‹ Livres qui s'imposentChapitre 7 sur 124 · AU LECTEUR XI · texte numérisé non relu

AU LECTEUR XI

confluents de courants d'opinions qui se sont heurtés et mêlés avec fracas. A la source, on trouvera souvent un puissant livre. Et par le livre, il ne faut pas entendre ces fagots de papiers, compilations et raclures que la littérature industrielle jette périodiquement sur le marché, mais une œuvre derrière laquelle il y a un homme, une force, une gronde passion secrète au service d'une idée... »

C'est encore ce que dit Barrés : « Les livres sont la prise des morts sur les vivants... Le livre est dans l'humanité la force qui conserve par excellence en même temps que la force qui éveille; en lui repose l'essence même de l'énergie humaine; c'est toute force et toute richesse. C'est l'effet d'une somme énorme d'action et c'est la cause d'où surgiront des actes qui seront à leur tour, et jusqu'à l'infini, causes et effets »

Enfin, Victor Hugo a fort joliment dit :

Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit,

A mis, sur celle terre

Les ailes des esprits dans les pages des livres.

Malheureusement, beaucoup de catholiques semblent méconnaître la puissance des livres ou, qui pis est peut-être, les choisissent, les lisent et les répandent sans s'assurer de leur intégrité doctrinale, sans se soucier de leur valeur scientifique, sans se préoccuper suffisamment des exigences de la pensée contemporaine. Combien — et des meilleurs — ignorent l'existence d'ouvrages écrits et pensés pour eux, d'ouvrages qui ont exigé des méditations profondes et des années de labeur, d'ouvrages qui renferment l' expérience qui leur manque ou la doctrine qu'ils ne possèdent pas. Combien s'égarent dans des études d'une orthodoxie douteuse ? Combien gâchent un temps précieux à lire des livres insignifiants? Combien, enfin, se trouvent désemparés après s'être nourris, à l 'aventure, de la science confuse d'exégèles, de philosophes, de sociologues et de publicistes venus de tous les

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coins de l'horizon? Ils lisent tout avec une égale confiance, jusqu'au jour où le scepticisme, qui pointe; brise leurs espérances, abat leurs enthousiasmes et endort leurs énergies. Ajoutez à cela l'action dissolvante des journaux sans doctrine, la mollesse des caractères, l'insouciance des autorités sociales, l'incertitude des directions, l'irrésolution des chej%s, l'absence d'une élite inspiratrice et organisée et nous arrivons, fatalement, à la confusion des idées, à l hésitation dans l'action, à l'émiettement des forces, c'est-à-dire à l'impuissance et à la défaite. C'est pourquoi nous ne pouvons opposer à la marche victorieuse de la contre-Eglise qu'une multitude sans cohésion qui, consciente de sa faiblesse, se refuse à suivre l'ennemi sur le terrain choisi par lui et se livre, de loin, à des démonstrations isolées ou à d'inutiles efforts.

Il faut donc unir cette multitude désorientée dans une commune doctrine que nous puiserons dans des livres précieux.

Cela admis, nous devons reconnaître qu'il est très difficile de découvrir, dans la multitude des publications modernes, les livres qu'il faut lire et de les discerner d'avec ceux qu'il vaut mieux négliger.

« L'art de ne pas lire, dit Schopenhauer, est des plus importants. Le temps toujours strictement mesuré qu'on accorde à la lecture, accordez-le exclusivement aux œuvres

des grands esprits Ceux-là seuls forment et instruisent

réellement... Pour lire le bon, observe-l-il encore, il y a une condition, c'est de ne pas lire le mauvais, car la vie est courte et le temps et les forces sont limités. » Voltaire, qui s'y connaissait, disait aussi : « Il n'y a d'autre parti à prendre que d'en user avec les livres comme avec les hommes, de choisir quelques amis dans la foule, de vivre avec eux et de se soucier peu du reste... »

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Et Schopenhauer disait encore : « Demander à quelqu'un de retenir tout ce qu'il a /« , c'est demander qu'il conserve en lui tout ce qu'il a pu manger... Chacun retiendra ce qui V intéresse, c est-à-dire ce qui convient à son système d'idées et à ses vues. Des vues, chacun en a, mais quelque chose qui ressemble à un système d'idées, bien peu de gens le possèdent

Voilà pourquoi il ne leur reste rien de leur lecture; ils n'en retiennent rien. » Or, notre travail, en guidant les catholiques dans le choix de leurs livres, pourra précisément leur fournir un « système d'idées » qui leur permettra peut-être de croire avec plus de certitude, d'espérer avec plus de force, d'agir avec plus d'efficacité, d'envisager l'avenir avec plus de confiance, d'élargir, enfin, les limites trop étroites qu'ils avaient fixées à leurs ambitions.

Ce qui, précisément, constitue peut-être l'originalité de ce répertoire bibliographique, c'est qu'il est un répertoire critique et doctrinal, c'est-à-dire qu'il tend à imprimer aux esprits une orientation précise et qu'il est lui-même le reflet d'une pensée...

Par le choix des ouvrages, par les extraits donnés, par le plan suivi, par nos commentaires, enfin, nous avons essayé de mettre dans notre travail une harmonieuse unité doctrinale pour mieux la promouvoir parmi nous. Cette unité, dans notre livre, n'est pas parfaite et elle ne pouvait l'être. Seule, une « œuvre », conçue et écrite par un penseur de génie, peut prétendre à cette perfection. Toutefois, nous croyons avoir dirigé notre choix de telle façon que ceux qui posséderont ce livre et s'en inspireront, assisteront au développement régulier et méthodique de leur personnalité religieuse, sociale et civique.

Convaincu, en effet, que le monde touchait à l'heure solennelle qui verra surgir pour de longs siècles un ordre nouveau et désirant inciter les catholiques à délaisser mo-

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montanément les œuvres secondes pour se consacrer sans réserve aux tâches primordiales et constructives. nous avons volontairement négligé tout ce qui ne nous a pas paru éclairer d'un jour lumineux les destinées de l'homme et hâter la restauration de la société désorganisée par la Révolution. Nous avons y en somme, voulu faire une œuvre d'opportunité en rappelant les principes immuables qui doivent régir les rapports de l'homme avec Dieu et des hommes entre eux. Et c'est peut-être l'opportunité de ce livre qui le fera mieux accueillir.

Il convient que nous donnions maintenant au lecteur quelques explications sur la méthode que nous avons suivie dans ce présent travail.

Et d'abord, nous dirons pour qui ce livre a été écrit. // a été écrit pour tous ceux qui veulent comprendre le sens de la vie, pour tous ceux qui, fils soumis de l Eglise, ont, en même temps que le souci de leur destinée, le zèle de la gloire de Dieu et l'amour du peuple, pour tous ceux qui veulent travailler avec méthode à la prospérité du pays et à la régénération de la société, pour tous ceux qui. désorientés par l'abondance de la littérature contemporaine, désirent connaître les livres susceptibles d' apporter à leur intelligence inquiète de réconfortantes précisions et d'harmonieuses clartés. Il n'a point été écrit pour les savants, mais bien pour les esprits d'une culture courante. C'est pour cette raison que nous riavons pas voulu mentionner les ouvrages d'un développement trop considérable, d'une théologie trop difficile, d'une philosophie trop spéciale, d'une érudition trop aride et d'une science trop sévère. On y trouvera plutôt des livres lisibles, d'une lecture aisée et d'un prix abordable.

Et, parmi ces livres, nous avons volontairement laissé de côté ceux dont la matière et la valeur ne s' imposaient pas spécialement à notre attention. Nous n'avons voulu recommander

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