CHAPITRE IV
Comment exercer nos droits civiques ?
S'il est indispensable de posséder les vrais principes du droit public, s'il est utile de connaître les institutions qui en découlent et qui nous régissent, s'il est nécessaire, enfin, de savoir les réformes qu'il convient d'y apporter, il est également de notre devoir de quitter le domaine des doctrines et des systèmes pour vivre pratiquement nos idées.
La vie civique nous sollicite et Léon XIII nous a fait un devoir d'y participer. Relisons ses conseils :
« Il importe, déclare-t-il, au salut public, que les catholiques prêtent sagement leur concours à l'administration des affaires municipales et s'appliquent, surtout, à faire en sorte que l'autorité publique pourvoie à l'éducation religieuse et morale de la jeunesse comme il convient à des chrétiens : de là dépend principalement le salut de la société. Il sera également utile et louable que les catholiques étendent leur action au-delà des limites de ce champ trop restreint et abordent les grandes charges de l'Etat...
« Mais, généralement, comme nous l'avons dit, refuser de prendre aucune part aux affaires publiques serait aussi repréhensible que de n'apporter à l'utilité commune ni soin ni concours, d'autant plus que les catholiques, en vertu même de la doctrine qu'ils professent, sont obligés de remplir ce devoir en toute intégrité et conscience. D'ailleurs, eux s'abstenant, les rênes du gouvernement passeront, sans conteste, aux mains de ceux dont les opinions n'offrent, certes, pas grand espoir de salut pour l'Etat. Ce serait, de plus, pernicieux aux intérêts
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chrétiens, parce que les ennemis de l'Eglise auraient tout pouvoir et ses défenseurs aucun. Il est donc évident que les catholiques ont de justes motifs d'aborder la vie politique ; car ils le font et doivent le faire, non pour approuver ce qu'il peut y avoir de blâmable, présentement, dans les institutions politiques, mais pour tirer de ces institutions mêmes, autant que faire se peut, le bien public sincère et vrai, en se proposant d'infuser dans toutes les œuvres de l'Etat, comme une sève et un sang réparateur, la vertu et l'influence de la vie catholique (1). »
Or, dans une démocratie, les fonctions publiques sont électives. Notre devoir est donc tout indiqué; nous devons développer la conscience civique de chacun et préparer, par une organisation rationnelle et féconde, de bonnes élections. Le vote est l'acte essentiel de notre vie civique.
Gomme théoriquement le suffrage universel n'est lui-même que le reflet de l'opinion publique, nous étudierons d'abord la nature de l'opinion et les moyens de la conquérir.
Et c'est bien maintenant qu'il convient de faire cette étude puisque toute opinion qui ne repose pas sur une doctrine solide est inféconde, et puisque nous possédons, désormais, assez de doctrine pour satisfaire les exigences des esprits cultivés et les aspirations légitimes des foules.
Puis, quand nous saurons comment conquérir l'opinion, quand nous connaîtrons mieux l'histoire et le programme des partis qui se partagent les faveurs de la nation, quand nous aurons une idée précise des caractères et des exigences de l'action publique des catholiques français, nous étudierons, avec un intérêt plus vif, le fonctionnement du suffrage universel qui permet à l'Opinion de gouverner le pays par la désignation de ses représentants, et nous dirons quelques mots des ré/ormes qu'il convient d'apporter à ce suffrage inorganique.
Enfin, nous suivrons les représentants du Peuple dans la
11) Encyclique Immortale Dei, dans Actes de Léon XIII, édit Bonne Presse I.p. 47.
cité, dans le Département, dans la Région et dans la Nation et nous verrrons, en terminant, si la prospérité publique, pierre de touche des bonnes institutions, a atteint le développement que la France était en droit d'espérer du labeur de
ses fils.