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DEUXIÈME PARTIE

La formation religieuse acquise et Faction chrétienne assurée, le premier devoir qui s'impose au catholique, c'est Faction sociale, rationnelle et méthodique.

Déjà, notre foi éclairée et nos connaissances générales nous seront d'un grand secours, puisque nous trouvons tous les éléments de la justice sociale dans l'Evangile, levain jeté par Dieu sur le vieux monde,, méchant et cruel., pour le transformer en un monde meilleur et plus fraternel. Depuis le Sermon sur la Montagne, les peuples, soutenus par la Parole Divine, exigent plus de liberté et plus de justice. Si ces conquêtes ont été obtenues au prix de sacrifices pénibles, d'expériences cruelles et de mécomptes étranges, c'est que les hommes, trop souvent, oublièrent et méconnurent la morale évangélique.

Or, c'est dans l'adaptation des enseignements du Christ aux réalités et aux exigences de la vie qu'est le secret du progrès social. « On ne bâtira pas la cité, dit Pie X, autrement que Dieu ne l'a bâtie, on n'édifiera pas la société, si l'Eglise n'en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n'est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est; c'est la civilisation chrétienne, c'est la cité catholique. Il ne s'agit que de l'instaurer et de la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins, contre les attaques toujours renaissantes de l'utopie malsaine, de la révolte et de l'impiété. Omnia instaurare in Christo. »

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Il importe donc que le catholique puisse briser les mailles des sophismes qui entravent sa pensée et qu'il sache comment s'orienter en présence des voies nombreuses qui s'offrent à lui. Il faut qu'il s'engage résolument dans la route tracée par l'Eglise; il faut qu'il étudie, chemin faisant et sous sa direction, les graves problèmes dont il est préoccupé, car l'Eglise, fidèle à sa mission, lui fournira encore les principes qui lui permettront d'en dégager les solutions les plus opportunes. Il faut aussi qu'il suive, à travers les âges, la doctrine sociale de l'Eglise et qu'il en découvre les sources éternellement vives ; il faut enfin, pour mieux juger les faits et pour mieux en deviner la fécondité, qu'il se pénètre parfaitement de la pensée de ceux qui ont interprété la doctrine de l'Eglise avec le plus de force et de clarté.

Le catholique, qui possède maintenant les grandes lignes de la doctrine catholique sociale, voudra pousser plus avant ses études, car il sait que la société compte, à côté delà cité, deux organismes qu'il faut protéger et restaurer dans l'ordre chrétien : la famille et la corporation. Il en étudiera tout spécialement le développement historique, se convaincra de leur nécessité en découvrant leurs fonctions, établira leurs droits et fixera leurs devoirs pour mieux en préparer l'évolution.

Le catholique saura alors que l'association, dont la famille et la corporation sont de frappants exemples, est de droit naturel, et qu'elle peut seule permettre à l'individu de vivre plus libre et plus fort, il saura encore que « l'action de l'Etat, prudente et vigilante, modérée et ferme, discrète et forte, respectueuse de la liberté et soucieuse du droit, scrupuleuse surtout de la justice en tout et pour tous, constitue la sauvegarde suprême de la paix sociale (i)... ».

Notre catholique connaîtra toutes ces choses et bien d'autres encore qu'il apprendra dans les œuvres des Maîtres...

Chrétien, il proclamera avec fierté que l'homme n'est pas un instrument dont l'Etat peut user et abuser pour réaliser le

(1) Cf. Vermeesch, Manuel social, la législation et les œuvres en Belgique ; et Louvain, Uystpruyst, Paris, Alcan, édition 1909, dans la Préface, p. 6.

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destin des foules, mais qu'il a le droit de tendre personnellement à son salut; il s'attachera à concilier les droits de l'homme et les droits de la société, et il se gardera bien d'oublier que la démocratie sociale elle-même n'est pas une fin, mais un moyen. « La fin, dit Mgr Spalding, est d'obtenir une race d'hommes et de femmes plus nobles, plus forts, plus généreux » (i) et, pourrions-nous ajouter avec saint Thomas, de donner à l'homme assez de bien-être pour pouvoir pratiquer la vertu.

Ainsi préparé, et encouragé aussi par les succès du catholicisme social dans les pays voisins, le catholique pourra, sans hésitation et sans faux scrupule, se jeter dans la mêlée sociale pour y donner la mesure de son activité et de son talent, pour agir sans trêve ni relâche, méthodiquement, courageusement, hardiment et chrétiennement, car il sait maintenant qu'une crise formidable travaille le monde et que les nations « sont en mue d'une société nouvelle. Seul l'Evangile peut fournir l'inspiration pacifique sans laquelle le bouleversement sera effroyable; seul, le catholicisme pourra donner les règles solides en dehors desquelles rien ne durera; il faut donc, pour qu'avec notre foi religieuse nous gardions nos espérances nationales, que le catholicisme puisse, sinon arriver à une prépondérance, du moins à se maintenir vivant chez les peuples les plus avancés en civilisation, de façon à demeurer la suprême réserve après la faillite inévitable de tous les autres systèmes d'organisation. » (2)

Alors, devant la beauté et l'immensité de la tâche, il comprendra mieux ces paroles de Mgr Ireland (3) :

« J'ai horreur du pessimisme, je le regarde comme le plus grand crime contre Dieu et l'humanité : il met un terme au progrès et pourtant il devient pour moi une tentation, quand je vois tant d'âmes indifférentes et inertes, quand je vois les

(i) Spalding (Mgr), Opportunité, p. a83 (déjà cité).

|2) Fonsegrive, Catholicisme et démocratie. Paris, Lecoffre, 1898.

(3j Ireland (Mgr), L'Eglise et le Siècle. Paris, Lecoffre, 1894, p. 61. Le livre de Mçr Ireland, ainsi que le livre ci-dessus de G. Fonsegrive peuvent-être lus avec profit par tous les esprits avertis qui n'oublieront pas que le caractère inorganique de la démocratie politique a soulevé de justes critiques.

futilités auxquelles les soldats de la vérité passent leur temps, quand je vois quele plus grand nombre regardent en arrière, de peur de voir l'Orient s'empourprer des rayons naissants d'un soleil nouveau, ou ralentissent leur marche, de peur de sortir des ornières du passé et d'atteindre le monde que Dieu leur a donné mission de sauver. »

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