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L'OPINION PUBLIQUE

Nous avons dit plus haut l'influence considérable qu'exerce l'Opinion sur les institutions, dans nos démocraties modernes. L'Opinion est souveraine. Elle naît, se développe, grandit et s'impose aux foules avec une rapidité et une force extraordinaires. C'est un être insaisissable qui entraîne à sa suite, dans une chevauchée fantastique et désordonnée, les hommes et les peuples.

Mais la société, comme nous l'avons déjà déclaré, ne saurait se plier constamment aux caprices de cet enfant de Bohême. Un jour viendra, sans doute, où la vérité surgira, rayonnante et bonne, du creuset de l'universelle pensée et le monde, qui aura enfin reconquis la paix, sera tout étonné de l'avoir retrouvée dans les ruines abandonnées du vieil ordre social chrétien... Alors, l'Opinion, instruite par les leçons des temps écoulés,frappée delà vanité de ses rêves et de l'impuissance de ses efforts, convaincue qu'il faut, en fin de compte, en revenir toujours à Dieu, principe de toutejustice, exigera du pouvoir souverain des mesures d'ordre et de stabilité et assignera à la liberté les limites nécessaires à la paix publique et au progrès social.

Puisque l'Opinion est si puissante, il est de notre devoir de l'éclairer pour mieux diriger ses randonnées vers le but que nous aurons assigné. C'est pourquoi, après avoir étudié la nature même de l'opinion publique, nous verrons brièvement ce qui lui donne la vie et ce qui la met en mouvement, c'està-dire : Y élite, Y éducation populaire, le livre, Y affiche, la presse, la parole. Nous ajouterons, comme nous venons de le

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dire un peu plus haut, quelques pages sur l'association, qui multiplie les forces en les ordonnant, sur les partis politiques, qui forment l'ossature de l'Opinion publique, et sur l'action publique des catholiques français.

Qu'est-ce que l'Opinion?

Nous lirons avec beaucoup de profit l'étude intéressante, originale et sûre de :

Moysset (Henri) : L'opinion publique, étude de psychologie sociale (conférence faite à la Semaine sociale de Rouen, 19 10), pp.i34-i58.

« L'opinion, souveraine, insinuante et autoritaire, ne se contente « pas de régner, elle veut gouverner.

« L'unité politique de la puissance romaine reposait sur la force, « l'unité politique des sociétés du moyen âge se fonda sur l'unité de « croyance. La Réforme, en substituant le principe du libre examen « au principe d'autorité, prépara l'avènement du règne de l'opinion.

« Pendant ce demi-siècle, qui va de 1791 à 1848 ,et qui eut une « demi-douzaine de régimes, une demi-douzaine de philosophies « construites pour refaire l'unité dans les esprits... la liberté d'opi- «. nion est inscrite dans toutes les constitutions...

« Tristes divinités delà doctrine de l'individualisme, oseront bien- « tôt écrire les Saint-Simoniens, deux êtres de raison, la conscience « et l'opinion publique, réunirent bientôt les hommages que Thu- « manité refusait à l'Eglise. Lamennais, dans l'Avenir, fait écho à « cette parole, où tremble un regret, et prophétise une succession de « régimes et de pouvoirs flottants comme l'opinion, un monde entier <( d'opinions contradictoires dont chacune est une passion, une dé- <( mocratie inquiète, agitée, turbulente qui ne sera qu'une émeute « d'opinion.

« Le règne de l'opinion a mis fin à cette société spirituelle qui « consistait dans l'union des esprits par des croyances communes... <c Et toutes choses se faisaient, le mal comme le bien, sous l'angle « d'éternité... La paix de l'esprit devait être alors un sentiment de « force dont nous n'avons plus que la nostalgie.

« Aujourd'hui, le monde est livré à des opinions sans nombre et « perpétuellement changeantes » (pp.i55 et suiv.).

^v II faut compléter par les travaux suivants qui, s'ils ne sont pas à lire sans réserve, s'imposent à ceux qui veulent étudier l'opinion :

5y4 LA VIE CIVIQUE

Le Bon ,'Gust.) : Psychologie des foules. 10e édit. Paris, Alcan, 191 i,in-i8 de 186 p. Prix :i fr.5o — Tarde (G) : L'opinion et la foule, 3e édit. Paris, Alcan, 1906, in-8° de vn-226 p. Prix : 5 fr. — La Codre : L'opinion publique et les gouvernements. Paris, Dentu, 1869, in-8° de 180 p. (Epuisé : l'ouvrage, d'ailleurs, est déjà ancien.)

v* Enfin, on trouvera une psychologie originale de l'opinion publique dans les travaux, assez spéciaux, il est vrai, de Arren (J.) :La publicité lucrative etraisonnée. Paris, Librairie des publications populaires, 1 910, in- 16 devm-436p. Prix: 3 fr. 5o.

,wv On ajoutera à ces livres deux importants ouvrages qui traitent, il est vrai, de l'opinion publique en Amérique, mais qui n'en contiennent pas moins des pages excellentes:

Bryce (Gh.) : La République et les États, édition française

complétée par l'auteur avec une préface de M. E. Chavegrin,

traduction de Daniel Muller, P. Lestang , Bouyssy . — Paris,

Giard et Brière, 4 vol.in-8 de 5oo p. environ. Prix : les 4 vol.

70 fr. {presque épuisé).

On lira surtout le tome III, intitulé : Le système des partis . L'opinion publique : dont voici les principaux chapitres relatifs à l'opinion :

Opinion publique : Nature de l'opinion publique. Gouvernement par l'opinion publique. Comment l'opinion publique gouverne en Amérique. Organes de l'opinion publique. Influence du caractère national sur la forme de l'opinion publique. Les classes au point de vue de leur influence sur l'opinion. Action de l'opinion publique. Tyrannie de la majorité. Fatalisme de la multitude. Où l'opinion publique échoue; où l'opinion publique réussit.

« Quand on examine la manière dont se forme l'opinion, on voit « qu'une très .faible partie des idées politiques de l'homme ordi- « naire vient de lui-même. Sa première impression était faible « et peut-être informe : sa netteté et sa force actuelles sont a dues principalement à ce qu'il a entendu dire et à ce qu'il a lu. On « lui a dit ce qu'il faut penser et pourquoi il faut le penser. Les « arguments lui ont été fournis par d'autres et la controverse les a « gravés dans son esprit. Bien qu'il suppose que ses idées soient à « lui, il les a surtout parce que ce sont celles de ses amis, de ses « journaux, des chefs de son parti. Ses amis font de même. Chacun

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« croit et répète certaines choses parce qu'il croit que tous les gens « de son parti les croient : et de ce que chacun croit, une petite part « seulement est son impression première, la plus grande partie est « le résultat de l'enchevêtrement, de l'action et de la réaction mu- • tueiles des impressions d'une multitude d'individus, dans laquelle « l'élément de la conviction personnelle, basée sur la réflexion indi- « viduelle, est infiniment petit... (p. 332).

« Mais c'est là [dit l'auteur] V opinion passive, l'opinion de ceux « pour qui la politique n'a aucun intérêt spécial, qui ne s'en occu- « pent que pour voter, de ceux qui reçoivent et propagent, mais qui ne « créent point des idées sur les questions publiques.. . [Or] l'opinion « ne se développe pas simplement, elle est aussi créée ; il y a la « classe active qui s'occupe avant tout des affaires publiques, qui « aspire à créer et à diriger l'opinion » (p. 336).

Au livre de Bryce, nous ajouterons une autre étude dont nous parlons plus loin : Ostrogorski : La démocratie et l'organisation des partis politiques, étude également très intéressante à consulter. (Voir p. 588.)

Il va sans dire que nous ne faisons pas nôtres toutes les conclusions de ces deux auteurs qui semblent oublier que la démocratie politique peut revêtir des formes plus organiques, c'est-à-dire moins accessibles à tous les mouvements de l'opinion et toutes les fantaisies de la démagogie.

Telles sont les principales études qui ont été écrites sur ce sujet; il en est d'autres encore, mais nous estimons que les ouvrages mentionnés ci-dessus sont susceptibles de satisfaire tous les esprits.

Ce qui fait l'Opinion ; 1° l'Elite organisée.

