si la démocratie, éclairée par cette expérience du passé, réponse dait enfin aux avances de l'Eglise : si elle revenait au Christ qui « aime les Francs, si, au lieu de renier quatorze siècles d'histoire, elle « travaillait à replacer sur ses bases chrétiennes notre constitution « nationale et à ramener le pays dans ses voies traditionnelles, l'ace venir pourrait lui appartenir... » (Cardinal Langénieux. Introduction.)

*** Signalons aussi un livre profondément chrétien, très

social, mais qui tend nettement — nous devons le faire remarquer — à l'apologie de la monarchie (i) :

De Pascal (Le P. de). — Lettres sur l'histoire de France. — Préface de Paul Bourget. 3e édition. — Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1 910, 2 vol. in-12 de xxxiv-288 et 322 p. — Prix •' le vol. 3 fr. 5o.

Les uns en feront un livre de chevet, les autres y trouveront des vues pénétrantes et des idées fécondes dont ils sauront tirer profit pour le gouvernement de leur choix.

« Ces 600 pages [dit M. Bourget] ramassent en elles l'histoire « entière de notre pays, non pas celle des faits, ils n'y sont qu'in- « diqués, non pas celles des institutions, elles n'y sont que résumées, « mais la construction même de notre patrie, toutes nos raisons « d'être depuis que le coin d'Europe où nous sommes s'est consti- « tué organiquement (2). »

~~ Une bonne histoire de France. [[ nous faudrait maintenant, dira-t-on, non plus des œuvres où la doctrine s'unit si heureusement à l'histoire, mais un ouvrage également scientifique, d'une lecture facile et d'une doctrine sûre, exposant, dans leur ordre chronologique, tous les faits de l'histoire de France.

Nous croyons inutile de nous arrêter aux ouvrages de Michelet et de Henri Martin, qui n'ont guère qu'une valeur littéraire et qui ne jouissent d'aucune autorité auprès des érudits. D'ailleurs, leur animosité constante contre l'Eglise nous ferait un devoir d'en déconseiller la lecture.

Quels ouvrages lirons-nous, alors?

L'Histoire générale de Lavisse et Rambaud et l'Histoire de France de Lavisse (3) sont inégales de valeur et de propor-

(i)heP.de Pascal déclare, dan s la préface de son livre: Je suis catholique et royalistej'écrisen catholique et en royaliste : le lecteur s'en apercevra presque à chaque page (Préface, p. xxin;.

(2) Cité par F. Hébi\ard, dans Réforme sociale, 1908, t. I, p. i35.

(3) Mentionnons ces travaux à titre rigoureusement documentaire : Lavisse et Rambaud : Histoire générale du IVe siècle à nos jours (avec la collaboration d'un grand nombre de savants). Paris, Colin, 1900, 12 vol. in-8, Prias : 12 fr. le vol. et l'histoire de Lavisse, qui présente plus de garanties scientifiques : Lavisse (Ern.). Histoire de France depuis les origines jusquà la révolution publiée en collaboration de MM. Baj/et, Bloch, Carré, Coville, Kleinclausc, Langlois, Lemonnier, Luchaire, Mariejols, Petit Dutaillis, PJîster, Rebelliau, Sagnac, Vidal de la Dlache. Paris, Hachette, 1900 (encours), i3 vol. parus. Prix du vol. : 6 ïr.

LA FRANCE ET SES INSTITUTIONS 5oi

tion, manquent d'impartialité, ne cadrent pas toujours avec nos doctrines et dénaturent souvent le rôle de l'Eglise. D'ailleurs, ces œuvres sont trop considérables pour prétendre à une large diffusion.

Pourtant, nous aurions été obligés d'y recourir si M. Funck- Brentano, ancien élève de l'Ecole des Chartes et historien de valeur, n'avait récemment entrepris de nous donner une histoire de France, rigoureusement scientifique, mais susceptible d'être lue par tous avec plaisir. Il a fait appel à des collaborateurs, en qui nous pouvons avoir généralement confiance, si nous les jugeons par leurs précédents travaux. Cependant, tout n'est pas à lire sans réserve ; M. Batiffol, par exemple, porte sur le protestantisme des jugements qui nous semblent bien favorables, et on pourrait reprocher à M. Jacques Boulenger de traiter les questions religieuses avec trop d'élégante désinvolture. M. Madelin, enfin, dépeint trop vivement le désordre des mœurs pour être mis dans les mains d'élèves très jeunes, mais son talent est remarquable.