L'élite consciente et organisée est un des plus puissants ressorts des mouvements populaires. Nous avons déjà dit pourquoi, dans notre démocratie inorganisée, le rôle des élites est si grand.

L'action des clubs, déjà très considérable dans les années qui précédèrent 1789, put s'exercer sans entraves quand la Révolution, à leur instigation, eut supprimé les groupements organiques qui s'opposaient encore à leur marche conquérante.

La Corporation et la Région, la Noblesse et l'Eglise, d'où émanaient les élites naturelles, représentatrices d'intérêts supérieurs et génératrices d'ordre et de prospérité, ayant été abolies, l'opinion, devenue malléable à merci, sortit, toute équipée, des « ateliers maçonniques » qui, depuis lors, ont gouverné la nation.

Aujourd'hui, ceux qui ont assumé, à leur profit, l'exploitation de l'héritage révolutionnaire, cherchent, pour assurer définitivement leur domination, à rompre le dernier bastion de la Société chrétienne, la famille, mais voici qu'à l'heure où, en vérité, la famille tremble sur ses bases, la Société, guidée par son instinct, a dressé, soudainement, devant ses ennemis, un obstacle puissant, et cet obstacle, que la philosophie révolutionnaire croyait avoir définitivement brisé, c'est la corporation.

Malheureusement, le mouvement corporatif, que la Franc- Maçonnerie voudrait endiguer et asservir, n'est encore qu'à ses débuts et ne constitue qu'un épisode dans la lutte de l'ordre contre l'anarchie individualiste. C'est pourquoi, en attendant que nous ayons constitué et pénétré tous les corps sociaux qui formeront la charpente de la société nouvelle, nous devons constituer des élites dont la fonction sera de diriger vers la lumière le peuple désorienté qui cherche en tâtonnant sa route dans les ténèbres...

D'ailleurs, même dans une société bien organisée, des élites indépendantes des corps sociaux seront toujours nécessaires. Si la représentation des intérêts leur échappe, le domaine de la doctrine reste leur fief, car c'est dans ces élites que se réfugie la pensée, reine du monde.

Et ceux-là le savaient bien qui, à l'instant où la vieille société s'écroulait avec fracas sous les coups révolutionnaires, disaient doucement de leurs comités qu'ils étaient des « sociétés de pensée ». — Or, si l'Eglise est, aux yeux des catholiques, la plus merveilleuse et la plus puissante des sociétés de pensée, il n'en est pas moins vrai que les catholiques ont le droit et le devoir de constituer, à côté de l'Eglise, sans toutefois se soustraire à son influence,des groupements d'élite pour défen-

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dre les droits de la société civile contre toutes les erreurs et contre toutes les tyrannies.

<w* Sur l'utilité de l'élite, on relira les auteurs cités dans la première partie de ce travail (p. 190), c'est-à-dire: Normand d'Authon, Bérêziat, etc., ainsi que les ouvrages mentionnés page2o5 du présent travail et relatifs à l'influence considérable exercée par l'élite franc-maçonnique : Deschamps, C. Bord, Aug. Cochin,GautJierot, Prache, Le François, Dehon. On méditera aussi les Statuts de la Franc-Maçonnerie, publiés par l'Action Populaire.

^^%-On ajoutera à ces travaux les études suivantes, qui montreront également la puissance formidable des élites organisées :

Bord (G.) : La conspiration révolutionnaire de 1789. Les complices, les victimes, Paris, Libr.des Saints-Pères, 1909, in-8° de xxn-448 p. Prix : 7 fr. 5o. — Cochin (Aug.) et Charpentier (Ch.):Les sociétés de pensée et la Révolution en Bretagne, 1 788-1 789 : Paris (sous presse) (chez les auteurs, 53, rue de Babylone). — Gautherot : L'Assemblée constituante, déjà cité... (Voirie chapitre intitulé : Maçonnerie et Révolution, pp. 27-52). — Les Preuves de la Domination maçonnique (Annexe IV des Documents pour servir ci l'étude d'un programme électoral). Paris, Section d'études sociales de V Action Libérale [iQ09],in-4°de29p. Prix: ofr.25 — Nourrisson (Paul) : Le club des Jacobins sous la IIIe République — et cet autre volume : Les Jacobins au pouvoir, Paris, Perrin, 1900-1904, 2 vol. in-16 de xvi-257 etxv-271 2 p. Prix: le vol. 3fr. 5o. — Doumic (Max). — Le secret de la Franc-Maçonnerie. Paris, Perrin, 1905, in-8° de 390 p. Prix : 4 fr. 5o. « Ce livre, dit G. Blondel, est de ceux qui font réfléchir et nous ne pouvons que lui souhaiter la plus large diffusion. »

Et M. G. Blondel, continuant d'analyser ce livre, montre >ien la puissance formidable des élites organisées :

« C'est à Bacon que remonte en réalité cette idée géniale que la direction de l'humanité doit être confiée à une société secrète. Et c'est lui qui a montré que c'était par l'empire de la mer que l'Angleterre devait parvenir à la monarchie universelle. Dans sa pen- « sée, le « Temple de Salomon » doit désagréger peu à peu les autres « nations et les faire travailler à leur propre perte. Pour arriver à « cette fin, la première puissance à détruire, c'est laPapauté, qui, elle « aussi, tend à une souveraineté universelle. A la haine de la Pa-

« pauté s'ajoute la haine do la France, qui est une puissance catholi- « que et qui, par ses aspirations coloniales?est mieux en situation que « 1oute autre de contrecarrer les projets de l'Angleterre. Le catholit cisme, il faut le combattre comme culte (on utilisera à cet effet les (( rancunes des protestants et des juifs), comme dogme (on fera « alliance avec la philosophie rationaliste), comme puissance tempoce relie (on supprimera les Etats de l'Eglise. ») (i).

Et l'élite franc-maçonne atteindrait son but si Dieu ne veillait sur son Eglise et n'aveuglait ses adversaires, à la veille de leur triomphe... Lire également la conférence faite par un ouvrier, M. Vieillefonds, à la Semaine sociale de Rouen (igio) sur la Formation de l'élite ouvrière (pp. 4i 7-434) et consulter les Guides sociaux et les Guides d'action religieuse, qui insistent longuement sur la nécessité des élites.

Ce qui fait l'opinion :

2° l'Education populaire.

L'enseignement, et plus spécialement l'éducation populaire, exercent une action considérable sur la direction des esprits. C'est dans nos écoles, dans nos patronages, dans nos cercles d'étude, dans nos associations de jeunesse que nous forgeons sans bruit, mais avec ténacité, l'opinion de demain... Nos adversaires le savent bien, qui suivent d'un œil vigilant les progrès de nos œuvres et leur puissance de rayonnement.

Nous ne saurions trop attirer l'attention des catholiques sur la nécessité de multiplier les œuvres d 'éducation populaire et de leur donner une direction de plus en plus rationnelle. Nos patronages, en effet, doivent être, non seulement des écoles de foi et de culture physique, mais aussi des écoles de formation sociale et de rénovation civique, en un mot et avant tout des écoles d'apostolat. Quand tout le clergé l'aura compris, quand tout le clergé voudra s'attacher à convaincre la jeunesse ouvrière que c'est à elle qu'incombera demain la lourde tâche d'organiser le travail, quand tout le clergé lui | mettra l'appui de l'Eglise pour établir la justice, quand tout

(i) Ci. Blondel, dans la Réforme sociale du Ier janvier 1909, p. 691.

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le clergé aura montré à cette jeunesse généreuse l'impérieuse nécessité de vivre sa foi, dans le sanctuaire, dans la corporation et dans la cité, nos œuvres, ce jour-là, auront atteint, du même coup, une incalculable portée.

Le lecteur voudra donc bien se reporter à ce que nous disons plus haut de renseignement et il trouvera, de plus, dans les livres suivants, que nous choisissons entre tant d'autres, d'excellentes pages qui lui feront mieux apprécier l'importance et la nécessité des œuvres d'éducation populaire :

Turmann : L'Education populaire, les œuvres complémentaires de l'Ecole. 5e édition, Paris, Lecoffre, 1907,^-12 de xm- 426 p. Prix : 3.5o — Et du même auteur : Au sortir do l'Ecole ; les Patronages (5e édition, revue et augmentée). Paris, Lecoffre, iQoo,,in-i2 de xvi-482 p. Prix : 3.5o — Jeunes gens de France : Paris Lecoffre et Reims, Action Populaire (1906), in- 12 de 366 p. Prix : 3 fr. 5o (Epuisé). — Lecontk (abbé) : Petit Manuel pour la fondation et la direction des patronages ruraux et œuvres des campagnes : Châlons-sur- Marne. Imp. Martin (4, place de la République), 1899, in-i6de ibop. Prix ,:ofr.8o. — Les Patronages. Reims, Action Populaire, 19 10, in-18 de i44 p- Prix: 1. fr.75 — Beaupin (abbé): L'Education sociale et les cercles d'étude, Paris, Bloud, 191 1» in-12 de 247 p. Prix : 3 fr. — Compléter par les Guides d'Action religieuse de 1908 et de 1909, très utiles à consulter; par les publications de l'Action populaire relatives aux Cercles d'étude ; par le Manuel de l'Association catholique de la Jeunesse Française (déjà cité). — Se tenir au courant, par les revues suivantes, déjà citées : Les Annales de la Jeunesse catholique. — Le Courrier des Cercles d'Etudes. — Le Bulletin de la Société Générale d'Education et d'Enseignement— et aussi par La Vie au Patronage (Mensuel, 12 fr., à Montmédj, Rampe de Tivoli).

Ce qui fait l'opinion :

3° le Livre.

Le lecteur nous permettra de le renvoyer à ce que nous disons de l'influence du livre dans la préface de notre ouvrage. Ce serait nous répéter inutilement que de revenir sur ce sujet. D'ailleurs, nous n'avons conçu et composé cet essai que

58û LA VIE CIVIQUE

pour attirer l'attention des catholiques sur la puissance du livre. Pourtant, on nous pardonnera d'insister légèrement sur la nécessité de créer partout des bibliothèques vivantes, c'est-àdire des bibliothèques d'où nous aurons éliminé sans pitié toutes les productions qui les vieillissent ou qui les déshonorent, des bibliothèques unies par la même méthode et par la même doctrine, des bibliothèques susceptibles de promouvoir, dans tout le pays, les mêmes pensées et les mêmes initiatives, des bibliothèques, en un mot, créées, soutenues, et dirigées par un comité central, chargé d'assurer la régularité du fonctionnement et la rectitude de la doctrine. Il y a là, croyons-nous, une œuvre intéressante à faire. Ne serait-ce pas le moyen de lutter avec avantage contre les bibliothèques municipales et contre les bibliothèques des loges et de leurs succursales déguisées? C'est pourquoi notre travail, croyons-nous, pourra être de quelque utilité à ceux qui comprendront l'influence du livre et qui voudront constituer des bibliothèques de solide doctrine.

Sur l'influence du livre : lire la brochure éloquente du P. Coubé : Le Livre. Paris, Soc. Bibliolog., 1898, in-12 de 37 p. Prix: o fr. 3o — l'étude un peu verbeuse de Pelaez (Mgr) : Les ravages du livre. Avignon, Aubanel, 1908, in-16 de 282 p. Prix : 3 fr. — Ainsi que Roupain et Bethléem, cités plus bas.

Sur l'organisation des bibliothèques : On consultera :

Maire (A.): Manuel pratique du bibliothécaire. Paris, Picard, 1806, in-8 de 591 p. (en réimpression); — les ouvrages plus pratiques suivants : Bertin-Bouvet : Les salles de lecture. Reims, Action Populaire, et Paris, Lecoffre, in-16 de 32 p. Prix: o fr. 25. — Laroppe : Les Bibliothèques coopératives. Reims, ibid. — Maze-Sencier : Les lectures en commun, les Bibliothèques populaires, ce qu'il faut lire, dans son ouvrage sur V Amélioration du sort des travailleurs, déjà cite et Piolet (le P. J.-B.) : Questions d'Angleterre : Paris, Lib. des Saints-Pères, 1906, 3 fr. 5o — la lecture en Angleterre . — Consulter à titre documentaire : MbREL (Eue.) : Essai sur le développement des Bibliothèques publiques et de la librairie dans les deux mondes. Paris, Mercure de France, 1908, 2 vol. in-8 de xui-3cfo et f\ 7") p. Prix: 10 fr. (Livre un peu touffu, assez bien documente, mais

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vraiment trop sévère pour TEcole des Chartes. — Et du même auteur : La librairie publique. Paris, Colin, 1910, in-12 de 322 p. Prix: 3 fr. 5o. — Voir aussi les Guides sociaux et les Guides d'action religieuse.

Comme catalogues méthodiques : l'intéressante étude de Roupain (Abbé): Nos lectures. Lille, Romans-Revue, 191 1, 111-8 de 200 p. Prix : 2 fr. — Bethléem (abbé) : Romans à lire, romans à proscrire : Cambrai, Masson, et Lille, ibid., 191 1, 23e mille, in-12 de xxxn-4o8 p. Prix : 3 fr. 5o. — Répandre Parville et Verley : Quelques livres à conseiller aux jeunes gens. Lille, Romans-Revues, 19 12, in-12 de 96 ip.Prix :

1 fr.— Le Catalogue général de la Bibliothèque populaire du n° i4o de la rue Clignancourt. Paris, in-8 de 102 p. Prix: 1 fr. (environ) et sa revue mensuelle V Angélus (1 fr.).

Comme revues, se tenir au courant par le Polybiblioo. Paris, 5, rue Saint-Simon — par Romans-Revue, dirigée par l'abbé Bethléem. On y trouvera des comptes-rendus très sûrs, non seulement sur les romans, mais encore sur tous les livres susceptibles d'intéresser les esprits d'une culture courante. Paris, Lethielleux, et Lille, ibid., mensuel, 8 fr.— La Bibliographie du Bon Livre français. Paris, Act. soc. de la femme. Un an

2 fr. 5o. — Ou encore Livres et Revues (mens., i3, rue Miromesnil).Un an : 5 fr. (on prête les ouvrage analysés).

Enfin, on voudra bien se reporter aux suppléments que nous donnerons périodiquement, — tous les cinq ans environ — à ce présent travail, sous le même titre et avec le même plan: Les Livres qui s'imposent, vie chrétienne, vie sociale, vie civique. Le premier supplément paraîtra en 19 15 à Paris, chez Beauchesne, et formera le tome II de cet ouvrage. Prix : de

3 à 5 fr. environ.

Pour contribuer à la diffusion du bon livre, se mettre en rapport avec la Société Bibliographique (Paris, 5, rue Simon) qui publie un Bulletin mensuel et avec l'œuvre de Saint François de Salle. Paris, l\, rue de la Chaise. Enfin, Emile Faguet a écrit, sur l'art de lire, quelques pages que les esprits cultivés, qui aiment la littérature, liront avec intérêt ( 1 ) .

Ce qui fait l'opinion :

4° l'Affiche.

Enfin, nous devons consacrer quelques lignes à un mode de

(1) Faguet (Emile). l'Art de lire : Paris, Hachette, 1912, in-iô de 168 p. Prix : 2 fr, — Et du même auteur : En lisant les beaux vieux livres. Paris, 3e édit., 191 1, in-12 de iv-3i2 p. Prix : 3 fr. 5o. Nous indiquons ces livres à titre purement documentaire, car il n'y est guère question que de littérateurs « profanes m. Ce ne sont pas des livres pour nos cercles d'études religieuses et sociales.

propagande, méconnu et négligé, à l'affiche, qui, dit l'Action Populaire, est le « procédé idéal d'action sur l'Opinion ».

Ce qui rend cette propagande particulièrement intéressante, c'est qu'elle a une portée vraiment populaire : l'affiche, quand elle est rédigée et composée avec art, arrête le citoyen qui passe, le rentier qui flâne, l'ouvrier qui revient du travail, la ménagère qui fait ses provisions, l'enfant qui gamine tout le long des trottoirs, le vieillard qui, au printemps, recherche la tiédeur des murs, l'affiche atteint tout le monde, car l'affiche, seule, a le droit de haranguer la foule dans la rue.