On lira donc, mais avec prudence :

Funck-Brentano (F.) : L'Histoire de France racontée à tous, publiée sous la direction de Frantz Funck-Brentano. Paris, Hachette, en cours. La collection sera complète en 8 ou 10 volumes de 4oo p. environ. Prix du vol. 5 fr. — Volumes parus ; Le Siècle delà Renaissance, par L. Batiffol, ancien élève de l'Ecole des Chartes. — Le Dix-huitième siècle, par Casimir Stryienski, agrégé de l'Université. — Le Grand siècle: Richelieu et Louis XIV, par Jacques Boulenger , ancien élève de l'Ecole des Chartes . — Madelin (Louis), ancien membre de l'Ecole Française de Rome : La Révolution.

Cette collection sera sans doute poussée jusqu'à nos jours.

~~ II ne faut pas manquer de compléter cette collection par les études de M. Gutraud : Histoire partiale, histoire vraie, qui devraient être dans toutes nos bibliothèques. C'est la réfutation de toutes les erreurs historiques colportées par des demi-savants ou par des auteurs de mauvaise foi. S'il y a, en histoire, un livre qui s'impose à nos cercles d'étude,

c'est bien celui-là. (Voir plus haut, p. 98. L'ouvrage sera complet en 3 volumes.)

,vvv Quelques livres sur l'histoire moderne depuis 1189 jusqu'en 1870. — Citons maintenant sur l'histoire moderne quelques études plus considérables qu'un esprit cultivé doit connaître :

Taine : cité plus loin,]). 53o. — Vandal (Albert) : L'avènement de Bonaparte. Paris, Plon-Nourrit, 1902-1907, 2 vol. in-8de 600 et 5/jo p. Prix: le voI.Sfr. — Sorel (Albert): L'Europe et la Révolution française. Paris, Plon-Nourrit, 1 886-1904, 8 vol. in-8 de 600 p. environ. Prix : le vol. 8 fr. — La Gorce (Pierre de) : Histoire religieuse de la Révolution française. Paris, Plon-Nourrit, 1909, in-8 de vi-5i5 p. (En cours.) Prix du tome Ier : 7 fr. 5o. — Tiiureau-Dangin : Histoire de la monarchie de Juillet. Paris, Plon-Nourrit, 1884-1892, 7 vol. in-8 de 45o p. environ. Prix : le vol. 8 fr. — La Gorce (de) : Histoire de la seconde république. Paris, Plon-Nourrit, 1887, 2 vol. in-8 de 49^ et 628 p. Prix : 10 fr. — La Gorce (P. de) : Histoire du second empire. Paris, Plon-Nourrit, 189/j, 2 vol. in-8 de 5oo p. environ. Prix : le vol. 8 fr. — Quant à Seignobos, Histoire politique de l'Europe: 1814-1896, citée plus loin, on pourra le consultera titre documentaire. — Citons enfin le livre de M. Gust. Gautiierot : L'Assemblée constituante. Le Philosophisme révolutionnaire en action. Paris, Beauchesne, ign,in-i2 de xv-54o \>.Prix : 5 fr. M.Gautherot a donné à son travail* dit-il, « l'allure de discours de combat »,ce qui ne va pas sans entraîner Fauteur à formuler ses opinions dans des termes qui se ressentent souvent de l'ardeur de la lutte. C'est, eu tous cas, un livre riche d'idées, qu'on lit avec intérêt et qui montre bien les germes de mort que la Révolution portait en elle. Aulard et ses disciples ne semblent pas s'en apercevoir.

Nous croyons inutile d'allonger davantage cette liste. On y pourrait, certes, ajouter à' dLuUesnoms, M assort, Lenôlre, Welsnger, Quentin-Bauchart, Victor Pierre, Madelin, Houssaye, Geoffroy de Grandmaison, Chuquet, Germain Bapst, etc.. mais nous ne pourrions le faire qu'en débordant le cadre que iujus nous sommes tracé et nous croyons qu'il vaut mieux

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nous en tenir là... D'ailleurs, nous indiquerons tout à l'heure comment compléter cette bibliographie.

L'Histoire de la France contemporaine de 1870 à nos jours. Sur l'histoire contemporaine et plus particulièrement sur l'histoire de la 38 république, les esprits cultivés pourront consulter ••

Denis (Samuel) : Histoire contemporaine : la Chute de ïemnire, le gouvernement de la déjense nationale. L'Assemblée nationale. Paris, Pion, 1897, 4 vol. in-8 de 5oo p. environ. Prix : le vol. 8 fr. Etude intéressante et impartiale. — Avec une extrême réserve : Hanotaux (G.) : Histoire de la France contemporaine. Paris, Boivin. 1 901-1909, 4 vol. in-8 de 63g, 707, 781 et 783 p. Prix : 3o fr.— « A consulter, dit M. Geoffroy de Grandmaison, moins pour l'histoire que pour le talent si intéressant de l'historien. » (Polybiblion, 1909, I, 116, p. 445.)