Malheureusement, nous n'avons pas su profiter de cette liberté ; mais pouvons-nous vraiment parler de la liberté de l'affichage? Non, car c'est une liberté que l'Etat nous octroie à prix d'or. Pourtant, il nous semble que, dans une démocratie, l'affiche devrait être libre, c'est-à-dire exempte des droits de timbre. Le journal est libre, la parole est libre, l'enseignement est libre, l'association est libre^ pourquoi en excepter l'affiche? Est-ce que les lourdes taxes qui pèsent sur elle ne sont pas une atteinte portée à la libre communication des opinions? Or, l'affiche est un des moyens les plus excellents et les moins coûteux de répandre la pensée et c'est précisément celui-là qu'on entrave (i).

L'Affichage : pratique, jurisprudence, documentation. Reims, Action Populaire, s. d., in- 1.6 de 64 p. Prix:o fr.5o (très utile).

Fourié (abbé) : L'affichage politique, conseils pratiques pour la rédaction, l'apposition et la protection des affiches, jurisprudence et textes de loi, refondu et mis à jour par M. Ballot. Paris, Bonne Presse, in-12 de i5o p. Prix : 1 fr. — Voiraussi le livre deLEPoiTTEViN (Gust.): Traité delà presse, cité plus loin, — l'étude juridique de Dodanthun (Alf.) : Des affiches électorales, étude de droit public, Paris, Larose, igo3, in-8° de 246 p. Prix : 6 fr. — Consulter surtout le Guide d'action Religieuse de 1908, pp. 435-44* • — le Guide

d'action religieuse de 1909, pp. 435-4o8. Signalons aussi les affiches éditées par l'Action populaire, d'un caractère si social ; les affiches Jeanne d'Arc, éditées par la Jeunesse

(i 11 va sans dire que nous n'entendons pas parler de la publicité commerciale, mais seulement de « f'affichage de pensée », en d'autres termes de l'afflehag • philosophique ( 1 politique : car la loi, chez an peuple libre, ne doit donner à la pensée d'autres limites que celle de l'ordre social.

catholique de la Flèche, et les affiches de V Information populaire (Paris, 65, rue deSaintonge), etc.

Ce qui fait l'opinion :

5° le Journal.

Nous croyons inutile d'insister longuement sur l'influence exercée par la Presse. Le journal est le levier de l'opinion publique; nous l'avons trop oublié et nous n'avons consacré, aux œuvres de presse, ni assez d'or, ni assez de talent, ni assez de temps, ni assez de méthode. Mais, puisque aujourd'hui c'est une vérité reconnue, nous ne nous étendrons pas plus long-temps sur ce sujet et nous indiquerons brièvement, à défaut d'un travail d'ensemble, à la fois doctrinal et pratique, les brochures et les ouvrages où nous trouverons les éléments de cette étude :

Tavernier (Eug.) : Bu Journalisme ; son histoire, son rôle politique et religieux. Paris, Oudin, 1902, in- 18 de xxxn-824 p. Prix : 3 fr. 5o. — Delfour (chanoine) : La Presse contre l'Eglise. Paris, Lethielleux, in-12 de vih-^io* p. Prix: 3 fr. 5o. — Maze-Sencîer (Georges) : Le rôle social et moral de la Presse. Paris, Lethielleux, 1911, in-8 de 171 p. Prix : 2 fr.5o. — Et l'excellent opuscule de Babin : L apostolat principal au XXe siècle : la Presse. Paris, Ligue pat. des Françaises, iqo5, in-iO de i3i p. Prix : o fr. 60. — Enfin, le livre légèrement tendancieux de Fonsegrive(G-): Gomment lire les journaux. Paris, Lecofîre, 1908, in-12 de v-280 p. Prix: 3 fr. 5o. Chiaudano (Le P.) : Le journalisme catholique. Paris, Lethielleux, 1910, in-12 de 120 p. Prix: 1 fr. 25.

~~ Si l'on veut des études plus techniques, consulter :

Samati (Vincent) : Pour devenir journaliste; comment se rédige et s'administre un journal. Paris, VricLorion, 190G, in-12 de 36o p. Prix : 3 fr. 5o. — Gaucherand: Ce que doit être un journal. Reims, Action Populaire et Paris, Lecoffre, s.d., in- 16 de 32 p. Prix : o fr. 2.5. — Counil (J) : La presse au village. Reims, Action Populaire, et Paris, Lecoffre, s.d., in-16 de 32 p. Prix : o fr. 25. — Cetty (H.) : Le Journalisme allemand. Reims, ibid. — Pottier (Paul). Le Journaliste, Reims, ibid. — Consulter également : Création et lancement d'un

journal quotidien, dans Publicité moderne, revue mensuelle, octobre 1907, pages 9 à i5. — Le Code de, la Presse -.presse, affichage, colportage, législation en vigueur du /er mars igoj, dans Collection des actes sociaux* Reims, Act. Pop., et Paris. Lecoffre, s. d. in-i6de32 ip.Prix:ofr.25. — Le Poittevin (Gust.) : Traité de la presse, réglementation de V imprimerie, de la librairie, de la presse périodique , de ['affichage et du colportage et infractions commises par V impression, V écriture et la parole. Paris, Larose, 1902-1904, 3 vol. in-8 de xi-674, 672, 786 pp. Prix : 3o fr. — Enfin, il ne faut pas oublier de lire les pages si solides et si documentées parues dans les Guides d'action religieuse de 1908 (pp. 373 et suiv.) et de 1909 (pp. 36 1 et suiv.), ainsi que les intéressants Comptes rendus du Congrès de la Bonne Presse, publiés par l'intéressant bulletin : La Croisade de la Presse (hebdomadaire, Paris, Bonne Presse. Prix : 1 fr. 5o).

Ce qui fait l'opinion .

6° la Parole.

S'il est un pays où la parole charme les foules, c'est bien la France, et son influence est d'autant plus considérable que la société est moins organisée. Ceux qui travaillent reculent devant ceux qui parlent. Le labeur du Nord est soumis à la faconde du Midi... Les meneurs sont des rhéteurs.

Si les rhéteurs apparaissent toujours à l'heure où les sociétés vieillies ne trouvent plus en elles la force d'agir, mais où, après avoir laissé dépérir les organismes qui les soutenaient et qui les vivifiaient, elles s'abandonnent paresseusement aux volontés des tribuns, il n'en est pas moins vrai que, dans les circonstances présentes, la parole publique est devenue, dans l'anarchie légale, une nécessité sociale... Sans doute, à mesure que la société retrouvera ses assises providentielles, la parole verra se rétrécir le cercle de ses attributions; d'ici là, c'est à elle qu'incombe, dans une large mesure, le soin de pousser la foule vers la société nouvelle que nous voulons instaurer.

N'est-ce pas par la parole d'abord, et par des actes ensuite, que l'Eglise a conquis le monde... ? Sur ce point encore, nous sommes obligé, à défaut d'une étude d'ensemble, de renvoyer aux travaux suivants :

France (Henry de): Manuel pratique du conférencier. Reims, Action populaire, et Paris, Lecoffre (s. d.), in-16 de '62 p. Prix : o fr. 25. — Desgranges (abbé) : Instituts populaires et conférences publiques. Reims, ibid. — Kermor : La lecture populaire. Reims, ibid. — Ouillet (abbé) : La conférence au village. Reims, ibid. — Augier (E.) : Vade-mecum du conférencier contenant plus de sept cents traits, pensées, paroles célèbres. Paris, Lethielleux, 3e édit., 1908, in-16 de 244 p- Prix : 1 fr. — Enfin, on consultera les Guides sociaux de l'Action Populaire et surtout les Guides d'action religieuse de 1808 et de 1909, qui nous fourniront la liste des Sociétés de conférenciers et des revues qui publient des conférences in extenso.

*** En outre, de nombreux auteurs ont récemment publié des livres ayant pour but d'enseigner « l'art de parler en public ». Si ces livres donnent aux débutants des conseils judicieux et des renseignements utiles, ils ne procureront pas le don de la parole à ceux qui ne le possèdent point, bien qu'on s'habitue assez bien, paraît il, à parler en public, surtout à un public populaire, qui se passe volontiers du langage académique. Mentionnons, à titre documentaire.

Roudès (Silvain) : L'éducation de la parole ou fart d'apprendre à parler en public. Paris, Librairie des publications populaires, 19 10, in-iG de vin-395 p. Prix : 3 fr. 5o — et Ajam (Maurice) : La parole en public, nouvelle édition avec les procédés oratoires de MM. Briand, Poincaré, Caillaux, d'Est, de Constant, Ribot, Deschanel, Labori, comte de Mun. Paris, Librairie des publications populaires, 1910, in-16 de 288 p. Prix : 3 fr. 5o. — On consultera ces livres avec réserve, car les « morceaux d'éloquence », donnés en exemple, s'éloignent parfois sensiblement de nos doctrines.

~* Enfin, on n'oubliera pas qu'il n'est pas nécessaire de parler devant un public nombreux pour exercer une grosse influence. La conversation est un mode d'action extrêmement puissant et dont nous n'usons. pas suffisamment.

« Dans la transformation d'une idée en opinion publique, elle agit d'abord par la conversation. La conversation forme dans l'âme des pentes douces, comme la pluie fine des ravine-

ménts lents... qui commandent insensil)lement la direction des tendances. Au xvme siècle, elle fut portée un tel degré de raffinement et de puissance qu'elle a été justement considérée comme une des causes de la Révolution... Les ricochets d'une idée jetée dans la conversation sont incalculables (i). »

Ce qui fait l'Opinion :

7° lArt.

L'Art exerce sur les âmes une véritable emprise. L'Eglise, autrefois, l'avait si bien compris qu'elle offrit aux foules, qui croyaient en elle, les plus merveilleuses visions et qu'elle les berça de ses douces et solennelles psalmodies.

Et Pie X s'en souvenait sans doute lorsqu'il disait à un artiste chrétien, venu de France pour le saluer à l'aube de son pontificat, ces paroles profondes que nous nous plaisons à rappeler encore une fois: « Je veux que mon peuple prie sur de la beauté. »

La Beauté, en effet, est peut-être la plus grande force éducative qui soit. « On commence enfin, dit Jean Lahor, a reconnaître que tout se tient dans les problèmes de la vie humaine. Le Bien est une des formes du Beau et le Beau est souvent nécessaire à l'éclosion du Bien dans la vie intérieure... Je pense qu'il faut chercher à créer l'eurythmie en tout et partout; l'eurythmie., c'est-à-dire 1 Ordre, l'Harmonie, la Beauté dans l'âme humaine, dans l'Homme comme dans la Cité.» C'est aussi A\ illiam Moris, qui déclare que « la beauté n'est pas un ornement accidentel de la vie ». C'est encore le baron de Montenach qui ajoute : « La Laideur ne fait plus souffrir personne. L'art s'éloigne de nos villes, de nos rues, de nos maisons. La séparation opérée depuis un siècle entre l'Art et le Peuple est une des grandes fatalités de notre époque. » Et le même déclare que, si nous pouvions rapprocher l'Art et le Peuple, nous aurions « assuré à la société moderne une vie intellectuellement, moralement et matériellement supérieure ».

Mais l'art n'est pas le Musée... L'art : c'est, au foyer, la joie des yeux et l'harmonie des choses; c'est la vieille maison qui

(i) H. MoyssF/r, l'Opinion publique (p. 1 4 1), déjà cité.

l'action civique 587

s'incorpore à la terre; c'est l'émotion du recueillement dans la solitude des anciens sanctuaires et c'est la magnificence des prières publiques dans la splendeur des cathédrales ; c'est le coin du village où les vieillards se réunissent à l'ombre des grands arbres; c'est la rue qui travaille et qui prie, qui chante et qui pleure, qui gronde et qui se divertit; c'est la Cité avec ses murailles et avec ses palais, avec ses fontaines et avec ses jardins; c'est la hardiesse des clochers et c'est la fierté des beffrois; c'est, au long- des chemins, le bruit du travail, la chanson des laboureurs, les ébats des enfants et le rire des femmes; c'est la tristesse des ruines où rôdent les feuilles mortes, et c'est l'éclat des blés sous le soleil de messidor; c'est la douceur des soirs qui, du haut des montagnes inviolées, tombent sur nos prairies ; c'est la fleur magnifique et c'est la forêt profonde. .. L'Art, c'est tout ce qui fait vibrer harmonieusement la Vie.

C'est pourquoi la Beauté est éminemment sociale puisqu'elle répand de la paix et de la joie en nous révélant les harmonies qui, de la terre, montent vers les étoiles.

Et c'est pourquoi encore, l'art, qui sort de nos mains, n'est social que dans la mesure où l'âme des foules, à son contact, frissonne et s'élève. Or, comme les hommes auront toujours la nostalgie du Ciel, l'Art, pour être compris du peuple, doit tendre tout entier vers l'Eternelle Beauté.

Là encore, nous devrons refaire l'Unité...

<wv On trouvera d'excellentes pages sur les rapports de l'Art et du Peuple dans les livres suivants, principalement dans les études si chrétiennes et si sociales du baron de Montenach :

Montenach (Baron de) : Pour le visage aimé de la patrie. — L'Art et le Peuple {déjà cités). — La Fleur et la ville. Lausanne, Pavot, 1906, et dans les ouvrages que cet auteur nous annonce et qui traiteront principalement de l'art public ; de fart social ; de l'art national; de l'art dans ses rapports avec la maison, avec la Famille, auec la société ; de V Eglise et de l'art social; de la lutte contre la Laideur et de son caractère social. — Marietan (le Dr) : Le Rôle social de la liturgie catholique (Semaine sociale de Fribourg* 19 10), 49^-51 3 p. — Consulter aussi le livre suivant, où nous

trouverons quelques bonnes pages sur le rôle social de l'art : Gaultier (Paul) : Le Sens de l'art, sa nature, son rôle, sa valeur. Préface d'Emile Boutroux. Paris, Hachette, 1907, in- 12 de 271 p. et 16 pi. hors texte. Prix : 3 fr. 5o. — Sur le théâtre, la musique, la chanson, dont l'action sur l'opinion est si considérable, voyez les Guide» d'action religieuse.

vw Enfin, signalons encore l'intéressant groupe des «Catholiques des Beaux Arts », qui fut fondé à Paris, en 1905, par M. Pierre Regnault, architecte (6, square du Croisic), et qui se recrute exclusivement parmi les élèves et anciens élèves de Y Ecole Nationale des Beaux- Arts, du Conservatoire national de musique, de la Schola cantorum et aussi parmi les jeunes auteurs dramatiques. Ces artistes, qui veulent garder toujours la fraîcheur de leur jeunesse, de leurs convictions et de leurs espérances, se proposent, non seulement de vivre intégralement leur foi et d'accroître, par une fraternelle et constante émulation, leur valeur professionnelle, mais ils se promettent encore de développer en eux le sens catholique social et de seconder, de leur activité et de leur talent, le mouvement corporatif qui s'appuie sur l'Evangile pour mieux réalise 'a justice. Ils espèrent enfin affiner notre goût, augmenter la portée éducative de l'art et promouvoir une renaissance fécon^,, vjii s'inspirant davan ag , dans leurs œuvres, des clartés de la Foi, des exigences delà Vie moderne et des aspirations du Peuple chrétien.— On lira la revue qu'ils comptent publier prochaine ment-

De l'utilité de l'association pour la conquête méthodique de ïopinion publique.

Le système des « petits paquets » n'a jamais gagné les batailles. Or, dans un combat dont l'opinion publique est l'enjeu, il faut agir par masses profondes, solidement encadrées, largement approvisionnées en hommes, en argent, en munitions, et surtout dirigées avec clairvoyance et énergie. C'est le seul moyen de vaincre. Lire sur les groupes d'action :

Desbuouois (G.) : L'action Populaire, son esprit, sa méthode. Reims, Action Populaire, et Paris, Lecoffre, s. d., in-16 de 32 p. Prix : o fr. 25. — Du Passage (Le P.) : l'Asso-

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dation catholique de la Jeunesse Française. Reims, ibid. — Flornoy (E.) :La lutte par l'association, l'Action libérale populaire, cité plus loin. — Turmann (Max) : le Volksverein, son organisation. Reims, ibid. — Bettencourt : le Vooruit de Gand, Reims, ibid. — Getty (H.) : le Centre et son action sociale au Parlement. Reims, ibid. — Veyrières (P. de) : Ligue populaire des catholiques de Hollande. Reims, ibid., etc. ..Ajoutons qu'on trouvera, dans les Guides sociaux etdans l Année internationale, des pages intéressantes sur la Ligue démocratique belge et sur l'Association populaire des Catholiques suisses. Mentionnons encore les livres déjà cités deBryce et à'Ostrogorski, qui montrent bien comment de puissantes associations peuvent dominer l'opinion publique : Bryce : La République et les Etats, déjà cité, et le livre d'OsTR* GfOasKi, cité dans le paragraphe suivant, — Lire aussi, sur les groupements inspirateurs, les Guides sociaux et les Guides d'action religieuse.