^w Enfin, on pourrait consulter également sur les premières années de la République :

Marcèrk (de). —Histoire de la République (1878-1879). — Paris, Plon-Nourrit, 1908 -1909, 2 vol. in-12 de vil-264 p. et xvi-325 p. — Prix, le vol., 3 fr. 5o„

« Il y a dans cette nation, si bien douée pour la vie, un germe de « maladie qui, pour les sociétés comme pour les hommes, peut être « un germe de la mort. — Ce virus a un nom. Il s'appelle la Revoit lution. »

Et plus loin :

« Il ne s'agit plus de changements opérés dans l'ordre politique, « comme la substitution d'une forme gouvernementale, telle que la « République, par exemple, à une autre forme comme la Royauté. « Il s'agit d'un changement radical dans ce qui fait l'essence de la « civilisation, c'est-à-dire dans les rapports de l'humanité avec Dieu « même. Et c'est ce que Joseph de Maistre a expliqué quand il dit « que la Révolution était satanique. »

Puis, nous montrant cette conspiration personnifiée par la Franc-Maçonnerie, M. de Marcère conclut :

5o/|. LA VIE CIVIQUE

« Le Non serviam de la Bible a été, depuis la Révolution, la de- " vise des plus belles intelligences : mais la menace de la barbarie a et aussi le noble sentiment du patriotisme les ramènent à la vraie « tradition française. Cette fraction notable de la nation se trouve « aujourd'hui face à face avec cette autre fraction dont elle n'était « pas loin de partager les erreurs, celle qui s'est libérée de tout frein « religieux, et qui, livrée désormais au pur instinct, devient la proie « des appétits les plus vulgaires et les plus impérieux. Elle recule « aujourd'hui, au spectacle de la barbarie toute prête. »

^.v Enfin, M. Hosotte a écrit une histoire plus courte, très vivante, un brin batailleuse, violente en certaines pages, et favorable à la monarchie :

Hosotte.— Histoire de la Troisième République (1870-1910).

La fin du second empire. La Défense Nationale. La République conservatrice. La République opportuniste. La République radicale. — Paris, Librairie des Saints-Pères, io,io,in-8° de xii-835 p. — Prix : 6 fr.

On lira cette histoire avec intérêt. Malheureusement, l'auteur néglige les questions économiques et sociales. De plus, il n'approfondit pas toujours suffisamment les questions religieuses et quand il étudie la vie politique de la nation il se tient trop à la surface et s'appesantit trop longuement sur la vie parlemen taire.

Un manuel d'histoire de France. Les manuels d'Histoire de France sont nombreux, mais les bons sont très rares. Ceux-ci se font remarquer par la haine de l'Eglise et de la Monarchie, ceux-là par une apologétique outrée et un mépris à peine déguisé des formes modernes du gouvernement. Souvent les uns et les autres n'ont pas grande valeur scientifique. D'autres plus récents sont excessivement ternes et manquent d'idées générales. Toutes sont « à l'étroit » dans le cadre obligatoire et variable des programmes classiques.

Demolins avait naguère publié un manuel original et intéressant, mais il est épuisé depuis longtemps et il ne sera pas réédité (i). Un essai récent de M. Cavaignac, malgré de réelles qualités, ne nous semble pas suffisamment complet; l'auteur,

(i) Dkholtns (Edm.) et Babklon (Ern.) : Histoire de France. Paris, Société Bibliographique, 1882 {épuisé).

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par exemple, omet de mettre en relief le caractère si chrétien de notre vieille France (i).

Cependant il faut bien nous décider...

Sous réserve, donc, qu'on s'en rapportera, pour les questions controversées aux travaux de Guiraud, ainsi qu'à la France chrétienne dans l'histoire et aux Lettres sur l'histoire de France, du P. de Pascal, ci-dessus cités, on pourra lire, en attendant l'apparition des livres cités plus bas, le Cours d'histoire de France de Malet (2).

Nous n'ignorons pas les polémiques dont ce livre a été l'objet. L'auteur, en effet, n'a point voulu écrire un livre apologétique et il se contente d'exposer les doctrines et les faits sans prendre parti. Certes, il eût été intéressant de se montrer plus fièrement chrétien et de faire, au passage et du point de vue catholique, la critique des faits et des systèmes : les jeunes intelligences, inhabiles à s'orienter, s'en seraient sans doute trouvées bien.