De l'organisation de l'opinion dans nos démocraties inorganiques.

Dans une nation qui confie ses destinées au suffrage universel, quel que soit le mode de gouvernement qu'elle ait choisi, royauté sociale ou république démocratique, il est bon que le pouvoir soit soutenu et éclairé par de grands partis, fortement organisés et capables d'assurer « le libre jeu des institutions parlementaires ». La présence de ces partis, surtout quand ils sont secondés par une représentation professionnelle, donne au pouvoir la stabilité et l'empêche d'abuser de sa puissance.

La France compte peu de partis organisés. Mais la loi sur la mise en pratique de la représentation proportionnelle en facilitera bientôt sans doute la création.

Nous aurions pourtant voulu pouvoir indiquer sur la situation politique de la France un livre de fonds, parfaitement documenté, impartial et pondéré, mais cette étude n'existe pas. Ce travail serait d'ailleurs très difficile à faire, car il y a une telle confusion dans l'opinion qu'il semble difficile, ' de prime abord, d'y apporter de la clarté. Ce qui ressortirait, croyonsnous, de cette enquête, c'est que la Fiance, composée, en majo-

5qo l'action civique

rite, de catholiques ou tout au moins d'honnêtes « libéraux », est, par suite du jeu défectueux de ses institutions et de l'habileté consommée des loges, « gouvernée » par un parti qui ne répond point à ses croyances et qui tient, par une étonnante tactique, l'opinion publique en laisse ; mais le vent, un beau matin, peut tourner et l'opinion se ressaisir. On verra plus loin ce que nous disons, en effet, de l'action publique des catholi-1 ques et des espérances qu'elle nous permet de concevoir.

Comment les partis politiques travaillent l'opinion publique et comment ils l'encadrent. si l'on veut savoir comment les partis politiques peuvent promouvoir, encadrer et conduire l'opinion, il faut consulter l'ouvrage suivant, qui est le livre le plus complet qui ait été écrit dans ce genre. En le lisant, on tiendra compte de la différence des tempéraments, car l'anglo-saxon nous semble d'humeur moins individualiste que le Français d'aujourd'hui, et on se gardera bien d'accepter à la lettre toutes les conclusions de l'auteur et toutes ses vues sur l'évolution du pouvoir populaire :

Ostrogorski : la Démocratie et l'organisation des partis politiques. Paris, Lévy, 1903, 2 vol. in-8 de xiv-609 et 759 pages. Prix : 20 fr.

Les Partis politiques en France. — L'étude des partis en France n'a pas encore produit d'oeuvre aussi définitive et aussi considérable que celle d 'Ostrogorski. Tous les ouvrages que nous pourrions citer sont extrêmement tendancieux et vieillissent vile. Pourtant, la réforme électorale a suscité, en ces dernières années, d'intéressantes études, d'une portée très générale, sur les partis et sur leur représentation proportionnelle avec scrutin de liste. Cette réforme, qui permettra sans doute la constitution de puissants partis politiques, ne manquera pas de susciter les études d'ensemble qui nous manquent. En attendant, on lira, à titre documentaire, le travail de Flornoy — les discours de Jacques Pion — les études de Maurras, de Weill, etc., ainsi que Y Enquête menée par la Revue Hebdomadaire (1).

(1) Fj . , la Laite oar l'association : L'Action Hln'ralc oopulqirt

L'Action publique des catholiques français.

Pour calmer l'inquiétude humaine et pour diriger ia pensée désorientée, pour relever les mœurs décadentes, pour donner à ceux qui peinent plus de bien-être et plus de justice, pour imposer aux forts le respect des faibles, pour créer les institutions qui font les sociétés prospères et pacifiques, pour que la richesse ne se développe pas en creusant les poitrines et en cernant les yeux, pour que la liberté soit assurée aux bons, pour que la Nation, enfin, en s'écoutant, reprenne conscience de ses destinées et pour que les générations, qui nous suivront, cheminent dans l'aisance, dans la paix et dans la gloire, il faut que la France redevienne catholique et qu'elle soit gouvernée par des catholiques.

Tous nos efforts doivent donc tendre à la conquête du pouvoir.

Or, chacun sait que, depuis trente ans, les catholiques français sont traités, dans la patrie qu'ils ont pétrie de leur intelligence et de leur sang, comme des mendiants de mauvaise mine qu'on envoie coucher à l'étable parce qu'on n'ose pas . leur refuser le gîte. La haine dont on nous poursuit nous attriste profondément, mais elle témoigne, pourtant, à ceux qui l'auraient oublié, que le catholicisme est vie, que le catholicisme est pensée, que le catholicisme est mouvement. Et c'est précisément pourquoi on veut « l'extirper » du pays.

Celte guerre impie et injuste devait nécessairement jeter les

Paris, Locoffre, 1907, in-16 de vii-208 p. Pri;r : 2 fr. — Piou (Jacques), Discours. Paris, Plon-Nournt, 2 vol. in-8. P>'ix : le vol. 3 fr. 5o. — Citons aussi, à titre rigoureusement documentaire : l'intéressante Enquête qui fut menée, en 1910, par la Revue hebdomadaire sur la situation des partis politiques auprès des chefs de ces partis : Buisson, Delafosse, Maurras, Sangnier, Scmbat, Thierry, Deschanel, Piou. — Mentionnons également, à titre documentaire, l'ouvrage de Weill (G.) : Hstoire du parti républicain en France de 1814 à i8jo. Paris, Alcan, 1908. Prix : 10 fr.

catholiques dans l'arène des luttes civiques afin d'y défendre leurs libertés menacées.

Il semble donc que les catholiques, unis sur le terrain religieux, devaient également s'unir sur le terrain politique pour triompher de leurs persécuteurs.

Malheureusement, il n'en est pas ainsi et la lutte est devenue

inégale.

D'un côté, un puissant parti républicain, qui, fort de ses luttes passées, veut monopoliser la République et qui, ayant eu l'habileté d'identifier la Liberté avec la République, prétend assurer le triomphe de celle-ci par l'écrasement du catholicisme.

De l'autre côté : une masse catholique à qui on refuse effrontément l'entrée de la République — des royalistes fidèlement attachés à leur Prince — des bonapartistes qui rêvent d'un aigle déployant ses grandes ailes sur le pays — des plébiscitaires qui mettent toutes leurs espérances dans l'appel au peuple — des nationalistes qui s'attachent à défendre l'idée de patrie contre les mauvais Français qui la battent en brèche, — des démocrates aux conceptions hardies, — des conservateurs soucieux de conserver les traditions qui font la force des nations — des catholiques sociaux qui pratiquent le loyalisme civique pour mieux exercer leur action sociale et pour mieux assurer le triomphe de l'Eglise.

Et tous ces hommes loyaux, quand ils sont à genoux dans le sanctuaire, ne forment vraiment qu'un seul cœur et qu'une seule âme et ils s'aiment comme leur Père céleste les a aimés.

Mais, parlent-ils politique, la discorde surgit et les jette les uns contre les autres. Tous pourtant sont de bonne foi; tous, ont d'excellentes raisons de s'en tenir à leurs opinions, tous., enfin, ont des. motifs sérieux de penser que leur parti seul peut assurer l'avenir du pays et le triomphe de l'Eglise.

Et c'est pourquoi, chaque parti se croit fondé à réclamer le patronage exclusif de l'Eglise... Mais l'Eglise, sage et prudente, sait résister à toutes ces sollicitations, car elle ne peut s'inféoder aux régimes politiques essentiellement périssables ni lier ses destinées aux partis qui n'ont point de lendemain.

l'action civique 5g3

L'Eglise, « seule capable de réduire à son unité l'infinie diversité des opinions des hommes », l'Eglise « extérieure par son objet, antérieure par son origine et supérieure par sa destination à toutes nos querelles », l'Eglise doit se tenir en dehors et au-dessus des opinions politiques pour mieux exercer sa mission et pour mieux imposer aux partis les revendications religieuses qu'ils doivent faire triompher.

C'est donc bien, en vérité, à l'Eglise qu'il appartient de rassembler, à l'heure de l'attaque, ses enfants^dispersés dans les partis politiques rour les mener à la bataille dans l'ordre et dans la discipline, sans lesquels toute lutte est vaine et tout effort inutile. C'est donc aussi aux évêques qu'incombe la tâche d'établir, d'un commun accord, les garanties essentielles que la société civile devra, sans nuire à son indépendance légitime, offrir à l'Eglise catholique pour assurer la sauvegarde de la Foi. — Les évêques sont nos chefs naturels, c'est donc encore autour d'eux que doit se faire l'union catholique pour la revendication des libertés religieuses, dont le programme devrait être accepté par tous les partis politiques qui se réclament de l'Eglise.

Cette union catholique, si elle se faisait, n'exclurait point, en effet, une action politique indépendante. L'Eglise, remarquons-le bien, n'entend point, en se mêlant à la lutte, confisquer nos libertés civiques, mais elle veut, au contraire, dans les questions qui ne sont point strictement de son domaine, nous laisser le champ libre dans la mesure où nous respecterons les principes généraux sur lesquels doivent s'appuyer les sociétés chrétiennes.

Si la civilisation chrétienne, eneffet,doits'inspirerde!a haute direction de l'Eglise, le pouvoir civil et le pouvoir sacré n'en ont pas moins reçu de Dieu des attributions différentes et c'est, dit Léon XIII, une pernicieuse erreur de les assimiler l'un à l'autre. Il importe, ajoute-t-il d'autre part, que la religion et la politique, distinctes par leur genre et leur nature, soient, dans l'opinion et le jugement, l'objet de la même distinction. La société civile, affirme-t-il encore, est souveraine en son genre et elle a des droits qui lui sont propres. Et Pie X, d'accord

5q4 LA VIE civique

avec Léon XIII, déclare lui aussi que l'action publique doit se mouvoir avec la liberté qui lui convient raisonnablement.

Si donc, pour mieux conquérir le Peuple, nous voulons vivre intégralement notre vie civique et user des droits particuliers que l'Eglise reconnaît aux membres de la Société civile, il convient d'aborder résolument le terrain politique et de présenter à la nation, en même temps que nos revendications religieuses formulées par nos évêques, mais, cette fois, sous notre propre responsabilité et sans compromettre la religion, un programme précis d'action publique. Ce sera l'œuvre des partis politiques.

Et vraiment cette action parallèle des partis s'impose, car le peuple, en politique, est réaliste. Pour le convaincre, il faut descendre des nuées et prendre pied. Quand nous solliciterons ses suffrages, il exigera, avec raison, des précisions sur le gouvernement ou sur les institutions que nous voudrons établir. Ces précisions-là, ce n'est pas à l'union catholique, soumise aux évêques, et composée de tous les partis politiques, qu'il appartient de les donner, parce que cette union s'est placée, par définition, au-dessus des contingences de la politique humaine. Elle ne peut, en effet, sans mentir à sa nature et sans s'exposer aux luttes intestines et à la division, apporter au peuple, sur le terrain des réalisations, les clartés qu'il est en droit d'exiger de ceux qui aspirent à le gouverner.

Nous ferons donc choix, en toute indépendance, mais dans les limites tracées parla doctrine traditionnelle de l'Eglise, d'un programme social et d'une organisation politique susceptibles, comme dit Léon XIII, de consommer dans la cité a la perfection de la vie présente ». Nous y joindrons les revendications religieuses imposées par l'Eglise aux catholiques de tous les partis et nous essayerons, chacun de notre côté, par une action positive et conquérante, de gagner la faveur du Peuple et de l'intéresser à nos libertés.

Mais, dira-t-on, si la liberté que nous laisse l'Eglise de nous grouper comme nous l'entendons sur le terrain politique a produit d'excellents résultats dans les pays voisins du nôtre, c'est que ces pays n'ont point, comme la France, expérimenté,

l'action civique 5g5

depuis un siècle, des régimes nombreux qui ont laissé dans nos familles et dans nos cœurs des traditions si respectables que l'union politique est devenue une chimère.

Et de fait, toutes les tentatives qui furent faites, en France, depuis vingt ans, dans ce sens, semblent avoir échoué.

Quand Léon XIII, se rappelant que l'Eglise avait toujours recommandé la soumission aux régimes établis, nous conseilla d'accepter la République, il se garda bien de nous en faire une obligation de conscience. Pie X, de son côté, n'a point cru devoir renouveler ces conseils, mais, voyant que la politique continuait de nous diviser, il nous a invités à nous grouper autour de nos évêques pour former le parti de Dieu et nous a en même temps rendu notre liberté politique que les conseils de Léon XIII avaient semblé légèrement entamer.

La liberté de notre action politique reste donc bien entière. Malheureusement, cette liberté ne paraît servir qu'à mieux manifester nos divisions et notre impuissance.

Quelques-uns disent qu'il faut s'y résigner. Est-ce bien sûr? Ne pourrions-nous pas, avec un peu de bonne volonté, atténuer les inconvénients graves que peut entraîner, pour notre Foi, une représentation politique si bigarrée?

Il nous semble que oui. Puisque les catholiques de France qui, sur le terrain politique, s'entêtent à suivre des routes différentes, sont prêts à s'unir avec joie autour de leurs évêques, pourquoi ne chercheraient-ils pas à concilier pratiquement les exigences de la politique et les intérêts de l'Eglise en prolongeant cette union sur le champ plus restreint de l'activité parlementaire? Si le peuple, simpliste par nature, a horreur de la confusion, par contre, la culture, l'expérience, l'urbanité et le petit nombre de ses représentants permettent souvent à ces derniers de déborder les cadres des partis pour se concerter sur des intérêts communs. Notre histoire parlementaire nous en fournit continuellement des exemples. N'a-t-on pas vu récemment nos députés catholiques s'incrire au groupe de la réforme électorale sans rien abandonner de leurs convictions politiques?

Pourquoi donc ne donnerions-nous pas à nos élus le mandat

rigoureux de constituer au Parlement un groupement catholique qui, afin de ne porter aucune atteinte à l'autonomie et aux ambitions légitimes des partis, n'exigerait de ses membres que la Profession de la Foi catholique et l'engagement de la défendre contre les lois injustes? Pourquoi ne pas opposer à la « Délégation des gauches » la « Délégation catholique », composée des membres de tous les partis?

Mais comme les intrigues, les jalousies et les c question? de personne » pourraient peut-être, au lendemain de la victoire, désagréger trop facilement ce groupement parlementaire, quelques-uns pensent — et cette opinion n'est point en contradiction avec l'établissement de la Délégation catholique dont nous venons de parler — quelques-uns, disons-nous, pensent qu'il serait désirable que, parmi les partis politiques dont l'action s'exerce librement dans la nation sous l'œil bienveillant de l'Eglise, il s'en trouve un qui, sans prétendre au patronage exclusif de l'Eglise, parvienne cependant à distancer, sur le terrain électoral, les autres partis et à acquérir, par la perfection de son organisation et par l'excellence de son programme, assez d'unité et assez de puissance pour triompher des divisions intestines qui compromettraient le succès et pour instaurer à lui seul, quand l'heure sera venue, sans s'appuyer nécessairement sur des alliances fragiles, l'ordre social chrétien que chacun de nous appelle de ses vœux.

Quel sera ce parti?

Il ne convient pas, dans ce livre que nous avons voulu rendre profitable à tous, d'émettre sur ce point une opinion personnelle pouvant éveiller de légitimes susceptibilités. Nous avons cherché ce qui pouvait unir, ce n'est point le moment de dire ce qui peut diviser. Et puis, après tout, qui sait si le parti qui nous sauvera est né ?