M. Malet, en écrivant ces lignes, a eu principalement en vue les élèves des lycées. Si de nombreux collèges catholiques ont adopté ses manuels, c'est qu'on a trouvé qu'ils étaient sérieusement composés, abondamment illustrés, agréables à lire et d'une louable impartialité, quoique trop bienveillants, sous ce prétexte d'impartialité, pour le protestantisme; mais, avons-nous ajouté, un manuel d'un caractère plus apologétique n'en serait pas moins désirable. Or, nous croyons savoir que cette regrettable lacune va être comblée prochainement de double façon. Déjà Mgr Baudrillart publie, avec lacollab. de /. Martin, un Cours d'Histoire à l'usage de l'enseignement primaire (Prix : le vol. 1 fr. 60) — et la même librairie va

(1) Cavaignac (Eug.) : Esquisse d'une histoire de France. Paris, Libr. Nat., 191 1, in-8 de vm-6^ p. Prix : 7 fr. 5o. — . M. Paul Allard, dans la Revue des Questions historiques, après avoir rendu hommage aux nombreuses vues d'ensemble et aux idées personnelles de l'auteur, ajoute : « Je signalerai... une seule lacune.mais elle est immense et de nature à fausser surplus d'un point ses jugements. Il n'a pas vu dans la France la grande nation catholique qui malgré des essentielles fautes trop fréquentes de nos rois, a mérité le titre de « fille aînée de l'Eglise ».

(a) Malet (Albert) : Cours d'histoire de France à l'usage des écoles nouvelles Paris, Hachette, 1907-1908, 2 vol. in-12 de vm-594 p. et viii-768 p. Prix : 4 fr lé vol. — Ce cours a été vivement attaque, par M. Roger Duguet dans l'Univers' du 28 déc. 1910 et des 3, 10, i5, 23 janvier 191 1, et par M. Maurice Talrneyr^dans le Gaulois des 17 et 21 décembre 1910, des 3, 10 et 17 janvier 1 911. Quelques-uns ont trouvé ces articles légèrement tendancieux.

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faire paraître, dans le courant de 1912, plusieurs manuels à l'usage de renseignement secondaire écrits par Feyel, Heinrich, Kaeppelin, agrégé d'histoire. Enfin, Y Alliance des maisons d'éducation chrétienne compte publier en 1912 à Paris, chez de Gigord, une autre série de manuels d'histoire, sous la direction de M. Guiraud, le savant directeur de la Revue des Questions historiques, dont la foi est si vive et la science si appréciée. Tous ces manuels auront, paraît-il, une illustration très riche, une typographie excellente, un aspect agréable. Et, ce qui vaut mieux encore, la rédaction devra en être soignée, la science indiscutable, la doctrine absolument orthodoxe et l'apologétique sûre et mesurée. Etant donnée la valeur de leurs auteurs, nous pouvons nous attendre à ce que ces publications soient dignes de la cause qu'elles entreprennent de défendre et nous sommes certains qu'elles pourront satisfaire l'esprit et affermir la foi des jeunes gens comme de tous ceux qui s'en serviront.

Autres livres sur l'histoire de France. — Quelques-uns pourront regretter que nous n'ayons pas, au cours de ces pages, consacré à l'histoire de France une bibliographie plus abondante. Bien qu'il nous eût été particulièrement facile de satisfaire ce désir, nous avons tenu à rester fidèle à notre plan et à n'indiquer que des ouvrages susceptibles de donner des aperçus généraux ou d'imprimer une direction à l'esprit. L'on voudra bien ne pas nous en faire un grief, d'autant que les érudits et les historiens qui voudront pousser plus avant leurs études auront toujours la ressource de consulter les travaux bibliographiques de Stein (1), de Langlois (2), de Monod (3), d'Ulysse Chevalier (4), les répertoires relatifs aux sources de l'histoire de France, composé par Langlois et Stein (5), par

•1) Stein (H.) : Manuel de bibliographie générale. Paris, Picard, 1898, in-8 de XX-F95 p. Prix : i5 fr. — (2) Langlois (Ch.-V.) : Manuel de bibliographie histo- Wr/uè. Paris, Hachette, 1896, 2Vol.in-i6 de 193 p. Prix : 10 fr. — (3) Monod (H.) : Bibliographie de l'histoire de France. Paris, Hachette, 1888, in-8 de l\->.o p. Prise : 9 fr. II est probable qu'une édition nouvelle, mise au point et plus complet, on sera donnée prochainement. — (4) Chevalier (abbé Ulysse) : Répertoire des .sources historiques du Moyen-Age : Bio-bibliographie, 2 vol. gr. in-8 de 4.83s col., 1904-1907. Prix : 90 fr. — topo-bibliographie, i8cj4-i9o3, 2 vol. in-8 de 3.384 col. Prix: 60 fr. — (5; Langlois et Stein : les Archives de i histoire de France. Paris, Picard, 1893, in-8 de xiv-1000 p. Prix : i5 fr.

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Franklin (i), par de Lasteyrie et Vidier (2), par Molinier et ses continuateurs (3), par Schmidt (4), par Gavet (5), etc. De nombreux renseignements et d'excellents conseils leur seront également fournis par le substantiel opuscule de Bréhier et Desdevizes du Désert (6) et par l'excellent tra vail de Fônck (7).

Enfin, les bibliographies de livres choisis citées dans notre appendice et le Monod refondu et mis à jour pourront donner au plus grand nombre des indications très suffisantes. On se tiendra au courant par les revues bibliographiques et par la Reçue des questions Historiques dirigée par M. Paul Allard et Jean Guiraud (trimestrielle. Un an, 20 fr. Paris, 5, rue Saint-Simon),

11 faut connaître aussi l'histoire de nos provinces, petites patries qui ont formé la grande.

Enfin, nous croyons devoir insister aussi sur le grand intérêt que présente l'histoire de nos provinces. Si une élite intellectuelle connaît les ouvrages savants qui contiennent l'histoire de nos provinces, si les sociétés historiques ne cessent de fouiller les archives et de publier des textes, beaucoup ignorent l'histoire de leur petite patrie et le peuple n'en a aucune idée.

11 serait temps que des historiens et des érudits, d'une

(1) Franklin (Alf.) : les Sources de l'histoire de France. Paris, Firmin-Didot, 1876, in-S de xvn-6o3 p. (ouvrage vieilli). Prix : 16 îc — (a) Lasi'ëyrie (de), Vidier ec Lefebvre-Pontalis : Bibliographie générale des travaux historiques et archéologiques publiés par les Sociétés savantes de la France. Paris, Imp. Nationale et Leroux., 1888 et années suivantes, in-4. Prix divers : de 8 fr. à 16 fr. — (3) Molinier (Aug.) : les Sources de l'histoire de France :des Origines aux guerres d'Italie (i494)- 5 volumes. Prix : le vol. 5 fr. — Le XVI* siècle (i4g4-i6io), par Henri Hauser. — Le XVIIe siècle (1610 1718), par E Bourgeois (en préparation). — Le XVIIIe siècle {1715-1789), par Maurice Tournecx (en préparation). — La Révolution et L'Empire {1789-1810), par Pierre Garon (eu préparation) — (4) ScuMior (Gh.) : les Sources de l histoire de France depuis 1789 aux Archives nationales. Paris, Champion, 1907, in -8 de 288 p. Prix : 5 fr. — (5) Gavet (G.) : Sources de l'histoire des institutions. Paris, Larose, 1889 in-8 de xi-783 p. Prix : i5 fr. — (6) Bréhikr (L.) et Desdevizes du Dbseri : le Travail historique Paris, Blond, 1907 in-16 de 83 p. Prix : o fr. 60.— (7) Fongb: (Léopold : le Travail scientifrjue,adaptè de l'allemand, par ./. Bourg et A. Decisier. Pans, Beauchesne, 1911, in-iô de 25o p. Prix : 2 fr. 70.

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science sûre, ne croient pas « déroger » en composant des livres populaires, écrits avec clarté et illustrés avec goût. Ces livres peuvent contribuer, dans une large mesure, à réveiller l'esprit provincial et à vivifier l'amour de la Patrie en nous attachant davantage à la terre ancestrale.

Nous ne pouvons citer ici les livres qu'il faut lire pour chaque province. Mentionnons seulement,à titre d'exemple :

Pour la Normandie : le livre populaire d'Albert Petit : Histoire de Normandie. Paris, Boivin, 191 1, in-12 de 256 p.; grav. Prix ; 3 fr. C'est un livre à recommander, instructif mais un peu partial sous forme d'impartialité. Le côté religieux est, en effet, trop laissé dans l'ombre alors que l'action des abbayes normandes aurait pu être mise plus en lumière. — Voir aussi Sorel (Alb.) : Pages normandes. Paris, Plon-Nourrit, 1907, in-8 de 3o8 p. Prix : 3 fr. 5o.

Pour la Bourgogne ; Kleinclausz : Histoire de Bourgocme. Paris, Hachette, 1909, petit in-4 de xu-454 p., gravures hors texte. — Prix : 10 fr.