En résumé, groupés autour de nos évêques pour la défense de notre foi, nous mettrons d'abord la croix au-dessus de nos misérables querelles 2t, sans amais ;esser de répandre la doctrine du Christ et de réaliser la justice sociale, nous essayerons de faire triompher, quand la République nous appellera «aux comices populaires, les revendications religieuses formu-

l'action civique 597

lées par l'Eglise de France et acceptées par tous les partis. Puis, bien décidés à subordonner, quand la nécessité des scrutins l'exigera, nos préférences politiques aux intérêts supérieurs de la Religion, nous suivrons en même temps, au gré de nos espérances, les chefs, quels qu'ils soient, qui ont su, de vieille date, mériter notre confiance ou les hommes nouveaux qui nous promettent la victoire. L'Eglise, en politique, n'excommunie personne. Ne sanctionnera-t-elle pas demain le triomphe du parti dont l'activité, la loyauté et les œuvres auront conquis la France?

Alors, ce jour-là, il n'y aura, sans doute, chez les vaincus, que des regrets légers. La Monarchie, l'Empire, la République pourront être vaincus, mais non le Peuple, mais non la France, mais non l'Eglise — et c'est ce qui importe...

De nombreux auteurs ont traité du rôle politique des catholiques français, mais nous ne connaissons, sur ce sujet, aucun ouvrage écrit avec la mesure et la pondération nécessaires. Nous croyons qu'il n'est pas indispensable de renvoyer aux études excessivement tendancieuses de ceux qui voudraient nous attirer à gauche pas plus qu'à celles de Barbier, de dom Besse ou mêmedel'éminent M, de Lamar ze lie ? qui voudraient nous attirer à droite. Nous ne discutons ni leur bonne foi, ni la valeur de leurs arguments, mais, si leurs travaux présentent un réel intérêt documentaire, ils ne sont point susceptibles de nous donner une vue d'ensemble de la question. D'autres auteurs, comme l'abbé F rémont et Jacques Pion, ont porté le débat sur le terrain constitutionnel, mais leur opinion peut également être suspecte à quelques-uns. Par ailleurs, Brunetière a pris la question d'un peu plus haut, et il a écrit sur l'action politique des catholiques français quelques pages qui méritent d'être lues avec attention. Des prêtres très écoutés, comme l'abbé Planeiœ,, l'abbé Thellier de Poncheuille. le P. Le Doré, le P. Lecanuet, des évêques comme le cardinal Luçon, Mgr Turinaz et Mgr Delamaire, ont également dit leur mot sur ces délicates controverses; nos journaux, enfin,

reviennent périodiquement sur la question, sans la faire avancer d?un pas.

Donc, puisqu'il n'y a point de livre qui s'impose, nous renverrons le lecteur à un ouvrage, un peu oublié peut-être, mais écrit avec une parfaite indépendance d'esprit et un zèle louable pour la gloire de l'Eglise :

Ferenzy (Oscar de). — Vers l'union des catholiques de France. Préface par Emile Flourens. — Paris, Bloud [1907], in- 12 de 53 1 p. — Prix : 4 fr.

On trouvera dans cet ouvrage une bonne étude d'ensemble dans les principaux groupements catholiques de notre époque et les résultats de l'enquête menée par l'auteur sur la possibilité d'une union entre les catholiques de France. Les personnalités les plus autorisées ont donné, par écrit, leur opinion à l'auteur qui a eu la bonne pensée de publier les lettres qu'il a reçues à cette occasion. On y trouvera l'opinion de Mgr Ricard 'et de Mgr Dubillard, de Jacques Piou, de M. de Lamarzelle, d'Emile Keller, du marquis de La Tour du Pin, du comte Albert de Mun, du Dr Le Fur, du comte de Bourmont, de Jean Lerolle, de Zamanski, de G. Goyau, de l'abbé Naudet, de Léon Harmel, de Marc Sangnier et de L. Cousin, de G. Noblemaire, du vicomte de Marolles, de la baronne Reille, de Mlle Marie Maugeret, de Paul et Guy de Cassagnac, de l'abbé Tourmentin, de l'abbé Garnier, etc..

Il serait bon, enfin, d'aller chercher des enseignements chez les catholiques étrangers dont l'action publique s'est imposée à l'attention du monde chrétien, mais il ne faut pas nous leurrer de mots. A l'heure qu'il est, le peuple belge est le seul peuple qui ait eu l'honneur de confier ses destinées à un gouvernement notoirement catholique. Ailleurs, nous sommes en minorité et il n'y a guère que la Hollande et l'Allemagne où cette minorité exerce une influence réelle.

Voyonsd'abord comment les catholiques belges ont su conquérir le pouvoir et comment ils ont su le conserver par des mesures sages et par une politique résolument sociale.

Un petit-fils de Montalembert, M. de Grûnne, nous l'a parfaitement montré dans l'excellence étude suivante :

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Grunne (de). — Vingt-cinq années de gouvernement:1884-1909. Le parti catholique belge et son œuvre [par le comte Ch. de Hemricourt de Grunne, le marquis Impériali,\e baron de Dieudonné de Corbeck-Over-LooJ. — Bruxelles, Dewit, 1910, p. in-4° de 529 p. et 119 p. de supplément. — Prix : i5 fr.

~~ Si on veut avoir des renseignements de premier ordre sur l'action politique des catholiques allemands et sur les causes de leur triomphe dans la lutte que Bismarck engagea contre elle, il faut lire :

Goyau (G.). Bismarck etl'Eglise; le K ulturkampf, 1870-1878, Paris, Perrin, 2 vol. in-8° de xxxiv-487 et 435, p. Prix : 8 fr. t

« Bismarck et l'Eglise : tel est le titre qui nous a paru séant « pour ce récit. Car avant de définir et d'animer deux ou trois entités « — protestantisme, germanisme, libéralisme — dont le Kultur- « kampf aurait marqué l'insurrection contre Rome : avant d'étudier « dans quelle mesure il fut un mouvement philosophique, dans « quelle mesure même, un mouvement théologique, c'est vers la « personne de Bismarck qu'il faut regarder; si elle est une énigme, ce il faut chercher à la comprendre, et si parfois on ne la comprend « pas, franchement, il faut l'avouer. »

~v On pourrait compléter par le livre suivant, qui incite à l'énergie et à l'union :

Bazkn (G.). — L'Allemagne catholique au XIXe siècle : Y/indthorst, 7e édit. — Paris, Bloud, [1905], in~8 de lviii et 332 p. — Prix : 4 fr.

« Entre tous les hommes d'Etat allemands, dit M. G. Bazin, Windthorst est celui qui nous fait le mieux comprendre la nécessité de la lutte pour le droit et la possibilité du triomphe. Plus heureux que ses devanciers, les O'Gonnel et les Montalembert, il a obtenu à peu près tout ce qu'il réclamait, peut-être parce que son opiniâtreté hanovrienne a su vouloir avec plus d'énergie, peut-être parce que ses efforts ont été plus habilement secondés...

Et l'auteur ajoute :

« Si l'exemple du dévouement qui compte pour rien le sacrifice, du zèle éclairé qui sait attendre ou provoquer l'heure

de la justice, pouvait susciter parmi les jeunes gens auxquels ce livre est spécialement destiné un seul imitateur de Windthorst, avec quel bonheur la France chrétienne saluerait son apparition! » (pp. v et suiv.).

~*Sur l'action politique des catholiques autrichiens, on lira le livre, déjà cité, de Mgr Bœglin : Une capitale chrétienne sociale, Vienne. — Lesélections de 191 1 ont malheureusement considérablement amoindri, momentanément sans doute, le parti social chrétien, que la mort de Lueger avait déjà sensiblement désemparé.

+~* Enfin, si nous voulons connaître l'intéressant mouvement politique des catholiques hollandais, il faut lire :

Verchave. — La Hollande politique : un parti politique en pays protestant. — Paris, Perrin, 1910, in-16 de 297 p. — Prix : 3 fr. 5o.

Il n'y a, déclare le Mouvement social, il n'y a pas de comparaison à établir entre la situation politique en Hollande et celle de notre pays : néanmoins, pour nous autres, catholiques de France, une leçon peut se dégager du livre de M. Verschave, une leçon qui tient en peu de mots : Unité, ténacité pour la réalisation de notre programme social.

Nous allons voir dans le chapitre suivant comment l'opinion gouverne légalement la nation, ou plutôt comment le peuple exerce sa souveraineté par l'exercice du suffrage universel.

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