Pour la Bretagne : les travaux de La Borderie (A. de) : Histoire de Bretagne, ioi5-i5i5. Rennes, Plihon et Hervé. 1896- 1906, 4 vol. in-4 de 600 p. environ. Prix du vol. : i5 fr.; — et le livre populaire de Raison du Cleuziou et La Lande de Calan (Vicomte Ch. de) : Histoire de Bretagne élémentaire. Saint-Brieuc, 1910, in-8 de vm-98 p., carte., Prix:

1 fr. 5o. « Une nationalité, lisons-nous dans la préface, n'est pas formée d'un certain nombre d1hommes vivant à un moment du temps, dans des limites géographiques déterminées, elle est surtout constituée par la sève des générations humaines qui se succèdent sur le même sol, y ont vécu une commune histoire; l'histoire est le catéchisme de la patrie. »

vw Enfin, nous consulterons, à titre documentaire : Les Régions de la France, collection d'opuscules publiés par la Revue de synthèse historique sur toutes les régions de la France; voici la liste des travaux parus à ce jour :

Barrass-Dihigo : La Gascogne, précédé d'une introduction générale sur la Synthèse des études relatives aux régions de ta France, par Henri Béer, 3 fr. — Charléty : Le Lyonnais,

2 fr. — Kleinclausz : La Bourgogne (c'est un autre travail que le livre cité ci-dessus), 3 fr. — Febvre (L.) : La Franche-Comté. 3 fr. — Villat (L.) : Le Velay. 3 fr. — Cal-

mette : Le Roussillon. 3 fr. — Prentout (H.) : La Normandie. 4 fr« 5o. Tous ces opuscules sont des op. in-8o de 5o à 200 p. environ et sont en vente à Paris : Librairie Cerf. Les autres opuscules paraîtront incessamment.

Nous sommes des fils de vaincus.

Nous avons pensé que nous ne saurions pas assez l'histoire de la Patrie si nous n'ajoutions aux livres précédemment cités quelques livres destinés à nous rappeler nos dernières défaites.

On aura une bonne histoire de la g-uerre en lisant :

Rousset (Lieut.-Col.). — Histoire générale de la guerre francoallemande. Paris, Taillandier, i 895-1898, 6 vol. de45o p. environ. Prix du vol. 7. 5o. — Une édition de grand luxe, magnifiquement illustrée (1.200 gravures, planches en couleur), a été aussi publiée à Paris, chez Taillandier en 2 gros volumes in-4- Prix : broché 36 fr.; relié 44 fr- — La même librairie a publié aussi une édition populaire illustrée (287 livraisons à o fr. 10) — et une Histoire abrégée, 1904, in-i8 de vm-364 p. Prix : 3 fr. 5o. — Lire aussi Ambert (général) : Récits militaires (Gaulois et Germains). I. L'invasion ; II. Après Sedan ; III. La Loire et l'Est ; IV. Le siège de Paris. Paris, Bloud, i884i885, 4 vol. in-8, 5oo p. environ. Prix : le vol. 5 fr. — Voir aussi les travaux de Germain Bapst : Le Maréchal Canrobert (t. IV et V). Paris, Plon-Nourrit, 1910-1911. Prix : 7 fr.5o. Répandre aussi l'histoire populaire écrite par le général Niox : La Guerre de 1870, simple récit. Paris, Delagrave, 191 1, in-16 de i5i p., cartes et grav. Prix : 1 fr. 25.

w». Il est aussi un homme qui ne cesse de nous crier que nous sommes des fils de vaincus... Si l'espoir d'une revanche guerrière s'enfuit avec le temps, il est juste et il est bon, pourtant, d'honorer ceux qui sont morts pour la patrie et de nous incliner devant ceux qui n'ont pas oublié. Et puis, qui sait si l'affreuse guerre est si loin de nous? Ne laissons point s'émousser en nous la fierté de la race et ses vertus viriles et lisons avec un intérêt ému et religieux les Feuilles de route et les Chants du soldat queDÉROULÈDE a réunis sous le titre de Pages françaises. — Paris, Bloud, 1909, in-16 de lx — 4o4p«3 fr.oo.

Et la revanche doit venir, lente peut-être,

Mais en tout cas fatale et terrible, à coup sûr.

La haine est déjà née et la force va naître.

C'est au faucheur à voir si le champ n'est pas mûr (p. 137).

Et puis, longtemps après la guerre réparatrice

l'heure viendra

Où ces cris de fierté chers aa pays vaincu

Au pays consolé sembleront un délire,

Où nul ne comprendra la haine où j'ai vécu (p. 201).

~v N'oublions, pas les provinces perdues et lisons les livres suivants, qui nous parleront de l'Alsace :

Barrés (Maurice) : L'Alsace et la Lorraine. Paris, Sansot, igo6,in-i6 de 97 p. Prix : 1 fr. — Bu même auteur : Un discours à Metz (i5 août 191 1). Paris, Emile Paul, igu, in-16 de 2 3 p. Prix : 1 fr. — Kegamey (Jeanne et Frédéric): L'Alsace depuis 1870 : l'Alsace au lendemain de la conquête, Paris, Jouve, 191 i,in-i8 de 4°o p. Prix : 3 fr. 5o. — Hinzelin (Emile). En Alsace-Lorraine : 2e édit. Paris, Alcan, igoô, in-iô de 11-292 p. Prix : 3 fr. 5o — et Images d'Alsace- Lorraine. Paris, ihid., 1910, in-12 de iiï-335 p. Prix : 3 fr.5o.

— Adam (Juliette) : Après l'abandon de la Revanche. Paris, Lemaire, 191 1, in-12 de n-49^ p. Prix; 3 fr. 5o, et les autres ouvrages du même auteur publiés chez Lemaire. — Lire aussi les romans suivants susceptibles de nous faire aimer davantage les provinces perdues : Bazin (René) : Les Oberlé. Paris, Calmann-Lévy, I902,in-i8 de 396 p. Prix: 3 fr. 5o. — ■ Barrés : Colette Baudoche. Histoire d'une jeune fille de Metz. Paris, Juven, 1909, in-16 de vii-i58 p. Prix : 3 fr 5o.

— Acker (Paul): Les exilés. Paris, Pion (191 1), in-16 de 293 p. Prix : 3 fr. 5o

Ces livres nous montreront « l'idée française cheminant en Alsace-Lorraine en dépit des violences du vainqueur, à la laveur du mouvement autonomiste qui est au fond une protestation invincible contre le régime provisoire de la Force ».

La plus grande France.

Gonvient-il de pleurer continuellement sur nos défaites?

LA FRANCS ET SES INSTITUTIONS 5lT

Non. Si la souffrance est un châtiment, elle est aussi une rédemption et elle prépare les lendemains triomphants et les résurrections glorieuses .

C'est pourquoi nous autres, catholiques, nous croyons que la Providence a permis nos malheurs pour effacer nos fautes et pour nous acheminer vers de nouvelles et grandioses destinées.

Et, de fait, l'avenir de la patrie nous apparaît si grand que nos actions de grâce, en vérité, doivent monter jusqu'à Dieu.

Quand l'Allemagne nous eut ravi l'Alsace et la Lorraine, elle daigna, pour détourner du Rhin notre attention, nous laisser batailler sur des terres lointaines.

Et notre revanche fut belle. La France, confiante en l'énergie de sa race, essaima d'autres Frances. Et à l'heure même où la Nation Canadienne, puissante et féconde, semble reprendre conscience de ses destinées et se déclare l'héritière et la gardienne de la pensée française dans le Nouveau Monde, voici que nous faisons flotter notre drapeau en Asie, sur d'immenses pays, et voici que l'Empire du Sud est à nos portes...

Bismarck, en prenant l'Alsace, accrocha une « Irlande » au flanc de sa patrie, et pendant que la vieille Germanie veillait sur sa conquête, la France réparait les fautes de nos rois, et, deux siècles après la perte des Indes et l'abandon des terres canadiennes, prenait un large morceau du monde.

Oui sait? Si nous nous appuyons sur un gouvernement fort, sur des armées solides, et sur des flottes puissantes, l'avenir cette fois, est peut-être à nous.

La science a rapproché les distances ; les productions du sol s'échangent avec rapidité, la pensée française d'un coup d'aile atteint les extrêmes limites de son empire et le ciel est nôtre... Une fermentation merveilleuse semble bruire dans les entrailles de la patrie. Tandis que la France païenne restreint volontairement le nombre de ses enfants et s'anéantit dans la volupté, une génération nouvelle, fille du Devoir, se lève, dont les ambitions seront immenses. Nos fils peupleront nos royaumes^ les richesses surgiront de la terre et la langue française se propagera merveilleusement sur le monde pour

mieux répandre, sans doute, la pensée du Christ et pour instaurer Tordre social chrétien dont le génie de la vieille France, baignée peut-être par le Rhin, et rajeunie sûrement par l'Evangile, aura jeté les bases.

Vraiment, les desseins de la Providence sont impénétrables.

Quand, au lendemain de nos défaites, Jules Ferry brimait les catholiques et donnait, malgré la plus grande partie de la Droite, un empire à la France, la République, peut-être, préparait les voies de Dieu.

C'est pourquoi, pleins de confiance dans la Providence, nous ferons nôtres ces paroles de Goethe, rappelées récemment par Barrés: « Allons t par-dessus les tombeaux, en avant ! »

w». Nous aurions voulu pouvoir recommander sur ce sujet un livre facile à lire et très averti sur toutes choses, mais ce livre n'existe pas. Nous trouverons les éléments de cette étude dans les ouvrages cités par nous quand nous parlerons du développement économique de la France particulièrement dans les travaux d'Hanotaux, de Reclus, de Blondel.

Mentionnons pourtant ici le livre d'On. Reclus : Le plus beau royaume sous le ciel (cité p. 5i6), qui contient d'excellentes pages qu'on ne saurait trop lire, surtout celles qui traitent des Français, de la Langue Française, et des Lueurs d'un grand avenir (pp. 73g~843). Ne reprochons point à On. Reclus son optimisme, puisqu'il prêche l'énergie et puisqu'il désire ardemment une plus grande France, « d'autant, dit-il, que la primauté française est moins fondée que d'autres sur la guerre et sur la haine » .

L'auteur, après avoir rappelé le désastre de Sedan, s'exprime ainsi :

« Au tonnerre des canons, un général allemand daigna, dit-on, « faire aux vaincus l'honneur de parler un moment leur langue et, « du haut de son cheval, s'écria :

« Un grand destin commence, un grand destin s'achève.

« Mais le méchant fait une œuvre qui le trompe... De l'année terce rible datent les ans de renaissance : les jeunes vaillances à la place

LA FRANGE ET SES INSTITUTIONS 5l3

« du recueillement stérile et sénile, la course en avant au lieu du « piétinement sur place, l'empire d'Afrique au lieu des départements « de la rive gauche du Rhin, les fleuves immenses dans la savane « des pays sans histoire au lieu du modeste fleuve historique entre « ses petits monts et la langue française devenant mondiale... et « passant à l'honneur de guider, d'élever et de transformer cent « nations... (p. 788).

« Ainsi donc ce qui était la mort, tout au moins la vieillesse abo- « minable avec sa défaillance et ses mornes désespoirs, est devenu la « vie par une seconde naissance qui sera l'aube d'une seconde jeuce nesse...

« Nous avons désormais un but, un espoir, un avenir, une raison « d'être... Entonnons l'hosanna. Nous étions morts et voici, nous « vivons... »

De la mission de la France dans le monde.

Enfin, nous aurions été heureux de pouvoir indiquer, en terminant, quelques livres susceptibles de révéler à notre démocratie la mission de la France dans le monde. Il convient, en effet, de mieux faire comprendre au peuple le rôle de la patrie en lui montrant les obligations de son passé, les nécessités du présent, les exigences de l'avenir qui sera fait de la force de son gouvernement et de l'expansion de sa race, de la splendeur de son génie, de la grandeur de son impérialisme, de son amour de la justice et de l'excellence de ses institutions futures. En d'autres termes, nous aurions voulu pouvoir recommander une bonne étude sur l'histoire, les traditions et le rôle prochain de notre diplomatie, qui a précisément >our fonction d'incliner doucement les nations vers leurs destinées, mais cet ouvrage n'existe pas. C'est pourquoi M.Gabriel [anotaux, à qui nous exposions nos vues, nous déclarait •écemment: « C'est un livre à faire. »

En attendant que M. Hanotaux veuille bien nous l'écrire, tous consulterons, à titre documentaire, l'œuvre volumineuse it très ancienne (181 1) de :

Flassan : Histoire générale et raisonnée de la diplomatie française ou de la politique de la France depuis lafon-

5l4 LA VIE CIVIQUE

dation de la monarchie jusqu'à la fin du règne de Louis XVI , Paris, Treuttel et Wurtz, 1811, 8 vol. in-8 de 000 p. environ {épuisé). — Malet (Albert) : L'histoire diplomatique de l'Europe des XVIIe et XVIIIe siècles. Paris, Dentu, 1898, in-12 de 470 p. {épuisé). — Lire aussi Sorel (Albert) : Essais d'histoire et de critique. Paris, Pion, i883, in-i6de 297 p. Prix : 3 fr. 5o. Quant aux essais de M. Dauriac, paruschez Berger- Levrault, ils ressemblent trop à des pamphlets anticléricaux pour que nous puissions les recommander ici, — On se tiendra au courant parla Revue d'histoire diplomatique .Paris, Pion. Trimestriel : un an, 20 fr., et par les Questions diplomatiques et coloniales. Paris, 19, rue Cassette. Bimensuel : un an, i5 fr.

Il y a donc là un sujet d'étude qui devrait aussi tenter l'un des nôtres, car ce livre pourrait exercer une influence considérable sur la nation et continuer efficacement à préparer les voies de l'avenir grandiose que nous rêvons pour elle.

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